CHAPITRE PREMIER
Troiipo.s élraiigèrcs nu service île la France. — M. do Marlborough colonel fin Uoyal-Anglais. — Les étrangers sous la ['• l\ôpublique, rKmpire et la Restauration. — Formation de la l^» légion étrangère le 5 janvier 1831. — Conditions d'engagement. — Organisalion. — Unirorine. — Départ pour TAIgéric.
De tout temps la France a eu à sa solde des troupes étrangères; à commencer par la garde écossaise de Charles VIT, Anglais, Irlandais, Allemands, Polonais, Suisses, ont servi sons le drapeau français ; ces derniers surtout ont toujours fait partie do la garde royale, et leur dévouement n'a jamais fait défaut. En 1830, ces braves serviteurs se faisaient brûler par la populace dans le poste de la place du Palais-Royal. Notre intention n'est pas d'écrire les faits glorieux des divers régiments étrangers qui servaientsous Louis XIV, sous Louis XV et sous Louis XVI. Notre plan est moins vaste et nous n'en prendrons l'historique qu'à dater de Tannée 1831, à la formation de la 1*^^ légion étrangère ; mais nous ne pouvons passer sous silence l'offre que fit Churchill, qui n'était pas encore duc de Marlborough, de venir en France commander le Roy«il- Anglais.
Dans les archives du ministère des affaires étrangères on retrouve la curieuse correspondance échangée dans ce
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but entre Tambassadeur Courtiii et Louvois. Nous ne résistons pas au plaisir de la faire connaître à nos lecteurs.
Londres, le 16 novembre 1676.
COURTIN A LOCVOIS.
« Vous le couiiuisBCz, huiis doute, MoiiHiciir, car il ont fort bien fait, il a fait parler de lui et je vous assure qu'il pense vivement à la sœur de M** Humilton, Sarah Jcnniiigs, qui est la plus jolie des filles de M** la duchesse d*York. »
Londres, 7 décembre 1676.
CouBTiN A Louvois.
€ A un bal chez la duchesse d'York, Sarah Jennings avait plus envie de pleurer que de danser. Churchill, qui est son galant, dit qu'il est attaqué du mal de consomption et qu'il faut qu'il parte pour prendre l'air de France. Je voudrais néanmoins me porter ausci bien que lui. La vérité est qu'il veut sortir d'intrigue. Son père lui propose d'épouser une de ses parentes fort riche et fort laide et ne veut pas consentir à son mariage avec M*'* Jennings ; on le croit aussi un peu intéressé et j'apprends des dames de la Cour qu'il a pillé M"* de Clcvclund, et qu'elle lui a donné la valeur de plus de 100,000 livres. On prétend que c'est lui qui l'a quittée et qu'elle s'en est allée par dépit en France. Si Churchill repasse la mer, elle pourra se raccommoder avec lui. »
La réponse de Louvois n'est pas moins curieuse.
23 novembre 167G.
I^OeVOIS A COUKTIN.
« M. de Churchill est trop adonné à son plaisir pour pouvoir se bien acquitter de sa charge. 11 faut un homme qui fusse son affaire, et sa maîtresse du Uégiment Uoy al -Anglais. »
Quels changements dans la lin du règne de Louis XIV, si les services de Churchill et du prince Eugène avaient Hé acceptés !
Quels qu'aient été h>s motifs qui poussaient Churchill à venir en France, soit pour fuir un mauvais mariage ou rejoindre M"* de Cleveland, le héros anglais n'aui*ait pas
PRBMIKnE LEGION ETRANGERE. 6
eu à rougir ni de ses prédécesseurs, ni de ses successeurs, rjni ont servi successivement dans les troupes étrangères à la solde de la France.
Trivulce, de Gondi, Concini, de Droglie ou Broglio, Rantzau, I^owendahl, Sluart, Berwick, Luckner, etc., pour ne citer que les plus célèbres, lui avaient ouvert le chemin ou auraient continué la tradition.
Les services rendus par les troupes étrangères étaient tellement cippréciés que, pendant la Révolution française, TAssemblée législative, après avoir, par décret du 29 juillet 1791, supprimé le régiment de Nassau n" 96 et tous ceux désignés sous le nom d*infanterie allemande, irlandaise et liégeoise, promulgua, le 1*' aoftt 1792, une loi relative à la formation d'une légion franche étrangère. Cette légion était composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, son passage au service de la France avait lieu suivant une capitulation passée entre le ministre de la guerre et les membres du conseil d'administration stipulant pour la légion*. Quelques jours plus tard, l'Assemblée faisait appel à tous les peuples de l'Europe et, par la loi du 3 aoi*kt 1792', elle accordait de grands avantages (entre autres une renie de cent livres) aux sous- officiers et soldats étrangers qui déserteraient la cause des rois et vien<lraicnl servir sons les bannières républicaines.
Cet appel fut entendu et le décret du 4 septembre 1792 prescrivit la formation d'une légion étrangère, sous le nom de Germains : Augereau y servait comme officier.
La Convention nationale suivit les errements de sa devancière, elle créa une légion beige, une deuxième légion batave et, par décret du 20 brumaire an V, elle reforma s\ Péronne des bataillons d'infanterie légère avec les troupes belges el liégeoises au service de la France.
Inondant le Directoire on forma, par décret du 22 fructidor an Vil ', une légion étrangère fous le nom de légion