‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 21 sur 117 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I^mplaceincnls des bataillons. — Le soiis-lipulonanl Saol reprend lo troupeau rnzzié por rrnnrmi. — AUuque de Coléali par les Arabes (|ui sont repousses. — Mort du rnpilaiue Muller c^t do \\ .soldats d<^ sa compagnie. — Colonnes de })o<^liar, de Médùali^ du Petit-Atlus.

— Deux bataillons sont envoyés dans la province d'()ran. Le drapeau reçoit le coq et la cravate. — Le coiuniandaMt Pocrio est nommé lieuicnant-colonï»! au régiment. — Récompenses. — Colonnes chez les Fliltus. — Nourriture des hommes; adoption de la teutf-obri. — Petites colonnes et expédition sous le commaiidemeutdu maréchal Bugf»aud. — Le colonel Dcspinoy remplace lo colonel de Mollembeck retraité. — Mort eiu lieutenant Eilorf". — Organisation du servico d'avant-postes. — Inspection générale du général Fabvicr. — 1843.

— Le rolonel Moiiret rrmpljic»' le i-oIoin*I Drspinoy. — Colonnes chez les Flitlas , dans l'CJuarensenis. — (Construction du poste d'Orléausville. — Inspection du géuénd Lamoricière.

Le 1" régiment, formé avec les 3 premiers bataillons de hiiiêgion, bataillons composés eu y:raniliî partie d'honuncs du Nord, reste dans les provinces d'Alger et de Tittery;

1. A dater do In rormalioii tics doux rcgimonts étrangers cl jusqu'à leur départ pour la Crimée, c'osl-à-dirc do 18H à 1855, chaque régiment aura sou hislorifiuo distinct. Le loctonr pourra suivre ainsi plus rnciicmeut les événeiiionts auxquels chaque corps aura pris part.

L'historique du i^^ rcgiinent formera le Livre IV et celui du 2«, lo livre V.

7G LA LKPilON KTKANfiKItK.

il appartient à la 2* brigade, gôiiéral BaiMguey-d'llilliers, de la 2' division.

Le V bataillon, commandant Poorio, est à Coléali ; le 2% commandant Honvaux, à Bongie et à Djidjelly, le 3' <à Douera et à BoufTarick.

Ce dernier bataillon prend part à une colonne destinée à ravitailler la place de Médéah. Pendant la marche, une compagnie de ce bataillon chargée de la garde du troupeau se laisse surpriMidre par les Aralies qui tuent 10 hommes, en blessent 5 et enlèvent le troupeau ; mais le sous-lieutenant Saal se met à la poursuite des ravisseurs et parvient à leur reprendre leur razzia. En récompense de cette aclion, M. Saal fut cité à l'ordre.

Les- Arabes, entre autres les lladjoutes, refoulés parles expéditions et l'occupation des villes de Médéah et de Milianah, n'en continuaient pas moins à harceler nos colonnes. Fidèles à leur tactique, ils se dérobaient devant nous, se reformaient en arrière des colonnes et attaquaient les arrière-gardes, menarant h^s camps et les postes détachés, assassinaient les sentinelles qui ne se gardaient pas avec vigilance, tuant et dévalisant les petits détachements, faisiint en un mot cette guerre de jtartisans où leurs aptitudes sont incontestables.

Pour les tenir à distance et les rendre plus circonspects à l'avenir, le général Bugeaud, gouverneur de l'Algérie, appliquant t=es théories et prolitant de rexpérience qu'il en avait faite pendant la guerre d'Espagne, donne l'ordre de faire de noudireuses patrouilles et de tendre des embuscades de nuit.

Le commandant Poério avec 200 hommes et 40 chevaux, sort de Coléah à 1 heure du matin et au petit jour tombe sur les tribus voisines, leur tue 8 hommes, razzie les chevaux et rentnî à (loléali avec ih^s priMinuiers.

Ayant appris que la garnison de Coléah ét<iit réduite à 3 compagnies, 2,000 Arabes n'hésitent j)as à venir tenter d'enlever la place. Ils dirigent leur attaque coutil la ferme

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Baron, près de la ville ; les habitants de la ferme se défendent vigourensoment derrière lenrs murs; le capitaine Muller, en attendant des renforts, avait pris position avec sa compagnie en arrière snr une liauteur. Voyant les colons fortement pressés par Jes Arabes, il se porte à leur secours, sVngage dans un ravin qui le sépare de la ferme. Mais à peine a-t il pénétré dans le ravin, qu'enveloppé de toutes parts par une masse de cavaliers, il tombe frappé, avec 44 hommes de sa compagnie.

Enhardis par ce premier succès, les 2,000 cavaliers appuyés par 200 réguliers commandés par le bey de Milianah, att.'iqnent Coléah; ils p(Mi8ont que la ville et le camp ne pourront être drfendns, à cause du faible effectif de la garnison. En passant près des deux tours du Nord et de l'Est, ils sont reçus par une fusillade bien nourrie, qui les oblige à batlre en retraite. Ils sont repousses, dans leur attaque à l'ouest, par l'artillerie mise en batterie au camp, qui les prrnd d'écharpc, et par deux sections abritées par un pli de terrain. Ils se retirent en laissant 52 hommes tués vi emmenant un grand nombre de blessés.

Ce succ(»s atténue le désastre subi par la compagnie Muller, dont on a du laisser les cadavi*es à l'ennemi. Le tambour de la compngnie, blessé et fait prisonnier, fut échangé quelques années après, p.ir les soins de M*' Dupuch.

Ce coup de main tenté contre Coléali n'est pas un fait isolé; à cette époque, tous nos postes sont attaqués; la petite garnison de Médéah et celle de Coléah sont citées à l'ordre du jour pour leur belle défense.

Le gouverneur général, de concert avec le commandant de la division d'Oran, général de Lamoricièro, ciiercho à réduire la puissance d'Abd-el-Kader en détruisant ses deux principaux points d'approvisionnement, établis l'un à Tagdempl, sur la Mina (près de Tiaret), et l'autre à Thaza (à 20 kilomètres à Test de Teniet-el-Had).

Le 3*^ bataillon, fOus les ordres du colonel de MoUem-

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beck, rejoint à Blidab une colonne commandée par le général Baraguey-d'Hilliers, destinée à paixourir le haut bassin du Chélif, pays dévoué à Abd-el-Kader, et à pousser jusqu'à Thaza. La colonne, arrivée le 25 mai, y détruit les maisons et les magasins qui y ont été établis.

En fouillant le sol, on découvre 3 canons en fonte. La colonne, harcelée dans sa marche par les cavaliers arabes, l)ousso jusqu'il Boghar. A son approche, les Arabes brillent leurs maisons et se retirent vers le Sud. Le 3* bataillon rentre, le 2 juin, à Douera, ayant subi de gi^andes fatigues à cause de la longueur des marches et de la forte chaleur.

Six jours après sa rentrée à Douera, le 3' bataillon est dirigé sur Médéah pour ravitailler la garnison.

Du reste, pendant toute Tannée 1841, ce ne sont que marches, contre-marches, escortes de convois, colonnes de ravitaillement, que les grandes chaleurs de Tété n'arrêtent même pas. La Légion montre de grandes qualités de résistiince aux fatiguns dans cotlc ingrate luisogne. Los généraux Changarnier et Bedeau se louent beaucoup des légionnaires. Le 29 juin, escort^int un convoi, les sections battent en retraite par échelons, comme sur le champ de manœuvres.

Laconflagrationétaitdevonue générale; les Kabyles, iniitantlesArabesdelaplaine,descendaientde leurs montagnes et venaient attaquer nos postes. Le général Bedeau fit une expédition dans les gorges du Petit-Atlas vei*s le milieu du mois d'aoAt. Le 2 septembre, le 1*' bataillon, qui était à l'arrièro-garde, eut à repousser de nombreuses attaques des Kabyles ; le capitaine Nicolas, en dirigeant des tirailleurs, eut la tête travei^sée par une balle.

Dans la province d'Oran, le feu de l'ennemi et les maladies avaient considérablement affaibli la division du général de Lamoricière, aussi les 1*' et 3' bataillons, sous le commandement du lieutenant-colonel Poërio, qui venait d'être promu et restait au 1** régiment étranger,

1*' nÉOlMKNT l)K LA LKlilON KTHANiiKRE. 79

étaient-ils embarqués le 1" décembre à Alger, et débarqués à Mostagauem, où ils devaient entrer dans la division mobile.

Le 2* bataillon et Tétat-major les rejoignent le 11 mars

A la fin de cette année, le drapeau reçut le coq et la cravate. A la suite des expéditions, le commandant Ilonvaux est nommé lieutenant-colonel au 20*^ de ligne; plusieurs ofliciers, sous-ollicicrs et soldats sont décorés.

1842. — A peine débarqués à Mostaganem, les l*" et 3* bataillons font, à la lin de janvier, partie de la colonne du général Bedeau, commandant la subdivision; il a pour mission de conduire un convoi de ravitaillement au général de Lamoricière qui opère autour de Mascara. La colonne ramène ensuite à Mostaganem des prisonniers, des troupes et des malades. Kilo est siu^x^rise par une tempête de neige et perd un certain nombre d'hommes.

Afin d'éviter les gorges resserrées de rOued-el-IIammam, à PeiTégaux, les colonnes de ravitaillement ptissent par riUUil, Kalaa, El-Bordj et arrivent à Mascara par le Nord.

Le général d'Arbou ville remplace à Mostaganem le général Bedeau qui, de concert avec le gouverneur général, se porte sur Tlcmcen pour conquérir cette place ; les deux bataillons font partie des colonnes qui, on février et mars, vont do nouveau ravitailler Mascara.

Le 17 mars, nouvelle colonne qui, après avoir franchi rOued-Malah, parcourt tout le bassin du bas Chélif. Arrivée chez les Flittas, la colonne est assaillie par les pluies torrentielles du printemps; les hommes ne peuvent ni se couclierni allumer du feu; plusieurs d'entre eux succombent à de si terribles fatigues.

La question de la nourriture des hommes et des chevaux est toujours très diflicile îi résoudre. Les hommes l)ortent 10 jours de vivres sur leur sac ; le convoi est aussi aligné à 10 jours. Mais souvent les colonnes, pour alléger

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lour maivhe, n'emi>orleiil presque pas de vivres. On compte sur le produit des razzias. Chaque compagnie a un moulin arabe porté par un hourriquot. Le blé trouvé dans les silos est moulu et réduit en une pAle sutnsannnont saine. Les bœufs et les moutons pris sur les Ai*al)es fournissent la viande ni^>reK8;iiro. [jOs olliriorti n'ont qu'un nnilet pour trois, ce qui est peu. Les sacs des hommes sont mis fréquemment sur les nuilets, ce qui permet à Tinfanterie d'appuyer de très près la cavalerie qui commence les razzias, de poursuivre les troupeaux et les douars.

C'est vers cette époque que fut adoptée la tente-abri. Jusqu'ici les hommes avaient un sac de campement. Les nuits étant très fraîches eu Algérie, losophthahnies trèsà craindre, les zouaves, pour se garantir, attachaient leur turban déployé à leur fusil et s'en faisaient un rideau. Les fantassins les imitant décousaient leur siic de c^nupeinent et en lixaient la toile soit à des tiges de fenouil, soit à des bltons ou à leiu*s fuhils. De ces essais divei^s, naquit la tente-abri, employée d'abord par les tit)upes du général de Ijamoririère.

Les tribus des ilachem, campées au sud de Mascara, étaient vivement sollicitées par des émissaires d'Alnl-eU Kader de quitter leurs campements et de rejoindre les tit)upe8 de l'émir. Le lieutenant-colonel Poério reçoit l'ordre de battre le pays avec 3 bataillons. Il parcourt la partie montagneuse et ravinée qui se trouve entre Mascara et Sainl-Denis-du-Sig, les vallées de TOued- Froha, de l'Oued-el- Hammam et del'Oued-Benian, pousse jusqu'à Saïda et rentre, le 11 mai, à Mostaganem, où l'attendait le colonel Despinoy, qui venait d'être nommé au régiment, en remplacement du colonel de Mollembeck, retraité.

Après un repos de trois jours, un kitai lion composé des compagnies d'élite (3ô2 hommes), commandé par M. le chef de bataillon de Caprez, sous les ordres du colonel

1**^ IlK(;iMKNT DK L\ LKf.lON ÉTRANGÈRE. 81

Despiiioy, entnî dans la formation d'une grande colonne dirigée par le maréclial Biigeaud ; le convoi emporte 230,000 râlions. Celte colonne doil remonter h* Cliélif jusqu'à Milianah, visiter les tribus campées à droite et à gauche de ce fleuve et les amener à reconnaîtra notre domination.

Après avoir passé le Mina et le Chélif, la colonne pénètre fiur le territoire desBeni-Al»bès, vers Ammi-Moussa. Le bataillon fait partie d'une sortie sans sacs tentée contre les neui/eroual, qui abandonnent tentes et troupeaux aux 5 bat lilloiîs de cetlp pelile exi)édilion. Le lendemain, razzia de o,;]00 têtes de bétail chez les Ouled-Klielouf, on ramène aussi de nombreux prisonniers. Le 2G mai, le gros de la colomie avec le convoi est an confluent de TOued- Zby et du Cliélif. Le colonel Despinoy fait une nouvelle razzia sur les Sbéah et les I3eni-0uragh.

La colonne qui marche sur Dlidah laisse un détachemonl i\\\ bataillon du l"*" élrang.'rà Miliauali, pour renforciM- la garnison, l^e commandant supérieur de Milianah, M. lîisson, chef de bataillon de chasseurs, voyant la place insulh'îc journelleuKMit par les IJeni-Menacer, tente une sortie contre cette tribu. Mais il est repoussé et perd 5 olîiciers tués et 2 blessés. Le sous-lieutenant Doze est cilé à l'ordre de l'armée, pour sa belle conduite pendant ce combat, i^e sergent Fresche, blessé de 2 coups de feu, est décoré.

Le général d'Arbouville est chargé de ramener de Blidalî, les troupes de la division d'Oran àMostaganem et à Oran. Les bataillons qui opèrent dans le mois de jtiin, dans la vallée du Chélif, souITrent énormément de la chaleur et ont beaucoup de malades.

Pendant ces opérations, le dépôt du régiment, sous le connnandement de M. Mancelon, est transféré de Mostaganem à Oran.

A peine rentrés de la colonne du maréchal Bugeaud, 2 bataillons partent le 5 juillet pour une excursion chez

Uàa. ÂTRANOKIIR. G

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les Flittas. Ce détachement est harcelé par les Arabes, mais il a surtout à souffrir des grandes chaleurs de Tété. Plusieurs hommes succombent aux insolations ; d'autres n'ayant pas le courage de supporter les fatigues, se suicident; la colonne rentre le 21 juillet, à Mostagauem.

Du 18 aoCkt au 8 septembre, nouvelle colonne à TOued- Riou ; les Arabes qui ont < nsiloté leurs récoltes, deviennent plus entreprenants. Le 5 septembre, ils se jettent sur les cavaliers déployés en fourrageurs, et tentent mrine une sérieuse attaque contre la grand' garde : les pelits postes sont obligés de ëe replier sur la compagnie qui est retranchée derrière un fossé et un mur en pieiTes sèches.

Les hommes restent couchés et attendent l'ennemi à 25 pas, puis, au commandement du capitaine, se relèvent, font un feu de peloton et culbutent l'ennemi à la baïonnette. Une compagnie de piquet vient au secours de la grand'garde , les Arabes se retirent, mais nous enlèvent 4 hommes.

Le 30 au matin, l'onnomi oi cupc les hautours qui commandent le délilé par où la colonne doit passer, ot de là, tire sur l'avant-garde. Celle-ci débusque l'eiuiemi, mais cette attaque n'est qu'une feinte pour masquer l' effort que fait l'ennemi pour enlever le convoi. Un fort parti d' Arabes cherche à couper l'arrière-garde de la coloinio. Le colonel Despinoy s'aperçoit de ce mouvement et envoie une compagnie pour arrêter l'ennemi qui est embusqué dans des ravins boisés d'un accès difficile; deux autres compagnies sont engagées et x)arviennent à cliasser les Arabes, l'action est vive mais de peu de durée ; le convoi est sauvé. Pendant toute la journée la marche est harcelée par les cavaliers arabes ; les petits postes et les grand'gardes sont tout le temps en éveil et ne peuvent prendre aucun repos. Pour mettre fin à ces attaques continuelles, le colonel envoie 2 compagnies, sous les ordres de l'ailjudant- major Vinoy *, avec ordre de dégager le camp et de repousser les

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