‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 4 sur 117 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DébuU en Algérie. — Causes de Tindisciplino qui se manircsto dans la Légion. — Einplucemenl des baUiiilons. — liazzia à Kl-Oufliû. Combat au maraboul do Sidi-Moliumod-TiUery, près de lu Maison- Carrée. — Crôulion des couipagnies d'élile. — Le colonel Coiubes vient commander la L6gion. — Uéceptiou du drapeau. — Ordre laissé par le géndrul Inspecteur. — Combat do Sidi-<Ihabal, près d*Oran. — Lo colonel (^ombes est remplacé |Mir le colonel llollenbeck.

Écrivains impartiaux, nous ne marchandons pas les éloges chaque fois que les occasions s'en présentent, et elles sont nombreuses ; de m^me, nous ne ca'^herons ni leb fautes, ni les défaillances qui pourront se produire.

11 faut bien l'avouer, les débuts de la Légion en Algérie no furent pas brillants au point de vue do la discipline. Mais pouvait-il en être autrement? Celte masse d'hommes de nationalités si diverses, venus des quatre coins de rKurope et dont les antécédents n'étaient pas toujours très purs, était diillcile à mener, surtout par les oillciers qui, de leur côté, ne les connaissaient |kis et souvent avaient besoin d'interprètes pour communiquer avec leur troupe. Il y eut forcément du tirage, et ce n'est qu'au bout de quelque temps qu'ofliciers et soldats se connaisi>ant mieux, ayant reçu le baptilme du feu, smenl s'apprécier.

Celte situation nVxistait pas seulement à la l^égion, le ()7' de ligne, formé de Polonais natmalisés Fnnirais, présentait les m<}mes symptômes d'indiscipline, ainsi qu'il résulti; d'une note en date du 18 septembre 1831, écrite {>ar un oflicier d'état-major dans son journal :

Nous avons uu bataillon d'étrangers digne de tenir compagnie

PREIfIBnB LÉGION éTRANGÈnB. 9

au 67* (les Polonais). Ils sont débarqués depuis 8 jours ; le 1*' jour, il a manqué 35 hommes à Tappel du soir. Avant-hier, une compagnie entière s'est enivrée et a battu ses chefs. Il a fallu mettre toute la compagnie à la prison ou à la salle de police, sauf deux hommes qui passeront au conseil de guerre.

Ces faits étaient regrettables sans doute, mais, petit à petit, le tassement se fit et, le P' janvier 1832, on pouvait considérer la Légion comme déthiitivement organisée.

Les 1*', 2% 3', 5* bataillons et 4 compagnies du 7* bataillon occupaient Alger, le 4* bataillon était à Oran, le 6* à Bôno ; ils faisaient partie avec le 2" léger de la 2*" brigade de Tarmée d'Afrique.

Sur CCS différents points, on occupait les légionnaires au dessèchement des marais, à la construction des redoutes et à ouvrir des routes. Tout le monde était campé et payait tribut aux fièvres du pays. Le 2' bataillon perdait une grande partie de son effectif au camp de TOued- Féria, on était forcé d<î le relever et de faire entrer à riiôpital d'Alger ceux qui restaient, y compris le chef de bataillon.

Le 3* bataillon, établi aux avant-postes à la Maison- Carrée, comptait de fréquentes désertions : la tribu d'El- Ouffia, voisine du camp, provoquait ces désertions parmi les légionniires : de plus, cette tribu très remuante était le théâtre de nombreux meurtres et de vols fréquents auxquels il importait de mettre un terme.

On résolut de lui donner une leçon qui servît d'exemple à celles des tribus qui seraient tentées de l'imiter.

300 chasseurs d'Afrique, un bataillon du 4^ de ligne, 300 légionnaires, sous le comniandcment du général Faudoas, razzièrent cette tribu le 27 avril. I^es Arabes laissèrent 70 des leurs sur le terrain. Parmi les cadavres on retrouva ceux de deux Allemands, déserteurs d3 la Légion.

La Légion, qui recevait le baptême du feu, montra beaucoup d'untrain. Elle loucha pour sa part 10,000 fr. de prises.

Le 23 mai, le commaudanl Salomon de Musis, avec 27 légionnaires et 25 chasseurs d'Afrique, cherchait remplacement d'un camp, vers l'enclos de la Rassauta. Co camp était destiné à protéger la récolle des fourrages.

A une lieue de la Maison-Carrée, le commandant laisse sou infanterie au marabout de Sidi-Mohamed-Tittery , construit près d'un petit bois, puis pousse en avant avec ses chasseurs d'Afrique. A une deini-lieue de là, il est reçu par une décharge envoyée par les Arabes, cachés dans les broussailles. Les cavaliers et leur chef fout volteface, sans chercher à savoir à quel nombre d'ennemis ils avaient affaire, et galopent vers l'infanterie.

Les légionnaires en voyant revenir la cavalerie, prennent les armes et se préparent à la défense. Le commandant de Musis, sans ralentir son allure, crie au lieutenant Cham : c Nous sommes poursuivis par 1,500 Arabes, c tenez bon , je vais chercher du roufort à la Maisou- « Carrée », puis il continue sa route avec ses chasseurs d'Afrique. Seul, le trompette (dont malheureusement nous ne pouvons citer le nom) déclare qu'il veut partager le sort de la Légion, descend de cheval et l'offre à M. Cham, qui refuse, voulant, dit-il, mourir à sou poste.

Les 27 légionnaires, démoralisés [Slv la retraite de la cavalerie et de leur commandant, peu familiarisés avec la guerre d'Afrique, accueillent ronuonii par une décharge qui jette à terre une vingtaine d'hommes et de ciievaux, puis cherchent à gagner le petit bois où ils pensent se défendre plus facilement, au lieu de rester massés contre le marabout.

Sauf un fusilier qui se cacha derrière une broussaille, pas un homme ne parvint à gagner le bois, et lorsque les renforts arrivèrent, tous, y compris le lieutenant Cham, furent retrouvés morts et affnuLsement mutilés.

Le nombre des assaillants arabes était de 75, sous les ordres du ûls du caïd Ben-Zanoun.

Après cette triste affaire, le commandant de Musis

Page 1