‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 43 sur 117 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

Ein|ilac«Mnonl dos n'îgimcînls à leur arrivt'îo. — Lo cliolôra fuil flo> rjivajjos. — Lo.s discipliiuiircs d«3 la Lùglon deviennent croqin»niorLs. — Un bain (Vuxô. — Fonnalion d'un halaillon d'élite. — Il nssisl«* à la halaille di> l'Aluia. — Lnlln; de réliciUitions au batiilidU d'«îliii\ — Arrivé»' des "2 régimonls «mi Crimée. — Ordre du jour très flalhur pour le haUiillon d'élite «(ui est dissous : InsUillation sur le ]»lal»Mii do Cli«Tsonèse. — Les ventres de cuir. — Travaux du sièj^e.

— Combats dans les tranchées. — Affaire du 5 novembre. — Cyclone du \\ novembre. — Le coiiraj^o des légionnaires n'est pas entamé.

— Corvéi\s pénibles par nn hiver rigoureux. — Nouvelle monicre lie sonner le réveil en musique. — Arrivée de recrues. — La Légion reçoit des Criméennes.

La traversée des deux régiments se fait sans incidents.

I/étîit-niajor, les T' et H" bataillons du 1*' régiment débanjuont à Gallipoli, le 21 juin. Le 1**' bataillon s'éUablitaii camp de Boulaliir; In 3*" bataillon, formant dépôt, et i*état-major sont campés près de la ville. Le 1*' balaillon est employé aux travaux de fortification pendant f) jours et rentre, le 27, camper auprès du 3' bataillon. Le 2* bataillon du 1" étranger arrive le 29 juin avec les

3 oillciers et les 238' hommes du 2* régiment qui ont pris passage avec lui sur le Jean-Dart et vient rejoindre les deux autres bataillons du régiment déjà campés près de Gallipoli. Quelques jours après, les bataillons actifs du 1'' régiment sont dirigés sur Houlaliir, pour travailler aux lignes qui doivent couper la presqu'île de Jamos et on faire un camp retranché.

L'état-niajor et les deux baUiillons du 2* régiment débarquent les 7 et 8 juillet, et viennent prendre leurs emplacenienls à la gauche du 1*' régiment, au camp de noulahir.

Les deux régiments forment la 2* brigade (général Carhuccia)^ de la 5* division de Tannée d'Orient (général ievaUlanl),

La petite ville de Gallipoli est bAtie en amphithéAlre comme beaucoup de villes d'Orient, et se présente avec un aspect charmant, alors qu'on en approche par mer. Mais «lussi, conune beaucoup de villes d'Orient, le désanchantement arrive vite au touriste débarqué. Les rues sont fwiles, tortuiMisos, pn^sque eutièreuu^nt couvertes par les toits avancés des maisons, la plupart en bois et mal entretenues; elles sont pavées avec des blocs de pierres d'inégale hauteur, leur parcours est très difllcile.

Au milieu d'échoppes et de boutiques de toute sorte, grouille une population de Turcs, de Grecs, d'Arméniens et de Juifs, d'um* misère et d'ime uialpropreté effroyables. Parmi celte population t^e détachent les uniformes des soldats nouvellement débarqués, (|ui, fatigués d'une longue lrav<M*sée, s'en vont musaul par les rues et s'arrêleul devant chafjue objet qui est nouveau pour eux.

Le terrain qui envimune la ville est joli et bien cultivé, îit's paysans que l'on rencontre voyagent gravement sur des }>ourriquots et portent, avec leur armement habituel, un fusil, qu'accompagne un panipluie de coton bleu. I^es

I. Au liou do 400 comme lo |)ortaient lot onlrot du gouveniour de l'Algôrie.

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soliîats qui ne maraudent pas trop, vivent en bonne intelligence avec les indigènes, iiabitués aux exactions des soldats turcs, et qui trouvent nos soldats respectueux du bien d'autrui.

Peu à peu, les nombreux transports amènent des troupes de France, mais apportent aussi avec elles le choléra. L'épidémie se propage avec une violence inouïe et une rapidité vertigineuse.

Le général Ney, duc d^Elchingen, ancien aide de camp du comle de Paris, qui était en disponibilité depuis 1848, et qui avait repris du service pour faire la campagne d'Orient, est enlevé en peu d'heures.

Ijo général Carbticcia, commandant la brigade des régiments étrangers, meurt le 17 juillet ; le 2* régiment perd son lieutenant-colonel, M. Sarrauton. Le 1*' régiment a 4 officiLMs et 175 sous-officiers et soldats morls de Tépidémie.

Va cependant la Légion, dont les hommes sont brisés aux fatigues de la guerre et habitués à coucher sous la tente, est bien moins éprouvée que les régiments arrivant de France.

Le général de division est heureux de recourir à la Légion pour fournir des auxiliaires aux divers services, manutention, chargement et déchargement des vivres, des munitions, de la houille, etc., etc. Des infirmiers volontaires se présentent pour remplacer ceux des hôpitaux morts de l'épidémie.

La seclion de discipline du 1*' étranger, qui est restée campée avec le dépota Gallipoli, est chargée du transport et de l'ensevelissement des morls qui sont enterrés dans de grandes fosses et recouverts de chaux.

Ces disciplinaires, endurcis à toutes les misères, réfractaires à la discipline, passant leur journée au silo, accomplissaient leur funèbre besogne la nuit. Peu enclins à la nostalgie, ne craignant ni Dieu ni diable, ils trouvaient LMicore le temps de tenter de se révolter le jour. Un malin.

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le capitaine qui les commaDdait esl prévenu que ces hommes ont insulté les officiers et les gradés chargés de leur garJe; il ordonne aussitôt de faire une petite rigole dans la roule qui sépare le silo de la mer et, en peu de temps les légionnaires ont de Teau jusqu'à la ceinture. Ce bain les calme et la nuit suivante, ils reprennent leur besogne de ci*oque-morts.

P<is un disciplinaire ne fui malade et pas un ne succomba à Tépidémie. Lorsque celle-ci disparut, ces hommes furent graciés et replacés dans les compagnies actives.

Le cholém s'était fait senlir non seulement dans la presqu'île de Gallipoli, mais aussi dans les camps occupés par les quatre premières divisions de l'armée. La première division, commandée par le général Canrobert, qui avait élé dirigée dans la Dobrulscha, pour soutenir les BachiBouzouks (spahis d'Orient) du général Yusuf, chargé d'une recoimais^ance jusqu'au Danube, avait surtout été éprouvée d'une manière désastrense.

La rébislaiice héroïque de Silislrio, la levée du siège, de celle place par les Rubses et révacualion des Principautés danubiennes, en raison de l'attitude hostile de l'Autriche, vinrent modifier les plans primitifs dos alliés, les amenèrent à transporter en Crimée le théâtre de la guerre et à assiéger Sébastopol.

Avant d'entreprendre cette expédition, le maréchal Saint- Arnaud se préoccupa de renforcer ses elfectifs considérablement alTaiblis. Il donna ordre de former un bataillon de marche avec les compagnies d'élite des deux régiments étrangers ; le commandement de ce bataillon fut confié à M. Nayral, chei du *6*' bataillon du 1" régiment, avec M. Pcycluiml, comme a Ijudant-major.

Les deux compagnies d*élile du I*' hataillon du 1*' régiment, s'embarquent le 22 auùl sur la AhucUe, et débarquent le 22 à Varna. I^es deux compagnies du 2* l)ataillon du f , et les quatre compagnies du 2' régiment embarqués

sur V Albatros, arrivenl à Varna le 24. Le bataillon va camper au plateau de Franka, derrière la 2" brigade de la 1" division ; il est placé sous les ordres du général Vinot/y un ancien légionnaire Les quatre compagnies de grenadiers forment le demi-bataillon de droite, et les quatre comptV giiics de voltigeurs le demi-bataillon de gauciie ; reffectif totiil est de 950 hommes.

FjO 25 août, les ofTiciers du bataillon sont présentés au général Canrobert, qui reconnaît des oiïiciers qui ont servi sous ses ordres au 2* régiment de la Légion étrangère. Le général passe lui-même la revue de détail du l)ataillon, complimente le commandant Nayral sur la belle tenue et l'attitude martiale des ofllciers et des hommes. 11 recommand(î de faire les derniers préparatifs en vue d'un em- ]>arquenient prochain.

Le 1*' septembre, le bataillon, formé à 800 hommes, 8'emJ)arque à Varna sur \e Montezuma qui le transborde sur le Jupiter à Haltchick. Le rpsle du ])ataillon reste à Franka sous les ordres du capitaine Verspuech et du sous-lieutenant UwjcL

Les 2, 3 et 4 septembre, la flotte reste mouillée en rade de Baltchick. Le 5, elle met à la voile, rallie la flotte anglaise et les transports le 9 ; le 13, toute la flotte mouille devant Eupîitoria et le 14, l'armée débarque à la baie de Calamita, à 18 kilomètres du sud d'Eupatoria, au point dit: Old-Fort.

Le débarquement de la 1'* division se fait sans difficultés. Elle va camper sur une ligne, la droite à la mer, face au sud, en faisant une courbe allongée. Le bataillon d'élite est à la gauche. Aussitôt installé, chaque bataillon envoie deux compagnies en grand'garde. Elles ont l'ordre de se retrancher et de se couvrir en avant par des petits postes. Autour du camp, s'étendent des steppes nues, sans arbres, sans végétation et sans eau douce ; il faut aller chercher l'eau potable à 7 kilomètres, à une petite rivière qui coule vers l'Est.

17ti LA LÉGION ÉTIlANGBnE.

Le 17 septembre, dans une manœuvre de division, le général Canrobcn prend en pei*8onne le commandement du bataillon, lui fait former le carré sur 4 rangs et dit aux officiers qu'il destine le baUiillon à donner le coup de marteau aux colonnes russes.

L'armée se met en marche le 19; les 4 divisions forment les 4 angles d'un losange, au centre duquelse trouvcnl l'artillerie de réserve, les ambulances et le convoi. 1^ 1* division tient la tête ; elle marche en colonne par pelotons à demi-distance, les deux batteries au centre, le baUiillou d'élite à côlé d'elles. Les liommes emportent quatre jours de vivres. Les moyens de transports sont très réduits, les olficiers supérieurs n'ont qu'un cheval, les compagnies un seul mulet et une seule tente pour les 3 ofliciei^s.

Le plateau que l'on traverse est à peine ondulé, le terrain est solide et résistant, la marche facile. De distance en distance, on aperçoit des traces de cuhui'e, un champ de maïs ou un champ de blé dont les gerbes ont été brrUées.

La division arrive sur h'S bords du Boulganak qu'elle franchit. Va\ prenant pied sur la rive opposée, on a[»erçoit à 8 kilomètres en avant sur des hauteurs enamphithéiUre, l'armée russe rangée en bataille. La cavalerie ennemie tente une reconnaissance qui est repoussée i^ar l'artillerie.

Le 20 septembre, à 7 heures du matin, l'armée française formée sur deux ligues se dispose à se porter en avant, mais il faut attendre MM. les Anglais qui ne sont pas prêts. A 9 heures, las d'attendre, les Français font le café. Le maréchal passe devant le front des troupes. Arrivé devant le bataillon, il parle aux officiera et aux soldats, leur dit qu'il compte sur eux, qu'ils doivent se rappeler que le maréchal qui les commande a été lui-même capitaine à la Légion.

Kniin, à 11 heures et demie, l'armée anglaise étant préti;, la 2^ division (général /iosf/ud), chargée de tourner l'aile gauche des Russes se met en mouvement. Lorsque les zouaves et l'artillerie ont pris pied sur le plateau qui

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est balayé par le feu des vaisseaux fi-anrais, la 1" et la 3"^ division formant le centre s'ébranlent à leur tour ; la l'« brigade marche en bataille couverte par un rideau de tirailleurs, la 2* brigade, par bataillons en colonne serrée à 300 mètres en arrière : TAlnia est franchie en amont du village d'Almalamak ; les troupes mettent sac à terre. La lièvre du combat, Témulation s'emparent de tous, c'est à i]ui arrivera le premier sur le plateau que les zouaves ont esralaflé. Le général Cmirobert envoie tout son état-major recommander Tordre! de Tordre! A la vue du bataillon qui manœuvre comme sur le terrain d'exercices, il leur rri<3 : « A la bonne lieurc, servez d^excmplc aux autres, braves Ic'jitninaircs », et il prescrit au bataillon de se porler en avnntavec les deux batteries d'artillerie.

A peine arrivé sur le plateau, le bataillon se trouve à 800 mètres de plusieurs bataillons russes formés en bataille et qui ouvrent contre lui un feu de deux rangs. Le comiiiand.'Mit Nnijrnl n'formo son bataillon (ît se couvre de suite par une compagnie de grenadiers déployée en tirailleurs. Le feu s'engage vigoureusement, le bataillon conserve son poste à la droite do la division et protège l'artillerie. Le combat dure depuis 2 heures et demie jusqu'à 5 heures et demie. Nous avons 5 ofTiciers blessés et 55 honunes tués ou blessés ; à 5 heures et demie, Tennemi bat eu retraite, le bataillon redescend au bord de TAlma, reprendre ses sacs et va camper sur le plateau au sud de la rivière.

Le 21, la journée est employée à ensevelir les morts et à évacuer sur la flotte les malades et les blessés. Le commaïKlaut Nayral reçoit du général de brigade Vûioy la lettre suivante :

Mou cher Coininandant,

Le marcclial et le général de division me chargent de féliciter votre bataillon de l'ordre parfait et de la bonne contenance qu'il :i t«Mius devant Tennemi dans la journée du 20. Je suis heureux «l'y joindre mes félicitations particulières.

LBO. KTRAHOÈRB. IS

17S LA LK(;i(IN ËTlkANCiKlkK.

Cette lettre fut portée à la connaissance de la troupe par la voie de Tordre.

Le 22 septembre on Hiit séjour ; on continue Tévacuation des malades et des blessés sur la (lotie, on n^roit deux jours de vivres, et on attend les Anglais de nouveau.

Le 23, à G heures du matin, les soldats chargés de cinq jours de vivres se mettent en marche, le terrain est devenu aci'idonté, les pentes des collines sont boisées. On campe sur la rive gauche de la Katcha.

Le 24, Tarmée marche on deux colonnes et campe dans la vallée du Belbeck, au milieu des maisons de campagne et des vignes. Dans la nuit, les avant-postes sont attaqués. Le 25, l'armée fait une marche de flanc autour de Sébaslopol, à travers des bois épais : les Anglais (font à Tavantgarde. Le mauvais chemin qui rejoint la route de Simphéropol à Balaklava est réservé à l'artillerie et aux bagages. Les divisions, formées en deux colonnes, laissent le chemin à leur gauche. Le mouvement ne commence qu'à midi; à 6 heures du soir, on rampe près de la ferme Mackensie, sur un plateau où les quelques puits qui existaient ont été mis à sec. Les soldats appellent ce bivouac, le camp de la soif.

Le 26 au matin, le bataillon débouche des bois et arrive sur la Tchernaïa, où les hommes étauchent leur soif. La 1"* division se reforme, franchit la rivière à gué et va camper sur les monts Fedioukiue. I^es Anglais marchent sur Balaklava dont ils s'emparent.

Le maréchal Saint- Arnaud s'embarque mourant pour la France et remet le commandement de l'armée au général Canrobert, qui est remplacé dans le commandement de la division par le général Douât.

La 1" division est envoyée vers Balaklava, elle campe dans la plaine de ce nom les 28 et 20 septembre. Le 30, Ja division est désignée pour faire partie de l'armée d'observation *, elle campe sur les monts Sapoune, près du col de Balaklava, où jusqu'au 9 octobre le bataillon est em-

ployé aux travaux de défense et aux corvées pour le transport du matériel.

Le 10 octobre, la 1'* division est remplacée au corps d'observation par la division turque et fait partie du corps de siège. Pendant les journées des 11, 12, 13 et 14 octobre, le bataillon travaille aux tranchées et se fait remar- ({uer par sa constance ; deux compagnies sont citées à Tordre pour leur ardeur au travail.

Le 10 octobre, les compagnies du centre des deux régiments de la Légion étrangère restées à Gallipoli ont reçu ronhe (le s'embarquer pour la Crimée. Pendant leur séjour à Gallipoli, elles ont été employées à construire les fortifications de cette place.

Le colonel Bazaine, nommé général de brigade, réunit sous son commandement les deux régiments étrangers. Il est remplacé au 1'' régiment par le colonel Viénot.

Le 2* régiment s'est embarqué le 11, sur des bateaux anglais qui le débarquent à KamiescU, où il campe le 14 et le 15, il vient ensuite prendre sa place à la gauche du corps de siège.

Le P' régimenl s'embarque le 14 sur l'i^rouet débarque le 17.

A l'arrivée des deux régiments, le bataillon d'élite est dissous par l'ordre suivant :

Ordbe oénéral.

Année d'Orient. — État-major général, — A'» U8.

La 5* division dont fait partie la brigade de la Légion étrangère sous l'appellation de 3* brigade, sera rattachée à Tarniée de siège et y sera rétablie selon son rang de bataille. Le bataillon d'élit(î de la Légion est dissous; les compagnies qui le composaient rentreront îi leurs bataillons respectifs.

Le général en chef se plaît à rendre hommage à la vigoureuse attitude qu'a montrée ce corps d'élite depuis sa formation.

Au quartier gûnéral (lovant Sëbastopol, le 15 octobro i854.

Le Général commandant en chef, Canbobert.

180 LA LÉGION ÉTIIANGÊRE.

Avant de se séparer du halaillon, le général Vinoy reçut les officiers et les sous-ofGciers, il leur exprima tout lo regret qu'il éprouvait de voir le bataillon quitter la brigade, perdant, dit-il, « le plus beau fleuron de sa cou- « ronne. Dites bien à vos bommes, ajouta- t-il, que Tinten- » lion du maréchal, en les faisant venir, a été d'avoir une « troupe d'élite et qu'ils ont complètement rempli tout ce « qu'on pouvait attendre d'eux. Je connais la Légion de- « puis longtemps et sa réputation ne fait qvxii grandir. A « l'Aima, vous avez ajouté une page glorieuse à l'iiistori- € que de votre corps. »

La brigade des régiments de la Légion étrangère est campre en deuxième ligne, à la gauche de la 2'' brigade (général Couston). Elle a devant elle la 2* brigade de la 4" division (général cVAurelle de Paladines) qu'elle déborde ; la gauche du 2** régiment s'étend à pou de distance du fond de la baie de Strelilzka.

[iO plateau de Chorsonèse où est installé le camp, a un aspect triste, il est fortiMUont ondulé; tirs nnu's eu pit!rn;s sèches entourent des enclos plantés de vignes et de jeunes arbres fruitiers, au milieu desquels s'élèvent de rares habitations abandonures par leurs propriétaires et laissées sous la garde de quelques chiens. L'eau se trouve au fond de la baie de Strelilzka; les vignes et les arbres fruitiers fournissent le bois. Plus tard, ces ressources de chauffage furent épuisées, il fallut alors chercher le bois au loin.

Les Russes appellent les légionnaires, /£'st>e/iOvs de cuir, à cause de la grande cartouchière d'Afrique suspendue au cou par une couiToie ; elle a été conservée jusqu'au Mexique.

Le 18 octobre, les bataillons des deux régiments étrangers sont reconstitués, et le 11), la brigade prend part aux travaux du siège.

Le 18 octobre, les régiments rt.'stent spectateurs d*un duel d'artillerie entre la ville et les batteries de siège.

LX LÊGIOiN KTIIANGÙRE EN GRIMÉK. 181

La ranonnaJe commencée au point du jour se termine à

10 heures par Texplosion d'un magasin à poudre et d*une caisse de gavgousses. Les flottes eniliossùes en face des I)atteries et des forts de la place commencent leur bombardement à 1 heure, il se termine à la nuit sans résultats appréciables. Pendant cette canonnade, toute Tarmée atleuilait le moment de donner l'assaut, malheureusement, l'attaque de vive force était impossible.

Le 19 octobre, le bombardement recommence sur toule

11 ligne ; 61 pièces sont en batterie du côté des Français, mais, malgré tous les efforts de Tartillerie et des deux batteries de marine servies x^ar les équipages de la flotte, on n(» peut faire taire Tarlillerie de la place. Il faut se résigncîr à passer par les longs travaux d'un siège.

IjCs troupes sont alors surchargées de corvées de toute sorte, la fatigue est extrême; le choléra et la dyssenterie recommencent leurs ravages. Le capitaine Pichon, du 1"' iHraiigrr, et un grand nombre d'hommes succombent. Le service des baLiillons de garde est de 24 heures et se prend après la soupe du matin. Les sentinelles sont placées sur les banciueltes et regardent par des créneaux en sacs à terre. Elles tirent sur tout ce qui se présente à distance ; les rhasscurs à pied, à cause de leur armement spécial, y sont employés de préférence.

Une fois dans la tranchée, chacun s'abrite de son mieux; les hommes sont dans la poussière, dans la boue ou dans Teau, suivant le temps, exposés h toutes les intempéries. La consigne est de surveiller l'arrivée des bombes dans la tranchée. Au cri de: gare la bombe, tout le monde se rou' hc. Contre les obus à balles, on se gare en se serrant iiHilre la tranrhéc. Cha(|U(^ compagnie est munie d'un brancard pour le transport des blessés.

A 3 ou 4 heures, on apporte la soupe : à ce moment, la place redouble le feu de ses tirailleurs, car les hommes de corvée, malgré les ordres donnés, ne suivent pas les boyaux de communication et prennent des raccourcis pour

rejoindre leurs compagnies. Mêmes fails se représenlent le matin, lorsqu'on apporte le café.

Pendant la nuit, un homme sur deux veille, l'autre se repose, des embuscades sont formées en avant, elles détachent des factionnaires munis d'une pelle et d'une pioche et chacun cherche à se créer un abri qui le mette au moins à l'abri des balles. Les Russes emploient le môme système. Au point du jour, les postes avancés rentrent dans les tmnchées et sont accompagnés par le feu des tirailleurs ennemis.

Les compagnies de réserve placées en arrière des tranchées sont plus tranquilles, les hommes peuvent former les faisceaux et se reposer. Pour éviter des alertes inutiles causées par les sorties, on emploie les sonneries de : Garde à v<ms et Par le flanc droit ou le flanc gauche si l'attaque a lieu à droite et à gauche. La berloque indique que l'ennemi se retire ; alors le service et le travail reprennent leur cours normal.

Le travail des tranchées a lieu la nuit. Les soldats, le fu^il en bandoulière et conduits par leurs ofhciers, se rendent au dépôt des tranchées où ils reçoivent soit des outils, soit un gabion, soit des sacs à terre. Sous la direction des officiers et des sous-officiers du génie, ils gagnent leurs emplacements qui sont ensuite rectiliés, et au connnandenientde: Ilaiules bras, le travail commence. En cas d'attaque, le travail ne doit être quitté qu'à la dernière extrémité et sur un ordre formel; les travaux s'exécutent sous le feu de la place dont la mitraille vient souvent balayer le terrain, enlever les travailleurs et le gabion à moitié rempli.

Le 25 octobre, on entend, avec surprise, le canon du côté de Balaklava. C'est une diversion des Russes qui ont voulu tâterla ligne de communication des Anglais avec la mer. L'ennemi est repoussé.

Jusqu'au 5 novembre, le 1'"' régiment a 40 hommes hors de combat ; celles du 2' sont un peu plus fortes.

LA LÉGION ÉTIIANGÈRE EN CniMÉE. 183

Le 5 novembre, le canon tonne de toutes parts, les Russes attaquent sur tonte la ligne. Ils se portent en masses considéra])lcs contre les Anglais, tandis qu'une grande sortie se dirige vers les tranchées de gauche. Plusieurs bataillons russes attaquent de front, pendant que d'autres, à la faveur d'un épais brouillard, remontent le ravin de la Quarantaine et tombent sur les avant-postes et les bataillons du ly et du 39" do ligne.

Le demi-bataillon de gauclie du 1" étranger, commandé par le capitaine Marly, qui est en rései've à la maison des Carrières, se place à cheval daus le ravin pour iirréter ronnenii ;le demi-bataillon de droite reste près des batterie»» 7 et 8 pour les défendre. Les trois bataillons de garde de tranchée qui sont sous les ordres du lieutenant -colonel Cappe, de Tinfanterie de marine, comptent 1,100 hommes.

Signalé trop tard parles sentinelles, l'ennemi envahit du premier coup les tranchées et deux ])attcries, il enclouc 15 pièces. Dans le ravin, un feu violent s'engage ; deux fois les quatre compagnies chargent l'ennemi à la baïonnette etculhutcnt les troupes qu'elles ontdevant elles; mais les pertes sont sensibles, la plupart des ofliciers sont hoi*s de combat, il est impossible de tenir plus longtemps, on bal en retraite et les compagnies se retranchent derrière des murs de clôture qui barrent en partie le ravin. Mais elles sont bientôt débordées de nouveau et obligées de céder aux masses sans cesse renaissantes des Russes. Une j)artic des légionnaires se retirent dans les carrières d'où ils tirent saus relAche sur l'ennemi \ les autres se replient dans les tranchées et se joignent au 19" et au 39" do ligne qui ont été aussi obligés de céder.

J^c lieutenant-colonel Cappe se voyant vivement pressé, envoie demander du secours par l'adjudant-major Dounctou '. Celui-ci, obligé de passer sous le feu des Russes, est

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