CHAPITRE III
Colonne conire les Ouled-Attia, près de Bône (G* bataillon). — Razzia des Gharaba, près d'Oran (4« bataillon). — Combat près de Karguenta (\* bataillon). — Prise d'Arzcw et défense de Moslaganom contre Abd-oi-Kadcr ('i* bataillon). — Rnzzia sur les Smélas.
— Hctrailo du Figuier. — Attaque des campements d'Abd-el-Kader à Tazorouna (5« bataillon). — Le colonel ncniellc prend le commandomontdc la Légion. — Colonnes sur Blidali, sur Guerra, surColéah.
— Inspection générale passée par le général Voirol.
Les premiers mois de Taunée 1833 sont tranquilles dans la province d'Alger. Aussi le colon commence-t-il à se montrer intraitable avec le soldat. Deux légionnaires surpris coupant de Therbe dans la propriété d*un colon, sont poursuivis par le propriétaire du champ , et Tun d'eux, le nommé Simmon, est tué d*un coup de fusil. Malgré les réclamations du colonel MoUenbeck, ce colon n'est pas poursuivi. C'était cependant sous le régime du sabre que vivait alors l'Algérie ; il n'élait donc pas si terrible que MM. les Algériens veulent bien le dire aujourd'hui.
Le 6*" bataillon , stationné à Boue , fait partie d'une colonne dirigée le 13 mars contre les Ouled-Attia. Les troupes partent à minuit de la place, et au point du jour, on a cerné les douars de la tribu.
La fusillade s'engage, les Ouled-Attia et leurs alliés, les Onhîd-Yacoub, se ruent sur nos troupes, mais la solidité des légionnaires et les charges des chasseurs d'Afrique les mettent en déroute et ils ne trouvent leur salut que dans la fuite, laissant 47 morts qu'ils n'ont pas eu le temps d'enlever.
Dans la province d'Oran, le 4* bataillon (Espagnols),
avec 2 compaguies d'élile du ôô"" de ligne et 2 escadrons du 2* chasseurs d'Afrique, prenait part, dans la nuit du 7 au 8 mai, à une razzia sur la tribu des Gharaba. Cotte tribu avait manifesté ses mauvaises dispositions contre la France lors de l'affaire de Sidi-Chabal, et ses maraudeurs venaient dépouiller et tuer les colons et les soldats jusque sous les mm*s d'Oran.
Leurs trois douars installés à G heures d'Oran, dans la plaine du Tlélat, furent cernés, les troupeaux enlevés, et de nombreux Arabes restèrent sur le champ de bataille. Un escadron de chasseurs d'Afrique, un instant fortement pressé par les Arabes, fut dégagé parles deux compagnies de la Légion.
Quelques jours après, le général Desmichels, voulant faire établir un blockhaus en avant de la mosquée de Karguenta organisée en caserne défensive, désigna pour couvrir l'opération et protéger les travailleurs le bataillon de la Légion et 2 compagnies d'élite du 66'', sous le commandement de M. Croz-d'Avenas, chef de bataillon.
Le 27 mai, à ô heures du malin, 5,000 ou 6,000 Arabes vinrent en deux colonnes attaquer ces troupes. Une des colonnes attaquait de front, tandis que l'autre cherchait à tourner la gauche des Français. Après un combat qui <lura 7 heures, les Arabes furent mis en fuite, grâce aux charges faites par les chasseui*s d'Afrique.
Le blockhaus est construit et reste sous la garde de 40 hommes; les troupes rentrent à Oran.
Le 4*^ bataillon fut embarqué h Oran pour aller relever le 6* bataillon qui occupait Bône et qui était atteint du choléra.
Mais arrivé en vue de Bône, il reçut l'ordre de rétrograder sur Alger, l'épidémie était tellement violente, que Ton craignait que le moral des soldats ne résistAt pas à l'aspect de la garnison déclinée par le Iléau. Trois mois après, le bataillon rentrait à Oran.
Le demi bataillon du ô* (Italiens), venu d'Alger pour
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remplacer le 4* bataillon à Bône , prit part à la prise d*Arzew et à celle de Moslaganem. Cette dernière place était attaquée par Abd-el-Kader ; la Légion défendait le fauttourg de Tidjit; les maisons de ce faubourg furent reprises deux fois sur les Arabes par la Légion, le sergent Grange fut cité à Tordro pour celte affaire. La ville résisla aux Arabes, grâce au courage des grenadiers du 06* de ligne.
L'autre demi-balaillon prit part à la razzia faite le îy août, par le colonel de l'Étang, sur les douars des Smélas. L'opération réussit , mais la retraito fut excessivement pénilile. La clialtMir était torride, et la colonne harcelée l>ar les cavaliers arabes, les hommes succombent à la soif. Le sirocco soufllant avec violence, les Arabes allument lt*6 broussailles et font de la plaine une immense fournaise ; quelques hommes épuisés se couchent et ont bientôt la tête coupée par les cavaliers arabes ; la cavalerie lifMil bon et se dévoue pour couvrir la retraite. On se liAte d'arriver au Santon-du-Figuier, mais, hélas! on ne trouve que de la vase dans le puits. Heureusement, la garnison d'Oran arrive au secours do la colonne, amenant des vivrrs et de l'eau sur des prolonges, et les troupes rentrent à G heures du soir à Oi*an, exténuées, mais sauvées.
Le 5" bataillon prend pnrt à la sortie du î) octobre, vers Misserghin, et à celle du 2 décembre, qui avait pour objectif la surprise des campements d'Abd-el-Kader à Tazerouna. Un douar est razzié , mais celui d*Abd-el- Kader, plus éloigné, n'est pas atteint ; il a le temps de fuir. Cette razzia est importante et l'on rentre à Oran en bon ordre, malgré les attaques fréquentes que subit la colonne. La retraite du ô aoAt a été d'iui exemple salutaire ; malgré ;{0 heures de marche et 13 heures de combat, ni un homme, ni un cheval ne restent en arrière.
Dans la province d'Alger, le 0 avril, le colonel Dernelle avait pris le commandement de la Légion et se trouvait au camp de Douera avec 2 bataillons.
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Le 10 septembro, les compagnies d'élite du l*' et du 2* bataillon accompagnent à Blidah la commission d'enquête envoyée par la Chambre pour se rendre compte de l'état de l'Algérie.
Ces compagnies , chargées de l'arrièi'e-gardo , maintinrent à distance les Arabes qui u'osèrent attaquer la colonne.
Le 5 septembre, le colonel Bernelle prend le commandement d'une petite colonne, forte d'un bataillon d'infanterie, deux compagnies de la Légion, d'un escadron et de deux obusiers, pour aller clieixher à Guerra la lille d'une cantinière, asc^assinée quelque temps auparavant.
Les Arabes, fidèles à leur lactique, attaquent la colonne à son retour, mais la retraite s'effectue par échelons, ce qui permet de tenir l'ennemi à distance : le colonel Bernelle ayant eu soin de faire occuper le défilé de Bouffarik, la petite colonne rentre sans avoir pordu un honiini*.
Le 21 septembre, le colonel Bernelle dirige une nouvelle colonne sur Coléah et prépare l'attaque des douars des Hadjoutes, opération commandée par le général Trotbriand.
La ville ebt abandonnée en partie par ses habitants, mais les douars des lladjoutes sont brûlés, malgré leur résistance et celle des tribus voisines. La reti'aite fut pénible, et les compagnies d'élite de la Légion, chargées de l'arrière-garde, tirent brillamment leur devoir ; les attaques étaient tellement fréquentes, que dans la journée il fallut les ravitailler de cartouches ; les 60 cartouches distribuées le matin étant épuisées.
Gnlce à leur n^sistance, le passage de la CliilTa s'eCfectua sans pertes.
A leur retour à Douera, les troupes furent employées à déblayer le défilé de Bouffarik, encombré d'arbres et de broussailles servant d'embuscade à l'ennemi.
Le 17 décembre, le général Voirol passe l'inspection des V\ 2*, 3* et 4* bataillons. Il constate que l'esprit de
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rorps laisse à désirer, qnn les cas d'ivrognerie sont trop fréquents. 11 trouve que le. corps d'ofliciers est trop âgé, mais qne les sous-ofHcicrs sont zélrs et que les hommes sont plus habiles à la guerre que sur le terrain d'exercice. La tenue est bonne.
A Oran, Tosprit de corps du 4* bataillon est bon, les hommes sont d'excellents tireurs et de bons marcheurs ; ils abordent l'ennemi avec la môme bravoure que les meilleures troupes françaises. Mais la propreté laisse à désirer. Ce sont des Espagnols.
Au b"" bataillon, à Mostaganem, les Italiens qui le composent font de fréquentes récLimations; la discipline s'en ressent. Le commandant et les otliciers sont nuls; les cadres inférieurs sont bons, les hommes marchent et manœuvrent bien. Même observation pour la propreté.
Le 6' bataillon, à Bône, passe sa première inspection. L'esprit de corps est bon. Les olUciers eont Irop vieux et peu propres au service d'Afrique. Les hommes sont en général bien tenus : on n'a pas fait de tir à la cible, la complabilité est mal tenue et le décompte n'a pas été payé depuis la foimation du bataillon.
Enfin, au dépôt, l'administration marche bien, mais l'instruction militaire est faible.
Tel est le bilan de l'année 1833.