‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 60 sur 117 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DEPUIS yAGENTA JUSQu'a LA FIN DE LA GUEnnS D*1TALIB.

K\|M'*(lilioii cuiilro le ct)i'|is aiilricliioii Urkm. - l.i^ coUiiH'l Si(;iinriiiu irsl iioiiiiiii'; un ciiiniiiuuileiiK'iil du ivgiiiiriil. — Murclii* mii* l«o«li. — Munhu sur ('.isli^Miuiic — Julud Gotlard t>i \e6 liallou:» caplil's. — Xlurcho bur (luM'ianii. - BuluilU; de SolfcruMi. — Manlic mmi* Villah'unca. — hL*>lrurlioiis dt; rKni|MM'(Mir sur lo servit:!; du sûreu*. — Signaluru do raruiislice. — Arrivûu du régimunl à Milun. — Les l«r ei o« liaiailluiis sonl dirifrcs sur Paris |Miur o^sibler ù l'i^nirûe (le l'unnéo tl'llalio. — Lo 3* baluillon o^l eml>un|ué à (îônoa fiour MorS'ol-Krbir. — Urcompcusirâ olilouurs par le régiment peudaiil la cauipaguu.

Le (î Juin, la divibioii campe à Hliô, tout le rorps d'arluée biiil la voie finTÙe, ouvraiil les rangs au p^isbage des tniins.

A peine arrivé au camp, à 3 heures du soir, un apprend (fu'une colonne aulricliicnne, sous les ordres du général Url)an, est à une pelile distance en avant.

La cavalerie saule à cheval ; la 2* division prend les armes, ne laissant au camp (fue lenonihrcd'lioinmeb strictement nécessaire. Les troupes sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon se mettent à la poursuilti des Autrichiens, mais ceux-ci ont déjà tourné Milan et se dirigent vers Moiua.

On ne peut les atteindre ; on regagne le camp à 9 heures du soir.

Le 7, le 2** corps fait son entrée dans Milan, aux accla mations tle la population, et va camper sur les lioulevanls extérieurs.

Le 8, à 4 heures du matin, le 2* corps prend les armes,

T IIKOIMENT ÉTIIAN0I2I\. 255

à raiinonce qu\ine forte colonue aulrichieiine est signalée îi Melcguînio. Le 1" corps doit l'attaquer do front, tandis que le 2' agira sur sou flanc droit.

La marclio se fait par de mauvais chemins, à travers un pays coupé où il ost très dillicile do s'éclairer.

A 10 heures, on fait la grand'lialte à 4 kilomètres de la ville.

La colonne est arrêtée deux fois pendant 2 heures.

Le 2' régiment est chargé de la garde du convoi ; il occupe Borglio-Peschiera et fait serrer les voitures le plus possihlo. Ou forme les faisceaux et Ton attend. Vers 5 heures on entend distinctement le canon vers le sud.

Le l''' halaillon (ronnnaudant de Fresne) est envoyé par la route de Melegnano n^oindre le 1" corps; mais il n'est pas engagé et reste en réserve jusqu'à la fm de la journée. Le lendemain, il rejoin^à Borgho-Peschiera le régiment qui y séjourne les 9 et 10 juin, sous une pluie torrentielle qui fait craindre la rupture des digues des rivières.

Le 10 juin, le l*"' étranger va tenir garnison à Milan, où il doit chercher à se recruter; la 2' brigade est réduite au 2* zouaves et au 2* étranger.

Le 11 juin, le corps d'armée se met en marche surLodi, il a pour mission de couvrir et de llauquer Tannée française, qui doit franchir TAdda un peu plus en amont; le régiment cantonne à Médiglia.

Le 12, on va camper plus au nord, à Truccazzano, où la brigade installée dans une prairie a son camp inondé après un violent orage.

Le 13, on longe l'Adda ; avant d'arriver à la ligne du chemin de fer de Milan à Bergame, on tourne à droite et ou traverse cette rivière sur un pont en pierres. Le corps d'armée suit le chemin de fer jusqu'à Treviglio où ilpi^nd la roule de Milan à Broscia, l'étape est forle ; on cantonne à Caravaggio, où tout le corps d'armée trouve à se loger.

256 LA LÉGION ÉTRANÛKRK.

La brigade fait ensuite étape à Coi*vo et à Calcio, où elle bivouaque.

L'Oglio a été franchi à Urago ; Tennemi a barricadé le pont et crénelé quelques maisons, mais la V^ division a occupé le passage sans coup férir.

L'armée s'avance sur un front très resserré et sur une profondeur très réduite. Les diilicultés de marche et d'approvisionnement sont augmentées par suite de cette concentration. Ainsi le régiment qui a quitté Borgho-Peschiera le 11 juin, n'arrive au bivouac de Castrezzate que le 10, ayant fait G5 kilomètres en 6 jours !

Les convois ne peuvent se meltre en mouvement qu'après l'arrivée des troupes à l'étape, de sorte que les distributions se font tard dans la soirée ; la soupe est difficile à faire ; la viande abattue se gâte sur le sac des hommes.

Les troupes campent presque constamment comme en Afrique, ce qui permet de ne pas envoyer les régiments dans les villages plus ou moins loin de la ligne de marche ; mais le terrain est très coupé et très couvert; il est difficile d'installer les camps. De plus, les pluies continuelles empêchent les hommes de faire sécher leurs eilets.

Le 17 juin, le régiment campe près de Castcd-Nuovo, sur la rive droite de la Mella, qu'il franchit le lendemain. On coupe à San-Seno la route de Crémone à Brescia, où s'établit la 1*^ division, Uuidis que la 2* va bivouaquer à BorglioCastello, où elle fait séjour le 10 et le 20 ; repos ordonné pour toute l'armée et nécessaire pour rectifier les positions et assurer les approvisionnements.

Le colonel Signorino, nommé au régiment en remplacement du colonel de Chabrière, vient prendre le commandement.

Le 21, le régiment, en tête du 2' corps, marche sur Montecliiaro. Avant d'arriver à l'étape, le corps d'armée traverse ime plaine découverte, peu cultivée, qui a servi de terrain de manœuvres à l'armée autrichienne du temps du maréchal Radetzky.

2' IIÉGIMKNT ÉTRANGEll. 257

Le corps d'armée se masse et se déploie par division avec les bataillons à demi-Jistance. A droite, on aperçoit le corps Niel.

Après une heure de marche, la plaine est traversée ; on remarque, sur la rive droite de la Chiese, les camps du corps Baraguey d' Milliers qui a suivi la route de Bi*escia à M<iutoue.

Le 2« corps rompt en colonne de route, traverse les camps du 1*' corps, franchit la Chiese àMontechiaro et va camper à cheval sur la route de Castiglione, la 2* division à I;i ^'anche.

iiC 22, à 8 heures et demie du matin, le régiment suit la route de Castiglione. Le pays est moins couvert. On aperçoit cette ville que les Autrichiens ont fortifiée. Après avoir traversé Castiglione, la division va bivouaquer à gauche de la roule de Mantoue ; le camp du régiment est dans les vignes.

Nos grand'gardes ne sont pas inquiétées, mais celles du 2' zouaves chassent à coups de fusil quelques ulilaus autrichiens.

]/aéronaute Jules Godard arrive vers G heures du soir avec un ballon captif qui, aussitôt gonllé, s'enlève emportant 2 ofliciers d*élat-major et un ofTicier du régiment, qui cherchent à étudier le pays et à reconnaître les positions ennemies vers Medole et Cavriana. Ils n'aperçoivent rien de saillant, si ce n'est trois cavaliers du côté de Pozzolengo.

Le 23, la brigade reçoit Tordre de faire une reconnaissance vers le nord-est. Elle trouve sur sa droite un pays l>lat, couvert d'arbres, et sur sa gauche une suite de hauteurs, sans direction générale bien dessinée, mais complètement cultivées, couvertes de bouquets d'arbres, coupées de haies et <Je maisons isolées. Les communications à travers champs sont très difliciles.

La brigade rentre au camp sans avoir vu l'ennemi; mais le soir, des patrouilles et des grand'gardes autri-

258 LA LÉGION ÉTRANOÈnB.

chiennes sont signalées par les zouaves au nord, dans la région montagneuse.

Le 24, le 2* corps a ordre de se diriger sur Cavriaiia, en suivant la grande route qui va à Guidizzolo et de tourner à gauche 3 kilomètres avant d'arriver à cette localité. Le 2* étranger et le 2* zouaves, qui forment Tavant-garde, se mettent en roule à 3 heures du matin ; ils sont éclairés et flanqués par le 7* chasseurs à cheval. En arrivant à hauteur de Casa-Morino, ils rencontrent une forte colonne autrichienne se dirigeant sur Castiglione. Les zouaves et Tarlillerie de la division prennent position immédiatement à la droite de la route du côté de Medole et ouvrent le feu.

Le 3* bataillon du régiment estde soutien à rarlillerie, et les 2 autres bataillons sont formés par bataillon en masse à quL>Ique distance en arrlL^re.

Le 1" corps (maréchal Baraguey d'iIilliors)a suivi les hauteurs se dirigeant sur Solférinoet est engagé de bonne heure. A la droite, 10 4** corps, qui a Medole pour objectif, n'est p.is encore arrivé. Le rôle du 2" corps est doue de maintenir Tennemi et d'attendre l'arrivée du 4* corps pour prendre l'offensive.

Le maréchal de Mac-Mahon donne l'ordre de faire déployer en tirailleurs les compagnies de chasseurs à pied, de zouaves^ puis les trois compagnies de volligrurs du 2* étranger. Derrière ce rideau, l'artillerie du corps d'armée est mise en batterie par le général Auger. Ce grand déploiement d'artillerie au centre de la ligne de bataille tient l'ennemi à distance et permet de traîner le combat en longueur.

Le maréchal forme son corps d'armée sur deux lignes de bataillons en masse, et se porte à un kilomètre en avant pour dégager la droite du 1" corps. Vers 2 heures et demie, la tour de Solférino est enlevée; les deux divisions reçoivent l'ordre de pivoter sur la gauche et de marcher résolument sur Cavriana.

2' nKGIMENT ÉTRANGER. 259

La 1'* (liviBiou et la 1'* brigade de la 2* sont engagées, mais la 2* brigade, placée auprès de rarlillcrie, forme la réserve et protège le centre du corps d'armée.

Vers 5 heures, les Autrichiens abandonnent Cavriana. A ce moment éclate un orage formidable accompagné d'une pluie diluvienne, qui déracine les arbres et fait tourbillonner les pierres.

Le régiment, qui n*a été que peu engagé, compte 6 hommes tues et 40 blessés, parmi lesquels le capitaine Astolfi et le sous-lieutenant Boldrini.

On campe au sud do Cavriana, mais la torrc est détrempée; on pcutdilïiciloment faire du feu.

Les bagages ne sont pas arrivés et les officiers ne trouvent rien à acheter dans le villngequi est plein de troupes.

Le lendemain on fait Féjour, et la journée se passe à se ravitailler, à compléter les munitions et à attendre Tarrivée des bagages.

Le 2G, le 2' corps ne fait que rectifler ses positions, en se portant vers le nord-est, dans la partie montagneuse qui se trouve au sud du lac de Ganh*. La brigade travei*sc Cavriana, cnconihrô par la Garde impériale, et va camper près de Castellaro, à droite de la route de Mozambano.

Lo l*"' corps est en avant et à gauche, il se trouve en contact avec renneini; si les hostilités recommencent, le 2" corps doit le soutenir.

liC déploiement sur le Mincio se continue les jours suivants ; le régiment conserve son emplacement. Dans la nuit du 29 au 30, une forte canonnade que Ton entend sur la gauche donne lieu à une prise d'armes ; le l*' corps se porte on avant ; le 2*" se tient prêt à marcher; c'est une fausse alerte; le canon entendu est celui des Piémontais qui font le siège de Peschiera.

Des patrouilles sont faites le long de la rivière; quelques troupes françaises sont établies sur la rive gauche du Mincio; le génie et Tarlillerie sont occupés très activement à préparer des points de passage.

260 LA LÉGION ÉTRANGÈBE.

Le l*" juillet, le 2* corps se met en marche pour franchir le Mincio, mais il est précédé parle l"" elle 4* corps; il profite de cet arrêt pour faire le café avant d'arriver à Mozamhano, puis traverse à son tour la rivière, sur les ponts construits par le génie. On remarque une suite d'ouvrages que rennoini a cxéculés pour défendre le fassage de la rivière, les troupes traversent de nombreux bivouacs autrichiens ; la brigade fait ô à G kilomètres et va camper à Santa-Lucia sur les hauteurs de droite d'un ruisseau encaissé, le Tione. Le corps Baraguey d'Hillieraest campéà droite; le corps Niel, à gauche ; à l'extrême gauche est placée l'armée piémontaise à cheval sur le Mincio et bloquant Peschiera.

Le 2 juillet^ les trois corps d'armée se portent en avant vers l'Adige ; le 2* corps occupe Villafranca.

Le corps Niel est à gauche vers Somma-Campagna, le corps Baragnoyd'llilliers plus àgauchc versCastel-Nuovo. Le 2* étranger est campé près de la route de Valleggio, que les Autricliiens ont mis enélat de défense, l'arlillerin retourne les batteries du côté de l'ennemi. A 8 heures du soir, orch'e est donné d'envoyer tous les bagages sur les derrières ; ils partent à V) heures du soir et sont dirigés sur Valleggio, avec les parcs et les convois.

Le i\, le corps d'armée part à Slieures du matin, reprend la route suivie la veille et tourne vers le nord-est. On voit le corps Niel, marchant sur la droite en une seule colonne. Le 2*" corps s'arrête pour protéger sa marche eu cas d'attaque, puis reprend peu après ses anciennes positions vers Sania-Lucia.

Le lendemain, séjour, on reçoit communication d'une circulaire de l'Empereur, au sujet du service de sûreté.

Il C8t |)rc8(!rit pcinbint bt jour irtUublir une li^iin do vcdcttos (^t eu ttiTicn:, UU4: lî^j^uc dt: scutiuclles, tic petits poutud et tle gniud'gardes. A la nuit, la cavalerie se retire et les avant-postes d'infanterie ehangCMit leurs euiplaceuients. Les chefs d'état-niajor p^nc^raux des corps d'armée doivent s'cutendrc pour relier les

lippues de sitrvcillauco ; dans chaque division un officier supérieur <loit être clinr^é de surveiller tout le système; les généraux do brigade doivent faire des conférences sur le chapitre 8 du service en campagne qui traite des avant-postes. Enfin, TEmpereur fait remarquer f|ue personne n'ignore que la manière de se ganler laisse beaucoup à désirer dans Tannée française.

Les 5 et G juillet, le régiment garde ses emplacements; le G, à 8 henreu du soir, tous les bagages, toutes les voitures et même les sacs des hommes sont réunis dans une position eu arrière des bivouacs sous la garde de quelques malades.

Le 7, les troupes prennent les armes ; les soldats sont ni veste, la musette contient les vivres et les cartouches; on va occuper les hauteurs qui sont en avant des camps; on s'attend à une attaque de rennemi qui ne paraît pas; au lever du soleil on voit arriver par les hauteurs qui sont à gauche et eu arrière, le corps Canrobert et le corps du priiu'.o Mapoléon.

A midi, chacun retourne à son bivouac; le soir, on apprend que Tarmistice est signé ; on garde les mêmes positions jusqu'au 15 juillet, époque à laquelle le régiment est dirigé sur Milan, après la dislocation du corps d'armée.

Le 12 juillet, TEmpereur ai:corde les récompenses suivantes pour la bataille de Solférino :

Chevaliers de la Légion d'honneur : «laudon, lieutenant; Lt'gay, capitaine; Combes, lieutenant; Boldrini, sous-lieutenant; Vigneaud, capitaine; Legou, lieutenant; de Sancy, sous-lieutenant; Pauthu, sergent; Rozé, capitaine ; Dufuas, lieutenant; Libre, lieutenant ; plus 22 médnillcs militaires.

Le IG, le régiment repasse le Mincio, laissant à Milan le 3" bataillon sous les ordres du capitaine Grisy qui doit être dirigé sur TAfriquc.

Les V' et 2' bataillons arrivent par chemin de fer à Suze, traversent le Mont-Cenis à pied, le 1"^ août prennent de

nouveau le chemin de fer à Saint-Jean-de-Maurienne et arrivent le 3 août au camp de Saint-Maur.

Ils assistent au défilé de Tarméc d'Italie dans Paris, se reposent jusqu'au 17 où, sous le commandement du lieutenant-colonel, ils sont dirigés par les voies rapides sur Toulon et embarqués pour Mers-el-Kébir, le 19, sur le Panama.

Pendant la courte et brillante campagne d'Italie, le régiment a obtenu 1 croix d'oiïicier, 20 croix de chevalier et 30 médailles militaires.

Page 1