‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 77 sur 117 · LA LKfilON KTnANGKllE · texte numérisé non relu

LA LKfilON KTnANGKllE

eiî passant par Si-Saad, El-Ousscngli, Zobhara cl le ksai* de Bon-Alem. Les étapes sont fortes et les hommes sont pou nourris. L'administration n'assure pas la fourniture de viande et le corps a dri passer un marché avec un entrepreneur. On achète la viande sur l'ordinaire, et on ne piuit donner (]Uo 2r)() «^raunncs par Jour. liiM^onunandant d(; la coloiuio promet hien, il est vrai, de com|»euser cett(î mai«^ro ration x>ar des moutons pris dans les razzias, mais ces moutons sont encore à être distribues.

La colonne fait une randonnée dans les ksours du Djebel-Amour et arrive à El-Ohicha où elle est atteinte par une tourmente épouvantable. Le retour par Sidi-Bouzid, El-Beida, a lieu avec des tempêtes de neige et le bataillon rentre très fatigué à Tiaret. Il y reste tout l'été occupé aux travaux du génie; l'instruction militaire est abandonnée. ^

Le 2*" bataillon quitte Mascara au mois d'avril cl va relever à Géry ville le 3* bataillon qui rejoint le 4* bataillon à Mascara.

Le général de Wimplfen passe l'inspection générale et arrête le nouveau tiercemj'Ut exécutoire à la date du l**' octobre. Les IV et 4° bataillons se concentrent à Saïda et sont dirigés sur Géry ville en passant par le Kreider, Bedrous et Kidra. Le 2"" bataillon rentre à Mascara, le l*** bataillon va à Tiaret.

Les installations du poste de Géryville sont toujours primitives. Les ofTiciers et les hommes habitent des gourbis construits en adobes (briques en terre séchées au soleil) et dont la toiture est faite de branches recouvertes d'un lit de brins de lauriers-roses, d'une couche d'alfa et di; terre à laquelle on mélange de la chaux.

Dans l'intérieur on fait des lits de c<imp en adobes sur lesqu(ds on étend la tente-abri bourrée d'alfa en guise «h; matelas. Quels nids à vermine de toute sorte que ces gourbis ! Les portes sont faites avec des planches de caisses à biscuits.

AFIUnUH ET CAMPAGNK DK FRANCK. 325

Mais ropénilioii la pins dclicate de la construction de rc.s gourbis c'est de trouver une poutre assez grande pour servir de faîtage. Aussi de temps en temps, on trouve, le matin, nn peuplier qui a été coupé pendant la nuit dans les jardins du cercle militaire. Le commandant supérieur a Tespril de ne pas s'en apercevoir et le gourbi se termine tant bien que mal. Inutile d'ajouter qu'après quelques jours de pluie, louts'elTondre, toits et murs, et que tout est à recomnumcer.

Les chevaux sont à la corde et suUisamment garantis parle fumic^r d'alfa qui, accumulé depuis des années, a Uni par former de véritables murs.

Sous le rapport de la nonrritnre, ou n'est pas mieux parla'^é. Les vivnîs de l'administration, quelques légumen obleiuis à grand renfort d'arrosoirs et les poules maigres (jue se lèguent religieusement les popotes ; voilà le menu.

En arrivant à Géryville, l'ofQcier n'a de chances d'en sortir, que lorsque le détarluîment dont il fait partie sera relevé. Pas d'espoir d'obtenir une permission ou un congé. Un ordie de la subdivision prescrit de n'accéder à Géryville ou de n'eu sortir qu'avec une colonne d'an moins 400 hommes, et cependant le courrier et les voitures des mercanLis passent sans accidents. Outre le lourd ennui qui pèse sur les troupes campées loin de tout et ne faisaul que des sorties sans résultat, les corvées et les travaux sont pénibles. La corvée du bois qu'il faut aller chercher à 10 kilomètres est surtout fatigante. Chaque fois qu'un convoi arrive, on en profite pour envoyer chameaux et uiulels faire une forte provision de bois que les corps et les services se partagent, mais malheureusement cette provision ue sulfit pas et il faut recourir aux'corvées faites par la garnison.

L(;s distractions sont rares, les chasseui^s ont du gibier à portée, certains vont s'installer pendant 3 ou 4 jours dans la montagne du Ksel et trouvent en abondance la perdrix rouge dont ils font des massacres. Presque tous

32G LA LÉGION ÉTUANGCHK.

les officiers jouent, et la dame de pique a de nombreux adorateurs.

Les colonnes sont moins nombreuses que Tannéo précédente. Les dissidents viennent faire une razzia sur les Hamyan à Tismouline, les troupes du sud s'apprêtent à partir, mais lorsqn'arrive Tordre do se mettre en marche demandé à Cran, rennomi avec actà prises a dépassé Naama, la colonne fait une démonstration jusqu'à Aïn- El-Orak puis rentre à Géryvillo le 15 décembre.

1870. — Le général de WimpfTen entreprend son expédition sur rOued-Chnïr; le régiment n'en fait pas partie. Seul le 1*' bataillon qui, au mois de janvier, s'est porté à l'extrémité du Chott, à Aïn-Guetifa, va par El-Haliat prendiH) position à Ain-Ouzadja pour proléger le Djebel- Amour. Il rentre ensuite à Tiaret le 9 mai.

ftln juin, tous les détachements sont relevés. Le 1*"* bataillon desrend à Géryville par la route d'Aïu-Guelifa et rOued-Sidi-En-Naceur. Le 2* bataillon le remplace à Tiaret. Le 3"^ bataillon vient toucher ses effets de remplacement à Mnscara et va tenir garnison à Saïda \ le 4* bataillon reste à Mascara.

Quelques jours après, la guerre est déclarée avec TAlleniagne *, le régiment ne doit pas venir en France, mais il est désigné pour relever les tronpos dirigées sur les ports (rembanpiement.

liO P' bataillon quitte Géryville et vient remplacer les xouavoK i\ KMIacaïba (le Maudit), actuellement Magent.i. («e poste, aujourd'hui abandonné, est malsain et liévraux quoique placS dans une belle vallée. Les zouaves y ont laihHé beaucoup des leni*s, c'est aux légionnaires maintenant ^ augmenter le cimetière de ce village, où est construite une redoute avec des baraquements pour un bataillon et un escadron.

Le 2* bataillon rejoint le 1" A Magenta en septembre.

AFUIOUE 1:T CAMPAGNK Dlî FRANCK. 327

Par décret du 22 août ', il est fonuû à Tours, un 5* hataillou à G compagnies ; 15 jours après, porté à 8 compagnies pour pouvoir encadrer les nombreux étrangers venant s'iîni;:i*;<*r pour la duriM» d(î la guerre.

Ce 5" l)alaillon a un capitaine-major et un lieutenant chargé à la fois dos fonctions de trésorier et d'officier dliabillemeut. Les autre s emplois sont donnés à des officiers français et à des officiers étrangers. Le petit étatmajor, Tadjudanl, les tambours et les clairons viennent de l'école de Saint-Cyr.

K\\ moins de trois mois, TefFectif du régiment s'est accrti do 1,400 hommes (engagés volonU'iires et réservistes) qu'on a bien du mal à équiper et à habiller; les ctVets man(|U( ni dans les magasins ainsi que les havresacs.

Le 22 septembre, le colomd reçoit l'ordre de former deux bataillons de guerre à 1,000 hommes en écartant les soMats de nationalité allemande.

Les 1"' et 2** bataillons sont désignés pour partir. Ils passent aux ;V et 4" bataillons leurs Allemands, et reçoivent do ceux-ci des hommes d'autres nationalités pour compléter leurs effectirs : la musique ne part pas. Chaque lionune partant a une capote qu'on a retirée à ceux qui reslent, mais ils n'ont qu'un havresac pour deux, ils le portent à tour de rôle, en outre les musettes manquent.

Cette dé^ organisation au moment d'un départ en campagne porle le plus grand trouble dans les compagnies partantes qui sont privées de leurs meilleurs soldats fournis [tar l'élément allemaml.

Le V octobre, les V et 2'^ bataillons quittent Magenta avec des hommes soulTiant encore d(î la lièvre et viennent bivouaquer au camp Saint-Pliilippo où ils passent deux jours à compléter leur organisation.

Les bataillons s'embarquent le 8, le l" bataillon et le

i. Voir aux pK'Cos jiislilicaiivos.

328 La légion ÈTnANOkllK.

colonel sur la Dryade, le 2% sur V Entreprenante ; Tetrectif total est de 1,490 hommes.

Par décret du !•' septembre 1870, Timpératrice régente avait ordonné la formation d'un 2* régiment étranger, mais les événements ne permirent pas l'application de ce décret.

ciiAPiTni!; II.

\HH). — KN FRANCK. CAMPAGNE CONTIIE l'aLLEMAGNB.

Arrivée dos l*^*^ et 2« bnlailloiis à rnrmée do la Loiro. — Ils sont rejoinls par lo 5^ baUiilion. — Défense du faubourg Baniiier à Orléans. — FAcluMises uouiinations d'officiers nu titre étranger. — Organisor lion dun pclil dépùl à Cahors. — Opérations militaires autour d'Or- If-nns. — (lombal «!»• flnnlinicrs. — (loinbaldn Corcotlrs. — Évacuation «rOrlésins. — Trislr coiiduiti^ (l'un onioir.M- du réfjiment. — Adnplinii ilfs ranlniini'ini'uls. ■ Li* l'é^iiniMit ri'roil *2,()(H) recrues, ilrlr.-iilf* sur Mour«;i>s. — Siluation morale de la population à la lin dn l'année \H1{). — Kvploils îles francs-tireurs. — Orf^anisation df c<inipaf,'iiics di-clairiMus. — (lantonnemenls à Vierzon. — Le sers i(îo d'avanl-po>les l'st mal fait.

ICinbarfjués à Oran le 8 octobre, les 2bnlaillon8 formant le régiment étranger débarquent à Toulon le 11 ; ils prennent Ir chcunin de fer et arrivent à Bourges le 13 octobre à 4 lieurcs du matin. Là ils touchent trois voilures à bagages attelées d*un cheval. Le régiment se met en route par voie do loire et fait étape à Vierzon, S«'ilbri8, Pierrelitte, où il rejoint le lô*" corps, dont il doit faire partie, 2" division (général Martineau-Deschesnez), 1'* brigade (général d'Ariès).

A Pierreiitle, Tarmée de la Loire est couverte par les landes de la Sologne, Tennemi n'est pas signalé, mais pour hal)iuier les hommes au service de guerre, on place les grand'gardes en avant du fi*ont de bandièrc, et la bri- '^;u\i) est cîxenée aux évolutions de lignes. On lit aux troupes lo décret sur les cours martiales. On forme des pelotons d'éclaireurs destinés à opérer en avant des grand*i^anles.

Le régiment reste campé à Pierrefitte du 18 au 21 octobre. Le 19, il y est rejoint par le 5* bataillon qui a été

330 LA LÉGION ÉTRANGÈnE.

formé h Tonr8 le 22 aoAl et qui, à partir de su réunion au régiment, cesse de s'administrer séparément.

Le ô"" biitaillon est resté stationné à Tours depuis sa formation jusqu'au 29 septembre. Le îiO septembre, il a été dirigé par les voies ferrées sur Bourges \ à la même date, un détadiement, composé de recrues et des hommes les moins solides, est envoyé à lirest où il doit compléter son instruction.

Le 5* bataillon fait partie du corps d*armée du général de la Motterouge et arrive le 10 octobre à Orléans, où depuis plusieurs jours on entend le canon vers Àrthenay et la gare des Aubrais. Le bataillon occupe le faubourg Bannier.

Le 11, vers 2 heures du malin, les Bavarois, qui ont repris leur marche concentrique sur Orléans, prononcent lenr attaque sur le front et les deux ailes du bataillon. L'ennemi parvient à s'emparer du passage à niveau du chemin de fer et de là, eniile tont le faubourg jusqu'à la ville.

Embusqué dans les maisons du faubourg, le batiiillon se défend énergiquement. Son commandant, M. Arago, est tué raide en traversant la roule où son cadavre doit être laissé, l'adjudant -major et son ordonnance ne peuvent se faire ouvrir une maison ponr l'y déposer. Les Bavarois poussant leur attaque à fond, le balaillon reçoit Tordie de se repliersni'la ville et d'évacuer la rive droite de la ivoire. Malheureusement beaucoup d'hommes ne quittent pas les maisons assez promptenient et sont fails prisonniers. Le balaillon se concentre à la Ferté-Saint-Aubin, puis vient rejoindre le régiment à Pierrelitte.

Par application des décrets rendus par la Délégation nationale, les généraux commandant les divisions ont le droit de remplir h^s vacances jusqu'au grade de capitiiine inclusivement, et les généraux conunandant les corps d'armée de nommer aux grades supérieurs jnsqu'à celui de colonel exclusivement. Par suite de l'ancienneté et des

AFniQUE KT CAMPAGNE DE FRANCE. 331

services des capitaines du régiment, beaucoup d'entre eux sont nommés ofTicicrs supérieurs et quittent le corps. Ces nominations faites dans les corps ofTrent une certaine garantie, les canJidats étant proposés par leurs chefs qni les connaissent-, il n'en est pas de même des nominations faites par la Délégation de Tours qni confère des grades an tiirc étranger, à des inconnus sans s'être assurée de leur honorabililé ; quant à lenrs aptitnd(;8 niilitiiires, la plupart dn ttMups elles sont nnlles. Il est arrivé alors que des chevaliers d'indnslrie et tles espions même, sous l'égide de Icnr épaulelte, ont commis des faits graves qni entachent riionneiir de l'armée.

D'un antre côlé, il règne un certain désarroi dans tous C(.*s corps I assemblés à la hâte et ({ui n\)nt ni cohésion, ni organisation. On manque de nnilels pour le transport des cmtines d'ambulancrs, mais, par contre, l'armée est suivie d'nne Foule de marcliands de goutte qui attirent les soldats et b\s invitent à qnitler bîurs places de bataille. Des exf'inples sévrrcs sont fails, (|nel(|U(*suns tombent sur des honnu'S dn régiment; mais ces exemples ne sont pas assez nombrgLix et n'empêchent pas le mal de se propager.

Le régiment forme un pelit dépôt qni, placé d'abord à Bourges, puis à Montlnron, est transporté à Caliors, où il reste jusqu'à la lin de la campagne.

Le 22 octobre, le régiment étranger avec sesS bataillons (l*"', 2" et f)") est dirigé snrSalbris, où il séjourne 4 jourv^. Le 27 octobre, à 6 heures du soir, il est embarqué en chemin de fer, et arrive à 4 heui*es du matin à Mer ; il y fait séjonr le 29 et le 30.

Les diflicullés d'approvisionnement se font sentir vivement; les propriétaires réquisitionnés y mettent une extrême mauvaise volonté. Le maire d'Avenay, sur le territoire durjurl se trouvi» la ferme des Trois- Maillets, où bivonnqne b^ régiment, ne vent fournir ni bois, ni fourrage, le réservant probablement pour les Prussiens, dont rnpproche est signalée.

iVi\2 LA KKiiiON ètuani;kue.

Le régiment reste aux Troid-Nfaillets pemlaiit deux jours, puib rétrograde sur Mer et vient c<imper en avant ilii hameau d'Aunay (au nord de Mer) où il séjourne los4y f), G et 7 novembre.

Le 7 novembre, une forte canonnade se fait entendre snr la gauche, vers la fon't de Marclieuoir ; le ioips d'armée prend les armes et se forme vu avant île Mer ut d'Annay. l^esoir, les dillérents corps reprennent leurs bivouacs dans des terres détrempées ; la situation des hommes est très précaire.

1^0 8 nov(unbre, la division se met en marche {mv la grande rente do Dangency.

Le lendemain 9, le corps d'armée formé siu* deux lignes, les bataillons en ligne de colonnes de pelotons, se i)orte vers Test, avec le clocher de Hacon comme point de direction.

Le 15* corps forme la droite de Tarmée, la brigade dont fait imrtie le régiment est en réservt; ; la 1' division, placée en pnnnière li.^ne, tmlèvr h; vill.-i;^!: ilc li.icon et atUique eufeuite Couhniei*s.

A 4 hunres et démit;, la brigade, en ligne th* colonnes de pelotons, se porte en avant, attaque le village et en chasse les navariiis, (|ni abandonnent les bois situés au sud; c'est dans ces bois que viennent canqter les kiLiil- Ions.

Pendant tonte la nuit, la neige et la pluie tomliont en uboiidanct* ; les chemins sont impraticables et les mouvements reuilns très dilliciles. La brigadt* se porte à Sainl- Sigismond, l'ennemi s'est dirigé vers le nord.

i^e 11 novembre, à 9 heures du soir, la division entre à Orléans etc^mpesur le Mail. Le lendemain, le régiment va occninn* la caserne Saint- (Iharles et le faubourg Saint- Marcean, snr la rive droite de la lioire.

(les c.'uitonnenient^ hOnt indispeii>abh*s iK>ar pi'rmettre aux honnnes de nettoyer et île sécher leurs elVets et surtout de remettre leurs fusils en état, beaucoup de méca-

AFninUE KT CAMPAGNE DE FRANCE. 333

iiisines ne fonclioiment plus, les aiguilles manquenl el les cartouclies se détérioreiU facilement. On profite de ce srjonr pour panM* à tons ers inconvénionls ; lo 30" «rinfant(3ri(; rcroil Tordre do remettre des aiguilles de Fusil au régiment.

A la suite du combat de Coulmiers, des nominations et des promotions frolîiciers sont faites au régiment, maio le colonel est obligé do demander la révocation d'un ofFicier an titre étranger nouvellenientpromu, qui a abandonné sa compagnie pendant le combat. Le ministre ne révoque pas i*f>Miri(n\ mais accepte sa démission.

fiO colon»d DeplanqiKî est nommé général ul remplacé par le lieutenant-colonel M. de Curten. Celui-ci est nommé général peu de temps après; M. Canal, cbef de bataillon an corps, promu lieutenant-colonel, pnmd le commandenn^nt du régiment et le conserve jusqu'à la lui de la campagne.

]j() 1.^) novend)re, bî régiment va camper à Gidy, à 4 kilomètres à Tonest de la route de Paris ; il y séjourne deux jours, puis va occup(îr li notre, à 4 kilomètres plus loin. Les bommes sont occupés à d(*s travaux de fortiQcalion enlrepris au village de Provenclières. Cinq jours après, le bivnn.ic (;st «Habli à Cbevilly, sur la ronl(Mie Paris, et le régiment y reste jusqu'au 1"'" décembre.

liO 2 décend^re, il se porte en avant ; le 1'* bataillon va occuper Unan, 108 2*" et ô*" bataillons marcbentsur Lion-en- !5eanc»* et nos liraillenrs occupent les baulenrsqui dominent ce village. A 4 lienres du soir, les 3 bataillons sont portée dans la direction de Pourpry, à Tonestdo la route de Paris, on la canonna^le se fait onlendre vigoureusement ; quelcfucs obus tond»ent sur le régiment pendant cette mruche.

On bivouacpie dans la neige près de Dambron, sans dresser l(\s tentes.

Le i) décembre, au point du jour, le régiment est formé en balaille au nord d'Artenay, la droite à la route de Paris. Le P* bataillon en colonne se met en marche le

334 LA LÉGION ËTllANGÈUE.

long du cliemin de fer et se dirige vers Arteiiay ; 4 coiiignies du P' bataillon vonl occuper le liameau d'Assas et la setrtioa d'ùclaireurs, celui de Vilchot. Deux pièces d'artillerie se mettent en batterie en avant du village, puis se retirent avec les 4 compagnies de soutien qui couvrent leur retraitt) par une chaîne df tirailleurs.

I^ar suite de rêloigneuient de rennemi, le chef de ])ataillon ordonne de ne pas tirer; la retraite se continue tonte la journée, on abandonne successivement Artenay, la Croix-Briquet et Clievilly où tombe une grêle d'obus ; on bivouaque à Corcottes.

En avant de la Croix-Briquet, un soldat du régiment, ancien sergent cassé, s'étciit posté derrière une borne de la route et tiraillait contre une batterie ennemie. Son feu était si bien dirigé que tout à coup 2 obus viennent éclater à la place qu'il venait de quitter. La batterie prussienne lui avait fait l'honneur de lui envoyer deux coups de canon.

léO leudoniaiu matin, le régiment est de nouveau formé en bataille, la droite à la route et son front à 50 mètres du bois qui s'étend entre Cercottes et Chevilly.

La ligne de tirailleurs reçoit l'ordre de s'engager dans le bois où le feu commence aussitôt. Des timilleurs allemands appuyés par deux pièces de canon débouchent d'un chemin et viennent prendre position à la sortie du bois. Le 1" bataillon met baïonnette au canon, la charge est battue et les bommes s'élancent ; rennemi se retire : le capitaine Labarrière* est tué d'une balle. Malgré les conseils du colonel, il portait un paletot fait avec une couverture de laine blanclie qui avait servi de cible à l'ennemi.

1. M. I.ahurriùro, avoc 2 autres capitaines du 8* bataillon, dluit entré \ riiApitil lur9 (lu (Idpart <l(i 3" lialaillon du nigimcut étningor pour (jéryville, puis ils b'ùlaicul cMiltaiipics pour la Frauri;. Arrivô.s a Marstiillo, iU (jlaicul «Miiprisoiinos {Mir onlrc «Irs ai.l«>riU':.s militaires, puis relâches sur une (lùpècliu du Uuudiotta et dirigés sur runiiéo do lu Ixiirc. A leur arrivée, un du ces messieurs entrait à l'état-major, un autre prenuii lus fonctions de capituinc-inujor et lu 3*, M. Lubarrière, ëlail tué bravumcii!.

AFIUgilE KT CAMPAGNE DE FRANCE. 335

Les tirailleurs, tout en poussant dans le bois, sont pris LMitre deux feux. Une des compagnies engagées liât en retraite, mais la majeure partie de Tautre est faite prisonnier*?. IjC lieutenant Ravaut, en franchissant une haie, tombe au milieu d'un groupe ennemi composé d'un porterî|i;'M»-r;dinrich et de 4 soldats allemands: il abat roflicier d'nn coup de revolver, les 4 lionmies se sauvent.

La retraite continue en échelons. Une fusillade très vive s'engage entre la l"" brigade de la division et les PriissitMis qui sortent du bois en grandes niasses et mena- «enl nos batteries f3tal)lies à Cercottes.

A 2 heures, le régiment prend position à hauteur du villai;e des Aydiîs, où nos tirailhmrs, appuyés par dos miUMilliMises, lieimeut tête aux Prussiens; mais, entre 3 heures et demie et 4 heures, toute la ligne se replie sur Orléans.

Le 5" bataillon va occuper, sur la gauche, les abords du p«)nt de la rne des M<;rlins •, l(»s l"*" et T bataillons, lo faubourg Saiul-Jean. On fait Tappel, il manque 210 hommes dans les 2 bataillons. Ueancoup do ces hommes ne sont i>as blessés, mais la plupart, exténués de froid, de faim et de fatigue (ils ont passé 3 nuits à la belle étoile), ont disparu.

A piMue rappel est-il terminé, que le régiment reçoit Tordre d'aller défendre la grille du faubourg Bannier que Ton vient de fermer. Pendanique les tirailleurs tirent sur tout ce (pli se montre dans la rue du faubourg, le reste du régiment profite de cet instant de répit pour faire le café à V',i])v\ d'un pli de terrain.

On n'a pas perdu tout (îspoir de défendre la ville; on dit (jue le 20" corps doit tomber sur les derrières de Tcnnemi, lorsqu'il attaquera Orléans.

A 11 heures du soir, on reçoit l'ordre d'évacuer précipilamment Orléans ; une convention conclue entre les généraux stipule que les Français doivent avoir quitté la ville à minuit.

3BG LA LICOION KTltANCiKHK.

On ii*a pas le temps de recueillir les postes avancés placés (le Taiilre côté du cliemiu de fer, beaucoup d'iiouimes embusqués dans les maisons ne peuvent être prévenus *, tout ce monde est compté comme disparu.

A 11 heures et demie, le régiment franchit le pont de la Loire elle faubourg Saint-Marceau. Au milien (rmic année de 200,000 bonimcîs battant eu retraite par une nuit obscure, au milieu des chevaux, des pièces d'artillerie, des voitures, un certain nombre d'hommes, exténués par les fatigues précédentes, mal chaussés, mal nourris, épuisés moralement et physiqucmeiU, cherchent un refuge dans les maisons et sont pris le lendemain par les Prussiens.

La retraite se continue le lendemain, 5 décembre, sur la Motte-Beuvron et le 6, sur Salbris. L'ennemi ne pousse pas sa poursuite trop vivement, il se contente de ramasser les traînards qu'il trouve à la Motte-Beuvron, puis vient attaquer Nouan et pousse juscpi'à Salbris. Le régiment, qui a p(M'(ln la iiioilié (!(> son (Hl'ertif, devait y passin* la nuit; il reroit l'ordn; de continuer à battre «m retraite sur Aubigny-la-Ville, pendant que les bagages iilent à la luUe sur Vierzon. La 2*" division bivouaque à Aubigny, dans la neige, mais n'est pas inquiétée par l'ennemi.

Le lendemain, à une heure du matin, la division se met en marche sur Bourges et va camper à Ilenricheniont, où elle arrive à midi.

Le 10, la marche en retraite continue sur Bourges que l'on traverse pour aller camper à la Chapelle-Saint-Ursin, à () kilomètres à l'ouest de la ville.

Le froid intmise qui règne et la neige qui tombe sans relAche amènent des congélations chez les hommes qui sont campés sous la petite tente. Les officiers qui n'ont ni lentes ni bagages sont obligés de se réfugier dans les maisous ])0ur manger et y coucher; leur^ honnnes sont abandonnés à eux-mêmes et le service en souffre énormément. Par suile de la réduction de l'elîectif, le régiment ne

forme plus qirim l>«itaillou de inarclie formé de G pelotons de manœuvre et d'une compagnie d'écLiireurs ; chaque ancien demi-balaillon forme un peloton.

Le 11, on i-rjourne à la Cliapelle-Saint-Ursin, où une compagnie irlandaise vient rejoindre le régiment. Diôle de comp.ignie, à Teilectif de G sous-oiliciers, 8 caporaux, un clairon et 7G hommes, sous le commandement d'un i^ous-lieutena'.U (*t d'un capitaine, ({ui est journaliste et pai-se son temps à envoyer des correspondances aux journaux ! Cette compagnie forme la 8* du 5' bataillon. Des sohJals égarés pendant les march(»s îles jours derniers ont rejoint Bourges et ont été dirigés sur le corps.

le 12 décembre, la brigade se met en marche vers midi et va camper à 3 kilomètres en avant de Mehun; elle y séjourne 3 jours.

Le 14, on dirige sur Caliors, par les voies ferrées, les cadres de deux compagnies pour y chercher les jeunes soldats destinés à refaire le régiment.

l)(;s olliciers blessés, cpii ont pu s'éthapper d'Orléans rejoignent le régiment et racontent qu'ils ont vu un lieulenant, nommé au titre étranger i>ar la Délégation de Toui*s, acronipagncr partout en uniforme lesofïlciers prussiens et boire avec eux. Quehiues jours après, ce misémble quittait son uniforme et on n'entendait plus parler de lui!

Le IG décembre, d'après les ordres formels de la Délégation de Tours, on adopte le système des cantonnements. Le séjour ne devra pas y excéder 4 à 5 jours; il doit être omploy»^ à n'organiser les corps, les génémux de brigade doivent passer en revue les régiments placés sous leurs ordres et s'assurer de l'état de l'armement et de Téquipemeut. On doit demander en même temps tous les objets dont les corps auront besoin. Du reste, les mêmes prescriptions Fe retrouvent dans prefqne tous les rapporis journaliers ; de plus, les généraux se plaignent constamm(*nt de recevoir des situations inexactes, des comptes rendus incomplels.

t.KO. KTRAROKRB. tt

338 LA LÉGION ÉTRANGKIiE.

Le 16, la 2' division va occuper des cantonnements situés à cheval sur le Cher, à hauteur de Saint-Florent. Le régiment est cantonné au Subdray; la compagnie d'éclaireurs plus en avant, doit éclairer le pays à Test du Cher.

Le 17, il cantonne à Saint-Florent et le 18, il incorpore 2,000 jeuues sohlats venant des dépôts de 9 régiments d'infanterie : son effectif, qui était de 1 ,000 hommes après la retraite d'Orléans, monte alors à 3,000 hommes.

Ces jeunes soldats, en grande partie des Bretons, sont à peine dégrossis et ne savent pas tenir leur fusil qu'ils ne connaissent pas. On refait des cadres avec des anciens soldats du régiment, avec tout ce qui peut porter un galon ; mais les conseils des anciens soldats paraissent avoir plus d'inûueuce sur ces recrues que ceux des cadres nouvellement formés. Le régiment est reformé à 3 batailloDs à 8 compagnies ; la compagnie d'éclaireurs est reconstituée et placée sous le commandement d'un capitaine.

Le 19 décembre, la division va camper à 2 kilomètres de Bourges, icntre les deux routes de Saint-Florent et de Saint- Amand.

Afin de faciliter les distributions, le général prescrit que 2 voitures par l,(X)OhonuTies seront affectées à chaque régiment. Ces voitures ne doivent pas être chargées pendant les marches, de niauière à ce que les chevaux ue soient pas trop fatigués, lorsque leur service réel commence à l'arrivée à l'étape. Mais ces voilures arrivent toujours en retard et sont de peu d'utilité.

Le 20, la division va camper sur la route de la Charité, à 15 kilomètres à l'e^^t de Bourges, la droite à Brécy ; elle y séjourne le lendemain. Un soldat du régiment passe en cour n)artiale pour vol d'une somme de GO fr. et est fusillé. C'est le 5*^ depuis le commencement de la campagne : trois ont été condamnés pour voies de fait envers leui*s supérieurs et un pour désertion.

A cette date, les batteries et sonneries qui avaient été

AFniQUIÎ ET ÇAMPAf.NK DK FRANCE. 339

supprimées sont rétablir , mais on ne doit s'en servir rju'avec la plus grande réserve.

M. le général Martineau-Deschesnez est nommé au commandement du 15" corps en remplacement du général de Colomb, passé au 17* corps. Le général Rébillard prend le commandement de la division.

Le régiment quitte son lûvouac de Brécy et vient reprendre son ancien camp, près de Bourges. Malheureusement le froid redouble d^intensité, et un certain nombre «l'hommes entrent à Tambulance avec les pieds gelés.

La division est ensuite dirigée sur Vierzon, qne le 15" corps a mission de couvrir. Ce point est important à cause dn n(»mbre de lignes ferrées qui s'y croisent. Le reste de i'armée prend le chemin de fer à Bourges et est transporté à Besanj'on.

Le régiment étranger campe à Mehun, puis en avant de Yierzon-, il vient cantonner le 25 dans cette localité. Tous «•ns mj)nvi3m(Mils provienncmtdes changiMueuts de d(.*8tinalion ; l(î 15** corps devait d'abord être dirigé sur Bourges alin de s'y embarquer en chemin de fer, puis on a décidé de le laissiîr pour couvrir Bourges et Vierzon ; enlln il rejoint phis tard l'armée de TEst.

A cette époque de la défense, les iningiiiations sont fortement surexcitées, aussi bien dans la population que dans l'armée. On ne compte pins sur les opérations militaires sérieuses pour sauver le pays; on n'a plus foi en rarmce régulière. On espère tout d'interventions mii-aculeuses ou de hauts faits qui révéleront un Napoléon sauveur on une Jeanne d'Arc.

Aux généraux blanchis sous le harnais et ayant fait toutes les guerres d'Afrique et de TEmpire, on oppose des gens n'aynnt aucune connaissance militaire, mais qui pérorent et jurent de sauver la patrie. Des aventuriers de toutes les nations, Anglais, Italiens, Américains, etc., etc., s'al)iittent sur notre patrie ensanglantée et veulent non la servir, mais la diriger. Les officiers de l'armée régulière

340 LA LÉGION ÉTRi^NGÈRE.

ont souvent à subir dos humiliaftons bien cruelles do la part de tous ces aventuriers et de ces pseudo-chefs qui encombrent les ministères et les états-majors et mâme de la part des populations.

On se raconte dans le public les hauts faits, malheureusemout jamais conlirmés do francs-tireurs, degaril>aldiens et autres vengeurs de la mort! Le bons sens du soldat fait justice de ces exagération^;. Quand il aperçoit ces bandes à uniformes bizarres, les voitures de la Croix-Rouge, etc. « Tiens, dit-il, voilà les francs-ftleurs, les Prussiens ne sont pas loin. » Les troupiers rient de bon cœur en voyant des capitaines de francs- tireurs armés d*un fusil Chassepot pour tirer aux grandes disUnces et d'une carabine pour tirer aux petites; exactement comme dans un service de table, on a la cuiller à potage et la cuiller à dessert !

Quelques-uns de ces corps rendent cependant des services, romplaraut notre cavalerie absenle, tenant à distance les escadrons ennemis et les empcchant de harcehïr nos troupes; mais ils n'ont jamais su rapporter de reuseignoments sur ronnomi. Il faut des partisans dans certaines guerres, mais eu petite quantité et triés sur le volet. Seulement à cette époque, un las de gens, qui auraient dû être dans le rang, préféraient de l»eaucoup ces corps francs où la discipline n'existait pas et où la liberté était illimitée.

Les compagnies d'éclaireurs, organisées dans les régiments, sont portées à 150 hommes ; on leur<idjoint à poste fixe deux cavaliers. Elles sont cantonnées en avant du front ou sur les flancs et envoient de là des reconnaissances journalières. Elles sont presque libres et correspondent directement avec la brigade et la division. Quant aux grand'gardes, rlles doivent former une ligne continue à 2,000 mètres en avant des campements ; elles sont, chaque jour, placées sous le commandement d'un officier supérieur désigné par brigade.

AFni(JUE ET CAMPAGNE DE TRANCE. 341

Le 25 décembre, le régiment va cantonner dans Vierzon et au liani?au de Puits-Berteaux.

Le 27, le 1" bataillon va occuper le hameau de Lœufdc-Houx, bAti au milieu de la forêt située au nord de Vierzon; il doit défendre les fortiQcations qui ont été construites de ce côté et les compléter.

Il faut bien Tavouer, le service est mal fait dans la division et la discipline s'en ressent. Des grand'gardes s'installent dans les maisons et les fermes, mais ne x)lacent pas (le factionnaires. Des hommes sortant des distributions vendent le pain, Tavoine ou les effets qu'ils ont touchés. Quoique les distributions de bois soient faites ré.i;uli{«rtMncnl, on n'en coupe pas moins les arbriis fruitiers environnant le camp; on est obligé ainsi d'eu payer 200 sur les ordinaires; les soldats chassent avec leurs fusils, ce qui, en dehors du gaspillage des munitions, cause des alertes continuelles, etc.

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