CAMPAGNE CONTRE LA COMMUNE
Le ivginieiil nsl appelé à comballrc la Commiino. — Arrivée ù Vcr- SJiilles. — Un régiinonl d'inllrmiers. — Bonne nourriluro el bonne soldo. — Allaquc de lu barricudo du pont de Neuilly. — Combats dans jf's ntos d*» Neuilly les 16, 17, 18 et 10 avril. — Formation d inio section auxiliain; du géni*-. — Cilatious à l'ordr»* d»» l'armée. — Orc.upalioti du ser.trur diî droit*» do Neuilly. -- lutorMUitinu des IV.MUîs -maçons — Hrpos d«' huit jours à ItUfdl. — l/orang-outang du .Inrdin crnrclimatatiou. — («onibat couln» 1rs Lasrars d»* la (îouiniuui* dans \o bois do Boulogne. — Kntrêe dans Paris, occupation *\r la gare du Nord. — lia Imrricadr du rond-point do la Villette «•si enlevée. — Prise du parc «les Butles-(^liauniont. — Félicitations *\\\ luaréelial de Mac-Maliou. — On ipiiltc le fusil pour le balai. — Ncltoya«^M« do la easrrn'' de la Pépinière. — Lo régiuKMit quitte Palis et est embarqué à l'oulou j»our Mers-cl-Kébir. — Héceplion lail»" par la population alj;érienne. — Arrivétî à Mascara.
Lo 27 mars, le général commandant la division torritorialn de Hesanron reçoit l'ordre de diriger immédiatement par les voies ferrées, le ^9" de ligne et le régiment étranger sur Paris.
L*(îllectir (lu régiment est de 06 olliciers et de 1,003 hommes.
Le général de Manteuffel fait prévenir Tantorité militaire franraise qn41 ne laissera pas passer de corps constitués par Dôle et Dijon, villes occupées par les Allemands, sans Tordre de son gouvernement.
On télégrapliie à Versailles et le 29 mars le régiment s'fîuibarqufî à 10 hetn'os du soir; T itinéraire est le suivanl :
Dôle, où le commandant de place allemand demande relfectif ri le numéro du régiment ; Dijon, où Ton prend un raccordement pour éviter la gare qui est occupée par les Allemands, puis Chagny, Nevei's, Bourges, Le Mans,
LKO. KTRANOKUR. i8
354 LA LÉGION ÉTILVNGÈUE.
Chartres oL Versailles, où le n^giineiit cirrivc le 1'' avril au matin; il va faire le café sur les conlre-allées de Tavenue de Saint-Cloiid.
L'arrivée du régiment fait sensation ; le lieutenant-colonel a fait coudre uue étoile sur le bandeau du képi des hommes, de sorte que la population do Versailles croit voir arriver un régiment (rindnniers.
Le soir, il va camper dans le bois de Jardy et fait partie, avec le 30* bataillon de chasseurs à pied et le 39* de ligne, de la 1'* brigade (général Dumont), de la 5" division (général Montaudon) de Tannée de Paris.
Les troupes de cette armée sont bien traitées sous tous les rapports. On voit que M. Thiei*s sait prendre les hommes et que le danger est pressant. La troupe a la solde de Paris et les vivres de campagne, mais la i*ation de viande est remplacée par une indemnité de 50 centimes. Les ofiiciers ont la solde et Tindemnité de logement dans Paris, plus les vivres de campagne. Bon bivouac, disent les troupiers.
Toute la journée on entend le canon, c'est celui du Mont-Valérien. On ignore jusqu'où vont nos avant-postes: un sous-lienlenant sortidu camp s'est dirigé vers S uresnes, il est pris par les insurgés qui lui font subir des traitements indignes ; il parvient à s'échapper au bout de quelques jours.
Du reste», Paris n'est pas bloqué et l'on voit chaque jour des voitures se diriger sur la capitale. Inutile d'ajouter que les bniits les plus absurdes circnlent dans les camps et qu'on les adopte sans examen.
Le 4 avril, la brigade prend les armes et va se former sur le plateau de Vanciesson, mais elle n'est pas engagée. Les Parisiens qui sont venus attaquer en deux colonnes sont arrêtés, d'un côté {mvle Mont-Valérien, de l'autre par la gendarmerie postéi! à ilneil ; ils sont mis en déroute.
Le 7 avril, la brigade part à 5 heures du matin et se dirige sur Courbevoie, où nos batteries, installées au rond-
point (les Bergères, ont engagé nn combat avrc rartillcrie (le la porte Maillot.
La brigade chemine le long de Tavenue à travers les maisons et les jardins. Le 39' de ligne prend position derrière les constructions qui avoisincnl le pont de Neuilly. A 3 heures, l'attaque est préparée par une vive canonîMde c^t le tir des mitrailleuses qui durent jusqu'à 3 heures el demie ; à ce moment, le 39' de ligne d'un côté et tm régimnnt de la brigade Besson de l'autre, enlèvent la barricade qui défend le passage du pont. Le régiment rtranger reste eu réserve, il a 2 ofTiciers blessés, 1 soldat lue et 5 blessés.
A la nuit, on retourne la barricade qui est transformée en batlerie avancée. L'ennemi tire quelques coups de fusil el essaie unecanonn.ulequi ne fait aucun mal. A 3 heures du matin, on enlend vers la porte Maillot, des cris, des commandements, on bat le rappel, la générale, la charge même, mais personne ne bouge.
Le 8, à 4 heures du matin, la division Grenier vient rehwer la division Montaudon et toute la 5" division rentre à son camp, eu passant par Versailles. Cette aiïaire avait été sérieuse ; les généraux Besson et Pécliot avaient été tués.
Ii(; 9, à 2 bernes du soir, M. le Chef du pouvoir exécutif vient visiter le camp de la 5' division.
Après un séjour de 3 jours dans ce camp, la division va s'établir à Rueil, la 1" brigade est réunie dans la caserne. A cette date (le 12), l'armée de Vei^sailles est divisée en corps d'armée ; la 5' division devient la 3* division du 1" corps (général Ladmirault). Le commandant en chef est le marérhal de Mac-Mahon avec le général Borei comme chef d'élat-major.
[je If) avril, la brigade vient à Courbevoie relever la brigade Wolff, à la tête du pont de Neuilly. Le lieutenantcolonel commandant le régiment, les chefs de bataillon et les adjudants-majors passent la Seine sur un bac installé
i\Ô6 LA LÉGION ÉTRANGÈRE.
près el en amont du pont de Neuilly et reconnaissent les emplacements affectés au régiment qui doit occuper lu [Kirtie située à gauche de l'avenue de Neuilly.
En avaiU du pont, on a construit une batterie armée de 6 pièces de 12 qui contre-bat Tartillerie de la porte Maillot. En arrière se trouve une tranchée défilée par où peuvent se faire les communications. On s'est servi des îlots des maisons pour former dans Neuilly une espèce de tête de pont dont les rues sont fermées par des barricades et eniilées par une ou deux pièces d'artillerie destinées à contrebattre celles établies par les Parisiens.
Chaque bataillon doit occuper un cadre. Le plus exposé est celui de gauche, entre la rue Peyronnet et le boulevard d'Argenson : il est dnfondu par le 5** baUiillon du régiment.
A la nuit, les compagnies traversent successivement le pont que battent de temps en temps les projectiles de la batterie de la porte Maillot. Ellles gagnent successivement les positions qui leur sont assignées. Elles relèvent le OB'* de marche.
lia ligne de défense su compose de inurs en pierres blanches des environs de Paris , de maisons bâties assez légèrement, de hangars en bois et de x)etits murs surmontés d'une grille.
La canonnade et la fusillade sont vives du côté du secteur occupé par le 5*' bataillon. Il est obligé d'abandonner l'angle saillant de son cadre, car les maisons sont détruites par l'artillerie et ne forment plus qu'un amas de décombres. Un bataillon du 135* est envoyé pour fournir la réserve sur ce point.
On se bat d'un côté à l'autre de la rue; en certains endroits les portions de murs situées entre les créneaux sont sciées iiar les balles tirées à bout portant : on est obligé d'appeler des sapeurs du génie pour refaire un obstach continu. A côté, les maisons sont éventi^ées et leurs murs offrent de larges brèches par où l'ennemi peut pénétrer. Les défenseurs s'y maintiennent quand même \ ils for-
AIMUQIJR ET CAMPAGNK DE FRANCE. 357
ment des abris intérieurs avec des pianos, des matelas, des meubles, etc.
A 11 heures et demie du matin, les gens de la Commune battent le tambour, on entend leurs cris de Tautre côté des murs, mais ils n'abandonnent pas leurs abris. A 5 heures du soir, ils essaient de se porter à Tassant, mais aux invectives qu'échangent chefs et soldats, on reconnaît qu'ils ne pousseront pas l'attaque à fond.
Le 2'' ])ataillon vient relever le 5*, les mômes faits se reproduisent. Les pertes commencent à être sensibles. Une maison battue de front et de flanc par l'artillerie cîimcmie est devienne impossible à défendre. Pour empocher l'onncMîii de venir Toccuper, on l'imbibe d'alcool et ou y met le feu. De ce côté se trouve une fabrique de vinaigre de toilette, on se sert des paniers remplis de bouteilles pour barricader les issues. Les hommes profitent de Toccasion pour s'en asperger des pieds à la tête, jamais innnie sous Louis XV, on ne vit un bataillon aussi parfumé.
La lutte est toujours vive au cadre de gauche. Elle nous colite le capitaine Girard tué, le sous-lieutenant Maumias l)le6sé mortellement. Un obus entré dans une maison a tué le capitaine, 1 caporal et blessé 3 hommes.
Le 19, au point du jour, le 39* de ligne, qui a fait un mouvement enveloppant, surprend 3 barricades et enlève 3 pièces de canon. Le 2* bataillon est porté en avant pour le soutenir et contre-battre les maisons qui dominent la rue où opère le 39*. Cette manœuvre nous coôte 1 ofilcier tué. Le môme jour, à la tombée de la nuit, la brigade est vrlovw par nue brig;id(î de la division Grenier. Le réginioiiL va camper au rond-point d(îs Bergères ; il a perdu dans ces 4 jours 2 officiers tues, 1 mort des suites de ses blessures, 9 ofTiciers blessés, plus 15 hommes tués et 102 blessés. Ces pertes sont plus fortes que celles subies à Magenta.
Dans la journée du 20, le régiment va occuper les ba-
358 f.A LÉr.ION ÉTnANGKUK.
raques construites dans le parc de Villeneuve-rÊtang. Il y reçoit deux détachements de jeunes soldais venant dn 20' et du 52^, s'élevant à 6 olUciers et 370 honunes. Ces officiers sont destinés à faire le service au régi nient en remplacement des oUicierd blessés. On i*eroit en niéuic temps Tordre de constituer une section de génie auxiliaire forti! de 30 lioumies et connnaudée par un oilicier.
Le 23 avril, la brigade vient occuper Rueil, Nanlerre et Colombes. Le régiment cantonne à Nanterre.
G officiei^s et 8 sous-olUciers et soldats sont cités à Tordre de Tarmée pour leur belle conduite dans les journées des 10, 17, 18 et 19 avril.
Le 27, la brigade se dirige sur Courbevoie, le 39* doit occuper les tranchées d'Asnières et le cluUeau de Bécou. Un bataillon du régiment, le 2*, reste à la caserne de Courbevoie pour former les postes intérieurs; le l*' liataillou est placé iiu secteur de gauche de Neuilly ; le ô' forme la réserve à la disposition du général de brigade (fui y counnaude.
1/accès est plus facile. On a jeté un pont de luiteaux en amont du pont de Neuilly, à Tabri des feux de Teunemi.
La 3' compagnit; du 1*' bataillon, placée à Textrâme gauche, e^t très engagée et défend vigoureusement nue liarricadc. l^i 2" compagnie du 5*" bataillon est envoyée pour appuyer le 30' à Taile gauche; le capitaine de la 2* comiKignie est légèrement blessé.
Le lendemain, il y a suspension d'armes et un repos dont tout le monde profite. Les francs*maçons, porteurs de tous leurs insignes et précédés de leurs bannières, sorieiii de Parib par la porte Maillot et envoient une députation au général qui commande à Neuilly. Aussitôt la reuiràe de la délégation dans les lignes parisiennes, le feu reprend de plus belle.
Les honnnes bupporteut gaiement les fatigues el leii dangers du siège; ils sont bien nourris, reçoivent chaque jour une ration de vin ou d'eau-de-vie, et une seconde la6
Jours de lr.inclî('îO. Ils n'ont pas été habitués à être aussi bien traités dans la guerre contre rAllcniagne.
Doux compngnies du 1" bataillon sont de nouveau portées en avant pour appuyer le 36'' contre lequel se concentreut les elTorts de Tennemi.
Le 2*^ l)atiiillon, resté à Courbevoie, est employé à (léi?armer le village de Puteaux où la police arrête plusieurs personnes, entre autres le maire.
Le régiment va ensuite occuper de nouveau les baraques de Villeneuve rfitang et détache une compagnie pour garder la grande batterie de 70 jnèces que Ton construit au-dessus de Suresncs, pour battre les bastions du Pointdu Jour.
Les troupes de la 2* division constituent, avec les éclopès, un petit dépôt à la caserne de Uueil où l'on dépose Ks objets que les hommes ont en trop. On croit cliaque jour entrer dans Paris par surprise. A 8 heures et demie du soir, la division se mot en marche et vient passer la nuit sur les bords de la Seine, mais le matin elle rejoint son camp Le régiment s'installe le lendemain dans la raserne de Uueil. Il forme un détachement de 48 hommes et d'un sergent pour la comp:ignie d'éclaireurs de la division. Tous ces détachemeuls ruinent Teirectif des compagnies et l'on peut se demander si ces formations temporaires ont rendu quelques services réels.
On se repose 8 jours, puis la division est dirigée sur Neuilly. Le régiment occupe celte fois le secteur de droite compris entre l'avenue et le bois de Boulogne. On traverse la Seine sur le pont de bateaux; deux bataillons sont en 1'" ligne, le T'est en réserve. De ce côte, l'attaque est beaucoup moins vive que» dans Tautre secteur; il faut surlotit garder le liane droit, de crainte que l'ennemi ne tourne notre droite par le bois de Boulogne.
Nos patrouilles s'y fusillent avec les patrouilles ennemies: trois soldats sont tués.
Un p 'tit délachemi*nt accompagne les gardes des eaux
360 LA LÉGION KTnANfiKItK.
jusqu'aux lacs du liois de Boulo^^uo pour les vider et y construire des batteries de brèche, lorsque tout à coup un petit poste se replie sur le bataillon et annonce l'arrivée d'un homme tout noir et tout nu. ItlfTectivement l'homme apparaît, suivi d'un autre, celui-ci blanc et habillé, et criant: « Ne le tuez pas, ne lo tuex pan! » (lYUait lont siniploniont Torang-outiuig du Jardin d'acclimatation qui s'était échappé et que poursuivait son gardien.
Le 11 mai, au matin, l'aile droite est attaquée par une sortie des Lascars de la Commune. De ce côté, la ligne n'est protégée que par le saut de loup du bois de Boulogne ; les hommes se jettent dans les maisons et engagent une vive fusillade avec rennemi qui, menacé d'être pris en flanc par la compagnie de réserve, se replie au plus vite. Dans la journée, le bois de Boulogne est orcupé par une brigade de la 2* division, puis par les troupes du coqm Douay et du corps Clinchant.
Les tentatives faites contre nos lignes ne sont jamais poussées à fond ; la lutte d'artillerin est plus sérieuse, surtout entre le mont Valérien, la batterie du pont de Neuilly que l'on a armée de pièces de 24 de siège et les batteries ennemies de la porte Maillot. Mais ces duels d'artillerie causent peu de pertes, nos houunes ont appris à se défiler des obus et se placent derrière trois murs; l'obus écLiti; sur le pi*eniier, les éclats percent quelquefois le 2*, mais s'arri^tent au 3*. Du reste, ils sont très au courant des heures de canonnade ; ils oui remarqué que l'ennemi ouvre le feu à 9 heures, le susprnd pendant le déjeuner, le raprend après midi, puis cesse à 4 heures, à l'heure de l'absinthe. Après dîner, le tir est presque nul. On proflte des moments d'accalmie pour faire les corvées et les mouvements nécessaires. Nos pertes ne sont que de 3 tués et do 8 blessés.
Le 14 mai, la brigade est relevée et le régiment va camper à la Malmaison ; il y reste 3 jours et fournit des corvées pour la confection de gabions. Il va ensuite can-
loiiner ;\ Colombes, vX détache des compagnies dans les redoutes de Gennevilliers et dans le village de ce nom.
La batterie établie par les insurgés à Saint-Ouen tire sur c(;s deux points, mais bts coups sont trop courls et les l»rojectiles, arrivant sous de grands angles, s'enterrent et Tout fougasse. Sur notre gauche, en face du poste que nous avons établi à Argenteuil, se trouve un poste de troupes I)russiennes. Les Allemands qui occupent Besonset Argenteuil, sur la rive droite de la Seine, suivent nos opérations avec la plus grande attention. Ils ne laissent plus passer «rapprovisiomiements pour Paris dont Tinvestissement se «:ouiplèti» au sud par la cavalerie du général du Barail.
l']n vu(i de Tentrée dans Paris, on prépare des bons de ré(|uisition destiués à pourvoir à la nourriture des soldats.
Le 21 mai, le régiment occupe Asnières; le 1*' bataillon est il Bécon ; le 3*" bataillon aux voôtes du chemin de fer de l'Ouest et le 5' dans les tranchées en face Clichy.
Pendaut que le régiment occupe ces positions, les troupes sont entrées dans Paris; Tennemi veut enlever, avec di s attelages, les jnèces de canon en batterie sur l'autre rive de la Seine; on cherche à Ten empêcher par des feux de tirailleurs. Nous avons un tué et un blessé.
Nr>s trr)upe8 s\ivau«nnt siiccessivemeut dans Clichy, Levallois-Perret, Saint-Ouen et se dirigent vers la butte Montmartre. Des incendies énormes s'allument dans Paris, l'air est rempli de fumée, de morceaux de papiers à demi carbonisés.
Le 25 mai, le régiment est relevé par le 16* provisoire et va occuper la gare du chemin de fer du Nord et les bastions de la Villette. Il est absolument défendu aux soldats de boire chez les marchands de goutte qui suivent les «oloinies, un caporal ayant été empoisonné dans la matinée.
Les dillérenls bataillons sont répartis entre la gare du Nord et le long de la ligne de TEst. Une lutte d'artillerie très vive s'engage entre les batteries de la butte Mont-
362 LA LÉGION ÉTnANOÈIlE.
martre et celle des Bultes-Cliaumonl, qui est encore au pouvoir des insurgés, mais les projectiles passent au-dessus (le nos tôtes et ne nous blessent personne.
Le lendemain 26, les bataillons gardent à peu près les mêmes positions. Une compagnie est dirigée sur le boulevard do la Cliapolle et enlève la b;uTicado du rond-point de la Villette. Klle a 3 blessés. Le soldat Gagneux s'empare d'un drapeau rouge du 124* batiillon fédéré et tue le lieutenant qui commandait Tartillerie de la barricade. Dix canons et une mitrailleuse tombent en notre pouvoir.
Tout près de là, bnMe le grenier d'abondance ; le grain qui se consume peu à peu développe une chaleur et une fumée intenses qui empùchent de s'approcher du foyer d'incendie.
De concert avec le 31)'', deux compagnies du régiment enlèvent un posle-caborue situé près du chemin de fer de l'Est. Après l'opération, qui a été vivement menée, les olliciers montent bur le parapet des fortilications pour examinier la caiiip.igiu!. Au pitMl du ^^hu^is, ilw a|K!r<;oiveut 2 compagnies prussiennes l'aMne au pied. Les olliciers allemautls s'avaucenl jub(|u'a la contrescarpe et envoient leurs compliments aux olliciers Iraurais; ceux-ci se retirent sans répondre.
Le 27, le régiment est porté en avant; le b* bataillon est au rond-point de la Villelle, les 1*' et 2' l>ataillons, le long du chemin de fer de i'K.^t. La fusillade vers le rondpoint de la Villelttf esldtiVtMUie moins vive et Ton apen-oit successivement des régiments lran«;aisqni s'avancent vers Helleville.
Le chef du ;V baUiillon lait demander [tur deux foib l'autorisation de se porter en avant (?t de relier la brigade Abbatucci «'t la brigade Lefèvre qui marchent parallèlemeut.
Inondant que le chef de bataillon prend mis dispositioub de combat, le capitaine adjutlanl-major Jandard reroit une balle dans l'épaule.
AFIUQrR ET CAMPACNE DE PHANGB. 363
Les compagnies enlèvent successivement deux barrirades dans la rue d*Allemagne et puis une dans la rue de Fl.indnî. On est arrivé an pied des batteries des Huttcs- (lliaumont. 11 faut reculer ou tenter Tattaque. Le bataillon s'élance à Tassant de deux côtés. Une comx)agnie se Jelte dans le parc des Buttes-Chaumont et menace les défenseurs qui se replient. Une fusillade s'engage dans les massifs, mais elle est de courte durée. A droite, le bataillon donne la main au 36* de marche, puis s'étend sur la gauche el se relie rue de Puebla avec des compagnies du 54".
Aussitôt que la rue d'Allemagne est libre, les habitants font pleuvoir par les fenêtres tous leurs effets de gardes nationaux, des fusils à tabatière, des équipements de toutes sortes. Chacun a hâle de se débaiTasser de preuves compromettantes.
La marche en avant se continue avec précaution ; deux compagnies sont laissées à la garde des points enlevés. La 1"* compagnie s'avance directement vers la place des Fêles, elle tombe sur des individus en armes attablés dans un cabaret. Ceux-ci commencent le feu, la maison est envahie, des coups de fusil sont tirés sous les tables, dans les escaliers. La compagnie débouche ensuite sur la barricade qui est au coin de la place; deux hommes y sont tués, mais la barricade est enlevée et le drapeau rouge abattu.
Trois autres compagnies viennent se heurter contre des forces considérables ; le chef de bataillon s'arrête, fait garnir les maisons de tirailleurs, élève des barricades pour les relier rX organise une ('spèce de tête de pont. 11 rappelle ses compagnies échelonnées, prend ses dispositions pour passer la nuit et fait connaître sa situation. Le V et le 2'' bataillon occupent le parc des Buttes-Chaumont et 3 compagnies du 2'' viennent renforcer le 5'' balaillon. La nuit se passe tranquillement. Dans cette journée, nous avons 4 tués et 12 blessés.
Le régiment a l'honneur d'tHre cité dans le rapport du maréchal de Mac-Mahon qui dit: « Le régiment étranger « plante le premier le drapeau iricolore sur les Bnttes- « Chaumont. >
Le 28, le 1" bataillon est employé à la prise de la )>arricado construite à raiigledcs vuna du Puchlatit do HuUoville. Le 2* enlève quelques liarricades et pousse jusqu'à la mairie du 20* arrondissement où il fait de nombreux prisonniers et recueille des armes, des chevaux, des voitures, des omnibus et des approvisionnements qui sont partagés entre les compagnies. A partir do 2 heures, touhi résistance a cessé ; le régiment a 2 tués et 14 blessés.
Le soir, les 3 liataillons campent dans les allées du pari: des Buttes-Chaumont où les tambours et les clairous tiennent à se f<iire connaître des Parisiens et leur sonnent les retraites les plus variées.
Dans cette longue marche à travers les rues de Paris, il faut signaler la tendance qu'ont les hommes à quitter leur place de bataille sous le prétexte de fouiller les maisons et d'y rechercher les armes et les fédérés. Ces visites ont souvent un tout autre but.
Le 29, on procède au désanucmont de Belleville et le 30, la brigade va occui)er la caserne de la l^épinière.
Là, on quitte le fusil pour le balai ; sous le prétexte que la caserne était occupée p;ir la gardt* impériale, les fédérés s'y sont livrés à des dévastations sauvages : décapitant les aigles, arrachant le papier de tenture du mess des ofllciers, encombrant d'ordures de toutes sortes les chambres des honunes. Ce nettoyage dure quati-e jours.
Le régiment reste en station jusqu'au 11 juin.
Le 10, les ofllciers qui y étaient détachés pour faire le service, rejoignent leurs corps.
Le 11, le i*égiuient quitte Paris eu deux colonnes et prend le chemin de fer jusqu'à Toulon. A Dijon, il trouve la gare occupée par les Prussiens.
Arrivé le 13 à Toulon, il s'embarque sur la Drôme pour
Mci-s-cl-Kébir et va camper, le 17, au village nègre, près (rOraii. Il est très mal reçu par la populalion; il semble cependant que dans les circonstances difliciles et douloureuses où ils se sont trouvés, les 3 bataillons du régiment étranger ont fait leur devoir, en même temps que cenx restés en Afrique versaient leur sang pour défendre la population algérienne contre les Arabes.
Le 22 juin, les 3 bataillons rejoignent la portion centrale à Mascara.