‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 94 sur 117 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LB 4* BATAILLON DU 2* ÊTHANOKn A FORMOSB KT AU TONKIN

BN 1885.

Le 4* bataillon arrivo à Alger avec le choléra. — BroUarquomeDl le 3 décembre 1884. — Le choléra à bord. — Arrivée à Kôlung. — Aspect du pays. — Proroièros opérations contre les Chinois. — Le bataillon rontro à Kéluug. — Le colonel Duchesne prend le commandement dus troupes de Kélung. — Nouvelles sorti<.*s contre les Chinois. — Prise du fort Banibuu. — Un Chinois veinard. — Suspension des hostilités. — Évacuation du Formoso. — Le bataillon va occuper Phu-Lung-Thuung ; puis i*hu-no>Quan. — Opérations contre les pirates.

Parli do Hol-Abbès le 21 novembre 1884, le 4* buUiillou campe à la Maison-Carrée près d'Alger; il a emporté île Bel-Abbès les germes dn choléra et 4 hommes meurent à Tambulance établie chez les Pères blancs. Il va ensuite camper dans le polygone de TAgha, puis il est envoyé au cap Matifou et installé sous des tentes au lazaret.

L'épidémie semble se calmer; au bout de quelques jours, il est ramené à Alger et embai*qué le Sdécembresur le Canton; son eflbctif est de 000 hommes. Malgré les prér cautions prises, des cas de choléra se déclarent à bord, 2 hommes meurent. Le Canton touche an cap Saint-Jacques, près de Saigon, et sur les bruits qui courent que les Cliinois ont Tinteniion d'atlaquer les transports frauçaiSy le Canton est escorté par 2 croiseurs, le Duguay-Trouin et le ViUars, jusqu'en rade de Kélung, où il débarque le 21 janvier.

Le bataillon est cantonné dans un des faubourgs de la ville qui a été abandonnée [jar ses habitants, et placé sous les ordres de Tanniral Courbet.

La ville de Kéluiig est située au fond d'une rade, où vient aboutir une vallée profonde et bien cultivée.

Le pays est coupé et raviné, les pentes des hauteurs qui environnent la ville et qui sont occupées par l'ennemi sont raidos et couvertes d'une végétation luxuriante.

Dans la plaine se trouvent des rizières qui forment souvent de vmis marécages. Sur les sommets des hauteurs enviroimantcs (cotées 163), les Chinois ont construit des fortilications composées dcî tranchées bien défilées, appuyées par des forts circulaires qui donnent un certain nanqiicm(3nt.

Le temps t^st pou favorable aux opérations militaires, des pluies presque continuelles comme il en tombe sous celle latitude , défoncent les chemins et les champs , rendent les communications très difficiles et très longues.

Il faut cependant repousser les Chinois, s'emparer dos mines à charbon et donner de l'air à la place, suivant l'expression à la mode du jour.

Los opérations commencent le 25 janvier, une colonne «^omposOe du 4" bataillon étranger, d'une compagnie d'infanterie de marine, du 3* bataillon d'Afrique et de 4 pièces de montagne, se met en marche pour déloger les Chinois (les hauteurs commandant un col situé au débouché de la vallée qui s'étend au sud de la ville.

JiCs éclaireurs sont reçus à coups de fusil ; la compaf^nie iTavant-garde se déploie face aux retranchements einiemis, tandis qu'une autre compagnie s'élève sur les liaut(*urs pour les prendi^d'enfilade ; l'ascension par suite d(> la végéLition tropicale est excessivement pénible. L'attaque réuséil, la compagnie n'a que 2 hommes tués. L'ennemi se replie sur trois pitons boisés, situés au sud du roi d'où il vient d'ôire débusqué.

Les troupes s'inst^dlent sur les positions prises et prenn(3nt li*8 mcsinx*8 de sécurité. L'ennemi tente une atlaquo

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de vive force contre un petit poste qui le repousse et lui tue 4 hommes ; ce jour-ià nos pertes sont de 5 blessés.

Le 26 janvier, Topôrâtion se continue, le bataillon d'Afrique reprend le mouvement par la droite \ il est soutenu par la 3* compagnie qui s'avance crânement vei's Tennemi sans tirer un coup de feu. La 1'* et la 2"* compagnie suivent son mouvement, pendant que la 4* compagnie est de soutien à Tartillerie. Elles se dirigent ensuite sur une crête étroite et boisée et s'emparent du point culminant. Leurs pertes sont de 5 tués et de 12 blessés.

Les compagnies sont réparties sur les hauteui^s et s'y installent tout en se couvmnt à l'aide de tranchées-abris. A 400 mètres a peine des crêtes que nous occupons, se trouve la hauteur de la Table qui domine les i)08itions françaises ; les Chinois bien embusqués tirent constamment sur les hommes qu'ils aperçoivent, et dans les journées suivantes, le bataillon éprouve encore des pertes sensibles, entre autres, celle de M. le lieutenant Weber qui est blessé mortellement'.

Le 30 janvier, le bataillon est relevé aux postes avancés et rentre à Kélung, les compagnies y restent 4 jours et reprennent le service des avant-postes.

Elles subissent quelques pertes, mais elles sont journalières. Le choléra, qui sous cette latitude s'appelle, paratt-il, fièvre algide, continue ses ravages dans le petit corps expéditionnaire. De plus, le temps est mauvais, et les pluies continuelles ne font qu'aider au lléau.

Le lieutenant-colonel Duchesne, du 1" étranger, nommé rolonel au 110*, vient prendre le commandement des troupes de Kélung.

11 coinmoncc ses opérations le 4 mars et cherche à faire tomber successivement les positions occupées parles Chinois en commençant par le nord.

1. Cet oracior avait ddjà ôl6 blusso grioveiuoni «ii i88t, à l'aQuiro ilu Glioll Tjgri (Sud oranuis).

Pallie au jour, la colouue vienl occuper les hauteurs placées à la droite des ligues des Chinois qui les ahandonlient ainsi qu'une montagne appelée montagne de Cliarbon. Les troupes, couvertes par dos avant-postes, campent la nuit sur ces hauteurs, chaque compagnie se garde avec une section.

Ce mouvement préparatoire a donné à la colonne la possi'ssion de Taile droite des tranchées chinoises.

Le 5 mars, un brouillard très intense retarde la suite des opi'rations, ce n'est qu'à 8 heures du matin qu'elles peuvent être commencées.

La colonne prend un chemin qui semble lui permettre d'arrivor sur le liane de la ligne chinoise ; rcnnemi vient tirailler sur la gauche de la roule suivie; malgré celte fusillade et les obus que nous envoie un canon Krupp de montagne que les Chinois pointent assez bien, le mouvement n'est pas ralenti.

Vers midi, on arrive à la droite des ouvrages des Chinois ; ils se composent d'une longue tranchée tracée sur une croie appuyée à sa droite par un fort et à son extrémité par les positions de la Table.

Le terrain est coupé de ressauts propres à faciliter les approches, Tavant-garde avec l'artillerie prépare l'attaque de front, tandis qu'une pelite colonne, forte de 2 compagnies du bataillon étranger, une compagnie d'infanterie de marine et une compagnie du bataillon d'Afrique exécute un mouvement tournant contre le flanc de l'ennemi. Ces troupes sont accueillies par des feux partis du fort et des coups de fusil venant de la vallée de Tam-Sui, qui les prennent en flanc.

Fia ï-ompagnie d'infanterie de marine s'arrôte sur le bord d'une rizière et ouvre le feu ; la 1'* compagnie du bataillon étranger est dirigée contre le saillant de l'ouvrage, tandis que l'autre compagnie (la 2*) cherche à mena( er la ligne de retraite des Chinois. Le capitaine adjudant major Bouyer, du 4' bataillon, est frappé d'une balle

dans les reins'. M. le sous-lieutenant Bacquô, commandant la section qui flanque la marche en avant, est tué.

M. le capitaine Cé8<iri est blessé.

Les autres sections continuent leur ascension de position en position (il y a 150 mètres à gravir); le feu de Tennemi se ralentit; on entre dans le fort et on s'y empare de la pièce Krupp et de 2 drapeaux.

De cette position, on enfile toute la longue ligne de tranchées jusqu'à la Table, les compagnies poui*suivent de leurs feux les Chinois qui se sauvent par la vallée de Tam-Sui ; toutes les hauteurs sont évacuées.

Les pertes de la journée sont de 4 tués dont 1 officier et de 27 blessés dont 2 capitaines.

Par suite du brouillard les opérations sont suspendues le 6, mais elles reprennent le 7. Elles consistent en Tenlèvement de deux forts prolongés par de longues lignes do tranchée que Ton nouune les ouvrages du Cirque et dont le point culminant est occupé par le fort Bambou, à 212 mètres d'élévation et qui domine Kéiuiig à 1,500 mètres de distance.

La 1'* compagnie du bataillon étranger se dirige vers les tranchées sud, elle doit faire une diversion pour attirer rennemi de ce côté.

A 200 mètres, elle est accueillie par des feux violents, qui ne rempéchciit pas de chasser les Chinois de leur position. Puis elle prend 2 forts situés plus en arrière ; la moitié de la compagnie s'établit sur la position, et protège par ses feux l'autre moitié qui chasse Tennenii à la baïonnette.

Les Chinois, baïonnelte au canon, et précédés d'un drapeau rouge, sont ramenés à l'assaut par leurs chefs: mais ce retour offensif est arrêté par des feux de salve. On ramasse le cadavre d'un niaiidarin armé d'un sabre et d'un revolver.

1. Cul'olliciur osl mort au boul do 3 mois Uo cruuUus souffniiicoa.

A la droite de la ligne, le bataillon d'Afrique soutenu par la 3" compagnie dn bataillon étranger attaque la ligne des tranchées qui s'étend plus au nord et où le terrain prcsento des dillicultés inouïes. Après avoir successivement occupé plusieurs positions, le bataillon d'Afrique s'empare du fort Bambou.

Le mouvement se continue vers le sud ; le bataillon d'Afrique est fortement engagé et ses munitions s'épuisent. La 3* compagnie est envoyée à son secours, chaque homme donne 3 paquets de cartouches à ceux du bataillon d'Africiue, puis la compagnie se porte à l'assaut. Pendant que la compagnie gravit les hauteurs, d'énormes pierres lancées par les Chinois, tuent et blessent quelques hommes. L'ennemi finit par céder, la compagnie les chasse des hauteurs et les refoule vers la rivière de Tam-Sui, sur un camp chinois situé en face du gros village de Louan- Louan.

Ce camp, qui se compose de 40 grandes tentes entourées d'un parapet à fort relief, est occupé par 2 sections de la compagnie, pendantque les deux autres passent la rivière, moitié en barque, moitié à gué et fouillent le village.

A la sonnerie de : En retraite, les 2 sections reviennent sur la rive droite de la rivière et rejoignent les 2 autres sections dans le camp chinois dont ou se contente de barricader l'entrée.

A la tombée de la nuit, un Chinois se présente pour entrer au camp et tire un coup de fusil sur l'officier qui se pri'scnlo pour le recevoir. Celui-ci riposte par un coup de revolver sans l'atteindre ; le Chinois jette «on Mauser et 80 met à courir; il disparaît dans la nuit, sans être touché pai- les nombreux coups de feu qui saluent fa fuite.

Dans cette journée, les T* et 3' compagnies qui ont donné presque seules ont 7 morts et 30 blessés.

Les jours suivants sont employés à fortifier les positions conquises et à faire des reconnaissances de l'autre côté de i». rivière de Tam-Sui.

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Le 17 avril, un télégramme annonce que les préliminaires de la paix sont signés entre la France et la Chine et qu'un armistice a été conclu. Le service est réduit à l'occupation des forts et aux travaux d'organisation.

Le 21 juin on commence à évacuer [«'ormose, les compagnioK délacliéosdans les postes avancés commencent lo mouvement (|ui est pi*ou^g<'>, eu cas d'atL'ique des Cliiuois, [lar i(îs vai^s(*aux de la Hotte embosséb tout près du terre.

L'embarqucmentse fait sans incidents sur les transports l'Annamite et le Tonkin ; les compagnies du 4' liatailion étranger débarquent du 25 juin au 7 juillet à llaï-Phoiig et sont dirigées pir des canonnières sur Phu-Lang- Thuong.

Dès son arrivée, le général un chef, M. de Courcy, a décidé de fain' occui er la n^gion du Tonkin qui confine À TAunam, de manière à surveiller les relations entre les deux pays.

Le 24 juillet, le 4* Imlaillon va occuper Pliu-no-Quany village de 5,(XK) habitants sur la rivière de Phu-no, dans la province du Niub-Diuh au sud-ouest du Tonkin, à l'entrée du pays occupé par les Muongs. Ce pays a le môme aspect que celui du Délia ; les Muongs, populations plus fortes que les Annamites, occupent les hauteurs lioisées qui se trouvent à 12 kilomètres au sud-ouest.

C'est dans cette n^gion qu'opèi*e une petite colonne composée de 2 couipa«;uies du 4*^ liatailion élnmgcrr, d'uni: section d'artillerie et d'un dêt^u hemeut dt; tirailleurs tonkinois. La mission de cette colonne est d'empikher le roi d'Annam et le nagent Tliuyot de pénétrer dans le Tonkin. Après avoir frauclii les uiouta'^Mics «le Tliau-lloa, la colonne fait une reconnaissance vei*s le territoire des Muongs, relève les dillicullés du terrain, mais ne signale rieu d'alarmant.

Au mois d'octobre, mie nouvelle reconnaissance est envoyée dans les nit^mes parages à la poursuite des pirateS| mais elle rentre sans les avoir rencontrés.

Le 6 novembre, le 4*^ balaillon (2' étranger) quitte Pliuno-Quan et est dirigé sur Dap-Cau, afin de le rapprocher du 3" régiment de marche auquel il est attaché; ses magasins sont placés à Phu-Lang-Thuong.

Jusqu'au 1" janvier 1886, le bataillon occupe différents postes. Tous ces mouvements sont motivés par la présence des pirates et les opérations entreprises contre eux.

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