‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 13 sur 106 · LES RENFORTS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES RENFORTS FRANÇAIS

SoMUAiBB. — Etrangers arrirës en France après la cession de la légion à TEspagne. — Une décision ministérielle du 7 août 1835. — Instmction du Ministre de Fintérieur aux préfets des régions frontières. — Ordonnance du 16 décembre 1835 relative à une nouvelle légion. — Circulaire ministérielle du 2 janvier 1836 : organisation d'un bataillon à Pau. — Afftuence d'engagés. — Le marédial Maison ne veut pas accepter d'Espagnols : ses raisons. — Correspondance entre Maison, Ha^ rispe et Bemelle. — Le 1^ bataillon en mai 1886. — Incartades de légionnaires. -^ La nouvelle légion parait de^venir une réserve d'hommes destinés à la légion en Espagne. — Circulaire ministérielle du 7 juin 1836 relative aux engagements des étrangers. — Revue individuelle au début de juillet. — Une centaine de volontaires seulement passent en Espagne.

Décision du gouvernement français le 15 juillet. — La légion sera augmentée de 4.000 à 5.000 hommes. — Appel aux militaires sous les drapeaux. — Modèle d'autorisation. — Faveurs accordées aux volontaires. — Enthousiasme dans l'armée française. — Plaintes des généraux ; trop d'engagements. — Conrad à la tète du nouveau corps. — Insinuatiens d'Harispe contre Bemelle. — Rappel de Bemelle le 3 août; son remplacement par Conrad. — Le lieutenant-ookmel Josse à la tête du nouveau corps de Pau. — Lebeau doit commander l'ensemble. — Projet d'organisation de la nouvelle division française^ par Harispe. — Chasseloup-Laubat on Algérie : trop de volontaires.

Départ des volontaires du bataillon de la nouvelle légion avec Conrad. — Leur entrée en Espagne le 16 août 1836.

Les corps auxiliaires français : infanterie volontaire, cavalerie, artillerie. — Une question de dénomination : la légion française.

Agitation politique en Espagne. — Inquiétude des partisans du u juste milieu » en France. — Révolution en Espagne; proclamation de la Constitution de 1812 (13-14 août). — Le oontre-ooup à l'armée du Nord en Espagne : démission et départ de Cordova. — Emotion en France; contre-ordres du Ministre relativement à l'organisation de la légion. — Réduction de l'effectif à 2.500 hommes — Défense de faire passer un homme en Espagne. — Loui»-Philippc veut dissoudre les corps rassemblés à Pau : démission de Thiers. ■ — Ministère Mole en septembre 1886. — Note ministérielle du 13 septembre et ordonnance du 16 : dislocation des corps réunis à Pau. — Amers regrets d'Harispe.

Depuis que la légion avait élé cédée à l'Espagne, les étrangers qui passaient nos frontières ne pouvaient plus contracter d engagement dans notre armée. Au mois de juillet 1835,

un certain nombre de déserteurs des pays voisins, venus en France avec l'intention de passer avec la légion au service de TEspagne avaient été dirigés sur le corps de Suarce. Dans les premiers jours d*août, des engagés étaient encore arrivés à Bayonne, sans qu'on sût quelle destination leur donner ; le Ministre avait pris, le 7 août, une décision assez vague à leur sujet, en écrivant sur une dépêche télégraphique relative à leur situation : « Il faut les faire marcher avec les volontaires du colonel Schwarz et les traiter et considérer comme leur appartenant ou à la légion étrangère. Il faut voir le duc de Prias (1). » Ces engagés avaient postérieurement rejoint la légion. Mais ceux qui étaient arrivés par la suite n'avaient pu recevoir aucune destination. Des hommes dont l'énergie aurait pu être utilement employée restaient ainsi sans ressources et étaient exposés à devenir des vagabonds ou des malfaiteurs.

Le Ministre de Tinlérieur avait donné des instructions aux préfets pour repousser les déserteurs qui arrivaient aux frontières ; mais, selon sa propre expression, c'était « une dure nécessité de renvoyer dans leur patrie des hommes que le châtiment attendait (2) », et il considérait un corps tel que la légion comme une excellente destination à leur donner.

Le maréchal Maison fut frappé par les observations qui lui furent présentées à ce sujet ; il comprit d'ailleurs qu'il devrait un jour envoyer des renforts aux troupes françaises en Espagne ; aussi jugea-t-il bon de remettre en vigueur les dispositions qui avaient en mars 1831 réglé la formation de la légion étrangère. Une ordonnance royale du 16 décembre 1835 fut ainsi conçue :

« Article premier. — Il sera formé une nouvelle légion composée d'étrangers, sous la dénomination légion étrangère. Toutefois, le premier bataillon de cette légion sera seul organisé immédiatement. Les autres bataillons ne seront créés que successivement, et si les besoins du service l'exigent.

(1) Note de la main du maréchal Maison sur une dépêche télégraphique de Bordeaux^ 6 août 1835, expédiée par le général commandant la 11« division militaire au Ministre de la guerre. A. H, G,, AfF. d'Esp., l^on étrangère^ carton 44.

(2) Gafiparin, ministre de l'intérieur, au Ministre de la guerre, de Paris, 15 janvier 1836. A. H. G., AS. d'Esp., carton 44 (original).

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» Art. II. — Toutes les autres dispositions de notre ordonnance du 10 mars 1831 sont remises en vigueur. »

Le Ministre envoya le 2 janvier 1836 une circulaire aux généraux et aux intendants, pour leur faire savoir que les étrangers admis à contracter un engagement devaient être dirigés sur Pau, où s'organiserait le premier bataillon (1) ; il écrivit aussi au Ministre de l'intérieur pour lui dire que les préfets pourraient désormais accueillir les déserteurs (2).

Le nombre des étrangers qui arrivèrent en France par les frontières du Nord et de l'Est fut si considérable que le Ministre fut obligé d'établir un petit dépôt à Nancy ; les engagés devaient y être réunis, puis dirigés sur Pau, chaque fois qu'ils atteindraient le nombre de 30 (3).

Des réfugiés espagnols qui se trouvaient en France, pensant que la nouvelle légion était destinée à renforcer plus tard celle qui se battait en Espagne, demandèrent aussitôt à entrer dans ses rangs. Le Ministre de l'intérieur, Gaspstrin, en informa le Ministre de la guerre, mais sans lui laisser ignorer que, parmi ces étrangers, les uns appartenaient au parti carliste et les autres étaient déserteurs du parti de la Reine (4).

Le maréchal Maison, tout en reconnaissant que ces réfugiés remplissaient les conditions voulues pour être admis dans la légion, pensa que l'incorporation d'hommes appartenant à deux partis différents introduirait dans ce corps des éléments de discorde ; la situation géographique de la ville de Pau lui paraissait d'ailleurs propre à encourager la désertion parmi les soldats de Tarmée constitutionnelle. Aussi écrivit-il à Gasparin qu'il n'était pas d'avis d'admettre les réfugiés espagnols dans la nouvelle légion étrangère (5).

(1) Circulaire imprimée du 2 janvier 1836. A, H. G, y AS. d'Esp., carton 44.

(2) Le Ministre de la guerre au Ministre de Tintérieur, de Paris, 23 janvier 1836. A. H. 0., AS. d*Esp., carton 44 (minute).

(3) Le Ministre de la guerre au lieutenant-général commandant la 3* division militaire à Met«, de Paris, 28 janvier 1836. A. H. G., AS. d'Bsp., carton 44 (minute).

(4) Gasparin. ministre de l'intérieur, au Ministre de la guerre, de Paris, 17 janvier 1836. A. E. (?., Aff. d*Esp., carton 44 (original).

(6) Gasparin, ministre de l'intérieur, au Ministre de la guerre, de Paris, 17 janvier 1836. Not« en marge de la main du Ministre de la guerre; et lettre du Ministre do la guerre au Ministre de l'intérieur du 21 janvier 1836 (minute). A. H. (?., A£P. d'Esp., carton 44.

Gasparin fui peu satisfait de cette décision ; modifiant sa première manière de voir, il proposa alors à son collègue de n'accepter que les déserteurs des troupes de la Reine, en excluant les réfugiés carlistes. « Quel inconvénient, écrivailil, présenterait leur admission dans la légion étrangère Y Si plus tard cette légion était destinée à renforcer celle qui a déjà passé au service de la reine Isabelle, les déserteurs espagnols y trouveraient un moyen de rentrer avec sécurité dans leur pays, et nous en serions débarrassés. Si, au contraire, elle devait être employée en Afrique, ces mêmes déserteurs pourraient se rendre utiles à la France et payer ainsi la dette de Thospitalité (1). »

Le maréchal se montra inflexible : « Je n'ai pas voulu, écrivait-il en marge de la lettre, et ne veux pas encore prendre ces soldats de la Reine, parce qu'il va en arriver mille d'un coup peut-être, et que c'est un encouragement à la désertion du parti de la Reine (2) » ; il maintint sa décision (3).

Comme les autorités militaires ne reçurent pas à ce sujet d'instructions particulières, certains Espagnols furent néanmoins enrôlés dans la légion. Les inconvénients prévus par le Ministre se manifestèrent bientôt ; sur cinq déserteurs qui avaient abandonné le nouveau corps depuis sa création jusqu'au 15 avril 1836, trois étaient Espagnols, et les propos qu'ils avaient tenus laissaient penser que c'étaient des Carlistes. Ces hommes venaient à la légion avec l'intention de se faire habiller, armer et équiper, pour déserter ensuite. Le général Harispe en fit la remarque au Ministre (4) et, avant même d'avoir reçu une réponse, insista de nouveau sur l'inconvénient qu'il y avait à les accueillir : « Ce leur serait un moyen facile, écrivait-il, de se procurer des ressources aux frais du gouvernement français, et je crois indispensable d'y mettre empêchement en excluant les Espagnols de la nou-

(1) Gasparin, ministre de rintérieur, au maréchal Ministre de la guerre, de Paris, 80 janvier 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44 (original).

(2) Ihid., note en marge, de la main du Ministre.

(3) Le Ministre de la guerre au Ministre de l'intérieur, 4 février 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., cai^ton 44 (minute).

(4) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 19 avril 1836. A. H, G., Aff. d'Esp., carton 44 (original).

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velle légion (1). » Comme néanmoins un certain nombre de ceux qui se présentaient pouvaient être réellement dévoués au gouvernement de la Reine, Harispe proposait de les envoyer au général Bemelle, pour qu'il pût les incorporer dans sa légion.

Le maréchal Maison avait, dès la première lettre d'Harispe, exprimé son intention d une manière formelle (2) ; au reçu de la seconde, il donna Tordre de lui télégraphier qu'il ne voulait pas admettre un seul Espagnol dans la légion étrangère, ni à Pau ni ailleurs, et il lui fit écrire une lettre officielle pour lui défendre expressément de les accepter ; il estimait que l'enrôlement de nos voisins pouvait être non seulement une cause de désorganisation pour les troupes de la Reine, mais encore une faveur offerte aux lâches qui ne voulaient pas se battre (3).

Le Ministre de la guerre pensait déjà à ce moment aux moyens d'envoyer plus tard au delà des Pyrénées le corps qu'il organisait. De longues et fréquentes correspondances étaient échangées entre le général Bemelle, le général Harispe et le Ministre, sur la nécessité de recruter en France des renforts pour la légion étrangère (4). Bernelle exposait dans ses lettres qu'il ne pouvait compter a que sur ses propres forces (5), et touchait par cet argument le cœur de ses camarades et de ses chefs dans l'armée française ; le Ministre commençait à penser que Bernelle pourrait puiser comme en un dépôt dans la nouvelle légion étrangère.

Le V bataillon recevait peu à peu des contingents qui grossissaient ses rangs ; il comptait déjà, le 1" mai 1836, 16 officiers et 300 sous-officiers et soldats qui devaient être

(1) Du même au mêm«, 25 avril 1836. A. H. G,, AfF. d'Esp., cartoa 44 (original).

(2) Relevé des notes du Ministre sur la feuille d'analyse des dépêches importantes parvenues le 23 avril 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44.

(3) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 25 avril 1836, note marginale. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44, liasse : nouvelle légion (original), et dépêche au général Harispe, du 30 avril.

(4) Voir entre autres la lettre du Ministre au général Harispe du 8 avril 1836, et la réponse du généra] Harispe du 16 avril, contenant le (( plan d'un système de recrutement de la légion étrangère en Espagne ». A. H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièces 18, 19, 20 et 21.

(5) Bemelle au général Harispe, de Larrasoana, 8 avril 1036. A. H, G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 8 (copies).

LA LÉGION ÉTRA-NGÈRE EN ESPAGNE

entièrement habillés le 10 mai (1). Mais son organisation ne se poursuivait pas sans quelques difficultés et quelques incidents, en raison même du caractère des hommes qui le constituaient.

Les légionnaires, venus avec Tespoir d'entrer immédiatement en campagne, se plaisaient peu dans leur garnison sédentaire : ils passaient devant des conseils de guerre pour vente d'effets ou désertion, alors qu'ils se seraient bravement conduits en roule ou sur un champ de bataille. Le 28 mai, par exemple, 19 hommes quittèrent Pau ; 12 furent repris dans les Hautes-Pyrénées, alors qu'ils cherchaient à passer en Espagne ; ils donnèrent comme motif de leur désertion qu'ils n'étaient pas assez payés ; la véritable raison, c'est que leur oisiveté leur pesait (2).

Le général Harispe pensait néanmoins que beaucoup de légionnaires n'étaient pas disposés à servir en Espagne si l'ordre leur en était donné, et il estimait qu'il y avait tout avantage à transporter la légion de Pau à Toulouse (3)..

Il était question en haut lieu de faire partir des volontaires pour l'Espagne et, dès le 11 mai, le maréchal Maison avait envisagé la possibilité d'envoyer comme renforts à Bernelle des détachements de légionnaires (4) ; mais aucune convention officielle n'avait cédé à l'Espagne le bataillon qui se formait, ni même une partie de ce bataillon. Le général Alava, ambassadeur de la Reine à Paris, avait seulement reçu du gouvernement de Louis-Philippe l'autorisation de recruter des volontaires en France ; puis il avait obtenu du maréchal Maison la permission de faire quelques efforts auprès des soldats de la légion pour les décider à servir en Espagne, en promettant de rembourser exactement les avances faites à chaque soldat (5).

(1) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 5 mai 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44 (original).

(2) Du même au même, de Bayonne, 3 juin 1836. A. carton 45, liasse 2 (original).

(3) Du même au même, de Bayonne, 7 juin 1836. A carton 45, liasse 2 (extrait). *•

(4) Note de la main du Ministre en marge de la lettre du 5 mai du général Harispe rendant compte de la situation du bataillon. A. H. G., Aff. (VEsp., carton 44.

(5) Avis de la direction du personnel au ministère de la guerre, 27 mai

E. G., Aff. d'Eep., E. (?., Aff. d'Esp.,

LES BENFOKTS FBANÇAIS 205

La nouvelle légion étrangère paraissait donc devenir une réserve d'hommes destinés à passer au service de TEspagne ; mais les légionnaires n'étaient pas prévenus, lorsqu'ils s'engageaient, de cette particularité. Aussi le maréchal Maison, qui se rappelait les difficultés soulevées lors du départ de l'ancienne légion étrangère, crut-il bon de faire aux hommes qui s'enrôlaient une situation plus nette. Il décida, par une circulaire du 7 juin, que les engagements souscrits par des étrangers porteraient la disposition suivante : « Le contractant a promis également de suivre la légion, ou toute fraction de la légion, partout où il conviendrait au gouvernement de l'envoyer (1). » Cette clause permettait ainsi de faire passer en Espagne, sans leur demander leur avis, tous les hommes qui s'engageraient par la suite. -

Le Ministre voulut d'ailleurs être fixé sur les intentions des légionnaires déjà réunis, et dont l'effectif au 1*' juin était de 495 sous-officiers et soldats. Il écrivit à ce sujet le 18 juin au général Harispe : <( Pour prouver au gouvernement de la Reine que la France ne se borne pas à des manifestations de sympathie ou à des promesses vaines ; et dans l'intérêt de la politique générale comme dans celui de la reine Isabelle, il est nécessaire de s'assurer encore des ressources que peut offrir le bataillon de la légion étrangère à Pau (2). » A cet effet, il prescrivit au général commandant le département des Basses-Pyrénées de passer une revue individuelle du bataillon, afin de savoir de chaque sous-oflicier et soldat s'il était dans l'intention de passer au service de l'Espagne ; il défendit d'ailleurs d'exercer sur eux aucune contrainte, puisque les hommes engagés depuis la circulaire du 7 juin étaient les seuls qui eussent accepté de suivre partout la légion.

Le maréchal de camp Jacobi passa au début de juillet la revue du corps, dont l'effectif était monté à 655 sous-officiers

1836. Dans la note sur la cession de la nouvelle l^otn, 26 juillet 1836. A. H. G.f AflF. d'Esp., carton 45, liasse 1 (original).

(1) Circulaire n« 227, de Paris, 7 juin 1836 (lithographiée). A. H, (?., AfF. d'Esp., carton 45, liasse 2.

(2) Le Ministre de la guerre au général Harispe, de Paris, 18 juin 1836. J. É. G., Aff. dTsp., carton 45, liasse 2 (minute).

et soldats, non compris 150 hommes attendus. Le nombre des volontaires qui se présentèrent pour entrer au service de l'Espagne fut relativement peu considérable ; il n y eut en tout que 1 sergent-major, 1 sergent, 4 caporaux, 1 caporal-tambour, 1 tambour, 81 fusiliers. Ces hommes furent immédiatement dirigés par Saint-Jean-Pied-de-Port sur Val Carlos, où le général Bernelle avait envoyé des officiers et des sousofficiers pour les recevoir. Les autres légionnaires ne manifestèrent pas le désir de passer au service de la Reine (1).

Un tel envoi était insuffisant et il ne fallait pas espérer le renouveler bientôt, puisque le recrutement de la légion élail assez lent. D'autre part, Tavis officiel qui avait été publié au Monileur depuis plus d'un an, et qui autorisait les Français à s'enrôler au service de l'Espagne, sauf à remplir les formalités exigées pour conserver la qualité de Français (2), n'avait fourni que des résultats insignifiants.

Le Ministre de la guerre comprit qu'il devait recourir à d'autres moyens pour maintenir l'effectif de la légion étrangère à un chiffre suffisamment élevé, et le plus pratique lui sembla être de faire appel à la bonne volonté des officiers, sous-officiers et soldats de l'armée. Le directeur du personnel au ministère, le général vicomte Schramm, lui fournit, le

14 juillet 1836, une « note sur la nécessité de pourvoir au recrutement de la légion étrangère en Espagne (3) », Qt, le

15 juillet, le gouvernement décida que la légion serait augmentée de 4.000 à 5.000 hommes (4).

• Le recrutement de cet effectif devait se faire partie en France et partie en Algérie, d'après des instructions spéciales du Ministre ; dans ce but, deux officiers furent désignés avec la mission de se rendre, l'un, le chef d'escadrons Fellion, à Pau, l'autre, le capitaine de Chasseloup-Laubaf, à Alger (5).

Une note fut envoyée par le Ministre aux directeurs et

(1) Le général Harispe au Ministre do la guerre, de Bayonne, 8 juillet 1836. A, H. G. y AS. d'Esp., cai-ton 45, liasse 2 (original).

(2) Avis officiel publié au Moniievr du 17 juin 1835.

(3) A, E. G. y Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2.

(4) Note à l'encre rouge établie au cabinet du Ministre de la guerre, 1© 15 juillet 1836. A. II. G,, Aff. d'Esp., carton 45, liaa?e 1, pièce 2(j.

(5) îhid.

LES BEXFORTS FBAXÇAIS 207

chefs de bureau du ministère, pour les avertir des mesures qui allaient être prises (1), et qui étaient les suivantes :

Le bataillon de la nouvelle légion étrangère, qui s'organisait à Pau, devait être cédé à TEspagne, moins les cadres de deux compagnies qui resteraient dans cette ville pour former le noyau et le dépôt du corps. Celle cession se ferait aux mêmes conditions que la cession de 1835 et n'engagerait que les militaires du bataillon qui consentiraient à partir. De plus, d'après rautorisalion qui avait été publiée dans le Monileur universel du 17 juin 1835, et qui était toujours en vigueur, les Français pouvaient demander à servir en Espagne (2) ; un appel devait, en conséquence, être adressé à la bonne volonté des bataillons d'infanterie légère d'Afrique et des troupes indigènes, s'il y avait lieu ; le même appel devait être étendu aux autres corps de l'armée et aux militaires en congé illimité dans les 9', 10*, 11', 20*, 2P divisions. Les Français qui s'engageraient seraient dirigés sur Pau et placés en subsistance au dépôt de la légion étrangère, en attendant leur passage en Espagne. Toutes ces mesures devaient être exécutées avec la plus grande circonspection (3).

Le Minisire donna des instructions particulières dans ce sens aux deux officiers en mission et envoya, le 21 juillet, aux généraux intéressés une circulaire confidentielle pour régler les détails du passage des militaires français au service de l'Espagne (4). Le modèle de 1' « autorisation » à donner à tout militaire consentant à passer au service de la Reine d'Espagne était ainsi libellé : « N... est autorisé à se rendre en Espagne pour y être à la disposition de M. le (mettre ici le nom du colonel Bernelle si c'est dans l'ancienne légion

(1) Le Ministre de la guerre à deux directeurs et aux chefs de bureau d'armes, confidentielle, 19 juillet 1S36. A. H. (?., AflF. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 29 (minute).

(2) Voir chapitre IV, page 87.

(3) Le Ministre de la guerre à deux directeurs et aux chefs de bureau d'armes, note confidentielle, 19 juillet 1836. A, H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pi^ce 29 (minute).

(4) Le Ministre de la guerre aux généraux commandant les 9*, 10«, etc. divisions militaires. A. H. <?., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 32 (minute). Voir aussi lee minutes de» instructions : au commandant Pel- Hon, 16 juillet; au capitaine de Chasseloup-Laubat, 16 juillet; au luaréchal Claiiyel et au général Bapatel, 18 juillet; au général Harispe, 20 juillet, etc. Ihid.

étrangère que le militaire désire servir, ou celui du chef de bataillon Bedeau (1) si c est dans la nouvelle légion). N... continuera à compter à son corps, qu'il rejoindra le (mettre un délai de deux ans) à moins d'une nouvelle autorisation d'absence (2). »

Le Ministre prit d'ailleurs quelques mesures en faveur des volontaires français; il décida que chaque sous-officier ou soldat passant en Espagne recevrait une prime de 30 francs, de quelque corps qu'il vienne (3); puis, que les campagnes en Espagne compteraient pour la retraite et que les blessures y donneraient droit (4). Enfin, il autorisa le général Harispe à distribuer des avancements dans les divers grades, mais au titre espagnol : les soldats et les caporaux pouvaient être nommés sous-officiers, les sous-officiers promus sous-lieutenants, et les officiers pouvaient recevoir jusqu'au grade de capitaine inclusivement (5).

Les volontaires pour l'Espagne se présentèrent avec beaucoup d'empressement et donnèrent partout les preuves du plus vif enthousiasme.

Le 28 juillet, sur 500 hommes du bataillon de la nouvelle

(1) Marie-Alphonse Bedeau, né à Verton (Loire-Inférieure), le 19 août 1804, x^lève à FEcoIe spéciale militaire en 1820, (Mnia-lieateoaait en 1822 et élève à TEcole d'état-major en 1823, fut nommé capitaine en 1831, fit la campagne de Belgique, et fut successiyement aide de camp de plusieurs généraux, entre autres du général Schramm. Nommé chef de bataillon le 3 février 1836 au l*' bataillon de la nouvelle légion, il ne paasa pas en Espagne, fut dirigé sur l'Afrique avec le corps qui se reconstituait, et promu lieutenant-colonel le 11 novembre 1837. Il ne quitta plus T Algérie qu'en 1847 : colonel du 17* léger le 4 décembre 1039, maréchal de camp le 27 mai 1841, lieutenant-général le 16 septembre 1844^ il commanda la province de Constantine, et fut même en juin 1847 gouverneur général par intérim. Retraité en 1852, il mourut à Nantes le 30 octobre 1863. A. A. G,t dossier Bedeau. Voir un mémoire couronné par la Société historique algérienne et édité par elle dana la Revue africaine : « Le général Bedeau », par le capitaine Paul Aasan.

(2) Minute du modèle, jointe à la circulaire du 21 juillet 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 4o, liasse 1, pièce 33.

(3) Note de la direction du personnel au ministère du 19 juillet 1836. A. È. O.f Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 30 (minute).

(4) Le Ministre de la guerre au général Harispe, de Paris, 30 juillet 1836 (dép. télégraphique, minute signée du maréchal Maison). A. H. G,, Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièces 74 et 75.

Voici le passage textuellement : <( Voufi pouvez donner l'assurance que les campagnes en Espagne et les blessures compteront et donneront droit à la retraite. »

(5) Dép. télégraphique du 26 juillet, confirmée par lettre du 31 juillet 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 77 (minute).

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légion étrangère, 400 demandèrent à partir, ainsi que tous les sous-officiers et la moitié des officiers, et cela quoique le commandant Bedeau, qui avait été placé à la tête du bataillon, eût refusé de passer au service de l'Espagne (1).

Le même enthousiasme se manifesta dans les différentes divisions. Ainsi, dans les deux régiments qui étaient à Bayonne, 500 hommes s'enrôlèrent pour servir en Espagne, et furent dirigés le 29 juillet sur Pau, sous la conduite d officiers volontaires (2).

Les généraux craignaient que le départ de tant de volontaires ne jetât le désarroi dans les troupes placées sous leurs ordres. Le général baron Jamin, qui commandait la 11* division, écrivait que ses corps allaient se trouver désorganisés et proposait au Ministre de limiter à 150 par régiment le nombre des hommes à diriger sur Pau (3).

Le général baron Lejeune télégraphiait, le 1" août, au Ministre que les volontaires de sa division étaient trop nombreux pour qu'on pût accorder à tous l'autorisation de passer au service de l'Espagne ; quelques jours plus tard, il lui écrivait encore : « Il y aurait ici une désorganisation presque complète, si je laissais partir tous les sous-officiers et caporaux ou brigadiers qui le demandent; certaines compagnies ne conser\'eraient qu'un seul caporal (4). »

C'étaient d'ailleurs les soldats les plus instruits et les plus solides qui demandaient à partir, ce qui augmentait les regrets des officiers sous les ordres desquels ils servaient. Aussi le général de Castellane essayait-il, après bien d'autres, de dissuader le maréchal Maison de son entreprise, et il mettait en ligne des arguments de toute nature, pour le convaincre des inconvénients qui en résultaient (5).

(1) Le général Harîspe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 28 juillet 1836, 8 heures du eoir. A. E, G., Aff. d'Esp., carton 4o, liasse 1, pièce 73 (dâp. télég.).

(2) IhUL

(3) Le général Janiin au Ministre de la guerre, de Bordeaux, 2 août 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2 (original).

(4) Le général coanmandant la 10* division militaire a-u Ministre de la guerre, de Toulouse, !•' août 1836 (dépêche télégraphique). .4. fi. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2.

Le général Lejeune au Ministre, de Toulouse, 11 août 1836. A, H, G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2 (original).

(5) Tje général de Castellane, commandant la 21« division nûlitaire, au

Légion étrangère. 1^

1 Cependant Torganisalion du nouveau corps se poursuivait.

\ Dès la fin de juillet 1836, le général Harispe avait envoyé à

1 Pau le colonel Conrad, pour en prendre le commandement

j provisoire (1). Conrad paraissait déjà destiné à remplacer le

! général Bernelle. Harispe, en effet, ne perdait aucune occa-

I sion, dans ses lettres au Ministre, de décerner des éloges à

j Tun et des paroles de blâme à Taulre; il justifiait par exemple

; renvoi de Conrad à Pau dans les termes suivants : « Cette

j mesure était d autant plus nécessaire que le refus d'une cen-

1 taine d'hommes du bataillon n'a eu pour cause que la crainte

de retomber sous le général Bernelle (2). » Quelques jours plus tard, il usait à nouveau d'insinuations analogues : « Je reçois à l'instant, écrivait-il au Ministre, une lettre du général Bernelle, que je vous envoie; elle vous prouvera l'urgente nécessité de placer un chef capable à la tête de la légion (3). »

Ces manœuvres portèrent leurs fruits. Le 3 août, le Ministre télégraphia au général Harispe que le colonel Bernelle était autorisé, sur sa demande, à rentrer immédiatement en France, et que le lieutenant-colonel Conrad irait sur-lechamp prendre le commandement de la légion en Espagne ; le lieutenant-colonel Josse se rendrait à Pau, pour remplacer Conrad à la tête de la nouvelle légion (4).

Le général Harispe étudia dans tous ses détails l'organisation qui pouvait être donnée à la nouvelle division française i et envoya à ce sujet au Ministre un plan fort bien conçu. Il

I était d'avis de mettre à la tête des troupes au service de

l'Espagne un général qui aurait sous ses ordres : deux corps d'infanterie à 4 bataillons chacun, un corps de cavalerie à I 5 escadrons, et deux batteries. Le premier corps d'infanterie

Ministre de la guerre, de Perpignan, 25 août 18d6. A, H, G,, A&. d'Esp., carton 45, liasse 2 (original).

(1) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 28 juillet 1836, 8 heures du soir. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse l, pihce 74 (dép. télégr.).

(2) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 28 juillet 1836. A, H, G. y Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 73 (original. Confirmation de la dépêche).

(3) Du même au même, de Bayonne, 1" août 1836. A. E, G., Aff. d'Esp., carton 45.. liasse 1, pièce 106 (original).

(4) Le Ministre de la guerre au général Harispe, de Paris, 3 août 1836. A, H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 89 (dépêche télégraphique).

LES KENFOETS FRANÇAIS

serait constitué par Tancienne légion étrangère ; le second 001^)5, par la nouvelle légion étrangère qui s'organisait à Pau ; les 300 chevaux cédés par la France à TEspagne, réunis aux 250 que possédait déjà Bernelle, formeraient les cinq escadrons ; enfin la batterie de la légion serait renforcée de celle qui devait se constituer à Pau. A la tête de ces troupes serait placé le colonel Lebeau du 57* de ligne, « excellent militaire et parfait honnête homme (1) », auquel on donnerait le grade de général.

Une solide organisation était d'autant plus nécessaire au nouveau corps que de nombreux contingents devaient lui arriver à Pau dans le courant du mois d'août. Les troupes d'Afrique, en effet, marquaient un empressement plus vif encore que celles de France à passer au service de la Reine. Le capitaine de Chasseloup-Laubat (2), envoyé auprès du général Rapatel, était arrivé à Alger le 27 juillet, et s'était embarqué presque aussitôt pour Oran. Parti de cette ville pour le camp de la Tafna, il y parvint le 3 août, au moment même où les troupes qui l'occupaient repoussaient une attaque des Arabes.

L'appel qu'il adressa au P' bataillon d'infanterie légère d'Afrique fut accueilli avec joie ; presque tous les soldats demandèrent à passer à la légion étrangère ! Mais comme certains d'entre eux, ouvriers d'art, menuisiers, charpentiers, étaient indispensables aux travaux du camp, Chasseloup- Laubat ne crut pas devoir les emmener à Oran. Il accepta en tout 875 volontaires, savoir : 3 officiers, le lieutenant Bidon (3) et deux sous-lieutenants, 6 sergents-majors, 12 sergents, 4 fourriers, 35 caporaux, 13 tambours et clairons et 802 chasseurs ; il divisa ces volontaires en six pelotons provisoires et les réunit entre Oran et le fort de Mers-el-Kébir, prêts à s'embarquer pour Port-Vendres. Son avis était que

(1) Le général Harispe au Ministre, de Bayonne, !•' août 1836. A. H. Q.y Aff. d*Esp., carton 45, liasse 1, pièce 106 (original).

(2) Justin de ChasseloujhLaubat , capitaine au corps royal d'état-major, 4tait un des quatre aidée de camp du maréchal Maison; les autres étaient les chefs d'escadron de la Rue, Joseph Maison et Langlois.

(3) Cet officier devint capitaine en Algérie; il était commandant de place à Djemmaar-Ghazaouet lors de la fameuse affaire de Sidi-Brahim. Voir Paul Azan, Sidi-Brahim, Lavauzelle, 1905, passim.

ces hommes devaient rester groupés, parce qu'ils avaient l'habitude de combattre ensemble : <( D'ailleui's, ajoulail-il, une vieille rancune qui date de la Macta existe dans le P' bataillon d'infanterie légère d'Afrique contre la légion étrangère, et souvent a été la cause de sanglantes querelles (1). )>

Les autres corps de la province d'Oran, consultés, fournirent 2.234 volontaires, et en tenant compte des demandes qui n'avaient pas encore pu parvenir au Ministre le 9 août, on pouvait estimer que le nombre des volontaires serait de 3.000 environ. Il y avait donc 3.875 hommes dans la seule province d'Oran qui demandaient à passer au service de l'Espagne (2) !

Chasseloup-Laubal écrivit au Ministre, en même temps que sa lettre officielle du 9 août, une lettre confidentielle dans laquelle il lui donnait plus de détails sur le résultat de sa mission : « C'est avec joie, avec bonheur, écrivait-il, qu'une multitude de sous-officiers et soldats ont répondu dans tous les corps français stationnés dans la province d'Oran à l'appel qui leur a été fait de passer au service de la Reine d'Espagne... Dans toute la province d'Oran, si les vaisseaux étaient mouillés à Mers-el-Kebir, prêts à embarquer les troupes ; s'il était bien certain que quelques avantages fussent attachés à la mission de MM. les officiers ; si vous me donniez les pouvoirs nécessaires, je me fais fort d'emmener les trois quarts de l'armée, général, colonels, officiers à la tête de leurs régiments (3). »

Le Ministre dut calmer le zèle de son aide de camp, et limiter le recrutement aux seuls bataillons d'Afrique, à l'exclusion des autres corps stationnés en Algérie ; le chiffre des volontaires du P' bataillon d'Afrique fut ramené a 628 hommes, et celui des volontaires des 2* et 3* bataillons s'éleva à 500 environ pour chacun de ces corps (4).

(1) Le capitaine de Chasseloup-Laubat au Ministre de la guerre, d*Oran, 9 août 183G. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2 (original).

(2) Ibid.

(3) Du même au même, d'Oran, 9 août 1836 : « Lettre particulière pour M. le maréchal seul. » A. H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2 (original).

(4) Etat numérique Gcénéral des volontaires à la date du 13 août, rectifié le 16. A. E, G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2.

I^A REINA DOKTA ISABEL SEGÏJIVDA,

T EN su NOMBRE DO^A MARU GRISTINA DE BORBON, REGENTA Y GOBERNAQORA DBLREDia

Por tinto mando al GapiUn gênerai 6 Gamanèaiite gênerai k quîen tonro» dé h 6rden convenkiit»

para que preœdido cl jorameoio que debe prestar d expreaado D. /^»^ «?^2ir^»^ — •~^>«<^^ '

-'->»^«>V — -^-u^t^ ^'<^ conforme à lo preacrito por la GONmxDCiON,, ai ya no Jo bubîete

hedio, se le poop en poaenoo de! referido empleo» guardandole y haciéndole gpardar las preemînendas y cKcnaonca qœ le tocan y deben ter gpardadas; y que el lotendeote û Ordenador a quîen perteneôere dé asîmisaio la 6rden neœsaria pra que «e tome razon de este Deapacha en la Contacfnrîa'j)rincipal 6 Interyenclon , y en elb se Iç formari asiento con el tueldo que le correapondiere aegun el ûltimo Reglamento , del cual ba de gozar deade el dk del cûmplaae del Capitan

6 Gomandancè gênerai, acgun conAtaro de la primera revîsta. Dado en /oÀ^ — -^=^

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LES BENFORTS FBAXÇAIS

Les volontaires du bataillon de la légion étrangère en garnison à Pau se trouvèrent prêts à partir dès les premiers jours d'août ; comme ils appartenaient régulièrement à la légion, on se décida à les faire mettre en route le plus rapidement possible : à cet effet, on compléta le cadre des compagnies par la nomination de quelques officiers et sous-offîciers venus des régiments de France. Le bataillon ainsi constitué, comptant 423 sous-offîciers et soldais, quitta Pau sous la conduite de Conrad, pour aller rejoindre l'ancienne légion étrangère, et entra en Espagne le 16 août (1).

Le chef du nouveau bataillon était Benoît- Antoine-Louis de Caprez, né à Lenz dans le canton des Grisons le 5 février 1798 ; entré au 2* régiment d'infanterie suisse de la garde en 1816 avec le grade de sous-lieutenant, il avait passé à la légion comme lieutenant le 31 mai 1831, et avait été nommé capitaine adjudant-major le 16 décembre 1834. Quand la légion avait été cédée à l'Espagne, il avait refusé de la suivre et avait été mis en non-actitivé le 27 juillet 1835 ; il saisissait l'occasion de rejoindre en Espagne ses anciens camarades (2).

Les officiers du bataillon sous ses ordres étaient tous Français. L'un d'eux, le lieutenant Damian-Duvernègue, un ancien de la légion d'Alger, avait jadis, comme Caprez, refusé de partir pour l'Espagne. Les autres venaient des régiments de ligne : Pagnîer, Grand de Vaux et de Douhet, sous-lieutenants, avaient reçu le grade de lieutenant, ainsi que Touflet (3) ; Lehr, Walther, Prestat, Azan, Helprecht et Dumont, sous-officiers depuis plusieurs années, avaient reçu le grade de sous-lieutenant. Ferdinand Renacki remplissait les fonctions de chirurgien aide-major.

(1) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 31 août 1836 (original).

(2) Démissionnaire du service d'Espagne le 29 septembre 1837, de Capree rentra comme capitaine à la nouvelle légion en Algérie, le 24 novembre suivant. Chef de bataillon au 1«' régiment de la légion le 6 octobre 1841, il fut successivement colonel (au titre français) du 2* régiment de la légion le 10 mars 1854, puis du 2* régiment de la 2* légion le 30 mai 1855. Mis en non-activité par suppression d'emploi le 5 juin 1856^ il se retira à Choisj-le-Roi et fut nommé par la suite commandant de place au Mont-Valérien. A. A, O,, 2« régiment de la 2* légion étrangère, reg. matr. d'officiers, n? 19.

(3) Touflet n'est pas indiqué, dans les pièces, comme ayant eu le grade de sons-lientenant dans un corps français.

Ce bataillon, encadré par des officiers français, devait être un excellent renfort pour la légion; son dépôt, constitué par les hommes laissés à Pau, forma le noyau de la nouvelle légion étrangère en France.

A côté de cette nouvelle légion qui devait s accroître peu à peu par les engagements et alimenter Tancienne, se constituait un corps appelé quelquefois par analogie deuxième légion étrangère ou, plus souvent, « infanterie volontaire », par la réunion des hommes venus des régiments français ; en même temps, s'organisaient à Pau des escadrons de cavalerie et une baltefie d'artillerie ; tous ces corps, infanterie, cavalerie, artillerie, étaient désignés sous le terme général de « corps auxiliaires ».

Au milieu du mois d'août, le nombre des militaires des diverses armes qui avaient demandé à faire partie de ces corps auxiliaires se montait au total, tant pour les troupes de France que pour les bataillons d'Algérie, à plus de 4.400 hommes (1). Ce n'était donc pas à proprement parler une légion étrangère qui se formait à Pau, mais une unité composée de soldats tirés de notre armée nationale.

Les volontaires entendaient d'ailleurs, tout en se dévouant aux intérêts de la Reine d'Espagne, conserver la nationalité française ; ils attachaient une extrême importance au nom sous lequel le gouvernement comptait désigner leur corps, et se donnaient eux-mêmes celui de légion Irançcdse. C'est sous ce nom de « légion française » qu'avait tenu à entrer en Espagne le bataillon déjà parti sous les ordres de Con rad (2) ; c'est ce nom qu'adoptaient les officiers et les soldats qui se rassemblaient à Pau. Un volontaire, ayant appris que la dénomination officiellement adoptée serait légion étrangère, fit paraître dans uh journal une violente protestation ; cette lettre valut à son auteur d'être reconduit à son corps avec quinze jours de prison, et fut même l'objet d'une cor-

(1) Etat des officiers, sous-officiers et soldats français des corps de diverses armes, stationnés dans les 9«, 10 , !!•, 20« et 21* divisions militaires, qui ont demande à* entrer au service de la Reine d'Espafi^ne, établi à la date du 13 août 1836, rectifié le 16 août. A, H. G., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2.

(2) Racontant le combat d'Anoniz, le sous-lieutenant Azan écrivait que les soldats de son bataillon étaient (( dignes du nom français qu'ils s'étaient donné en entrant en Espagne ». Voir à la troisième partie : Lettres.

LES BENFOBTS FAAXÇAIS

respondance entre le général Harispe et le Ministre (1). On ne comprend guère Timporlance accordée par le gouvernement français à ce détail insignifiant ; peut-être faut-il voir le souci de ne pas engager, aux yeux de TEurope, la France dans les affaires intérieures de l'Espagne : aucun traité, en effet, ne nous permettait, au point de vue diplomatique, celle intrusion dans l'existence d'un pays voisin.

C'était une question générale de régime politique qui guidait toujours le gouvernement français dans ses décisions : la cause qu'il voulait soutenir en Espagne était surtout celle de la royauté constitutionnelle. Aussi son intervention étaitelle en quelque sorte subordonnée aux fluctuations de l'opinion espagnole (2). Si le parti de la Reine était condamné à disparaître entre celui des exaltés et celui des Carlistes, la légion, qui représentait l'idée appelée en France du « juste milieu », n'avait plus à intervenir dans la lutte. Que deviendrait-elle en pareil cas? C'est ce que se demandaient avec inquiétude les hommes prévoyants. L'opinion publique ellemême s'en inquiétait, et le journal la Quotidienne imprimait, le 11 août 1836, à la fin de ses « nouvelles d'Espagne », les lignes suivantes :

« Si Christine abandonnait la partie, le corps de la légion étrangère devrait-il servir d'auxiliaire aux insurgés de Saragosse qui, comme les amis de la Régente, appellent dans leur proclamation les Carlistes des laclieux, ou bien devrait-il se ranger sous les drapeaux de Charles V pour combattre avec lui l'anarchie ? Une fois le juste milieu englouti, il ne sera plus possible de le refaire ; ce n'est pas en recrutant une nouvelle légion qu'on résoudra cette difficulté (3). »

Or, les événements les plus graves se déroulaient en Espagne à ce moment. L'insurrection en faveur du parti avancé

(1) La lettre, publiée par le Mémorial des PyrénéeSy est reproduite dans le journal la Quotidienne, du 11 août 1836. A. H. O,, Aff. d'Esp., carton 46, liasse 1, pièce 125. La liasse contient ce journal et la correspondance échangée à son sujet.

(2) On trouve d'intéressantes considérations sur la politique française envisagée au point de vue espagnol dans Touvrage du marquis de Miraflorès : Memorias para escrihir la hisloria eontemporanea, Madrid, 1843-

(3) La Qtu>tidien4ie du jeudi 11 août 1836, 2« page.

avait éclaté à Malaga, à Cadix, à Cordoue et à Huelva dans les derniers jours de juillet et dans les premiers jours d'août ; en quelques jours le Statut royal était déchu dans toute la Basse-Andalousie, et la Constitution de 1812 y était reconnue. Saragosse avait suivi ce mouvement, et des adresses avaient été envoyées aux armées du Centre et du Nord pour les exhorter à proclamer la Constitution sans rompre les liens de la discipline militaire. Enfin, les troupes qui se trouvaient à la Granja, résidence d'été de la reine Christine, se révoltèrent le 12 août, aux cris de : « Vive la Constitution ! Vive la Reine constitutionnelle ! », et campèrent devant le palais pendant qu'une députation allait se présenter à la Reine.

Christine consentit à signer le décret reconnaissant la Constitution de 1812 et nommant un nouveau ministère (13-14 août). Le 15 août, la révolution triomphait aussi à Madrid (1).

Le général en chef de l'armée du Nord, Cordova, avait eu un rôle politique trop accentué pour pouvoir garder son commandement sous le régime de la Constitution de 1812, dont il s'était déclaré l'adversaire ; d'ailleurs une partie de ses troupes avait déjà acclamé la révolution accomplie ; il passa en France sans même attendre l'acceptation de sa démission.

Ce ne fut pas seulement à l'armée du Nord que la révolution de la Granja eut un profond retentissement, mais encore à Paris et dans la nouvelle légion organisée en France. Le gouvernement de Louis-PliiHppe, qui soutenait avant tout en Espagne un principe, jugea que le nouvel état de choses marquait un pas trop grand vers le libéralisme intégral.

Le 17 août, le Ministre de la guerre télégraphia au général Harispe que les événements d'Espagne avaient décidé le gouvernement du roi à suspendre l'envoi dans ce pays des renforts destinés à la légion; il lui ordonna d'organiser néanmoins les détachements des divers corps qui arrivaient à Pau et de les cantonner vers la frontière (2). Le lendemain, il précisa ces instructions, et télégraphia aux généraux de suspendre

(1) Voir Hubbard, Histoire contemx'oraine de VEspagne, t. III, p. 319-

(2) Le Ministre de la guerre au général Harispe, de Paris, 17 août 1836 (dép. télégraphique). A. H. G., Aff. d'Esp., carton 4o, liasse 1, pièce 67.

LES EENFOBTS FRANÇAIS 217

le départ des volontaires pour l'Espagne (1) ; il expliqua au général Harispe que le gouvernement était « dans l'obligation absolue d étudier la phase nouvelle de la révolution espagnole et d'en attendre les développements, avant d'envoyer en Navarre des auxiliaires qui pourraient se trouver gravement compromis au milieu de la lutte des factions (2) ».

Le maréchal Maison paraissait croire que les bataillons de la légion déjà en Espagne étaient disposés à prendre parti pour les exaltés ; il craignait, d'autre part, que les détachements français rassemblés près de la frontière ne fussent exposés à des excitations révolutionnaires : aussi décida-t-il de les disséminer autant que possible, et de surveiller leurs cantonnements, <( afin d'empêcher les tentatives des meneurs anarchistes auprès d'eux (3) » ; il donna en même temps l'ordre de faire rétrograder immédiatement sur Toulouse et sur Perpignan les volontaires stationnés dans les 10* et 21* divisions militaires, excepté ceux de la cavalerie et de l'artillerie, dont la présence était nécessaire à Pau (4).

Des ordres analogues arrêtèrent Chasseloup-Laubat dans l'accomplissement de la mission qu'il devait continuer en se rendant à Alger et à Bougie. Maison qui, par ses lettres du 7 et du 16 août, avait limité le recrutement de la légion aux seuls bataillons d'infanterie légère d'Afrique, et l'avait arrêté à 500 hommes par bataillon, télégraphia le 17 août de ne pas embarquer les détachements déjà rassemblés. Mais cet ordre arriva trop tard ; la Durance, partie d'Oran le 5 août et contrariée par les vents, arriva le 16 à Marseille avec 353 militaires ; d'autres devaient les suivre. Le Ministre télégraphia le 18 août de les renvoyer à leurs corps sans même les débarquer s'il était possible, et de faire de même pour ceux qui pourraient arriver encore (5) ; puis il écrivit

(1) Dépêches télégraphiques du 18 août aux généraux commandant les divisions. A H. (?., Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2.

(2) Le Ministre de la guerre au général Harispe, de Paris, 18 août 1836. A. H. G., AfF. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 58 (minute).

(3) Ihid.

(4) Le Ministre de la guerre au général Harispe, de Paris, 18 août 1836. A. H. G.. AS. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 59 (dép. télégraphique).

(o) Dépêches télégraphiques. A. H. G., Aff. d'Eep., carton 45, liasse 2.

la 22 à Chasseloup-Laubat pour lui dire que les volontaires ne quitteraient pas T Algérie (1).

Les événements de la Granja avaient provoqué en France une émotion considérable, et le gouvernement paraissait même craindre qu'ils n'eussent une répercussion dans notre pays; le .Ministre de la guerre recommandait particulièrement au général Harispe « de se tenir en mesure contre l'effet que le triomphe de certains principes et l'abaissement ou la destruction de la royauté en Espagne pouvaient produire sur les esprits turbulents chez nous, à quelque nuance d'opinion qu'ils appartiennent (2). » Ces craintes étaient soigneusement entretenues par les généraux, heureux de souligner à cette occasion la nécessité qu'il y avait de ne pas dégarnir de troupes leurs divisions.

Mais le gouvernement put constater que l'ordre n'était pas troublé, et il apprit bientôt que la Reine s'était refusée à jurer la Constitution jusqu'à la réunion des Cortès. Plus rassuré dès lors, le Ministre de la guerre put rapporter quelques-unes des mesures qu'il avait prises, et donner au général Harispe des ordres précis : la batterie d'artillerie de montagne en formation à Pau devait être organisée complètement, ainsi que les corps de cavalerie ; quant à l'infanterie, elle devait compter 2.500 hommes, non compris le détachement déjà entré en Espagne avec le colonel Conrad, et être divisée en bataillons de 700 à 800 hommes (3).

A la date du 30 août, le Ministre télégraphia au général Harispe pour lui demander l'effectif exact du corps entré en Espagne et celui des corps réunis à Pau (4). Harispe lui répondit le lendemain que, outre les 423 sous-officiers et soldats de la 1" légion étrangère entrés en Espagne avec Conrad, 102 sous-officiers et soldats du même corps devaient partir de Pau le V septembre et passer la frontière le 4.

(1) Le Ministre de la guerre au capitaine de Chasseloup-Laiibat, de Paris, 22 août 1836. A. B. G., AS. d'Esp., carton 45, liasse 2 (minute).

(2) Le Ministre de la guerre au général Harispe» de Paris, 18 août 1836. A. H. G. y Aff. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 58, p.-s. (minute).

(3) Du même au même, de Bayonne, 20 août 1836. .4. H, G., Aff. d'E^p., carton 45, liasse 1, pièce 61 (minute).

(4) Du même au même, de Paris, 30 août 1836, A. H. (?., AfF. d'Esp., carton 45, liasse 1, pièce 144 (dép. télégraphique).

LES EENFOBTS FRANÇAIS

L'effectif des troupes rassemblées à Pau se décomposait d^ailleurs ainsi, officiers compris : • l"' légion étrangère 217 hommes.

2* légion étrangère ou infanterie volontaire 2.009 —

Cavalerie 131 —

Artillerie 175 —

De plus, 76 hommes du IV chasseurs et quelques détachements d'infanterie étaient encore attendus (1).

Le Ministre fit aussitôt télégraphier au général Harîspe dans les termes suivants : « Je vous défends formellement de faire entrer un seul homme en Espagne sans ordre ultérieur de ma part ou de mon successeur. Je suis étonné, après ce que je vous ai mandé à ce sujet, que vous ayez cru pouvoir autoriser Tenvoi en Espagne d'un détachement quelconque. Donnez immédiatement contre-ordre à ces 102 sous-officiers et soldats (2). »

Ces dépêches contradictoires indiquaient les tiraillements qui se produisaient en haut lieu au sujet de l'attitude à prendre vis-à-vis de l'Espagne. Tandis que Thiers était partisan de ce qu'il appelait la « coopération armée », et avait toujours manifesté des tendances favorables à une intervention directe, Louis-Philippe avait montré peu de sympathie pour cette politique.

La proclamation de la Constitution de 1812 était pour les partisans de la monarchie de Juillet un double échec, parce qu'elle ramenait dans la Péninsule, avec les progressistes espagnols, l'influence anglaise, et parce qu'elle favorisait le développement des idées démocratiques. Aussi Louis-Philippe demanda-l-il au chef de son cabinet de dissoudre tous les corps rassemblés à Pau. Thiers préféra se retirer que de modifier sa ligne de conduite et céda la place au cabinet dit

(1) Le général Harisp© au Ministre de la guerre, de Bayonne, 31 août 183G (dép. télégraphique et lettre originale, même date, confirmant la dépêche). A. H, G., AflF. d'Eep., carton 45, liasse 1, pièces 141 et 142.

(2) Le Ministre de la guerre au général Harispe, 31 août 1836 (dép. télégraphique, minute signée du maréchal Maison). A. H. G,, Aff. d'Esp., carton 45, pièce 143.

du 6 septembre 1836, présidé par Mole. Ce cabinet se hâta d'exécuter la volonté du souverain.

Le 13 septembre, une note fut établie au ministère sur la manière dont pouvait s'effectuer la dislocation des troupes auxiliaires déjà rassemblées ; le 16, Louis-Philippe signa une ordonnance d'après laquelle les militaires français réunis à Pau devaient former des bataillons qui seraient employés dans le Nord de l'Afrique (1) ; le 18, une instruction ministérielle régla la dislocation des corps. Les soldats qui optèrent pour des congés illimités ou temporaires furent renvoyés dans leurs foyers : ce furent les plus nombreux; ceux qui demandèrent à faire partie d'un bataillon qu'on appela « bataillon expéditionnaire d'Afrique » furent formés en huit compagnies dont le commandement provisoire fut confié au chef de bataillon Pâté ; ceux qui exprimèrent le désir de passer dans des régiments en Afrique constituèrent un détachement qui partit pour Port-Vendres; enfin ceux qui demandèrent à faire partie de la nouvelle légion étrangère fournirent les cadres de quatre nouvelles compagnies. Le 5 octobre, la dislocation était terminée et le général Harispe pouvait en rendre compte au Ministre (2).

Ce n'est pas sans une réelle amertume qu'Harispe voyait dissoudre ce corps à l'organisation duquel il avait donné tous ses soins, et qui aurait pu rendre à la Reine des services signalés :

« Il est nécessaire, écrivait-il le 6 octobre au Ministre, de se faire une juste idée de ce qu'était ce corps (je ne parle que de l'infanterie, il en est de même pour l'artillerie et la cavalerie); 2.700 hommes ont été rassemblés de 14 régiments différents qui ont fourni depuis 80 jusqu*à 350 hommes ; 180 sous-officiers et 47 officiers sont venus s'y joindre des mêmes régiments, de la non-activité, des congés illimités, etc. De toutes ces provenances, on a formé du 25 juillet au 15 août 3 bataillons de 8 compagnies chacun.

» Tout le monde a remarqué l'ensemble et le brillant aspect

(1) Ordonnance du 16 septembre 1836, pour ampliation. A. jff. G., Aff. d'Efep., carton 45, liafiso 2.

(2) Le général Harispe au Ministre; 6 octobre 1836. A. H. (?., Aff. d'Esp.j carton 45, liasse 1, pièce 64 (oopje).

LES EENFOETS FRANÇAIS

de ce corps. Les bataillons ont été successivement cantonnés aux environs de Pau, et, pendant deux mois, il n'en est pas survenu une plainte des habitants ni des autorités ; il n'y a eu que deux punitions graves et j'ai fait reconduire les coupables à leur corps : cela a suffi, tant l'ardeur était grande. Et il est à remarquer que pendant ces deux mois le changement de politique du gouvernement avait répandu une inquiétude assez vive pour leur avenir, sur tous les individus composant ce corps. Tout le monde s'en était ému ; l'autorité elle-même m'en témoigna des craintes. Mais je connaissais les troupes, les chefs à qui je les avais confiées ; j'en répondis et je savais ne pas me tromper.

)î Si j'avais pressenti les intentions du gouvernement, si on m'avait consulté sur l'emploi à faire de ces trouves, j'aurais répondu hardiment : Dites un mot, je vais faire rendre tous les brevets et j'enverrai ce corps entier conquérir ses grades en Afrique, sans qu'il y ait un murmure, un mouvement d'hésitation (1). »

On ne peut s'empêcher de regretter qu'un aussi beau corps ait été dissous, au lieu de remplir la mission qui devait lui être confiée ; il eût sans doute contribué à abréger singulièrement la guerre atroce qui désolait l'Espagne. Le grand mouvement d'enthousiasme qui avait animé l'armée française ne fut pas exploité comme il aurait pu l'être, et ne fournit qu'un seul bataillon aux ordres de Conrad, pour combler les vides nombreux qui existaient dans la légion. Du moins ce nouveau renfort allait-il se couvrir de gloire en combattant pour la Reine.

(1) Le général Harispc au Ministre de la guerre, 6 octobre 1836. A, H. G.i Aff. d'Esp.^ carton 45, liasse 1, pièce 63 (copie).

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