‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 18 sur 106 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE OÉNÉRAL LEBEAU

SoMV.AiBE. — Le uouveau chef de la légion : Baux dit Lebeau. — Sa carrière; ses qualités militaires. — Son manque de prœtige. — Raisons du retour de Conrad à la légion.

Arrivée de Lebeau à Pajnpelune : see visites à Sarsfield, aux autorités et à Bemelle. — Remise de commandement par Bemelle. — Ordre du jour de Lebeau. — Premières impressions du nouveau général.

— Départ du lieutenant-colonel Horain et du lieutenant de la Moisson* nière.

Evénements du 16 août 1836. — Lettre de Lebeau au vice-roi de Navarre. — Engagements du 17 août. — Arrivée de Cîonrad et du bar taillon de Pau le 18 août. — Conrad colonel de la légion. — La Constitution de 1812 proclamée à Pampelune : Sarsfield remplace Cordova.

— Dénuement de la légion. — Excédent d'officiers polonais. — Arrivée d'un officier à la batterie d'artillerie : le lieutenant Barbier.

Nouveau théâtre d'opérations, au sud de Pampelune. — Le but est d'interdire le passage de l'Ebre et l'entrée en Castille. — Combat d'Arroniz, 14 eeptembre 1836; retour à Pampelune. — Lebeau et le viceroi de Navarre. — Légionnaires libérés. — Renvoi des inutiles. — Relâchement de la discipline. — • Misère des officiers : leur dévouement. — Quelques désertions. — Impopularité de Lebeau; une situation difficile : il o£Pre sa démission.

Les Carlistes reprennent courage : une lettre à Sarsfield. — Une proposition à Conrad. — Nouvelles cruautés : exécution du lieutenant de Fleurans et du lieutenant Mailler. — Opérations d'octobre. — Départs d'officiers : nominations. — Arriéré de solde; état de l'habillement. — Trois bataillons de la légion sur la ligne de Zubiri. — Marche de Lebeau sur Estella : combat de Villatuerta: bombardement d'Estella; une re traite difficile. — Atrocités commises. — Fausse situation de Lebeau; l'acceptation de sa démission arrive. — Le général espagnol de Clonard le remplace au corps d'opérations de droite. — Conrad prend le oommaiulement de la division auxiliaire française.

Le nouveau chef placé à la tête de la division auxiliaire française était un vieux soldat de TEmpire, et avait des litres sérieux à ce commandement. Jean-Louis Baux, dil Lebeau, était né le 11 septembre 1780, à Carcassonne. Il avait servi de 1798 à 1801 dans la 4* demi-brigade, où il avait obtenu le grade de fourrier, puis avait passé dans les chasseurs à pied de la Garde en septembre 1801. Il avait

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gagné successivement ses grades dans ce corps ; sergentmajor en 1802, lieutenant en second en 1805, lieutenant en premier en 1807, capitaine en 1809, capitaine adjudantmajor en 1811, il avait été nommé major au 4* d'infanterie légère en 1813, puis au 1*' de ligne en 1815. Il avait fait les campagnes des ans yi, vn, \iii, ix et xn aux armées de Hollande, d'Angleterre et du Rhin ; celle de L'an xrv en Italie ; celles de 1806, 1807 et 1809 à la Grande Armée ; celles de 1810 et 1811 en Espagne ; enfin, celles de 1812, 1814 et 1815 à la Grande Armée. Il avait été, pendant la terrible campagne de Russie, chef d'élat-major du général Roguet ; il avait reçu un coup de sabre à la tête et un coup de lance au cô!é droit le 14 avril 1814 ; à Waterloo, une balle lui avait fracturé le bras gauche près de la ferme de la Belle- Alliance (1). Licencié en 1815, Lebeau avait été amené, par les injustices auxquelles il se trouvait exposé, à demander sa retraite l'année suivante (2).

En 1830, il s'était montré très empressé à reprendre du service ; il avait écrit lettre sur lettre au maréchal Gérard, en lui exposant que si, « dans le temps où les injustices accablaient les officiers de la vieille armée » (3), il avait été mis à la retraite, il n'en était pas moins vigoureux encore, et capable de rendre des services ; il avait été recommandé par Roguet, qui l'appréciait comme un officier « brave, instruit, plein de zèle et de dévouement », auquel il ne pouvait que décerner des éloges (4). Il avait été placé en septembre 1830 comme lieutenant-colonel au 56* de ligne commandé par Bugeaud. L'année suivante Bugeaud, nommé maréchal de camp, écrivait au Ministre que Lebeau était digne de commander le régiment : « Je déclare en mon âme et conscience que je ne connais pas un officier qui mérite plus que lui cette récompense. Il a tout : services distingués, blessures, campagnes, actions d'éclat ; c'est un vrai guerrier. J'ajoute que

(1) A. A. G, y Etats de service de Baux dit Lebeau.

(2) Lebeau au maréchal Gérard, de Paris, 11 août 1830. A, A. G., dcscier Baux, dit Lebeau.

(3) Du mômo au même, de Paris, 19 aoât 18ô0. A. A 6?., dossier Baux, dit Lebeau.

(4) Annotation de Roguet, sur la lettre de Lebeau au Ministre du 19 août 1830.

le régiment a la même opinion que moi, et qu aucun chef i pourrait mieux que lui le conduire aux grandes et bonni choses (1). » Lebeau avait été nommé colonel du 57' de hgi le 3 juin 1831 ; quoiqu'il eût 56 ans en 1836, il était vigo reux et très apte à faire campagne.

Peut-être Lebeau n'avait-il pas cependant les dehors c pables de fixer l'attention des légionnaires et de leur inspir déférence et confiance. Ce qu'il fallait à ces soldats, ne pa lant pas tous la môme langue, ne comprenant pas toujou un encouragement donné en français, et ne jugeant guè un chef que sur son geste et sur son attitude, c'était un généi qui fût par lui-même un guide entraînant, un drapeau éli celant ; ni la bienveillance, ni l'énergie, ni la science ne po vaient remplacer à leurs yeux une allure brillante. Au: Lebeau fut-il apprécié au-dessous de sa valeur réelle par 1 soldats et môme par les officiers sous ses ordres.

Guido d'Orlasini considérait que ce choix devait êl « très malheureux », et il connaissait cependant les méril de Lebeau : « Cet officier, écrivait-il, qui était changé t( d*un coup en général, était pourvu de grandes connaissant militaires, et je crois môme que, dans une armée réglée, remplirait dignement une place de chef de brigade ; il a sang-froid, du calcul et de la bravoure ; mais il n'était j fait pour commander une légion étrangère (2). »

C'est surtout dans la tenue négligée de Lebeau qu'il U chercher la cause du peu d'enthousiasme que manifestai les légionnaires à l'égard de leur nouveau général : « Il ] raissait toujours, écrit d'Ortasini, dans une vieille capote sa épaulettes, avec un pantalon qui lui couvrait à peine le j nou, une paire de bottes difformes et de longs éperons, et chapeau qui semblait avoir été acheté à quelque acteur « s'en serait servi pour jouer les rôles ridicules et anciens, son côté brillait un grand sabre turc (j'ignore si c'était cadeau du Grand Seigneur) attaché à un cordon de coton ( prenait sur l'épaule. Il aurait été vénérable pour les Es] gnols, parce qu'ils auraient vu en lui un descendant ou c(

(1) Biigeaud au maréchal Soult, ministre de la guerre, de Greno 20 avril 1836 (original). A. A. G., dossier de Baux dit Lebeau.

(2) V Espagne constiiuiionntllc, p. 328.

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sin du chevalier de la Manche, peut-être un petit-fils de sa nièce de bienheureuse mémoire ; mais les Algériens ne reconnaissaient point en lui un successeur digne de Bernelle ; ils trouvaient ses grands favoris épouvantables, et ne lisaient dans ses yeux, qu'il tient presque toujours baissés, rien de ce que la physiognomonie de Lavaler (1) donne comme marque de génie (2). »

Le manque de prestige de Lebeau allait être d'autant plus sensible à tous que Conrad, le chef aimé des légionnaires, reparaissait en Espagne à ses côtés. L ancien colonel n'avait jamais été oublié de ses soldats. C'était une légitime réparation que de replacer à son poste un officier des plus estimés, sur lequel le général Pajol écrivait au Ministre au début de l'année : « M. Conrad est un brave et excellent officier ; il n'a d'autre fortune que son épée. Tous ceux qui le connaissent rendent justice à ses qualités militaires, à son énergie et à sa valeur (3). »

Avant de nommer à nouveau Conrad à la légion, le général Schramm, directeur du personnel au ministère de la guerre, avait d'ailleurs demandé à l'ambassadeur d'Espagne si son gouvernement avait eu à se plaindre de cet officier : « Je n'ai pas lieu de croire, avait répondu Alava, que mon gouvernement ait eu jamais le moindre motif de plainte à porter contre Conrad : tout au contraire, je sais que les services de cet officier ont été de la plus grande utilité à la cause de la Reine, et que son activité, sa bravoure et son excellente conduite lui ont acquis en Espagne une popularité justement méritée (4). » Aussi nulle raison n'avait-elle pu s opposer, puisque Bernelle était amené à démissionner, à ce que Conrad fût replacé à la légion.

Le général Lebeau partit pour l'Espagne et parcourut dans son voyage la ligne occupée par les troupes de la Reine, de Burguete à Pampelune ; il arriva dans cette ville lè 12 août. Il se rendit aussitôt chez le général Sarsfield, qui

(1) La physiognom&nie est Tart de juger du caractère par la physionomie ; au XVIII» siècle, Lavater avait essayé de faire reposer cet art sur des principes scientifiques.

(2) V Espagne constitutionnelle y p. 329.

(3) Le lieutenant-général Pajol au Ministre de la guerre, mars 1836. A. A, G., dossier Joeeph Conrad.

(4) Alava à Schramm, de Paris, 27 avril 1836. A. A, G., dossier Conrad.

Légion élrangère. ^^

ne put le recevoir parce qu'il était malade ; puis il alla voir le vice-roi et le gouverneur, enfin le général Bernelle.

Conime Bernelle avait déjà remis, par des ordres du jour, le commandement du corps d'opérations de Navarre au général de Clonard, et celui de la légion au lieutenant-colonel Gros d'Avenas, il ne put donner à Lebeau que le titre de commandant supérieur de la division auxiliaire française (1). Lebeau n'accepta pas celle diminution dans les attributions qui devaient lui être confiées, et fit valoir les titi^s dont il était pourvu au nom des gouvernements français et espagnol ; Bernelle rédigea alors un nouvel ordre du jour qui reconnaissait à son successeur le commandement du corps d'opérations de Navarre. Mais Lebeau voulut s'adresser lui-môme aux troupes et fit paraître l'ordre du jour suivant :

(( Le Roi des Français m'a honoré du commandement des légions élrangère et française (2) au service d'Espagne, et la Reine Isabelle II a ajouté à cet honneur celui du commandement du corps d'opérations de la Navarre; je ne me dissimule pas que ma tâche est difficile; mais je porterai dans les devoirs qu'elle m'impose l'expérience d'un vieux soldat et l'admiration que la nation espagnole m'a toujours inspirée.

» Je précède de nombiTux auxiliaires (3) que la France dans son alliance avec l'Espagne envoie de plus à son service. Le mois ne s'écoulera pas avant leur arrivée; mais tout ce que je vois de guerriers espagnols autour de moi est un heureux présage de nos préludes avant l'arrivée du renfort que j'annonce (4). »

Lebeau chercha à communiquer son ardeur aux troupes dont il prit le conunandement, et à être aimé d'elles. Il fit ses efforts pour se mettre en communion d'esprit avec les officiers; mais il fut surpris du grand nombre qu'il trouva à Pampelune, et ne put s'empêcher d'écrire au général

(1) Lebeau à Harispe, do Pampelune, 13 août 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 17 (copie).

(2) Il s'agit de la légion étrangère d'Espagne et de la deuxième légion étrangère, ou légion française, qui se formait à Pau.

(3) Il y a : (( 6.000 hommes » au lieu de <( nombreux auxiliaires », dans le rapport de Lebeau du 17 septembre.

(4) Ordre du jour daté do Pampelune, 13 août 1836, copié dans la lettre de Lebeau à lïarispe du même jour. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 17.

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Harispe : « Je n'ai jamais vu autant d'officiers au quartier général de l'Empereur qu'il y en a à Pampelune. » II avait du moins l'intention de les entraîner à faire campagne sans se ménager lui-même, car il ajoutait : a Le biscuit que je fais confectionner est le seul avis que je leur donne de préparer leurs bagages; le mien se compose et se composera toujours en campagne d'un léger porte-manteau (1). »

Le nouveau général fut bien accueilli; les officiers ne vinrent pas lui offrir leur démission; seul le lieutenant-colonel Horain, chef d'état-major de la légion, lui exprima le désir de suivre par sympathie le général Bernelle, et fut remplacé par le commandant Klein ; le lieutenant Bourdais de la Moissonnière (2) partit aussi, muni d'un congé régulier, avant d'avoir reçu l'acceptation de sa démission (3).

Lebeau était plein d'enthousiasme et, dès le lendemain de son arrivée à Pampelune, il manifestait le désir d'aller combattre les Carlistes. Mais il apprit, le 16 août, que les troupes du brigadier Iribarren avaient proclamé la Constitution de 1812 à Lérin, entraînées par les habitants de celle ville; il crut de son devoir d'écrire aussitôt au vice-roi de Navarre, qui craignait la contagion, et le fit en termes propres à le rassurer :

« Mon Général, j'apprends que les troupes de Sa Majesté Catholique aux ordres du brigadier Iribarren viennent de proclamer la Constitution; je n'emploierai point les forces militaires comme je pourrais le faire pour réprimer un tel acte d'insurrection. Ici nous ne devons avoir à combattre que les Carlistes ; mais si cet acte de proclamation tout à

(1) Lebeau à Harispe, de Pampelune, 13 août 183G. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 17 (copie).

(2) Pierre-Hercule Bourdais de la Moissonnière, né le 6 octobre 1809 à Bordeaux, entré comme soldat en 1831 au 66" de ligne, avait été nommé commo sergent au 2^ bataillon d'Afrique, puis aux zouares en 1833; il •était retourné à un bataillon d'infanterie légère d'Afrique en 1834, et

avait été promu sous-lieuteuiant à la légion au moment de son passage en Espagne, le 22 juillet 1835. Il fut replacé en février 1837 au -AT* de ligne, avec le grade de sous-lieutenant, y devint lieutenant en 1838, capitaine en 1842, et passa ensuite dans Fintendance. Pai-venu au grade d'intendant militaire en 1868, il fut mis en disponibilité le 2 mai 1871, retraité en 1878, et mourut à Toulouse le 27 novembre 1886. A A. G., dossier Bourdais de la Moissonnière.

(3) Conrad à Harispe, de Pampelune, 30 octobre 1836 (copie). .4. E. G., Afi, d'Esp., cartooi 44 (copie), et pièces diverses-

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fait en opposition aux conditions d'alliance de la France avec l'Espagne trouvait ici des imitateurs, mon devoir m'obligerait de me retirer avec les troupes que je commande et d'arrêter, en attendant la réponse du gouvernement, les auxiliaires (1) français qui entrent en Espagne pour concou rir avec les troupes espagnoles dévouées au gouvernemenl de Sa Majesté Catholique à l'anéantissement de l'insurrec tion (2). »

Sans se préoccuper davantage des événements politiques. Lebeau sortit de Pampelune le lendemain 17 août, à la tête des bataillons de la légion et de quelques troupes espagno les ; il avait le projet d'acculer les Carlistes à Eugui et de leî battre ; il les rencontra en effet dans la région d'Olague e Lanz et les repoussa; mais son engagement ne fut pas h victoire éclatante qu'il avait escomptée (3). La guerre de a pays de montagnes ne ressemblait en aucune façon à h guerre napoléonienne, et l'ennemi insaisissable se relirai sans qu'on pût l'atteindre.

Le 18, arriva Conrad avec le bataillon de la légion fran çaise; dans son ordre du jour adressé à l'armée le soij même, Lebeau prit soin de rappeler à nouveau que c( n'était là que l'avant-garde des 5.000 fantassins, des 500 ca valiers et de l'artillerie que la France envoyait à Isabelle II « Bientôt, ajoutait-il, j'irai me loger au cœur de la factior et la combattre avec tout le dévouement que nous avonî et que nous inspire le gouvernement français pour l'héroï que nation espagnole (4). »

Conrad fut reconnu comme colonel de la légion et le nou veau bataillon, qui prit le numéro 7, alla cantonner à Zizur Menor. Le 21 août, la Constitution de 1812 fut proclamée i Pampelune sans que l'ordre fût troublé.

Le général Sarsfield fut désigné pour remplacer Cordova. C'était un homme bien peu vahde ; Lebeau, qui Tavail vu, ne pouvait comprendre comment il avait pu être choisi

(1) Il y a: « 6.000 » au lieu d' « auxiliaires », dans le rapport du 17 septembre 1836.

(2) Lebeau à HarLspe, de Pampelune, 16 août 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 17 (copie).

(3) Voir le rapport du 17 septembre 1836, pièce n« 43.

(4) Ordre du jour du 18 août 1836, dans îe rapport du 17 septembre 1836.

LE GÉNÈRAJj LEBEAU

pour exercer le commandement important de l'armée de Navarre : « Il est sourd à ne pas entendre le canon, écrivaitil, malade, faible, dormant toujours, en un mot cacochyme (1). »

La légion était dans un grand état de dénuement : elle manquait de vivres et ne touchait pas la solde ; un commissaire qui était allé chercher de Targent à Bayonne était rentré avec 2.500 francs. Les soldats ne recevaient qu'une petite ration de lard de mauvaise qualité, et pas de vin; aussi l'état sanitaire était-il peu satisfaisant. Les événements politiques ne l'avaient pas trop agitée ; mais Lebeau ne pouvait pas s'empêcher de manifester quelques inquiétudes pour l'avenir : « Au milieu de tant d'événements, écrivait-il à Ilarispe, j'ai toujours peur que le timon m'échappe. Je tiendrai bon, mais si vous saviez quelles têtes ce sont ! Au reste ils sont très braves I (2). »

Quoique les cadres des escadrons de lanciers organisés par Bernelle fussent au complet, les officiers polonais réfugiés continuaient à arriver, en vertu de la lettre du Ministre de l'intérieur aux préfets, qui prescrivait de les diriger sur Pau après leur avoir payé trois mois de subsides. Harispe les faisait partir pour Pampelune, où ils ne pouvaient recevoir d'affectation. Lebeau signala cet inconvénient, et, dès le 3 septembre, une circulaire avertit les préfets de ne plus recevoir d'officiers polonais pour la légion (3).

Le Ministre avait aussi envoyé à la batterie d'artillerie un officier dont le besoin ne se faisait pas sentir, le lieutenant Barbier. Alexandre-Joseph Barbier était né à Metz le 29 juillet 1797, et s'était engagé au 2* régiment d'artillerie à pied le 11 octobre 1817; entré à l'Ecole polytechnique comme élève le 3 décembre 1817, il avait été envoyé au 2* d'artillerie comme' canonnier, par décision ministérielle du 24 mars 1821 ; nommé sergent le 23 mai, il était

(1) Lebeau à Harispe, de Pampelune, 26 août 1836. A. H. G,, Aff. d'Esp., carton 45, liasse 2 (copie).

(2) Ihid.

(3) Harispe an Ministre, de Pau, 29 août (original) ; Maison à Gasparin, 5 septembre 183G (minute); Gasparin à Maison, 8 septembre 1836 (original); Maison à Harispe, de Paris, 14 septembre 1836 (minute). iL B. G,, Aff. d'Esp., carton 46, liasse 2.

allé en 1822 à l'armée des Pyrénées, en 1823 en Catalogne; il s'était distingué le 27 août près de Tarragone, en avant d'Alla-Fusta, et était resté de 1824 à 1828 à l'armée d'occupation de Catalogne. Promu sergent-major le 31 août 1827, maréchal des logis le 9 octobre 1829 et adjudant de batterie le 3 mars 1830, il était enfin arrivé au grade de sous-lieutenant le 17 janvier 1831, treize ans après être entré à Polytechnique ! De 1831 à 1833, il avait fart campagne à l'armée du Nord et avait été nommé lieutenant en second le 5 juillet 1833, avec rang du 17 janvier, puis lieutenant en premier le P' janvier 1834. Affecté au bataillon de pontonniers le 17 mars 1834, il avait d'abord tenu garnison à Auxonne, où il avait fait 1.200 francs de dettes, puis à Neuf-Brisach, où il en avait fait de nouvelles. Son chef de corps avait décidé, j)ar application du règlement, de faire retenir sur sa solde le prix de ses repas, de son logement et de son blanchissage, d'éteindre ses dettes avec le surplus, et de lui laisser 20 francs par mois (1) ; il avait reconnu par une lettre au Ministre, que Barbier était <c un bon officier, qui servait avec zèle », et qu'on ne pouvait attribuer ses dettes qu'à la passion du jeu (2) ; néanmoins, le lieutenant avait été mis en nonactivité par retrait d'emploi le 25 novembre 1835, le général Braver, commandant la division, ayant insisté pour que cette punition servît d'exemple aux autres officiers.

L'envoi de renforts en Espagne permit à Barbier de passer au service de cette puissance à la date du 12 août 1836; le Ministre prescrivit de lui donner le commandement de la batterie d'artillerie placée jusque-là sous les ordres de Roussel, qui n'était lieutenant qu'au titre espagnol (3).

Les modifications apportées dans le haut commandement de la légion n'avaient pas été sans jeter quelque perturbation dans l'esprit du corps; mais la mauvaise impression produite par ces incidents disparaissait peu à peu et surtout elle était atténuée par l'annonce de prochains renforts. Le 7' batail-

(1) Extrait du registre des officiers, certifié conforme par le lieutenantcolonel Adroyrauld, commandant le bataillon de pontonniers, et expédié au Ministre le 22 septembre 1836. A. A. G., dossier Barbier.

(2) Le lieutenant-colonel commandant le bataillon de pontonniers aa Ministre, 22 septembre 1835. A. A. G., dossier Barbier.

(3) Pièces diverses. A. A. G., dossier Barbier.

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Ion venu de France constituait d'ailleurs un élément vigoureux et sain, qui n'avait pas été éprouvé par les souffrances ni lassé par la misère; c'était un précieux appoint pour la légion, qui allait bientôt être appelée à concourir à de nouvelles expéditions.

Le théâtre des opérations, pendant la fin de l'année 1836, au lieu de se trouver au nord de Pampelune, se trouva transporté au sud, parce que le gros des forces carlistes s'était déplacé vers Estella. Le rôle des troupes de la Reine resfa néanmoins défensif ; il consista, non plus à garder la ligne de Pampelune à Val Carlos, mais à interdire aux Carlistes le passage de l'Ebre et l'entrée en Castille.

C'est en effet du côté de l'Ebre que se porta dès lors le principal effort des Carlistes.

Le 28 août, Lebeau, ayant appris que l'ennemi allait se diriger vers l'Ebre, décida de marcher immédiatement sur Puentc-la-Reyna; il dut néanmoins laisser trois bataillons de la légion et un escadron à Huarte et Villaba, pour défendre la ligne de Zubiri. Arrivé à Artajona, Lebeau installa dans cette position Conrad avec les quatre autres bataillons de la légion, deux escadrons de lanciers et deux pièces de canon ; ces troupes protégeaient ses derrières et étaient prêtes à se porter partout où elles seraient nécessaires. N'ayant plus alors avec lui que trois bataillons espagnols, il rejoignit Iribarren pour couvrir le passage de l'Ebre.

Les Carlistes crurent que Lebeau allait attaquer Estella, et groupèrent leurs forces près de cette ville. Lebeau se décida alors à rallier Conrad, et le 14 septembre, après s'être concerté avec le général Oraa et avoir pris ses ordres, il se porta de Sesma, où il avait couché, vers les hauteurs d'Arroniz, sur lesquelles les forces ennemies s'étaient groupées. L'engagement s'étendit d'Arroniz à Morentin et fut très vif ; l'assaut fut donné à droite par Lebeau, à gauche par Oraa, avec un plein succès; les bataillons espagnols et ceux de la légion rivalisèrent de courage, ainsi que la cavalerie d'Iribarren, les lanciers de la légion, l'artillerie, les chasseurs à cheval d'Iriarte; toutes les hauteurs ayant été enlevées à la baïonnette, même celle du mont Jurra, les Carlistes se retirèrent en perdant nombre de tués et de prisonniers.

Les hauteurs loniibées au pouvoir de Tarmée de la Reine dominaient Estella, et constituaient une position d'où il était facile de bombarder la ville. Pourquoi les vainqueurs ne le firent-ils pas, pourquoi ne s'emparèrenl-ils pas de cette capitale carliste qui était à leur merci, c'est ce qu'il est impossible de comprendre. Lebeau, dans un rapport au Ministre, s'exprimait ainsi : « Nous n'en voulûmes pas, pour leur laisser le piège où nous prendrons don Carlos (1). » Celle raison paraît étrange et la véritable pourrait bien se trouver dans une lettre du sous-lieutenant Azan; cet officier déclarait que la retraite avait été ordonnée parce que les munitions étaient épuisées, et déplorait à ce sujet l'imprévoyance des généraux (2).

La légion avait perdu dans cette journée 1 officier tué e1 8 blessés, 3 sous-officiers tués et 3 blessés, 10 soldats tués et 52 blessés (3).

La légion rentra à Pampelune le 17 septembre, aprèi avoir passé une vingtaine de jours en expédition. Elle s< trouvait dans une situation assez misérable; elle était réduis à une ration de pain et à deux onces de mauvais lard pai jour, et n'avait pas reçu de solde depuis quinze jours.

Lebeau recommandait sans cesse aux officiers la fermet et le courage, afin de maintenir l'ordre et la discipline dan la troupe; mais il craignait que le dénuement n'enlevât au hommes toute énergie. Aussitôt arrivé à Pampelune, il ail exposer la situation au vice-roi et lui demander les moyen de remédier à un tel état de choses : « Si vous ne les trouveî lui dit-il, je serai réduit à la nécessité de faire entrer 1 légion dans Pampelune et de la faire loger et nourrir che l'habitant (4). »

Le vice-roi s'était résolu à faire un emprunt de 40.00 francs sur la ville; il avait l'intention de partager ces fond entre les troupes espagnoles et la légion, car le gouverne ment lui avait fait savoir qu'il ne pourrait rien payer avar un mois et demi ! Lebeau paraissait décidé à entrer à Pan

(1) Rapport du général Lebeau, !•' octobre 1836, pièce n» 46.

(2) Lettre du sous-Iieutenanb Azan, troisième partie

<3) Rapport du génér^ Lebeau au général Ch^aa, pièce n® 46, note. (4) Lebeau à Harispe, de Pampelune, 18 septembre 1836. A, H. G., Ai d'Esp., carton 18 (copie).

LE GÉNÉEAL LEBEAU

pelune si les promesses du vice-roi n'étaient pas tenues : « car enfin, écrivait-il, je veux bien mourir en combattant, mais non de faim (1). »

Les souffrances qu'endurait la légion apportaient un relâchement dans la discipline de ce corps ; par une fâcheuse coïncidence, Conrad avait modifié à ce moment les usages adoptés par Bernelle et s'il avait eu raison de supprimer les coups de bâton, il avait peut-être eu tort d'adoucir le régime général des punitions. Mais Tautorîté du chef diminuait surtout parce qu'il était obligé, faute de vivres et d'argent, d'entrer en arrangements avec ses inférieurs. C'est ainsi que les légionnaires étaient libérés sans recevoir de frais de route et sans même toucher ce qui leur était dû, parce que la caisse du corps était vide. El cependant ces hommes préféraient partir; ils signaient au dos de leur congé une déclaration par laquelle ils affirmaient qu'ils s'en allaient sur leur demande et en renonçant pour le moment aux fonds de masse de linge et de chaussure qui leur revenaient.

Conrad ne croyait pas devoir résister aux solHcitations de tous ceux qui avaient droit à leur congé; il comprenait que ces malheureux, couchés sur la terre, sans couvertures, ne touchant d'autres vivres que du lard rance et du riz, redoutaient l'approche de l'hiver ; il les dirigeait sur la France par détachements, espérant qu'ils recevraient 30 francs d'indemnité de route à Sainl-Jean-Pied-de-Port (2).

En présence d'une telle situation, Conrad éprouvait de sérieuses inquiétudes, et il ne s'en cachait pas en écrivant à Harispe : « Vous ne sauriez trop attirer l'attention du gouvernement du roi et celle de l'ambassadeur d'Espagne sur la position fâcheuse de cette vaillante légion qui, depuis quinze mois, soutient si glorieusement la renommée des armées françaises, et a rendu de si éminents services à la cause de la Reine ; je crois qu'il est de toute nécessité que sa solde et ses subsistances soient assurées, sans quoi dans peu de temps, et malgré l'attachement que me porte la saine partie

(1) Lebeau à Harispe, 18 septembre 1836, lettre citée.

(2) Conrad à Harispe, !«' octobre 1836 (copie). A. H. G,, Aff. d'Esp., cartoa 44.

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des officiers ainsi que les soldais, je ne pourrais empêcher la démission des premiers el la désertion des derniers (1). »

Dans l'impossibilité où il était de nourrir et de payer ses hommes, Conrad préférait se débarrasser des inutiles, el il renvoyait en France, dans les mêmes conditions que les militaires libérés, les malingres ou les estropiés. Il rendait compte de cette mesure aux généraux français de la frontière, et il faisait entendre au Ministre ses plaintes amères : « Le corps placé sous mes ordres ne peut longtemps subsister dans l'état pénible où il se trouve, sans solde et sans vivres. La voix des officiers, presque tous sans aucune ressource, sera impuissante à retenir les subordonnés dans le devoir, et il s'ensuivra non seulement la dissolution d'un brave et beau corps, mais encore le déshonneur de son chef qui, après trente ans d une longue et honorable carrière, aura été investi d'un commandement impossible, puisqu'on ne met à sa disposition aucun des éléments d'administration nécessaires (2). »

('onrad sentait l'autorité lui échapper, et les incidents qu'il craignait se produisirent. Quelques hommes, aigris et malheureux, formèrent le projet de passer la frontière pour rentrer en France ; 23 partirent ensemble le même jour, puis 31 les suivirent le lendemain. Conrad se contenta de demander à Harispe de leur faire repasser la frontière, en ajoutant que, vu les circonstances atténuantes de leur désertion, il ne les traduirait pas devant un conseil de guerre, et se bornerait à leur faire subir une peine disciplinaire (3). Il sentait que l'indulgence était nécessaire envers des hommes auxquels il ne pouvait assurer ni les vivres ni les moyens de couchage.

Malgré ces causes de dissolution, la légion restait, dans son ensemble, homogène et disciplinée. Les officiers surtout montraient un dévouement sans bornes ; et cependant leur situalion était lamentable : « La misère des officiers est pire que celle des soldats, écrivait Conrad ; sans solde depuis plus de trois mois, ils ne peuvent même faire face aux besoins de

(1) Conrad à Harispe, 1«»" octobre 1836, lettre citée.

(2) Conrad au Ministre de la guerre, de Pampelune, 10 octobre 1836. A. H. (?., Aff. d'Esp., carton 44 (original).

(3) Conrad à Harispe, 12 octobre 1836. A. H. G., AS. d'Esp., carton 18 (copie).

LE GÉNÉRAL LEBEAU 2S1

chaussures qu'ils éprouvent, et ne vivent, comme les soldats, que de la ration incomplète (1). » Le chef de la légion n'exagérait pas, car le commandant de Senilhes, qui tenait le général Espartero au courant de cet état de choses, écrivait au même moment au général Ilarispe : « Huit officiers de la légion sont entrés hier à l'hôpital pour manger. C'est une misère dont on n'a pas idée (2). n

Le général Lebeau lui-même se trouvait sans vivres et sans argent ; au milieu d'octobre, il avait dépensé tout ce qui lui appartenait et n'avait « pas reçu un liard de son traitement » depuis son arrivée en Espagne ! Il éprouvait les mêmes inquiétudes que Conrad sur l'avenir du corps sous ses ordres, et terminait sa lettre du 14 octobre à Harispe en lui disant : (( Il est étonnant, incompréhensible, que l'un et l'autre gouvernements nous laissent ainsi. Toujours des annonces de millions de réaux et jamais rien. Que devenir ? (3). » Il suppliait le vice-roi de Navarre de prendre des mesures : « Mon Général, lui écrivait-il le 15 octobre, vous connaissez la situation du corps d'opérations que je commande, sous le rapport du dénuement de tout, de vivres et d'argent dont nous manquons depuis plus d'un mois ; il est urgent, indispensable de prendre un moyen pour remédier à cet état insoutenable ; les désertions se multiplient : comment les arrêter quand les hommes meurent de faim ? Il est dû plus de trois mois de solde à MM. les officiers, qui sont dans un état de dénuement complet, et attendent chaque jour la distribution tardive du pain pour le dévorer avec frénésie (4). »

Les légionnaires, très aigris par leur malheureuse situation, étaient tentés de rendre leur général responsable de l'oubli dans lequel ils étaient laissés ; on trouve le reflet de ce mécontentement dans les appréciations sévères que d'Orlasini porte sur Lebeau : « La triste position de la légion l'inquiétait si peu, écrit-il, qu'il se faisait payer toujours le premier et

(1) Conrad à Harispe, 12 octobre 1836, lettre citée.

(2) Le commandant de Senilhes au général Harispe, de Pampelune,

13 octobre 1836. A H. (?., Aff. d'Esp., carton 18 (copie).

(3) Lebeau à Harispe, commencée à Peralta le 12 octobre, terminée le

14 à Pampelune, pièce n^ 47.

(4) Lebeau au vice-roi, 15 octobre 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44 (copie dans le rapport de Conrad du 2 novembre ltt36).

croyait sa bourse inviolable, lorsque Tarmée demandait i grands cris du pain et sa solde. L'état des caisses était au plui bas possible ; mais cela n'empêchait pas le général de se met tre au courant de ses appointements, et quoiqu'il ne reçût pa un sou qui ne lui appartînt d'après les lois et règlements mili taires, je crois qu'il n'y avait pas un sou qui lui appartîn d'après les lois de l'humanité (1). » Ces reproches qu n'étaient pas justifiés, mais qui étaient cependant formulé par nombre de soldais, étaient l'indice du fâcheux état d'es prit dans lequel se trouvait la légion et de la défaveur don le général jouissait auprès de ses subordonnés.

Lebeau, décidé à rentrer en France, demanda au gouverne ment espagnol d'accepter sa démission ; il était cependan apprécié et récompensé puisqu'il recevait l'ordre de Sainl Ferdinand pour sa conduite à l'affaire d'Arroniz ; d'autre pari Espartero, informé de son intention par le commandant d Senilhes, écrivait qu'il verrait avec regret ce brave et intel ligent général quitter son commandement (2).

Si Lebeau était décidé à rentrer en France, ce n'est pa parce que les difficultés de sa tâche l'effrayaient, mais parc que le gouvernement français l'avait mis dans une siluatio qu'il considérait comme très fausse. Venu avec l'espoir d'êtr bientôt suivi par plus de 5.000 hommes, il avait adressé à se troupes des ordres du jour dans lesquels il présentait la situa lion comme brillante, et il leur avait annoncé l'arrivée d renforts importants, l'écrasement définitif de la faction cai liste. La réalité était bien différente deux mois après. Le de nuement était plus grand que jamais, les effectifs fondaier par la libération et la désertion, et la légion auxiliaire frar çaise réunie à Pau, après avoir envoyé à Pampelune un ma gne bataillon, avait été dissoute ! Les Espagnols, tout comm les légionnaires, éprouvaient l'impression d'une duperie aussi Lebeau, par un scrupule qui se comprend, demandai! il à se retirer.

Les Carlistes n'ignoraient pas la situation du gouvernemei

(1) Guido d'Ortasini, VEspagne corutitutionnelîe, p. 330-331.

(2) Le général Espartero, commandant en chef d'armée du Nord, a commandant de Senilhee, de Haro, 22 ootobro 1836. A. H. G., Aff. d'Esp carton 44 (traduction jointe à la lettre d'Harispe au Ministre, du 1^ n< vembre 1836).

LE GÉNÉKAL LEBEAXT

constitutionnel et le dénuement des troupes, et reprenaient courage. Le Ministre universel de don Carlos, Erro, avait même écrit au général Sarsfîeld pour lui demander de venir occuper, à la tête des troupes de son maître, le rang qui lui revenait : « Il en est temps encore, lui disait-il ; l'offre de vos services sera une inspiration de votre dévouement et de votre loyauté ; demain, ce ne serait plus considéré que comme un acte dicté par l'intérêt personnel. Votre place est parmi nous, soit à la cour, soit à l'armée ; je suis autorisé à vous dire que vous la trouverez toute préparée, et l'intérêt affectueux que je vous porte me fait mettre tout l'empressement possible à celte communication (1). » Sarsfîeld avait envoyé cette lettre au gouvernement. Mais si de pareilles tentatives n'avaient pas de prise sur les offîciers, elles réussissaient parfois auprès des soldats, dont quelques-uns passaient à l'ennemi (2).

Un sergent-major déserteur de la légion, nommé Strade, qui avait reçu le grade d'officier dans l'armée carliste, fut même chargé par le ^général Francisco Garcia d'offrir à Conrad le rang et l'or qu'il voudrait s'il acceptait de passer au service de don Carlos. Strade connaissait assez son ancien chef pour être sûr par avance d'aller au-devant d'un insuccès : il s'acquitta de cette mission ; mais, dans sa lettre à Conrad, il écrivit que pareille démarche lui était « pénible, puisque le but de sa mission ne pouvait être agréé » ; il ajouta que son seul désir était de reprendre sa place dans le corps qu'il avait abandonné (3).

Çà et là des légionnaires tombaient dans une embuscade carliste ; ils étaient massacrés sans qu'on connût leur sort et, au bout de quelques jours, rayés des contrôles du corps.

Le malheureux lieutenant de Fleurans, qui était venu avec la légion Suarce et avait été admis à la légion avec son grade, avait été menacé de destitution par les bureaux du ministère à Paris, parce qu'il n'avait pas d'autorisation régulière de

(1) Senilh€s à Harispe, de Pampelune, 13 octobre 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 18 (copie).

(2) Lebeau à Harispe, 12 et 14 octobre 1836, pièce n« 47.

(3) Le sergeat-major déserteur Strade à Conrad; et ordre du général carliste Francisco Garcia à Strade, de Villatuerta, 25 septembre 1836. A. H. G.y Aff. d'Esp., carton 18 (copies jointes à la lettre d'Harispe au Ministre du 25 novembre).

254 LA LÉGION ÉTRANGÈEE EN ESFAGNE

résider à l 'étranger (1) ; aussi avait-il sans hésiter donné sa démission du service espagnol dans les premiers jours d'août et avait quitté Pampelune pour rentrer en France : il fut pris par les Carlistes, et fusillé trois jours après (2). Le ministère lui accorda, « afin de tout concilier (3) », une permission de séjourner en Espagne, alors qu'il était mort depuis huit mois (4) !

Les Carlistes n'épargnèrent pas davantage, malgré ses 62 ans passés, le lieutenant Mailler ; ce vieux soldat, grand et robuste, était entré en 1814 dans les Cent-Suisses et était resté dans les gardes à pied du corps du Roi jusqu'au licenciement, en août 1830 (5) ; il s'était engagé à la légion en mai 1831, y avait rempli les fonctions de sergent-major vaguemestre en Afrique, et au départ d'Alger, en juillet 1835, il avait été nommé sous-lieutenant (6) ; il fut pris le 19 octobre par les Carlistes, et passé par les armes le surlendemain (7). Il put du moins exprimer ses dernières volontés au niajor Cousandier, grâce à la complaisance d'un de ses compatriotes qui commandait le bataillon étranger de don Carlos. Sa lettre est émouvante dans sa simplicité :

« Mon cher compatriote, écrivit-il à Cousandier la veille de son exécution, j'ai une triste nouvelle à vous annoncer : j'ai été à la chasse le 19 et fait prisonnier ; je suis condamné à mourir au moment où je vous écris. Je vous recommande mes effets et mon porte-manteau où il y a dans mon habit un sac renfermant quatorze onces en or, deux demi-onces en or, une pièce, de 40 francs de Naples, cinq louis d'Espagne et un ducat d'Autriche ; mon cheval et une boucle d'ar-

(1) Minute du rapport au Ministre, sur la situation du lieutenant do Fleurans, 8 juillet 1836. A. A. G., dossier de Fleurans.

(2) Conrad à Harispe, de Artajona, 26 avril 1837; A. Fleurans, lieutenant au 5* régiment d'artillerie (son frère), au Ministre, de Paris, 25 avril 1S40. A. A. G. y dossier de Fleurans.

(3) Rapport de la direction du personnel au Ministre, avril 1837. Ihid.

(4) Harispo au Ministre, de Bayonntf, 18 avril 1837. Ihid.

(5) Abraham-Frédéric Mailler, né à Wolfsheim (Bas-Rhin), le 13 mars 1774, entra aux Cent-Suissos le 6 septembre 1814 (rang de sergent), fut nommé caporal en second, (adjudant sous-officier) le 11 octobre 1829, ^t licencié lo 19 août 1830. A. A. G., maison du Roi, gardes à pied du corps du Roi (Cent-Suisses), 1«' vol., n» 105.

(6) A. A. G. y registre matricule, légion étrang,, !«' vol., n<* 1165.

(7) A. A. G., dossier Mailler.

LE GÉNÉRAL LEBEAU

genl, dont je vous recommande de faire parvenir à ma femme el à mes enfaiîls, à Neufchâtel, le montant ; car j'ai écrit aussi à M. le banneret tout le malheur qui m'est arrivé. Adieu, recevez mes derniers adieux, ainsi que Tami Chenevard et tous les amis et connaissances. Votre dévoué ami, Mailler, » — P. S. Je vous fais passer cette lettre par le commandant du bataillon argelino au service de S. M. Charles V, qui est un compatriote du canton de Saint-Gall, ancien militaire d'Espagne (I). »

Sur la seconde page de cette lettre, le commandant du bataillon étranger carliste écrivit le lendemain : « Monsieur, le malheureux Mailler que j'ai eu la triste mission de consoler dans sa disgrâce et (ne pouvant le sauver) d'accompagner selon ses désirs jusqu'au supplice, qu'il a souffert en bon chrétien, honnête homme et brave militaire suisse, m'a chargé encore, dans son dernier moment de vie, de vous rappeler et de vous prier de joindre aux argents susdits son avoir qu'il n'a pas reçu les derniers trois ou quatre mois. En me délivrant de cette commission, j'ai l'honneur de vous saluer (2). »

Les opérations traînaient en longueur sans résultats importants. La légion contribuait à garder le cours de TEbre, et «vait détaché trois bataillons de ce côté pendant les derniers jours de septembre et les premiers jours d'octobre (3). Le 19, les Carlistes, ayant attaqué le poste de Villaba, se trouvèrent aux prises avec Iriarte ; ils avaient sans doute Finlentiou de s'emparer d'un convoi d'effets arrivant de France; mais Lebeau sortit de Pampelune avec le 2* bataillon de la légion, le seul qui lui restât, et repoussa facilement l'ennemi. A la fin d'octobre, les 6 bataillons, la cavalerie et l'artillerie de la légion se trouvaient cantonnés à Pampelune et dans les vil-

(1) Le lieutenant Mailler au major Cou&andier, d'Olague, 20 octobre 1836. A. E. G., AfF, d'Esp., carton 18 (copie certifiée par Cousandier). — Imprimée avec variantes (boule d'argent au lieu de boucle d'argent), dans Bemelle et Colleville, Histoire de Vancienne légion étrangèrcy p. 479-480.

(2) Ihid. Le nom du commandant ne peut se lire en entier; c'est Raphaël Ser... — Il a daté sa lettre en bas : « Le 21 dudit ci-dessus. »

(3) Voir, pour le détail, les rapports de Lebeau des l**" octobre 1836 et 2 novembre 1836; la lettre de Conrad au général en chef de l'armée du Nord du 15 octobre 1836, etc.

lages voisins, à Villaba, Zizur-Mayor el Zizur-Menor, Gazolaz et Sagues (1).

Déjà à ce moment, dix ou douze officiers qui avaient donné leur démission à diverses époques venaient de partir pour la France, et avaient reçu leur solde jusqu'au 25 octobre (2). D'autres les suivirent peu après : Robert, sous-lieulenanl français nommé au départ d'Alger, et Marotte, sous-officier français devenu sous-lieutenant au titre espagnol ; mais ils n'étaient pas parmi les meilleurs (3).

Conrad persuada à Lebeau qu'il y avait intérêt, autant pour remplir les cadres que pour satisfaire les officiers, à faire quelques nominations aux emplois vacants. L'effet fut excellent; mais une rivalité dangereuse existait dans le corps d'officiers : le général Lebeau avait amalgamé sans ménagements les officiers de l'ancienne légion el ceux venus de Pau avec Conrad ; les premiers se trouvaient en général plus jeunes de grade que les seconds, mais ils avaient quinze mois de campagne et de nombreux combats ; aussi ne voulaient-ils reconnaître l'ancienneté des nouveaux venus que du jour de leur entrée en Espagne ; Conrad faisait son possible pour maintenir l'équilibre entre tous (4).

Une véritable injustice avait été commise à la batterie d'artillerie, dont le commandement avait été retiré à Roussel pour être donné à Barbier. Conrad le fit remarquer au Ministre dans une lettre où il lui laissait entendre que Tordre relatif à ce remplacement n'avait pas son assentiment : « M. Barbier, l'emportant par ancienneté de grade sur cet officier (Rousset), a donc nécessairement dû prendre la priorité du rang ; je ne puis m'empêcher à cette occasion de faire remarquer à Votre Excellence combien j'ai dft être peiné que le cessionnaire, M. Rousset, quittât le commandement d'une batterie qu'il a organisée lui-même, il y a près d'un an, et qu'il a commandée depuis cette époque de la manière la plus brillante et la plus distinguée, qu'il a fait connaître et craindre à Tennemi dans

(1) Rapport de Lebeau, du 2 novembre 1836, pièce n° 48.

(2) Lebeau à Harispe, de Pampelune, 24 octobre 1836. A. H, G., Aff. d'Esp., carton 18 (original).

(3) Conrad à Harispe, de Pampelune, 30 octobre. A. H. G., Aff. d'E«p., carton 44 (copie).

(4) Ihid.

LE GÉNÉRAL LEBEAU 257

les nombreuses affaires où la légion s'est trouvée et qu'il a enfin dirigée dans Taction du 14 de ce mois avec un courage et une adresse dignes des plus grands éloges (1). » L'injustice fut réparée immédiatement : Rousset fut nommé capitainecommandant à la date du 14 septembre et conserva le commandement de l'artillerie (2).

Conrad essayait donc de faire régner la bonne harmonie entre tous ; il cherchait aussi, avec une constance et un courage admirables, à maintenir le moral des troupes sous ses ordres. Il écrivait à Harispe à la fin d'octobre : « L'officier m'estime ; le soldat m'aime et a confiance en moi (3). » Mais l'étal des sommes dues à la légion jusqu'au 31 octobre 1836, et qu'il joignait à sa lettre, était éloquent ; les officiers n'avaient pas reçu leur solde des mois de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre et octobre ; la troupe n'avait pas été payée pendant les mois d'août, septembre et octobre ; le total de ce qui lui était dû s'élevait à plus de 662.000 francs (4). Conrad demandait à Harispe qu'on lui envoie les 226.000 francs qui constituaient le reliquat des sommes consacrées à la légion dissoute (5).

Conrad, qui avait écrit au général en chef de l'armée du Nord (6), cherchait à émouvoir le général Harispe en s'adressant à ses sentiments patriotiques ; il lui disait dans sa lettre du 2 novembre : « Mon habillement est en lambeaux et de toutes parts on voit la chair de mes malheureux soldats au travers de leurs capotes et de leurs pantalons. Il est vraiment honteux de voir qu'un corps qui porte le beau nom de divi-

(1) Conrad au Ministre de la guerre, d'Obanos, 18 septembre 1836 (copie). A, A, G,, dossier Barbier.

(2) Barbier fut nommé capitaine en second le !•»■ novembre 1836; puis, Rousset ayant été noanmé chef d'escadron le 24 septembre 1837, Barbier passa capitaine en premier le 1" octobre 1837, suivant l'ascension de son chef.

(3) Conrad à Harispe, de Pampelune, 30 octobre 1836. A. H. G., AS, d'Esp., carton 44 (copie).

(4) Etat faisant connaître les sommes dues à la légion jusqu'au 31 octobre 1836. .4. H. G., Aff. d'Eep., carton 44.

(5) Conrad à Harispe, de Pampelune, 30 octobre 1836, lettre citée.

(6) Conrad au général en chef de l'arméo du Nord, de Pampelune, 15 octobre 1836. A. H. (?., Aff. d'Esp., carton 18 (copie).

Légion étrangère. ^'^

2o8 LA LÉGION ÉTBANGÈRE EN ESPAGNE

sion auxiliaire française, soit ainsi en guenilles et ne soit plus distingué que par sa réputation sur le champ de bataille (1). »

Le 1" novembre, trois bataillons de la légion partirent de Pampelune pour aller relever sur la ligne de Zubiri les troupes espagnoles (2). Celle mission qui leur était donnée à l'entrée de l'hiver était des plus pénibles : toute cette région élail dévastée, on n y trouvait même plus de paille de couchage, et les légionnaires Tavaient en horreur, à cause des privations qu'ils avaient endurées Tannée précédente, et du froid dont ils y avaient souffert. Conrad voyait partir ces hommes avec peine ; mais il se promettait de les visiter souvent, de les encourager par sa présence, et de mettre leur endurance au-dessus de leur bravoure (3).

Pendant qu'une partie de la légion se dirigeait vers le nord, le reste allait opérer vers le sud avec le corps que commandait encore le général Lebeau. Le mouvement de Lebeau était une diversion destinée à favoriser les projets du général Espartero, qui voulait délivrer Bilbao assiégée. Lebeau réunit ses troupes à celles d'Iribarren, et le 8 novembre au matin, après avoir divisé son corps en trois colonnes, en avant d'Oteyza, il marcha sur Estella. La colonne de droite, commandée par Conrad, forte de trois bataillons et de deux escadrons de la légion, fut chargée de tourner les fortes positions de Tennemi, et enleva le village de Villatuerta, pendant que la colonne de gauche, sous les ordres du colonel Junquiera, sun eilla la rivière de TEga. Lebeau, ainsi protégé sur ses flancs, prit avec lui la colonne du centre, commandée par le colonel Ezpeleta, et occupa les hauteurs qui dominaient Estella ; il y installa ses obusiers et fit en peu de temps éclater L50 obus sur les maisons et dans les rues d'Estella (4).

A l'approche de la nuit, Lebeau donna l'ordre de la retraite sur Oleyza ; c'était le moment qu'attendaient les Carlistes, selon leur habitude, pour se précipiter sur les troupes

(1) Conrad à Harispe, post'Scriptwn de la lettre de Pampelune^ 2 novembre 1836. A. H. G., AS. d'Esp., carton 18 (original).

(2) Conrad à Harispe, de Pampelune, 2 novembre 1836. A. H. G,, Aff. d'Esp., carton 18 (original).

(3) Du même au nuême, de Pampelune, 30 octobre 1836, lettre citée.

(4) Lebeau au général Espartero, d'Oteyza, 8 no\-embre 1836, pièce n« 49; et Lebeau au Ministre de la guerre espagnol, de Pampelune, 14 novembre 1836, pièce n*» 60.

LE GÉNÉRAL LEBEAU

de la Reine. Les bataillons espagnols qui descendirent les derniers des hauteurs furent vivement attaqués et se retirèrent dans le plus grand désordre. Le général Lebeau, qui était resté au milieu d'eux, courut de sérieux dangers ; il montra un courage admirable, mais il eût été infailliblement pris sans le dévouement du colonel Ezpeleta et de quelques soldats qui se rallièrent plusieurs fois autour de lui (1).

L'opération n'avait d'ailleurs aucun résultat appréciable : <c Elle s'est terminée, écrivait Senilhes à Harispe, comme toutes les affaires de ce genre, en laissant les choses comme on les avait prises, sauf le pillage, le viol, l'incendie et les quelques centaines de morts ou blessés comptés dans les rangs de chaque parti (2). »

Les mômes atrocités marquaient toujours, d'un côté comme de l'autre, chacune des rencontres. Senilhes, tout en rendant hommage au sang-froid de Lebeau et à la bravoure des légionnaires, écrivait à Harispe quelques jours après la bataille : « Il est impossible de se faire une idée exacte de toutes les horreurs qui se sont commises dans quatre villages inoffensifs, Villatuerta en tête ; il n'y reste aujourd'hui que des débris fumants ; et dans les localités environnantes, à Pampelune même, on a établi des bazars où Ton vend les dépouilles de ces malheureuses populations. C'est une guerre de cannibales (3) ».

Cette opération devait être la dernière conduite par Lebeau dont la démission, sans être officielle, était acceptée en haut lieu. Déjà cet officier général avait reçu, le 4 novembre, à Puente-la-Reyna, un courrier du Ministre de la guerre adressé « au commandant général du corps d'opérations de la Navarre » ; en lisant, il avait constaté que toutes les mesures ordonnées devaient être exécutées par le général comte de Clonard, qui jusqu'alors commandait la 4' division du corps d'opérations sous ses ordres ; Clonard était ainsi indirectement désigné comme le successeur de Lebeau (4). La situation de Lebeau devenait plus fausse qu'elle n'avait

(1) Senilhes à Ilarûspe, de Pampelune, 13 novembre 1836. Aff. d'Eep., carton 18 foriginal).

(2) Ihid.

(3) Du môme au même, de Pampelune, 14 novembre 1836. A. Aff. d'Esp., carton 18 (original).

(4) Lebeau à Harispe, d'Oteyza, 7 novembre 1836, carton 18 (original).

jamais été ; il pensa que le Ministre avait voulu, avant même de lui répondre ofliciellement, pourvoir à son remplacement en cas d'un départ immédiat. Lebeau prit le parti d'écrire très franchement à Clonard ; il lui expliqua qu'il n'avait jamais songé à partir sans en avoir reçu l'autorisation, et cela en termes fort dignes : « Voilà bientôt quarante ans que je sei's, et je serais bien coupable si je n'avais pas appris dans cette longue période qu'on n'abandonne pas le poste de l'honneur et du danger sans avoir reçu les autorisations convenables et sans avoir satisfait à toutes les exigences d'une responsabihté dont je saurai remplir jusqu'au bout les devoirs. Dans cet état de choses, mon cher Général, je ne puis que renouveler mes instances pour qu'on me mette le plus toi possible en mesure de me démettre de mes fonctions selon les usages, les règles et les convenances. Je ne saurais les déposer en des mains plus fidèles et plus habiles que les vôtres, et qui soient plus capables de conduire dans le sentier de l'honneur et de la victoire ce corps d'opérations de Navarre que j'ai toujours vu si brave, si dévoué, et à la tête duquel je me féliciterai d'avoir été placé par Sa Majesté Catholique (1). »

L'autorisation de rentrer en France, expédiée par la Reine au général Espartero, parvint enfin à Lebeau le 16 novembre. Toujours pénétré de son devoir, ce général scrupuleux ne partit qu'après avoir envoyé au Ministre de la guerre à Paris les pièces qui prouvaient que « jusqu'à la dernière heure de son séjour en Espagne il avait donné des preuves de son dévouement à la cause d'Isabelle II et rempli sa tâche (2). » Le corps d'opérations de droite allait dès lors se trouver sous les ordres du général espagnol de Clonard, et la légion auxiliaire française gardait comme chef unique Conrad, nommé par la Reine au grade de brigadier.

(1) Lebeau au général (x>mt« de Clonard, de Pampelune, 13 novembre 1836. A. II. G., Aff. d'Esp., carton 18 (copie signée Lebeau).

(2) Lebeau au Ministi-e de la guerre, à Paris, de Pampelune, 16 nov€rabre 1836. A. H. G., Aff. d'Esp., carton 18 (original).

Lebeau rentra en Franco avec son chef d'état-major, le commandant Klein, et reprit le commandement du 57» de ligne. Nommé maréchal de camp le 12 août 1839, il commanda le département de Vaucluse jusqu'au moment oii, en septembre 1842, il fut placé dans la section de réserve. A. A. G.j dossier Baux dit Lebeau. Colleville écrit qu'il mourut du choléra, à Paris, vers la fin de 1849. (Hist. de Vanc. lég, étr,, p. 388.)

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