LA RÉVOLUTION DE PAMPELUNE
Pendant que l'artillerie et les lanciers continuaient à lutter dans les rangs de larmée constitutionnelle, l'infanterie, c'est-à-dire la légion proprement dite, restait à Pampelunc dans une pénible inaction. Elle se trouvait, comme d'ailleurs tous les autres corps, dans un déplorable dénuement, car les caisses étaient vides. Cependant, le 26 juin, 240.000 réaux arrivèrent au quartier général de l'armée; ému sans doute par le triste sort des survivants de Huesca et de Barbastro, le général en chef se montra généreux à leur égard dans la répartition de ces fonds, puisqu'il leur attribua 60.000 réaux. Le commandant de Senilhes écrivait à ce sujet le P' juillet au Ministre : <( Je n'espérais guère que la légion pût avoir sa part de ce faible secours; cependant le tableau que j'avais fait au général en chef de ses misères était tel qu'il a affecté à leur soulagement le quart des fonds qu'on venait de mettre à sa disposition : un courrier extraordinaire qu'il a expédié hier de Logrofto, où il se trouvait depuis le 25, et qui vient d'arriver à l'instant, est porteur de ces 60.000 réaux ; c'est bien peu sans doute; mais, dans la détresse où l'on est, chacun se trouvera heureux du petit décompte qui lui reviendra dans la répartition, et, à travers les nombreuses et pressantes sollicitations qui étreignent le général en chef, je ne saurais lui être trop reconnaissant du véritable sacrifice qu'il vient de faire en faveur de la légion (1). »
Ce secours momentané indiquait l'intérêt porté par les autorités espagnoles au corps qui avait si généreusement combattu pour la cause constitutionnelle. Néanmoins les officiers de tout grade se demandaient anxieusement le sort qui leur était réservé. Le lieutenant-colonel de Senilhes luimême, en correspondance régulière avec le Ministre et le général Harispe, ne savait pas si le corps était destiné à être dissous ou à être réorganisé ; cet officier supérieur, qui s'était rendu à Pampelune, étail considéré par les débris de la légion comme le délégué de la mère-patrie auprès d'eux ; il s'en rendait compte et écrivait au général Harispe le 8 juillet : « Je suis aujourd'hui le seul lien qui rattache entre eux
(1) Senilhes à Harispe, de Pampelune, !•' juillet 1837. A. H. G,, AS. d'Esp., carton 41, officiers et agents en mission (copie).
Légion étrangère. **
ces malheureux débris et les tienne encore groupés autour de leur vieux drapeau (1). w Le bruit s*étanl répandu dans les cantonnements que Senilhes allait rejoindre le général en chef, des officiers de tous grades étaient venus le supplier de rester auprès d'eux.
Cependant au commencement d'août, aucune décision n'avait été prise relativement à la destinée de la légion ; le gouvernement français la considérait comme une troupe espagnole, dont il ne lui appartenait pas de régler le sort; le gouvernement espagnol, au milieu d'embarras sans nombre, ne pouvait, malgré sa bonne volonté, faire droit aux justes réclamations qu'il recevait.
Les officiers, las de l'incertitude dans laquelle ils étaient plongés, écrivirent le 8 août une lettre collective, revêtue de quatre-vingts signatures, au Ministre de la guerre à Madrid; ils l'avertissaient respectueusement que si le 10 septembre il n'avait pas statué sur leur sort, ils considéreraient son silence comme l'acceptation de leur démission, et se croiraient autorisés à rentrer en France. Une copie de cette lettre, signée par le lieutenant-colonel Gros d'Avenas, fut envoyée au gouvernement français (2).
Cette conduite pourrait paraître singulière si elle n'était pas expli(juée par les circonstances; il faut considérer que ces officiers, quoique entièrement dévoués à la reine Isabelle, n'avaient pas reçu de solde depuis de longs mois ; qu'ils étaient mal vêtus, mal nourris, mal logés, et qu'ils n'avaient même plus la guerre comme distraction. Venus en Espagne par dévouement à la cause constitutionnelle, ils préféraient, s'ils ne devaient plus combattre pour elle, reprendre la place à laquelle ils avaient droit dans Tannée française.
Le lieutenant-colonel de Senilhes tenait fidèlement le général Harispe au courant de ce qu'il apprenait ; confiné à Pampelune, il s'excusait de ne pouvoir donner des nouvelles précises de l'armée carliste dont les généraux constitutionnels connaissaient mal les mouvements; mais il exposait du moins
(1) Senilhes à Harispe, de Pampelune, 8 juillet 1837, piëoe n^ 71.
(2) Les officiers de la légion an Ministre de la guerre à Madrid, 8 août 1837 (copie signée par Gros d'Avenas), pièce n« 75.