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LA RÉVOLXTTIÛX DE PAMPELUNE

le fâcheux état dans lequel se trouvait la légion et il en détaillait les causes. En envoyant le 9 août au général Harispe la lettre collective des officiers, il ne cachait pas que cette fâcheuse démarche était amenée par Tindiflérence avec laquelle le Ministre de la guerre en France avait accueilli toutes leurs demandes régulièrement formulées. Il ajoutait ensuite : « Vous avez pu voir combien j'avais été dans le vrai en parlant de la démoralisation radicale du corps; les nombreux déserteurs n'ont pas été assurément entraînés à abandonner leur drapeau par les souffrances qu'ils avaient acluellemenl à subir; car depuis fort longtemps leur position matérielle n'avait pas été aussi bonne qu'elle l'était lors de leur mouvement sur notre frontière; leurs distributions de vivres étaient depuis quelques jours régulières et suffisantes et les 20.000 piécettes qu'on venait de recevoir avaient permis de leur donner quelque argent; c'est donc au profond dégoût qui s'est emparé de tout le monde qu'on doit attribuer cet acte sans motifs apparents (1). »

Les mesures prises pour remédier aux besoins de la légion étaient insignifiantes ; c'est ainsi que le Ministre avait fait envoyer des draps de France, et que le tailleur de la légion avait consenti à confectionner pour les officiers des effets avec ces draps, moyennant un bon sur les futures rentrées de fonds ! « Tout cela, écrivait Senilhes, n'offre qu'un impuissant palliatif. Personne n'éprouve le plus léger sentiment de reconnaissance pour cette marque d'intérêt; on la prend presque comme un acte d'hostilité, bien qu'on profite de ses avantages, parce qu'on y trouve un projet de maintenir le statu quo. Or, je le répète, le statu quo est en horreur à tout le monde, depuis le dernier des soldats jusqu'au chef de corps (2). »

Le service de la solde, celui des vivres, celui des hôpitaux même fonctionnaient avec la plus grande irrégularité, et donnaient lieu aux plaintes les plus graves (3). Aussi Senilhes

(1) De Senilhes à Harispe, de Pampelune, 9 août 1837. A. H. G., AfF. •d'Esp., carton 20 (copie jointe à la lettre d'Harispe au Ministre, du 15 août 1837).

(2) Ihid.

(3) Le commissaire des guerres Galant au lieutenant-colonel Gros d'Ave- Jias, de Pampelune, 13 août 1837 (copie) ; et Benilhes à Harispe, de Pam* pelune, 13 août 1837 (copie). A, H, 0., AfF. d'Esp., carton 20.

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écrivait-il le 13 août au général Harispe : « Le mécontentement et la démoralisation sont au comble parmi nos troupes, surtout parmi les officiers. Soyez sûr, mon Général, que la majeure partie ne supportera pas longtemps Tépreuve de l'adversité, sans que sa fidélité en soit sérieusement ébranlée... Deux compagnies de la légion vont partir demain pour aller prendre le reste des effets ; il est probable que, comme la première lois, il ne nous en reviendra pas moitié, bien qu'on ait le projet de les faire relever à Burguete par des Espagnols (1). »

C'est aux fautes du commandement supérieur que Senilhes attribuait la situation déplorable de Tarmée; aussi n'avait-il pas de mots trop durs pour le vice-roi Iriarte. Il sentait que le mécontentement, qui se traduisait à la légion par les réclamations des officiers et les désertions des soldats, pouvait avoir des conséquences plus graves dans les corps espagnols. 11 traçait, dans sa lettre du 13 août, une peinture très noire de la situation à Pampelune, et exprimait des craintes que l'avenir devait justifier :

u 11 n'y a pas d'approvisionnement pour la distribution de demain, écrivait-il, et l'on ne sait à quel saint se vouer pour satisfaire aux nécessités du moment. Ce triste et malencontreux Iriarte, que rien n'a pu faire sortir jusqu'ici de la plus stupide incurie, et qui, malgré tous les avis et toutes les instances, a attendu qu'il n'y ait plus en magasin une seule once de riz, ou un pauvre morceau de lard, pour aviser aux moyens de faire vivre son monde ; ce vice-roi improvisé, disje, déplorable type de l'incapacité et de l'apathie espagnoles, était ce soir aux abois, demandant conseil et appui à tout le monde pour sortir du mauvais pas où il s'est placé.

» Le fait est que le dénuement où il est arrivé le menace d'une insurrection militaire dans laquelle sa personne jouerait sûrement fort gros jeu. La troupe est aujourd'hui à bout de patience et son mécontentement est toujours prêt à se traduire par des coups de fusil. Cette perspective a senn do stimulant aux principaux intéressés; elle a donné des

(1) Senilhes à Harispe, de Pampelune, 13 août 1837. A. H, G., Aff. dTE-sp., carton 20 (copie).

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jambes et des idées à rétal-major, et, après avoir reçu les rapports effrayants des chefs de corps, on a convoqué la junte provinciale, qu'on a menacée d'une émeute militaire si elle ne donnait pas de l'argent ; la junte a répondu qu elle donnait assez pour entretenir le soldat; mais, comme elle se compose de propriétaires qui craignent le désordre, elle paiera, et ce qu'elle donnera ira encore, en partie, dans les poches de l'état-major.

» Le colonel du régiment de Malaga m'a conté d'horribles détails sur les vols et les exactions qui se commettent aux dépens du soldat, depuis que le pays est tombé sous le gouvernement de ce guérillero de bas étage, qui l'exploite au profit de sa fortune... J'ai appris hier de l'administrateur central des douanes et des routes générales qu'il avait délivré 12.000 douros (1) pour le service des troupes, à l'époque même où fut faite la répartition du dernier emprunt, et que M. Iriarte avait recommandé de ne pas parler de cette livraison, parce qu'elle était réservée aux dépenses spéciales de la vice-royauté, etc., etc. Le colonel de Malaga m'a promis de me faire une note détaillée de tous ces méfaits, et je me propose de l'envoyer confidentiellement au général en chef, en indiquant son origine.

» Il y avait eu, avant-hier, une réunion des chefs de corps pour aviser aux moyens de défendre et de garantir les intérêts de leurs soldats; mais les circonstances ont fait ajourner les mesures acerbes dont ils ont reconnu la nécessité.

» Tout le monde déplore, aujourd'hui plus que jamais, la mort de ce brave et loyal Iribarren, qui avait su pourvoir à tout sans fouler personne, et dont la prévoyance avait, dans un court espace de temps, organisé tous les services, de manière à ce qu'aucun pût jamais rester en souffrance (2). »

La situation de l'armée constitutionnelle était donc des plus graves et la révolte risquait d'éclater à tout moment dans la garnison de Pampelune. La légion, amoindrie et démoralisée, paraissait condamnée à une fin prochaine; le capitaine Ba-

(1) Le douro est notre pièce de 5 francs.

(2) Senilhee à Harispe, de Pampelune, 13 août 1837. A. E. G., Aif. d'Esp., carton 20 (copie).

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zaine écrivait le 23 août de Pampelune à Senilhes, qui était allé passer quelques jours ^eu France : « Notre pauvre légion se va accabando (1) ; 125 sous-officiers, caporaux et soldats sont partis pour la France la nuit dernière avec armes et bagages ; œ détachement s*est donné des officiers auxquels il a juré obéissance seulement jusqu'à la frontière. Des paysans qui lont rencontré m ont assuré qu'il marchait en bon ordre, et qull n'avait commis aucun vol dans les villages qu'il avait traversés. Malheureusement les gardes et les sentinelles désertent également ; on a été obligé d'évacuer Huarte ; la compagnie de grenadiers est allée occuper les Capucins, de sorte qu'il reste à peine à Villaba le nombre d'hommes nécessaires à sa défense, et si cette émigration continue, on sera également obligé d'abandonner Villaba (2). »

La légion se trouvait donc amoindrie et démoralisée, et sa fin paraissait imminente, quand un homme de cœur et d'énergie vint lui redonner un moment de vie. Le lieutenantcolonel Ferrary, qui se trouvait en congé de quatre mois en France au moment où se livraient les combats de Huesca et Barbastro, demanda à remplacer Cros d'Avenas (3).

André-Camille Ferrary, né à Parme en 1791, était entre au service en 1803 au l*' hussards italien ; devenu fourrier en 1805, passé en 1808 comme vélile à la garde royale de Naples, il avait été nommé en 1809 sous-Heutenant au régiment royal étranger au service d'Espagne; lieutenant en 1811, passé au service de France en 1813, il avait été affecté au 130* de ligne en décembre de la même année. En 1814, il avait eu le corps traversé par une balle à l'affaire de Provins et avait été décoré de la Légion d'honneur; enfin le 1*' août il avait été mis en demi-solde et autorisé à rentrer dans ses

(1) Se va accahandOy littéralement : « ya en s'achevant », se débande peu à ppu.

(2) Bazaine à Senilhes, de Pampelune, 23 août 1837. A, H, O,, AS. d'Esp., carton 20 (original).

(3) Cros d'Avenas rentra en France, où il fut placé en non-activité par suppression d'emploi, avec son ancien grade de chef de bataillon, à U date du 13 novembre 1837. Replacé comme commandant de place de 2* classe à Bellegarde, le 9 mai 1838, il fut admis à la retraite le 8 août 1839, sans avoir été promu lieutenant-colonel. A. A. (?., dossier Cros d'Avenas.

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foyers. Considéré comme démissionnaire en 1817 pour î rendu à Naples sans autorisation, il était resté de Ion années éloigné de sa patrie d'adoption. Mais après la : lulion de 1830, il s'était fait naturaliser, avait été réinl sur les contrôles et admis au traitement de réforme en 1831. Affecté au 34* de ligne au mois de novembre, il passé à la légion étrangère en mai 1833, et avait fait ce corps campagne en Afrique; en juin 1835, il s'était lamment conduit à la Macta, et avait été promu capil en juillet. Parti pour TEspagne avec la légion, il avait ( tamment mérité, pour sa vaillante conduite, les plus gr éloges (1).

Brave, expérimenté, aimé des officiers et soldats d légion, Ferrary était capable de rendre à tous la confî et l'espoir. Le baron Dembowski, qui le rencontra vers époque, avait été séduit par ce brillant officier et écrivi son sujet : « C'est un bel homme dans la force de l'âge, chacun vante ici la bravoure et l'excellent cœur (2). »

L'arrivée de Ferrary dans la deuxième quinzaine d' fut un précieux réconfort pour tous ; le nouveau comi dant supérieur apporta des nouvelles do France et sut à chacun un mot d'encouragement. Par une coïncid heureuse, il prit le commandement de la légion à un moi où des événements fort graves allaient se produire au d'elle, et où la présence d'un homme énergique à sa était indispensable.

Les troupes espagnoles de Navarre, quoiqu'elles eus été plus fréquemment payées que la légion, avaient beauc souffert; elles étaient d'ailleurs depuis longtemps tra lées par le parti libéral exalté (3) ; certains bataillons, tonnés dans les environs de Pampelune, étaient particuli ment aigris et disposés à l'insubordination.

A Pampelune même, des officiers supérieurs, tels qu

(1) A. A. G,, dossier André-Camille Ferrary.

(2) Baron Charles Dembowski, Deux am en Espagne et au Port lettre de Bemuens, 2 février 1838, p. 8.

(3) Le parti libéral comprenait, comme on l'a vu, deux grandes sions : lee moderados, partisans de la juste observation de la Constiti de 1812, et les exaltados, partisans du progrès, qui avaient déjà fon la révolution de 1820.

colonel d'artillerie Pifia, avaient formé le projet de fomenter un mouvement insurrectionnel ; ils avaient déjà discuté l'opportunité qu'il y avait à mettre à mort le commissaire du gouvernement français à l'armée de la Reine, de Senilhes, et l'intendant qui lui était adjoint ; ils étaient poussés autant par la haine qu'avaient laissée dans leur parti les expéditions de Napoléon et du duc d'Angoulême que par le désir de susciter des difficultés à la Reine. Le colonel de Mendivil, qui appartenait au parti modéré, avait prévenu de Senilhes et l'intendant de cet état de choses au moment même où ils quittaient Pampelune pour aller passer quelques jours en France ; mais cependant l'ordre ne paraissait pas devoir être troublé (1).

Ce fut un coup de force, rapidement exécuté par une partie des troupes, qui fut le signal de la révolution de Pampelune : le 25 août, entre 9 et 10 heures du matin, le 1" et le 2* bataillon de « tiradores » d'Isabelle II, escortés par un escadron de 700 à 800 hommes sous les ordres du colonel Léon Iriarte, quittèrent leurs cantonnements de Zizur-Mayor et Zizur-Menor ; ils se présentèrent à l'une des portes de Pampelune, arrêtèrent la garde, occupèrent tous les postes, et s'établirent dans la ville.

Les autorités furent invitées, par les sous-officiers des unités révoltées, à se réunir à 1 hôlel-de-ville ; elles firent appeler le colonel Iriarte, les officiers supérieurs des tiradores et les chefs des corps composant la garnison, pour leur demander des explications. Iriarte et les deux chefs de bataillon des tiradores déclarèrent être étrangers au mouvement ; ils racontèrent qu'à la prise d'armes du matin les sous-officiers avaient signifié aux officiers leur arrestation, puis leur avaient rendu leur commandement à la condition de les conduire à Pampelune se faire payer leur arriéré de solde. Les autorités firent alors appeler les sous-officiers ; ils se présentèrent avec une extrême arrogance, et déclarèrent que le mouvement était dû à leur détresse ; ils demandèrent qu'on leur payât seulement un mois de solde sur les trois

(1) Senilhes au Ministre, de Cour-Cheverny, 2 septembre 1837, pièce n« 84.

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qui leur étaient dus, et promirent, en échange, de faire régner le bon ordre. Les autorités acceptèrent.

Le paiement de la solde n'était pour les sous-officiers qu'un prétexte qui cachait un autre but : peu après, en effet, une députation envoyée par eux vint déclarer que les autorités n'avaient pas leur confiance et qu'ils plaçaient tous les pouvoirs entre les mains du colonel d'artillerie Pina. En même temps, des patrouilles de tiradores arrêtèrent à leur domicile les personnages importants de la ville, parmi lesquels le général Sarsfield. Le nouveau gouverneur, ayant promis de satisfaire aux demandes des tiradores, fit mettre en liberté les personnes arrêtées ; mais plusieurs d'entre elles furent assassinées avant d'avoir regagné leur domicile, Sarsfield sur la place de la Constitution et le colonel de Mendivil à sa porte.

Pendant que ces scènes tragiques se déroulaient, les sousofficiers de tiradores envoyèrent une nouvelle députation à l'hôtel-de-ville, pour avertir les autorités qu'ils avaient chargé une commission de rédiger les articles d'un nouveau système de gouvernement. Le désordre était devenu général, si bien qu'une partie des autorités rentra chez elle. C'était non plus seulement une sédition militaire qui éclatait à Pampelune, mais bien une véritable révolution provinciale.

Ferrary avait assisté à la réunion des autorités, et avait pu juger de la gravité de la situation. Il se hâta le jour même de grouper autour de lui, à Villaba, tous les débris de la légion, et écrivit au gouverneur de Pampelune qu'il tenait sa troupe à sa disposition « pour le bon ordre et la tranquillité (1) ». Le gouverneur lui ordonna de veiller surtout à la sécurité extérieure de la ville, car il craignait que les Carlistes ne profilassent du désordre qui y régnait pour venir l'attaquer.

Le commandant supérieur de la légion était bien décidé à ne pas intervenir dans la querelle civile qui éclatait ; il écrivait au Ministre de la guerre le soir même : « Je resterai avec les débris de la légion l'arme au bras, sans prcn-

(1) Ferrary au Ministre de la guerre, de Villaba, 25 août 1837, piëce «76.

dre aucune pari dans celle insurreclion, entre le parti de la Reine et celui des exaltés, et en attendant vos ordres (1). )> On ne saurait trop admirer le calme, le sang-froid et la fermeté de cet officier dans ces circonstances ; entouré de sa poignée de braves, au milieu d'un pays en effervescence, il gardait pleine conscience de ses devoirs ; il tenait le Ministre au courant de sa conduite par une lettre quotidienne qu'il signait mélancoliquement du titre qu'il avait adopté : c( Le lieutenant-colonel commandant les débris de la légion ».

Les révolutionnaires de Pampelune déclarèrent la province indépendante ; ils décidèrent qu'elle s'administrerait elle-même et qu'elle dirigerait ses opérations militaires ; mais ils reconnurent néanmoins le gouvernement de la Reine. Tous les pouvoirs civils et militaires furent réunis entre les mains du colonel Piûa ; de fortes contributions furent levées pour payer une partie de la solde due à la troupe ; une distribution d'effets fut faite aux tiradores.

Ferrary eut connaissance de ces événements le 27, en allant prévenir le gouverneur que les Carlistes se montraient aux environs ; les tiradores sortirent de la ville et, sans grand effort, firent battre en retraite les Carlistes (2).

Le nouveau gouvernement ou junte de Navarre entra en fonctions le 28 août, et conserva Piûa comme gouverneur de Pampelune (3). Ferrary était décidé à ne prêter son concours que pour le maintien de l'ordre, et à ne pas intervenir en faveur de qui que ce soit ; néanmoins, il se trouvait dans un cas embarrassant, et il écrivait au Ministre : « Les officiers de la légion se demandent si, envoyés par le Roi et la France pour soutenir le trône constitutionnel d'Isabelle II, on les laissera à la solde de la junte révolutionnaire de Navarre (4). )>

Avec un tact et une réserve dignes d'éloges, Ferrary se tenait à Técart de l'agitation politique de Pampelune, et bornait son rôle à surveiller les environs pour repousser toute attaque des Carlistes. Il gardait sa légion groupée autour de lui, fidèle à son devoir, et il pouvait écrire au Mi-

(1) Ferrary au Ministre, de Villaba, 25 août 1837, pièce n® 76.

(2) Du même au même, de ViUaba, 27 août 1837, pièce n® 77.

(S) Du même au même, de Villaba, 28 aoûf 1837. A, H, G., Aif. d'Esp., carton 20 (original).

(4) Du même au même, de Villaba, 27 août 1837, pièce n« 77.

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nistre : « Nous avons satisfait à Thonneur du nom français que nous représentons en Espagne et dont nous avons établi la gloire au prix de tant de sang (1). »

Une telle conduite fut hautement approuvée en France ; mais le général Harispe, qui ne connaissait pas toute Tinfluence que possédait Ferrary sur ses hommes, lui envoya néanmoins des instructions lui prescrivant, dans le cas où la légion serait tentée de prendre part à la révolte, de la réunir et de la mener à Roncevaux. Harispe recommandait au colonel de rappeler auprès de lui tous les officiers et soldats isolés et de placer, s'il lui était possible, toute sa troupe dans un seul cantonnement ; il précisait d'ailleurs fort bien la situation politique faite à la légion, en écrivant : « Vous ne reconnaissez en Espagne qu'un seul ennemi ; c'est don Carlos (2). »

Ces conseils étaient d'autant plus justifiés que l'attitude réservée de la légion avait mécontenté les plus fougueux des exaltés ; deux malheureux officiers français restés à Pampelune malgré les ordres de Ferrary tombèrent victimes de cette haine politique. Le lieutenant Guédin et le sous-lieutenant Bravard furent assaillis par des soldats le 30 août à 11 heures du soir, au moment où ils rentraient chez eux : le premier fut frappé de quatre coups de couteau et survécut ; le second en reçut un seul et mourut presque aussitôt.

Ce triste événement décida Ferrary à obliger, le 31 août, par un ordre du jour écrit, tous les officiers à le rejoindre ; ils obéirent sans exception, et le 31, la légion entière se trouva à Villaba et Huarte (3).

(1) Ferrary au Ministre, de Villaba, 27 août 1837, pièce n« 77.

(2) Harispe à Ferrary, de Bayonne, 28 août 1837, pièce n« 79.

(3) Bazaine à Harispe, de Pampelune, 31 août 1837, pièce n® 82.

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