‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 50 sur 106 · RECITS ET MEMOIRES · texte numérisé non relu

RECITS ET MEMOIRES

Lettres de Jean-Jacques AZAN

l»tt8-liea(enant de Y^lUgears à la légion françaUe en Cspagye

Lorsqu'en juillet 1836 le maréchal Maison décida de former à Pau un corps auxiliaire français destiné à aller soutenir la reine Isabelle en Espagne, l'enthousiasme fut très grand dans Tarmée et beaucoup de volontaires, officiers et soldats, se présentèrent aussitôt. Parmi eux, un officier qui

ka Fcioe ISABEkkE II.

(D*après une photographie extraite des archives de famille de l'auteur.)

passa en Espagne avec le bataillon de Conrad, et qui resta dans ce pays jusqu'à la fin de la campagne, a laissé des

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lettres qui permettent de suivre la destinée de la légion de 1836 à 1838 ; c'est Jean-Jacques Azan, sous-lieutenant de voltigeurs.

Jean-Jacques Azan était issu de famille militaire. Son père, qui portait aussi les prénoms de Jean-Jacques, avait luimême été officier; il avait quitté Tarmce en 1794, couvert de blessures, après avoir servi sous la Royauté au régiment Viennois et avoir fait sous la République les campagnes de 1792 et 1793 (1). La Convention lui avait, sur un rapport favorable établi par Roland, accordé une pension par une loi du 17 brumaire an III (2). Comme il n'avait encore que 38 ans, il s était marié et avait vu naître le fils qu'il désirait.

Jean-Jacques Azan, qui était ainsi destiné par son origine à aimer le métier des armes, avait grandi au milieu du fracas militaire de l'Empire; mais après la mort de son père, sa mère n'avait pas suffisamment veillé à ce qu'il reçût une instruction solide, et c'est comme soldat qu'il était entré au service sous la Restauration, dans la garde royale.

En 1836, il était sergent de grenadiers au 43* d'infanterie, l'ancien Royal-Vaisseaux; c'est dans ce régiment qtfun de ses aïeux avait servi près de cent ans avant lui, comme lieutenant de grenadiers (3), et avait par sa belle conduite au feu mérité des « grâces du Roy (4) ». Mais pour lui aucune occasion d'affirmer son courage ne se présentait, et le grade d'officier tardait à venir.

Aussi, quand au mois de juillet le Ministre demanda dan^^ les corps des volontaires pour l'Espagne, fut-il un des premiers qui se présentèrent; non seulement la guerre l'attirait par atavisme; mais elle lui donnait encore l'espoir d'arriver

(1) Dofisier de J<?«n-Jacqu€« Azam, aux A. A, G. Au xviii* eièole, dans presque tous les actes officiels, on trouve ce nom de famille écrit avec un m.

(2) Rapport du 4 messidor an II, établi au bureau des retraites et pensions des officiers, pour le citoyen Jean-Jaque Azam, et signé par Ko- Innd. A, A, G., dossier J.-J. Azam.

(3) Archives de famille; et A. A. G., registre des lieutenants du Royal des Vaisseaux, 1738 à 1763, fol. 39 bis, recto,

(4) A. H. G., Travail du roi. Lettres du comte de Guerchy, 2o mai 1745; du comte d'Aubeterre, colonel, 18 mars 1746; du maréchal de Saxe et de M. d'Armentières, 24 juin 1746; du comte d'Aubeterre, oolooel, 11 juillet 1746, et<y. Le lieutenant Azan fut grièvement blessé d*un coup de feu sur Fos de la jambe à Tattaque du village de Kirckura,^ le 14 juin 1746.

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plus rapidement à Tépaulette. 11 se rendit à Pau, où se formait le corps auxiliaire, et fut nommé sous-lieutenant au tilre espagnol le 7 août (1). Le 9 août, il quitta Pau avec Conrad, dans le bataillon qui alla rejoindre l'ancienne légion à Pampelune. C'est l'existence de la légion depuis cette époque jusqu'au mois de mars 1838 qu'il raconte.

Les lettres du sous-lieutenant Azan sont écrites sur un carnet de poche couvert en maroquin rouge, dont la première page porte le nom et le grade de Tauteur, puis l'indication : Saragosse, 25 iuillel 1838; elles ne sont pas datées et ne se suivent même pas dans l'ordre chronologique. Certains détails sembleraient indiquer que ce sont des copies faites sur les originaux ; l'auteur y aurait incidemment ajouté quelques détails, comme celui relatif à la mort de Conrad et qui se trouve tout au début. Mais il est plus probable que ces lettres ont élé écrites pendant le dernier mois du séjour de la légion en Espagne, comme l'indique la date figurant sur la première page du carnet ; Azan aura adopté ce procédé littéraire, fort répandu à cette époque, pour noter ses impressions.

Quoi qu'il en soit, la précision des renseignements donnés et l'exactitude de ceux qu'on peut contrôler au moyen des pièces officielles prouvent que ces récits ont élé rédigés d'après des notes prises au moment même où les événements avaient lieu; il est des dates, des noms et des détails que la mémoire seule n'aurait pu consei'ver fidèlement.

Azan écrit avec le style simple d'un soldat peu versé dans la rhétorique, et raconte sans emphase la vie de la légion.

Il aime à donner son impression sur les villes qu'il traverse; mais il le fait avec la sécheresse monotone d'un guide; il permet du moins de suivre les pérégrinations de la légion et de connaître sa vie, à l'époque de sa détresse, alors que les pièces officielles sont peu nombreuses.

Il est modeste en ce qui le concerne et parle peu de luimême; il ne raconte pas qu'il fut cité à l'ordre de la division pour sa bravoure à l'affaire de Villatuerta le 8 novembre 1836; il passe aussi sous silence la croix de Saint-Ferdinand

(1) Brevet du 7 août 1836. Archives de famille.

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de l'* classe qu'il recul de la reine Isabelle, pour sa belle conduite au combat et à la retraite de Larrainzar, les 21 et 2? mars 1837 (1); il ne détaille même pas dans quelles circonstances il fut blessé ni comment il fut frappé de la lance carliste dont le fer resta dans ses chairs jusqu'à sa mort (2).

En vrai sous-lieutenant de voltigeurs, Azan ne paraît guère s'être occupé du but général des opérations auxquelles il participait, ni des motifs politiques qui guidaient les Espagnols dans leurs luttes ; il se contente de raconter brutalement, mais exactement ce qu'il a vu. C'est à ce titre que ses quelques lettres peuvent être considérées comme une utile contribution à l'histoire de la légion et à celle des relations franco-espagnoles (3).

Ire LETTRE.

(Evénements du 9 août au 14 septembre 1836.)

C'est le 9 août 1836 que nous sommes partis de Pau, sous les ordree de M. le lieutenaot colonel Concad, mort général commandant la légion auxiliaire française au service d'Espagne (4). Arrivés à Pampelune le 18 août (5), nous nous sommes le lendemain rendus dans

(1) .4. A. G., dossier de J.-J. Azon, n? 98.292 (2« eérie), états de service; et Arehives de famille, brevet délivré par <( la Kejna Gobemadora » à (( don Juan-Santiago Azan ».

(2) Lee états de service officiels ue mentionnent ni les services en Espar gne, ni les actions d'éclat, ni les blessures, par suite de ce pnncipe que les officiers servaient au titre espagnol. Mais on trouve dans Bernelle et Colleville (HiHoire de Vancienne légion étrangère) l'état nominatif des officiera de la légion étrangère blessés en Espagne, p. 494. Dans ce volume, le nom du sous- lieutenant Azan est toujours écrit avec l'ancienne orthographe Azara.

(3) Ces lettres ont été publiées par ies soins de M. le commandant E. Martin, dans le Carnet de la Snhreiache de novembre 1906, pages 641 à 658.

(4) Conrad ayant été tué au oombat de Barbastro, le 3 juin 1837, l'indication de sa mort montre que les lettres ne sont qu'un récit postérieur aux événements, ou du moins qu'elles ont été recopiées avec de légères additions.

(5) Cette date est bien exacte ; c'est oe'le donnée par le général Lebeau, commandant la légion française, dans son rapport au Ministre, sur les opérations d*août.

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