‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 51 sur 106 · RECITS ET MEMOIRES · texte numérisé non relu

RECITS ET MEMOIRES

nos cantonnements, à une lieue de là, dans un village nommé Zizur- Menor (1;, et nous y sommes restée jusqu'à la fin du mois.

Nous avons quitté nos cantonnements le 1*' septembre pour nous rendre à Artajona (2), petite ville sale et mal conistruite, où nous eommes restés sijc jours ; de là nous sommes allés à Mendigorria (3), ville renommée pour ses vins et assez riche ; le lendemain, nous étions à Larraga (4), où nous avons fait séjour; puis nous sommes partis pour Lerin (5). Cette ville, forte par sa position, est mal construite et eale ; je conserverai toujours le souvenir de la nuit que j'y ai passée. Nous étions logés trois officiers dans une maison qui paraissait aisée ; mais, une heure après nous être couchés, il nou-* fut impossible de rester au lit, car des centaines de poux nous couvraient le oorps ; nous avons paasé le reste de la nuit, jusqu'au moment du départ, à faire la chasse à ces maudites bêtes.

Au matin, nous marchâmes vers Estella (6), principale ville do la faction (7). Vers 11 heures, la colonne fit une halte de vingt minutes pour donner à notre artillerie le temps de nous rejoindre; lorsqu'elle fut arrivée à nous, nous commençâmes le mouvement; nos forces étaient de 14.000 hommes commandés en chef par le général Oraa. Nos tirailleurs se dirigèrent sur le village d'Arroniz occupé par Tennemi ; cette belle position fut enlevée au pas de charge par notre légion, tandis que les Espagnols assistaient au combat en simples spectateurs.

C'est la que mon bataillon reçut le baptême du feu ; les soldats les mieux aguerris n'auraient pas mieux résisté à l'ennemi ; nous avons montré que nous étions dignes du nom français que nous nous ^mmes donné en entrant en Espagne (8) : nous avons marché l'arme sur l'épaule droite vers l'ennemi, malgré son feu continuel ; toute la colonne nous a imités ; nous avons ainsi enlevé les fameuses hauteurs du mont Jurra, liauteurs qui dominent Estella, et d'où nous pouvions inc^^ndier la ville.

(1) Zizur-Menor est le premier viilage qu'on rencontrait au sud de Pampelune, sur la route de Puente-la-Reyna.

(2) Sur la rive gauche de l'Arga, à quelques kilomètres au sud de Puente-la-Reyna .

(3) Sur TArga, entre Puente-ia-Reyna et Artajona.

(4) Sur la rive droite de l'Arga, au sud-ouest d'Artajona.

(5) Sur l'Ega, au sud d'Estella.

(6) Le but du général Lebeau et d'Oraa, général en chef par intérim, fctait de couvrir l'Ebre et d'en empêcher le passage par les Carlistes. Ceuxci crurent que les constitutionnels voulaient s'emparer d'Esteîla, et massèrent leurs troupes sur les hauteurs qui couvrent cette ville vers le sud, d'Arroniz à Morentin. (Rapport de Leheau sur les opérations de septembre 1836.)

(7) La faction était le terme par lequel étaient désignés les partisans de don Carlof; ; les Carlistes étaient appelés les factieux.

(8) Les officiers et soldats venus de Pau aveo Conrad n'avaient pas voulu accepter le nom de noui^elle légion étrangère que le gouvernement de Louis-Philippe voulait leur imposer, et ils avaient pris, aussitôt les Pyrénées franchies, le nom de légion française. Les Espagnols appelaient d'ailleurs officiellement la légion du nom de : (( division auxiliaire française », et le timbre qui figure sur les pièces conservées aux Archives de la guerre porte : Division auxiliar franeesa.

618 LA LÉGION iT&ANGÈBE EN ESPAGNE

Mais un fâcheux événement nous arrêta : le général nous fit prévenir de battre en retraite, en raison du manque de munitions; c'est une chose qui arrive continuellement en Espagne, autant par suite d'une mauvaise administration que par le manque de prévoyance des généraux (1).

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