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Le passage des hommes licenciés s'effectua cependant sans incident et se termina le 12 novembre ; d'après les listes qui servirent à établir les passeports, 9 officiers et 742 hommes rentrèrent en France. Les autres demandèrent à passer à la légion étrangère venue d'Afrique et qui avait pris en Espagne le nom de légion auxiliaire française (1).
L'essai tenté par le colonel de Suarce répondait à un élan qui poussait les Français à défendre la cause d'Isabelle II, et au goût si répandu de la guerre et des aventures. On aurait peut-être pu tirer bon parti de ces hommes enthousiastes si la France leur avait prêté un appui officiel. Mais le temps n'était plus où Ton pouvait former des corps indépendants sans leur donner une organisation solide, et en un siècle d'armées régulières la légion Suarce était condamnée à une dissolution ; c'était là une utile leçon.
Ce que le gouvernement espagnol avait souhaité, c'était l'intervention d'un corps français régulier, armé, équipé, soldé, entretenu par la France ; il désirait, sans la demander nettement, une^expédilion analogue à celle de 1823. Il sentait bien, en effet, qu'il était dans une situation trop difficile pour triompher de l'insurrection carliste avec ses propres moyens et même avec l'appui d'un corps de 6.000 hommes ; et d'ailleurs la légion, tout en mettant de nouvelles forces à sa disposition, constituait en même temps une charge, à un moment où ses finances se trouvaient dans un état précaire. Le secours de la France eût été tout différent si le drapeau français eût fait son entrée en Espagne, même avec une armée peu nombreuse.
Plusieurs fois, le duc de Frias avait sollicité du duc de Broglie une intervention directe ; le 9 septembre, il lui avait même remis à ce sujet un long mémorandum, dans lequel il demandait l'occupation de la Navarre et des Provinces Basques par des troupes françaises. Broglie avait été contrarié par cette démarche et avait demandé des explications à l'am-
de-Port, 31 octobre 1835, et de Bayonne, 7 novembre 1835 (originaux). A. H. (?., Aff. d'Esp., carton 44.
. (1) Le général Harispe au Ministre de la guerre, de Bayonne, 12 novembre 1835. 76id.
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bassadeur de France à Madrid (1). Il avait d'autant moins le désir d'intervenir que les officiers chargés d'éclairer le Ministre de la guerre sur la situation lui représentaient sans dé* tours les conséquences d'une expédition. Le chef d'escadron d'état-major Renaud de Vilback envoyait le 10 septembre, de Bayonne, un <( mémoire sur 1 état de l'Espagne » dans lequel il concluait en ces termes : <c L'état de l'Espagne est plus sérieusement inquiétant qu'il l'ait jamais été. Le parti carliste et le parti révolutionnaire ont pris chacun des forces aux dépens du parti de la Reine. L'intervention est devenue beaucoup plus chère, beaucoup plus difficile ; elle offre tous les hasards d'une grande guerre (2). »
Aussi le duc de Broglie avait-il décidé, quelques jours plus tard, que le gouvernement n'avait pas de raisons de modifier la détermination prise trois mois auparavant, et qu'il ne pouvait pas envoyer de troupes à lui. Il ajoutait même qu'une intervention directe méconnaîtrait les vrais intérêts de la Reine, en ce sens que l'Espagne, jalouse de son indépendance, était contraire à toute ingérence étrangère (3).
Les représentants du, gouvernement espagnol, ou du moins quelques-uns d'entre eux, avaient dû se trouver déçus par cette réponse, car ils comptaient, malgré tout, que la France se déciderait à un envoi de troupes. Cette déception, jointe aux embarras financiers et administratifs dans lesquels se débattait le gouvernement de la Reine, dut entrer pour une certaine part dans la décision prise de licencier les volontaires d'Isabelle II.
Le corps licencié laissa en Espagne un assez nombreux contingent : 264 volontaires d'Isabelle II passèrent dans les rangs de 'la légion étrangère.
Suarco revint en France, emportant l'estime de ceux qui avaient pu constater ses louables efforts ; Bernelle écrivit au Ministre de la guerre, à Madrid : c( Je ne puis que louer la
(1) Le Ministre dos affaires étrangi»res à M. de Rayneval, 10 septembre 1835. A. A, E.
(2) Le chef d'escadron Renaud de Vilback au Ministre, de Bayonse, 10 septembre lSd.*>, rapport joint à la lettre et intitulé : f< Mémoire sur TétAt de TKspague, 10 septembre 1835. » A, fl. G., Aff. d'Esp., carton 11 (original).
(3> Espagne, mémorandum du duo de Frias, note da 16 septembre 1835. .4. .4. E.
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respectueuse résignation avec laquelle le colonel de Suarce a reçu et s est conformé aux ordres de Sa Majesté. Il a agi d uae manière franche et loyale, de concert a\'ec moi, et toutes les investigations auxquelles je me suis livré m'ont convaincu qu'il a servi TEspagne avec loyauté et zèle (1). » Suarce vécut encore de longues années puisqu'il écrivit en 1862 une brochure destinée à combattre certaines idées exprimées à cette époque (2). Plusieurs des officiers qu'il avait amenés avec lui restèrent en Espagne et rendirent par la suite à Bernelle de précieux services. Les capitaines de Colleville, Joseph Chazot, Thomassin, Mille et Hacquet ; les lieutenants Lichtnecker, Jusseau, Poussard et de Fleurans ; les sous-lieutenants Boussard et Lemonnier, passèrent avec leurs grades à la légion (3) ; les adjudants Dreux et Jean Landry, et le fusilier Urbain, qui demandèrent aussi à servir à la légion, devinrent sous-lieutenants en 1837 (4).
Les deux compagnies auxiliaires formées avec les volontaires furent placées sous les ordres du commandant Drouault et participèrent presque immédiatement aux opérations ; elles contribuèrent en effet, dès le milieu de novembre, à la brillante défense de Verdun contre 4.000 Carlistes navarrais (5). Dans les expéditions suivantes, les anciens officiers et volontaires de Suarce combattirent vaillamment dans les rangs de la légion, et firent constamment preuve du même courage et de la même endurance que leurs braves camarades venus d'Afrique.
(1) EerneUe au Ministre de la guerre à Madrid, 8 novembre 1835. Imprimée dans Bernelle, Ilistoire de Vancienne légion étravgèrCj p. 461. 7— On troure, p. 462, 463, 464 et 46ô, trois autres lettres de Bernelle relatives au licenciement do la légion Suarce.
(2) Cette brochure combattait les idées exprimées par de Gasparin relativem.ent à TËspagne, dans un ouvrage ayant pour titre VAmérique devant VEurope. Elle était intitulée lUponse au réquisitoire de M. de Gasparin contre VEspagne (voir à la bibliographie).
(3) Rapport de Bernelle au Ministre de la guerre, de Larrasoana, 2 mars 1836, pièce n? 13.
(4) Etat joint à la lettre d'Harispe au Ministre de la guerre, de Saizit- Jean-Pied-de-Port, 10 juillet 1837. A, E, G., Aff. d'Esp., carton 19 (original).
(5) Rapport de Bernelle au Ministre de la guerre, de Sanguessa, 31 décembre 1835, pièce n? 10.
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