‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 7 sur 106 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SoMMAi&s. — La légion à Palma : Bemelle, nommé général^ réorganise la légion qui devient la diyisioa auxiliaire française. — L'arrivée à Tarragone le 16 août 1835. — IkSectif de la légion : enyircm 5.000 hommes. Le général Bemelle. — Sa carrière. — Résultats de son commande^ ment à la légion. — Son état-major et sa garde d'honneur. — Influence de M™* Bemelle sur son mari et, par suite, sur les affaires de la iégic». — Népotisme de Bernolle : ses parents à la légion.

Les officiers de la légion. — Leurs origines diverses. — Les appréciations de l'ancien sergent fourrier von Bosen. — Le lieutenant-oolonel Conrad. Sa carrière; ses qualités; ses notes. — Le chef de bataillon Gros d'Avenas. — Le chef de bataillon Magnier; une belle carrière; en deminsolde; odieuses persécutions; retour au service en 1881. — Le commandant Drouault. — Le commandant Mallet. — Deux chefe de bataillons italiens : Raphaël Poerio; Sebastiano Montallegri. — Le capitaine Angpli. — Anciens officiers de l'Empire. — Quelques jeunes officiers français : le capitaine de Noue ; le capitaine Renault ; le lieutenant Bazaine. — Les officiers des anciens régiments suisses : le lientenant Bucimetière dit Monod; le capitaine Aneth; le capitaine Chariatte; le sous-licutcnant Bamberg. — Les Polonais : le commandant Thadée Horain.

Les légionnaires. -— Diversité d'origines. — Aspect et uniforme de la légion. — Impression sur les populations espagnoles : des préventions injustifiées. — Le culte de Baochus. — Camaraderie des légionnaires ; défenseurs de la liberté. — Le sergent-major Emile Bon. — Le chant de la légion. — La bravoure des légionnaires en Algérie. — Hommage à leur valeur rendu par leurs ennemis. — Le goût de la guerre : a On va se battre! »

Les bâtiments qui avaient embarqué en Algérie les bataillons de la légion au commencement d'août>ée réunirent dans le port de Palma, aux Baléares, et mirent à la voile le 14 pour TEspagne. Ils arrivèrent en rade de Tarragone le 16 août (1). Pendant la route, le colonel Bernelle, auquel le commissaire espagnol del Valle, agissant au nom de la reine Isabelle, avait

(1) Lettre de Tarragone à VEclaireur de Toulon, du 18 août 1836, reproduite dans le Moniteur universel du 29 août, p. 2001, 2* colonne.

LA LEGION ÉTRANGÈSE 115

accordé temporairement les pouvoirs de général (1), avait pris soin de réorganiser les six bataillons ; il les avait amalgamés, pour leur enlever leur nationalité et donner à leur ensemble plus de cohésion ; avant même d'arriver à destination, il avait reçu à Palma la confirmation de son grade : la Reine le nommait maréchal de camp dans ses armées (2). Dès ce moment, la légion sous ses ordres fut désignée officiellement, par le gouvernement espagnol, sous le nom de division auxiliaire française.

Le 16 août, dès que les vaisseaux furent entrés en rade, les Espagnols de Tarragone vinrent aux alentours et firent entendre les cris de : « Vive la liberté ! » Le lendemain 17, le débarquement s'effectua. A midi, les troupes se mirent en marche, précédées de la musique, qui jouait l'air de Riego ; elles furent vivement acclamées- par la foule. Arrivées aux portes de la ville, elles s'arrêtèrent au cri de Qui vive de la sentinelle ; le poste vint les reconnaître et le chef de corps répondit : Espagne, légion étrangère; elles firent alors leur entrée en ville. L'enthousiasme se manifestait partout sur leur passage, les rues avaient pris un air de fête ; c'étaient de tous côtés des acclamations : Vivan los Exlrangeros ! Vivan los Argelinos ! — Viva la légion (3) ! Le soir, eut lieu un spectacle pendant lequel l'orchestre joua l'air de Riego et la Marseillaise (4). L'accueil fait à la légion montrait la sympathie qu'éprouvait le peuple espagnol à l'égard des nouvelles troupes qui venaient défendre la cause de la Reine.

L'effectif total de la froupe partie d'Alger pour l'Espagne au commencement d'août était de 123 officiers et de 4.021 sous-officiers et soldats (5). Dans le courant de septembre

(1) Décision du oommissaire espagnol del Valle, d'Alger, 6 août 1835. Imprimée dans Bornelle et CoUeville, Histoire de Vancienne légion étranifèrey p. 179.

(2) Lettre du Ministre de la guerre M. D. de Ahumada, de Saint>Ildefonse, 1" août 1835, reçue à Palma le 12 août. Imprimée dans Bernelle et CoUeville, Histoire de Vrmcienne légion étrangère, p. 184.

(3) G. von Rœen, Bilder atks Spanien, p. 8 et 9.

(4) Lettre de Tarragone du 18 août, dans le Moniteur univeisel du 29 août, p. 2001, 2* colonne.

(5) Copie du procès-verbal constatant la remise de la légion étrangère A rÉspagno, 27 juillet 1835, dans Bernelle et CoUeville, Histoire de Vantienne légion étrangère, p. 180-184. Ce procès-verbal n*exi&te pas aux A. H. O.

arrivèrent à Tarragone les hommes qui formaient le dépôt de Toulon, puis ceux qui se trouvaient aux hôpitaux ou en route au moment du départ en août. La troupe française passée au service de la reine Isabelle s'éleva donc à près de 5.000 hommes, sans compter un détachement de France et les anciens volontaires d'Isabelle II, incorporés en novembre (1). Le général Bernelle qui se trouvait à la tête de la légion était un homme énergique, digne de commander à cette belle troupe. Né à Versailles le 5 octobre 1785, il était entré conmie élève au Prytanée militaire de Saint-Cyr à seize ans, le 15 mai 1801, et avait été nommé sous-lieutenant, le 10 septembre 1803, à la 97'' demi-brigade, devenue 60* régiment de ligne ; le 4 novembre 1805, il avait reçu un coup de feu à la jambe droite à Tattaque de Vicence en Italie, avait été nommé lieutenant le 22 octobre 1806, et avait fait campagne, de 1806 à 1809, en Italie, en lUyrie et en Dalmatie. Promu capitaine en 1811 au 133* de ligne, puis chef de bataillon le 20 mars 1813, il avait fait la campagne d'Allemagne celte même année et avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 16 août, officier le 28 novembre 1813 ; puis il avait fait en 1814 la campagne de France. Le 1*' juin 1815, il avait été employé à l'état-major du général Drouot, le major-général de la Garde impériale, et avait été mis en non-activité lors du licenciement, le P' septembre suivant. Après avoir, de 1818 à 1824, été major à la légion du Finistère, à celle de l'Ardèche, puis au 20* de ligne, il avait été admis au traitement de réforme le 8 décembre 1824. Rentré au service le 2 février 1826 comme chef de bataillon au 18* léger, il avait été nommé lieutenant-colonel au 10* léger le 3 juin 1831, puis colonel de la légion étrangère le 9 avril 1833 (2).

La carrière militaire de Bernelle sous l'Empire, les cinq

^Îqq 'i f,x '^'^^^ ^a»s sou Eistoire de Vanclenne légion étrangère, ^ûi ' j^^ ^^' ^^^ estimation qui ne paraît pas exacte en proposant le chiffre de O.200 hommes. Un document officiel établi par lui-même au quartier gênerai de Larrasoana le 15 avril 1836 (pièce n« 21), et donnant la balance des gains et des pertes de la logion depuis le 17 août 1835, montre que sa mémoire la mal servi lorsqu'il a rédigé son volume.

i; iQ?^'îfr'''î ^° ^^rra par la suite, Bernelle rentra en France le 16 août i»ob 11 fut mis a la disposition du gouverneur général de TAlgérie, comme colouel, le 3 novembre suivant, et désigné le 28 octobre 1837 pour exercer les fonctions de commandant supérieur à Constantine. Nommé maréchal de camp lo 11 novembre 1837, il fut placé à la tête d'une brigado

campagnes qu'il avait faites en Afrique de 1831 à 1835, et le commandement de la légion qu'il exerçait depuis plus de deux ans, le préparaient admirablement au rôle qu'il avait à remplir en Espagne.

Grâce à lui, la discipline régnait dans le corps placé sous son commandement ; il avait si bien su venir à bout des caractères les plus difficiles qu'un officier espagnol écrivait à ce sujet : « Les abus et les désordres qui, depuis la création de la légion par le maréchal Soult, n'avaient pas cédé aux différents chefs que le gouvernement avait chargés de son commandement, disparurent à jamais, du jour où la discipline sévère et vigoureuse de Bernelle vint faire plier la désobéissance et soumettre les divers sentiments des individus à la foudre des lois militaires. Il fut le premier qui comprit que, si le gouvernement avait ouvert ce refuge aux exilés politiques des autres pays, ce n'était pas pour leur procurer, en quelque sorte, un lit de repos et de jouissance, mais une école de travail et d'assiduité, où bientôt ceux qui avaient embrassé, dans leur pays, la bannière de la liberté par une généreuse opiniâtreté, se distingueraient de ceux qui ne l'avaient suivie que pour avoir un prétexte d'oisiveté. Ses fusillades chassèrent les mécontents et les raisonneurs, et tinrent les faibles en bride, et cette sévérité appela aux emplois des officiers dignes de l'épaulelte (1). »

Bernelle savait que pour jouir de quelque prestige aux yeux des Espagnols il est nécessaire d'avoir des dehors brillants ; aussi s'entoura-t-il d'un nombreux état-major, fort disproportionné avec l'effectif de la légion. Il institua pour sa personne une sorte de garde d'honneur, composée de sapeurs barbus, et s'appliqua à ne jamais paraître en public sans une nombreuse suite. Il est certain que cette ostentation était nécessaire en Espagne ; mais, de l'avis même des officiers qui en reconnaissaient l'utilité, elle dégénéra quelquefois en une espèce de « charlatanerie militaire analogue à celle qu'on retrouve chez les aventuriers et les condottieri de tous les temps (2) ».

de la division d'Alger, rentra en France en 1839, et passa au cadre de réserve le 6 octobre 1847. Il mourut à Paris le 7 janvier 1871. A. A. 0., dossier Bernelle.

(1) Quido d'Ortasini, VEspagne constUutionrullc , Paris, 1840, p. 306.

(2) G. von Roaen, Bilder aus Spanicn, p. 41.

118 LA LÉGIOX £tBANGÈRE EX ESPAGNE

Bernelle était marié et il avait eu le tort d'emmener sa femme en Espagne. M"' Bernelle avait toujours joué, disaiton, un rôle considérable dans la carrière de son mari ; on affirmait à la légion qu elle avait jçidis été dame d'honneur (les méchants disaient femme de chambre) d'une dame de la cour, et qu'elle avait utilisé ses anciennes relations pour faire obtenir de l'avancement à son mari (1). Elle avait beaucoup d'esprit et une extrême franchise (2) ; mais elle avait acquis sur Bernelle un tel empire qu'elle agissait à sa guise vis-à-vis des officiers et des soldats, et les traitait comme ses subordonnés. On citait à ce sujet des anecdotes piquantes. Un jour, à Alger, un légionnaire chargé de travailler à son jardin était arrivé pendant qu'elle se reposait sur un banc dans une tenue assez négligée ; il s'était vu infliger quinze jours de prison ; un autre avait été puni pour l'avoir regardée d'une manière inconvenante quand elle était à son balcon (3).

Les officiers voyaient d'un mauvais œil cette ingérence féminine dans les questions militaires, et n'aimaient pas M"* Bernelle. L'un d'eux cependant, le commandant Horain, avait pour elle une sympathie qui lui était largement rendue, si bien qu'il avait été attaché à l'état-major de Bernelle. Les légionnaires faisaient d'ailleurs malicieusement remarquer que c'étaient « les plus jolis et les plus distingués parmi les o^fficiers de tout le corps » qui avaient été choisis pour faire partie de ce nombreux état-major (4).

On peut reprocher à Bernelle d'avoir poussé l'esprit de famille un peu loin : non seulement il emmena avec lui des jeunes gens, neveux ou cousins, qui s'étaient déjà attachés à sa destinée, mais encore il accepta par la suite comme officiers des parents plus âgés qui ne pouvaient pas lui rendre beaucoup de services au point de vue militaire. Au départ d'Alger, on voyait déjà figurer sur les contrôles les noms du sous-lieutenant Emile Bernelle (5), de l'adjudant Louis-Jules-

(1) G. von Rofien, Bilder aus Spanien^ p. 41.

(2) Guido d'Ortasini, V Espagne constitutionnelle, p. 326.

(3) G. von Rosen, Bilder aus Spanien, p. 43.

(4) Ihid., p. 44.

(5) Smile Bernelle, sous-lieutenant en 1835, devint lieutenant au tîtrt espa^ol fm 1837. On ignore sa destinée postérieure, car il ne resta pas officier dans Tarmée française.

Gabriel Bernelle (1), des enfants de troupe Eugène et Jules Bernelle (2) ; quelques mois plus tard, en janvier 1836, le frère du général, Jean-François-Baptiste Bernelle, qui avait été réformé pour infirmités trois ans auparavant comme capitaine, vint servir à la légion avec son grade (3). Le dévoue-

(1) Louis-Jules-Gabriel BerneUe, né le 13 aTril 1816 à Argentan (Orne), était ûls du chef de bataillon Pierre-Qabriel Bernelle. Entré comme musicien gagiste à la légion le 2 août 1833, à 17 ans, il s'engagea le 26 juin 1834, fut nommé caporal le 1" juillet, caporal-fourrier le 26 juillet, sergent le 16 décembre 1834 ; promu sergent-major le 22 juillet 1835, il passa au serrice d'Espagne le 27 juillet et fut affecté le même jour pour ordre comme adjudant au 4* de ligne; il conquit en Espagne le grade de lieatenan^ adjudant-major. Rentré en France le 15 décembre 1837, il fut affecté comme sergent-major au 2* bataillon d'infanterie légère d'Afrique, et passa adjudant sous-officier le l*' décembre 1839. Nommé sous-lieutenant au 3* bataillon d'infanterie légère d'Afrique le 11 août 1841, il denrint lieutenant au corps le 22 décembre 1845; il épousa en 1849 Mlle GhriatophOy passa capitaine au l*' bataillon d'infanterie légère d'Afrique le 29 décembre 1851 et ne quitta l'Algérie que vers la fin de 1853, lorsqu'il fut affecté au 4* de ligne. 11 passa au régiment de gendarmerie de la Garde impériale le 8 fémer 1866 et mourut à Paris le 14 juillet 1860, des suites 4'nne dysenterie cbronique contractée en Algérie. A. A. (?., dossier L.-J.-O. Bernelle.

(2) On ne les retrouve plus dans la suite. Ils durent quitter la légion lorsque Bernelle démissionna.

(3) Jean-Françoi9-Baptiste Bernelle^ né le 5 octobre 1787 à Versailles, était un frère du général, plus jeune que lui de deux ans seulement, mais il fut inscrit cependant sur les registres officiels avec l'orthographe Bernel. Entré comme vélite dans les grenadiers à pied de la Oarde impériale le 4 décembre 1806, il fit campagne dès 1807 à la Grande Armée, et fut nommé sous-lieutenant au 46« de ligne le 4 avril 1808 ; il passa au 20* de ligne le l*' juillet, et fit de 1806 à 1812 les campagnes d'Espagne et de Portugal. En 1813, il fut nommé lieutenant aux fusiliers grenadiers de la Garde impériale, fit la campagne de Saxe, et fut décoré en novembre de la Légion d'honneur; en 1814, il fut blessé d'un ooup de feu, le 11 février, à Montmirail; en 1815, il était dans les ranfips du 1«' régiment de grenadiers à pied de la Garde et fut blessé à Waterloo.

Mis en non-activité par licenciement en septembre 1&16, il épousa au mois de mai suivant Jonquille Mérigot, fut affecté en juillet 1816 comme lieutenant à la légion départementale de Seine-et-Oise, mais démissionna en octobre.

En 1825, il demanda sa réintégration et fut nommé lieutenant au 38« de ligne; comme il était devenu veuf, il épousa en secondes noces au début de 1828 Lydie-Clara-Françoise-Joeeph Legros; mis en réforme pour infirmités au mois d'octobre 1828, il fut replacé au mois de mai 1829 au 38«, et passa capitaine le 26 juillet 1831. Affligé d'un extrême embonpoint, et do plus scrofuleux, Bernelle était devenu peu propre au service actif, et il fut mis à mraveau en réforme pour infirmités le 10 mars 1833. Lorsqu'il fut autorisé à se rendre en Espagne le 12 janvier 1836, il ne pouvait donc pas être d'une grande utilité à son frère.

Rentré en France en 1837, et remis dans sa position de réforme, il fut fi^e aux appuis du général Schramm et du général Pajol, replacé en 1840 comme capitaine au 68« de ligne, en Algérie: il fut retraité ^n 1846 eft mourut le 20 février 1852. A. A. G., dossier J.-F.-B. Bernelle, n* 86831.

ment de Bernelle à sa famille n échappa pas aux légionnaires, puisque le fourrier von Rosen écrivait plus tard que « toute une bande de cousins et de neveux était arrivée de France pour recevoir des brevets d'officiers et des brevets de décorations (1) ».

Les officiers du nouveau corps espagnol étaient pour la plupart aguerris et expérimentés ; ils provenaient soit des cadres mêmes de la légion, soit de divers corps d'Afrique et avaient pour un grand nombre reçu de Tavancement en passant au service d'Espagne. Leurs origines étaient fort diverses el leurs aspirations n'étaient pas toujours identiques ; mais ils se considéraient comme n'ayant plus qu'une mission : la guerre ; plus qu'un but : la victoire. Tout leur passé, tous leurs sentiments étaient oubliés quand il s'agissait de l'honneur de la légion, si bien que d'Ortasini disait en parlant d'eux : « Des officiers de Napoléon, des Bourbonnisles enragés, sortis de la garde royale ou des régiments suisses, des étrangers appartenant aux partis politiques les plus opposés, aristocrates, constitutionnels, démocrates, tous marchent sous la même bannière et vont au même but (2). »

Un ancien fourrier de la légion, un Allemand originaire du Holstein, G. von Rosen, a donné maints détails, dans des mémoires écrits au retour de la campagne, sur ses anciens chefs. Il met en lumière l'autorité de Bernelle, la popularité de Conrad, el donne de chacun des officiers supérieurs un portrait piquant, quoique parfois inexact (3) ; mais les appréciations qu'il porte sur les officiers subalternes paraissent impartiales. Rosen avait été fourrier à une compagnie de voltigeurs, avait eu Bazaine comme capitaine (4), et avait vu de près la plupart des officiers de la légion.

(1) G. von Rosen, BUder aus StHmien, p. 51.

(2) Gnido d'Ortasini, f Espagne constitutionnelle , p. 31o.

(3) Il dit par exemple du commandant Drouault qu'il s'était signalé ea Afrique par st's exigences en matière de travaux dee camps ou des routes imposés aux soldats, et il ajoute qu'il fit preuve en Espagne, à la première occasion, d'un manque de courage si absolu que Bernelle jugea prudent do l'éloigner (Bilder aus SpanieVy p. 43). Or Drouault fut cité quatre fois a l'ordre, comme on le verra (A. A. G,, dossier Drouault). On doit donc tenir compte dt« rancunes personnelles que pouvait avoir voo. Bosen contre un ancien chef dur et exigeant.

(4) Bildei aus Spanirn, p. 221.

LA LÉGION ÉTKAXGÈKE 121

Celaient dans leur ensemble « de très braves gens ». Les Polonais appartenaient généralement à de bonnes familles, avaient fait leurs premières armes dans la guerre de l'indépendance de leur pays, et se faisaient remarquer entre tous. Un assez grand nombre de Français avaient servi dans les anciens régiments suisses ; d'autres étaient de jeunes légitimistes qui n'avaient pas réussi en France, mais qui étaient braves et aimés des soldats. Les Italiens et les Allemands avaient pour la plupart une origine modesle ; von Rosen est particulièrement dur pour ses compatriotes, qu'il déclare sortis des classes inférieures du peuple : il raconte comment d'anciens domestiques cherchaient par leur brutalité et leur morgue à imposer le respect à leurs subordonnés ; il atténue néanmoins ce jugement sévère en ajoutant que d'honorables exceptions rehaussaient le niveau des officiers allemands (1). Il faut faire la part des sentiments de jalousie qui pouvaient animer un homme de bonne éducation et d'intelHgence éclairée, contre des compatriotes qu'il sentait ses inférieurs à tous points de vue et auxquels il devait néanmoins obéir.

Le lieutenant-colonel de la légion, Joseph Conrad, était un Alsacien aimé et estimé de tous. Né à Strasbourg le 8 décembre 1788, il était entré à l'Ecole spéciale militaire le 28 avril 1807, y était devenu caporal, sergent et sergent-major en 1808 et avait été nommé sous-lieutenant au 28' léger le 25 mars 1809 ; parti aussitôt à l'armée d'Allemagne, il avait reçu un coup de feu à la jambe droite à la bataille d'Essling. En 1810, il était allé en Espagne, et y avait été blessé d'un coup de feu à la cuisse gauche, le 5 mai 1811, à la bataille de Fuente-de-Onoro : nommé lieutenant le 4 septembre 1812, lieutenant adjudant-major le P' juillet 1813, il était alors allé à la Grande Armée en Saxe, et avait reçu un coup de feu à l'épaule gauche, le 16 septembre 1813, à Kulm, en Bohême. Nommé à la fois capitaine et chevalier de la Légion d'honneur le 8 octobre 1813, il avait été fait prisonnier de guerre à Leipzig le 16 octobre suivant. Rentré en France en septembre 1814 et affecté au 13* léger, il avait été licencié et mis en non-activité le 13 août 1815. Il avait été replacé comme capi-

(l)Bi2dfr (Wki Bi^anxtn^ p. 50.

taine adjudant-major à la légion du Haut-Rhin en mars 1816, puis à celle du Bas-Rhin, et avait été désigné au mois de novembre suivant pour être l'aide de camp du général Creulzer. Admis au corps royal d'état-major le 12 décembre 1818, il avait épousé à Saint-Pétersbourg, en 1819, Mlle d'Ott, fille d'un conseiller de cour au service de l'empereur de Russie ; il avait été aide de camp du général Schseffer en 1823, avait fait l'expédition d'Espagne et avait reçu en juillet la croix de Saint-Louis ; nommé en 1824 aide de camp du général Dumoulin, il avait rempli de 1827 à 1829 les mêmes fonctions auprès du maréchal prince de Hohenlohc, était revenu quelque temps auprès du général Dumoulin, puis avait été employé à l'état-major de la 2* division de l'armée d'Alger en mars 1830. Nommé chef de bataillon le 8 septembre 1830, il avait rempli dès le mois de février 1831 les fonctions d'aide du camp du général Brayer, avait reçu la croix d'officier de la Légion d'honneur au mois de juin suivant, puis avait été affecté en octobre 1832 à l'état-major du corps d'occupation d'Afrique (1).

Conrad était un officier de réel mérite, pour lequel ses chefs avaient une grande estime. Le maréchal de camp Trézel, chef de l'état-major général à Alger, le notait en ces termes à l'inspection de février 1834, peu avant sa nomination à la légion : « Très bon officier d'élat-major, le commandant Conrad est particulièrement propre aux actions de guerre ; il sait à propos enlever et retenir les troupes et leur inspire beaucoup de confiance. Il s'est distingué dans toutes les expéditions en Afrique et notamment dans celle de Bougie. » Le général Voirol ajoutait ; « Conrad, outre les connaissances mihtaires qu'il possède, est un officier intrépide, sachant un jour de bataille communiquer à ses subalternes son énergie et son courage. Il figurerait avec distinction à la tête d'un régiment, surtout à la guerre (2) ». C'est à la suite de cette inspection que Conrad avait été promu lieutenant-colonel, en avril 1834, et affecté à la légion étrangère.

Depuis qu'il était à la légion, il avait été proposé le 5 juil-

(1) A. A. G., dossier Joseph Conrad.

(2) Notes portées sur l'extrait de revue de l'inspection de 1834. A. A. <?-, dossier Joseph Conrad.

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