LA LÉGION ÉTS ANGERS
lel 1835 pour le grade de colonel par le général Trézel, en raison de sa conduite aux combats des 26 et 28 juin, au col de Muley Ismaêl et à la Macta ; il avait été signalé à cette occasion comme possédant « toutes les qualiléâ d un bon chef de corps (1) » ; il allait prendre les fonctions de colonel de la légion, puisque Bernelle avait reçu le grade de général (2).
Le chef de bataillon Jean-Jacques-Joseph Gros d'Avenas était un vieil officier de l'Empire. Né à Empurany (Ardèche), le 16 février 1780, il avait débuté comme soldat au 9* léger le 19 novembre 1802, avait été nommé caporal, puis sergent en 1803, avait été blessé à Haslach le 11 octobre 1805 et s'était trouvé à Austerlitz. Nommé sous-lieutenant au 95* de ligne le 31 janvier 1806, lieutenant le 3 mars 1807, il avait fait pendant ces deux années les campagnes de Prusse et de Pologne. Il était venu en Espagne les années suivantes, et y avait reçu la croix de la Légion d'honneur en décembre 1808 ; il avait commandé Tune des deux compagnies de voltigeurs à Fattaque du pont de Santi-Petri près de Cadix, dans la nuit du 3 au 4 mars 1811 et il avait eu lannulaire de la main droite emporté par un coup de feu dans cette glorieuse affaire. Il n'avait quitté TEspagne qu'au mois de juillet 1813, pour aller à la Grande Armée ; nommé chef de bataillon et adjoint à Télat-major de la Garde en septembre, puis passé au 13* léger en janvier 1814, il avait été mis en non-activité le P' septembre suivant. Chef de bataillon aux gardes nationales actives du Pas-de-Calais en avril 1815, il avait été remis en non-activité le 18 juillet suivant.
Resté complètement à l'écart sous la Restauration, Gros d'Avenas avait épousé en 1819 Elise Imbard, d'Annonay, et to'avait repris du service que sous Louis-Philippe ; mis en novembre 1831 à la disposition du général Boyer à Oran, il avait été nommé major de cette place en mars 1832 ; le 25 juillet suivant, il était passé à la légion étrangère et, dès le 11 novembre, avait été cité à Tordre du jour de la division d'Oran : il avait reçu la croix d'officier de la Légion d'hon-
(1) Demandes de récoinpe*nses adressées par le général Trézel au gauyerneur général oomte d'Erlon, d'Oran, 5 juillet 1835. A. H. G., Algérie, correftp., proT. d'Alger, 20 août 1835 (duplicata).
(2) Des détails plus complets sur cet officier seront donnés au chapitre xn.
i24 LA LÉGION ÉTRANGÈRE EN ESFAGNE
neur le 11 mai 1833. Il possédait toute Testime de ses chefs, puisque le général Bro le notait à Tinspection de 1834 dans les termes suivants : ce Vieux militaire, actif et d'un zèle ardent ; ce très ancien officier supérieur peut rendre encore de bons services (1). »
Quoique chef de bataillon depuis 1813, Gros d'Avenas n'était pas encore nommé heutenant-colonel en 1835 ; il avait écrit au Ministre à ce sujet dès le mois d'août 1834 : « Je suis depuis trois ans, lui disait-il, le plus ancien des chefs de bataillon de l'armée ; beaucoup de nominations de lieutenant- <:olonel ont eu lieu dans cet intervalle à l'ancienneté. Monsieur le Maréchal, en vous exprimant avec la franchise d'un vieux soldat blanchi dans la poussière des camps toute l'amertume dont m'a pénétré une pareille défaveur, c'est dire que j'espère de Votre Excellence la justice qu'elle pourra rendre à un serviteur dévoué du gouvernement de Juillet (2) ». Gros d'Avenas allait trouver en Espagne l'occasion de recevoir le grade auquel il aspirait, et auquel il ne parvint jamais en France (3).
Le chef de bataillon Magnier avait les plus beaux états de service de la légion et était le type accompli du brave soldat de l'Empire. Né à Paris le 10 décembre 1789, Ambroise- Pierre-Viclor Magnier entra à l'Ecole de Fontainebleau en 1807, fut nommé sous-lieutenant au 72" de ligne le 24 mars 1809 et fit la campagne d'Allemagne ; il séjourna ensuite au camp de Boulogne, où il fut promu lieutenant le 28 décembre 1810 et fut employé en 1811 à l'état-major du général Marion. Il accompagna ce général lors de la campagne de Russie, mais le vit tomber à son côté, mortellement atteint, le 7 septembre, à la bataille de la Moskowa ; il devint alors aide de camp du général Gengoult (4). Pendant la retraite.
(1) A, A, (?., doesier Gros d'Avenas, ii« 66.340.
(2) Croe d'Aven aa, 37, rue de Satory, à Versailles, au maréchal comte Gérard, ministre de la guerre, 21 août 1834 (original). A, A, O., dossier Oroe d'Avenas.
(3) Gros d'Avenas, nommé plus tard lieutenant^colonel au titre espagnol,, revint en France à la fin de 1837, mais prit sa retraite en 1839 avec le grade de chef de bataillon. A. A. O.y dossier Gros d'Avenas.
(4) n y a, pour les affectations et mutations do Magnier, des différenoes entre plusieurs pièces de son dossier et le registre matricule de la
il se trouva à laffaire de Viasma le 3 novembre ; blessé le 15 novembre devant Smolensk, il assista néanmoins le 16 à la bataille de Krasnoë, le 28 à rengagement de Borissow; il eut les pieds gelés à Vilna, perdit tous les ongles, et fut fait prisonnier par les Russes le 10 décembre. Plusieurs fois il tenta de s'évader, sans jamais réussir à revenir en France ; il vécut trois mois caché dans les bois de Zalslow, près de Minskii avec un autre officier, mais fut repris et mené à Minskii lié et garrotté ; il resta trois mois dans un cachot les fers aux pieds et fut ensuite transporté jusque sur les bords du Volga. La signature de la paix le délivra de cette captivité, et le fit rentrer en France le 17 août 1814 ; il fut mis en demi-solde. Quoiqu'il eût été blessé à la main droite le 10 août pour avoir voulu conserver sa cocarde à l'effigie de l'Empereur,. Magnier fut nommé garde du corps de Monsieur, dans la compagnie de Puységur ; il refusa cet emploi.
Lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe, Magnier alla audevant de son Empereur, le rencontra à Auxerre et s'entretint même avec lui (1). Adjoint le 10 mars 1815 à l'état-major du maréchal Ney, qui se rappelait sa vaillante conduire en Russie, il fui nommé le 1" avril aide de camp du général Gengoult ; à la bataille de Ligny, le 10 juin, une balle lui traversa la jami>e gauche sans qu'il consentît à quitter sa division.
La Restauration lui fit durement expier sa fidélité à Napoléon. Magnier fut le type accompli du « demi-solde » ; son dossier donne l'idée, quand on le feuillette, de ce qu'eurent à souffrir ces victimes de la passion politique. Non seulement Magnier ne reçut pas la croix d'officier de la Légion d'honneur, que le maréchal Ney et le général Gengoult avaient spécialement demandée pour lui dès 1814, par des lettres pleines d'éloges ; mais il fut soumis à la surveillance de la police et traqué comme un malfaiteur. Il s'était retiré à Anet en 1817 et allait souvent à Paris ; le comte de Breteuil, préfet
légion; sa carrière a éi6 reconstituée d'après les documents les plusdignes de foi; mais îo travail critique nécessité par cette reconstitution ne peut être donné en détail.
(1) « Il alla jusqu'à Auxorro au-devant de S. M. l'Empereur, qui a daigné s'entretenir avec lui pendant une demi-heure », disent des états de service fournis le 6 juillet 1815. Ce détail, qui semble naïf, est signalé à l'égal d'une action d'éclat et montre ce qu'était Napoléon pour ses fidèles.
12G LA LÉGIOX ETBANGÈKE EX ESPAGNE
d'Eure-el-Loir, et le maréchal de camp comte de Séran, qui commandait le département, étaient renseignés par le souspréfet de Dreux et par la gendarmerie : aussi tous deux envoyaient-ils de Chartres au général comte Despinois, commandant la r* division militaire, dont dépendait l'Eure-et- Loir, rapport sur rapport ; ils signalaient les voyages à Paris effectués par Magnier, « malgré les défenses qui lui en avaient été faites et sans aucune autorisation (1) ». Le commandant de la gendarmerie pensait que Magnier pouvait être « le colporteur des personnes du pays les plus malintentionnées » et conseillait, pour en avoir la preuve, de l'arrêter et d'examiner ses papiers quand il se disposerait à revenir à Anet (2). La correspondance échangée à son sujet était active et menaçante (3). Magnier, questionné, répondait le 9 mars de Paris au comte de Séran qu'il s'était fait commis-marchand, qu'il avait transféré son domicile chez M. Fleury-Flamen, fabricant de porcelaine, rue du Faubourg-Saint-Denis, 168, et qu'il était à ses ordres. » Je lui ai mandé, écrivait aussitôt le comte do Séran, de revenir de suite au lieu de sa résidence à Anet et, là, de justifier d'une conduite au moins légère, si les soupçons qui pèsent sur lui comme agent des malveillants ne sont pas fondés (4). » Magnier, qui était proposé pour la retraite, exposa que son emploi dans le commerce, joint à sa faible demi-solde, constituait son seul moyen d'existence et demanda l'autorisation de résider à Paris ; il obtint cette faveur malgré les griefs retenus contre lui : « M. Magnier a
(1) Le comte do Breteuil au général comte Despinois, do Chartres, 22 février 1817 (copie). A. A. G*, dossier Magnier. — On trouve dans ce rapport oe passage typique : (( Le sieur Magnier n'a point une bonne opinion ; il ne tient cependant aucun propoe qui puisse donner lieu à l'atteindre ; n\ais M. le sous-préfet présume qu'il serait très disposé à mal faire si l'occasion s'en présentait. J'ai donc cru devoir, monsieur le Comte, vous donner avis du séjour à Paris du sieur Magnier, afin que vous preniez à son égard toutes les mesures que vous jugerez convenables. ))
(2) Le comte de Séran au général comte Despinois, de Chartres, 26 février 1817 (copie). A, A. G,, dossier Magnier.
(3) (( Ses liaisons actuelles avec les personnes du pays connues par leurs mauvaises intentions pour le gouvernement royal rendent suspects les fréquents voyages qu'il fait à Paris. » Le comte de Séran au général comte Despinois, de Chartres, 28 février 1817 (copie). A. A. G,, dossier Magnier.
(4) Le comte de Séran au général comte Despinois, de Chartres, 16 mars 1817 (copie), A. A G., dossier Magnier.
servi activement pendant les Cent Jours, disait le rapport du général comte de Meulan au Ministre ; il a même été blessé à Waterloo (1) 1 »
Magnier fut admis à la retraite en 1820, et sa pension fixée au chiffre de 400 francs, avec jouissance du P' juillet 1818 ; mais comme il avait touché, en 1818 et 1819, une pension de retraite provisoire de 600 francs, on lui fit rembourser les sommes indûment perçues au moyen de retenues sur sa solde. Le sous-intendant militaire d'Eure-et-Loir, le marquis de Loyac, fit établir l'état individuel de paiement de Magnier pour le !•' trimestre de 1820 ; en raison de la retenue trimesfrielle de 99 fr. 25 à effectuer pour trop-perçus, \e capitaine avait à toucher la somme de 0 fr. 75 (2) !
La Révolution de 1830 permit à Magnier de rentrer dans Tarmée ; il fut admis le 13 février 1831 au 37* d'infanterie avec le grade de capitaine, passa chef de bataillon à la légion étrangère le 23 juin 1832 et reçut la croix d'officier en 1833 ; il fut ensuite affecté au 19* de ligne, du 15 octobre 1834 au 25 avril 1835, revint à la légion à cette date, et passa en Espagne à la tête d'un bataillon à la fin de juillet (3). Magnier
(1) Le comte de Meulan au Ministre. Rapport du 17 mai 1817. Approbation du 9 juillet. A. A, O., dossier Magnier.
(2) Etat indiyîduel de paiement du capitaine retraite Magnier, pour le l*' trimestre de 1820, sisué du marquis de Loyac, Chartres, 1«' avril 1820 (copie). A A. G., dossier Magnier.
(3) Magnier fut nomm^, en Espagne, lieuteuant^colonel au titre espagnol, mais il demissicmna le 19 août 1836 et revint en France. L'acceptation de sa démission n'ayant été notifiée par la Reine d'Espagne que le 8 octobre 1836, Magnier resta quelque temps sans position régulière, et ne fut plus payé ni par le gouvernement espagnol, ni par le gouvernement français ; il se trouva dans le plus complet dénuement et fut obligé de vendre ses épaulettee pour manger (le général Pajol au Ministre, 3 septembre 1836). Placé dans la i>o6dtion de non-activité par suppression d'emploi le 10 septembre, il fut réintégré en novembre au 18^ léger comme chef de bataillon, passa au 63* de ligne le 24 mars 1837 et ne quitta plus l'Algérie jusqu'à sa mort-. AflFecté au S* bataillon d'infanterie légère d'Afrique le 27 février 1838, il fut promu lieutenant-colonel au 12« de ligne le 10 juillet 1838. Il régularisa alors sa situation conjugale et obtint en janvier 1839 l'autorisation d'épouser une femme avec laquelle il était marié d<epuis longtemps « par contrat devant notaire » et dont il avait un fils qui désirait concourir pour l'Ecole royale de marine. Au moi» de septembre suivant, il fut nommé commandant de place à Bône. Dix ans après, en 1849, il était noté à l'inspection générale en ces termes : (( Très actif. Le colonel est un excellent militaire d'un très bon esprit de discipline ; il a dee idées très élevées et très chevaleresques sur
était très aimé à la légion, car s'il n'était pas considéré comme doué de grandes qualités militaires, on le savait très brave ; c'était un vieux sabreur, un peu bourru, qui voulait toujours parler allemand avec les soldats, dit von Rosen, quoiqu'il eût des connaissances fort imparfaites de cette langue ; en raison de la raideur militaire de son attitude, les légionnaires l'avaient surnommé Blechbuckel (Bosse de ferblanc) (1).
Les autres officiers supérieurs de la légion avaient aussi tous servi sous l'Empire.
Mathurin Drouaull, né à L'Epine (Loir-et-Cher) le 19 octobre 1786, était entré à vingt ans au 105* de ligne, et y était resté pendant toute sa carrière : soldat le 15 octobre 180C, fourrier le 15 novembre, sergent-major le 1" janvier 1807, il était devenu adjudant sous-officier le P' janvier 1811 ; en 1813, il avait été successivement nommé sous-lieulenanl le 8 mars, lieutenant le 12 août, et lieutenant adjudant-major le 22 août ; devenu capitaine adjudant-major le 22 février 1815, il avait démissionné le 23 mai 1823. Sous l'Empire, il avait constamment fait campagne : de 1806 à 1808, en Prusse et en Pologne ; pendant l'année 1809, à la Grande Armée : au cours de cette campagne, il avait été blessé d'un coup de feu à la tête le 22 mai, puis d'un coup de feu à la jambe droite le 5 juillet, à Wagram ; en 1810, 1811, aux côtes de l'Océan ; en 1812, 1813, 1814, à la Grande Armée. Nommé capitaine à la légion étrangère, le 10 avril 1831, il avait été promu chef de bataillon le 22 juillet 1835, avant de passer en Espagne (2).
François-Joseph-Albert Mallet était né, le 28 février 1787. au Cannet de Cannes (Var). Il était entré au service dans !e 1" régiment de chasseurs italiens le l*' mars 1803, avait été
la dignité de notre métier. » Retraité en septembre 1850, il se retira à Bône et mourut à rhôpital de cette ville le 3 août 1866. A, A. G. y dossier Magiiier ; et reg. matric. off. anc. lég. étrang., 1*' vol., n® 146.
(1) G. von Rcsen, Bilder oau SpanieUy p. 47.
(2) Cité quatre fois en Espagne, il quitta la Péninsule le 11 mars 1837. Chef de bataillon au o« régiment de ligne le 30 avril 1837, il prit sa retraite le 9 mars 1845. A. A. G., légion étrangère ancienne ; reg. matric. d'cff., I, n^ 1(5. 5« régin.eut d'infanterie de ligne; reg. matric. d'off., Ir n« 146.
IJL LÉGION ÉTRANGÈSK 129
nommé fourrier le V janvier 1804, avait fait la campagne de
1805 en Autriche et était devenu maréchal des logis le 20 mars
1806 (1). Le 6 juillet 1806, il s'était enrôlé comme volontaire au 2* régiment d'artillerie à cheval et avait fait la campagne de Prusse jusqu'au 31 décembre. Requis comme chirurgien par l'intendant général de la Grande Armée, le l*' janvier 1807, et confirmé dans ces fonctions le 21 mars, il avait assisté à la campagne de Pologne et avait été blessé à Guttstadt d'un coup de feu à la jambe droite. Nommé chirurgien sousaide au 13" régiment d'infanterie légère le 26 janvier 1808, il avait fait partie de l'armée d'Espagne, puis avait fait successivement les campagnes d'Autriche en 1809 et de Calabre en 1810-1811. En Russie, il avait été atteint le 17 août 1812, à Smolensk,. d'une contusion au bas-ventre. Après avoir été, durant la campagne de 1813, blessé à Lutzen le 2 mai d'un coup de lance près de loreille droite, et après être allé à Hambourg en 1814, il avait abandonné le 15* léger le 15 juillet 1814, et avait été rayé des contrôles le 27 juillet (2).
S'il avait quitté son corps, c'était pour rejoindre le roi Murât, auquel il s'était particulièrement attaché pendant la retraite de Russie. Atteint à Bologne d'un coup de sabre à la jambe gauche le 23 avril 1815, il avait été fait prisonnier de guerre à Naples le 28 mai et n'était rentré en France que le 19 juin 1816, venant des prisons de l'ennemi ; depuis ce jour, jusqu'au 6 février 1818, il n'avait occupé aucune situation militaire.
Autorisé le 31 janvier 1818 à prpndre du service dans les hussards de la Meurthe comme maréchal des logis, il avait été reconnu dans le grade de lieutenant et mis en disponibilité le 20 mai suivant, puis placé en non-activité avec demi-solde le 6 juillet. Il avait mené dès lors une existence difficile et
(1) « Période non constatée et à laquelle cet officier a renoncé implicitement puisqu'il n'en est pas fait mention dans Tinstruction de sa demande de pension. » A. A, (r., états de services, dossier Mallet,
(2) <c Suivant les anciens états de services de M. Mallet et le mémoire des propositions de retraite établi pour cet officier le 31 mars 1838, il serait passé dans les lanoiera de Berg en 1807; puis, en 1808, dans le l**" régiment de chevau-légers napolitains ; mais il est constant, d'après ses nouvelles déclarations et surtout d'après les registres matricules du 15« régiment d'infanterie légère, qu'il n'a pas cessé de faire partie de ce dernier corps depuis le 2o janvier 1808 jusqu'au 15 juillet 1814. » A. A. G., Ibid
Légion otnngère. 9
nécessiteuse, écrivant au Ministre de la guerre afin d'obtenir du service actîl. Le 1*' juillet 1828, il avait été mis en réforme avec traitement et était demeuré dans cette position jusqu'en 1831. Le 31 mai de cette année, il était entré à la légion étrangère avec le grade de lieutenant et avait été promu capitaine le 1 1 août 1833. Ayant toujours servi dans la cavalerie, Mallet s'était mis avec peine au service de Tinfanterie, mais n'était pas moins noté comme un très bon officier. Le général Bro, son inspecteur en 1834, lui rendait justice en ces termes : <c Bien que M. Mallet sorte de la cavalerie, c'est un des meilleurs capitaines de la légion ; il comprend bien son affaire et sert avec exactitude et zèle ; il a bien fait la guerre (1). » Quoique Mallet ait été accusé d'être paresseux et insouciant, de ne pas comprendre le service de l'infanterie légère, et de ne pas s'occuper suffisamment du sort de son bataillon (2), c'était un officier dévoué à son service et aussi actif que le lui permettaient sept blessures reçues sur les champs de bataille; son seul défaut était de ne pas posséder une instruction très étendue (3).
Les régiments italiens de l'Empire avaient fourni deux autres chefs de bataillon à la légion : Poerio et Montallegri.
Raphaël Poerio, né le 29 septembre 1792 à Catanzaro dans les Deux-Siciles, était entré au service comme volontaire dans le 1" régiment d'artillerie napolitaine le 5 juillet 1806. Soldat le 10 avril 1807 à la compagnie de chevau-légers destinée à faire partie de la Garde impériale, il passa comme vélite à la Garde impériale le 21 décembre de la même année ; , i) fit la campagne de Calabre en 1807, se trouva à la prise de Scilla, et resta dans ce pays pendant les premiers mois de 1808. Passé avec son corps au service du roi d'Espagne, le 2 juillet 1808, il prit part à l'affaire de Miranda, à la prise de Burgos et au siège de Madrid. Il fut nommé brigadier le 15 février 1809; puis, le T' mars, appointé pour la décoration
(1) A, A. O., dossier MaUet.
(2) G. von Rosen, Bilder aus Spanien, p. 48.
(3) Il quitta le seryioe d'Espagne en raison de ses infirmités en 1838 et fut replacé le 30 juin dans l'armée française avec le grade de capitaine en non-activité par suppression d'emploi. Affecté au 1^ de ligne en Algérie le 22 mai 1839, il fut admis à la retraite en 1840. A, A. G., dossier Mallet.
LA LÉGION ÉTBANGilBE 131
d'Espagne. A la bataille de Talavera de la Reyna, le 27 juillet, il reçut un coup de sabre à la tempe gauche. Revenu au service napolitain et sous-lieutenant dans le 2* chasseurs ù cheval le 6 mai 1810, il fit l'expédition de Sicile comme attaché à Tétat-major général de l'armée française dans le royaume de Naples, auprès du général comte Grenier. Il assista à l'affaire de Reggio, à celle de Guastalla et se distingua au pont de la Victoire en couvrant la retraite de son régiment. Promu lieutenant le 25 mars 1811, il passa le 12 mai 1812 aux chevau-légers de la garde royale. Décoré de l'ordre des Deux- Siciles en mars 1814, il fut promu capitaine le 3 novembre suivant et désigné comme aide de camp du général Coletta, inspecteur général du génie ; puis il fut admis à la retraite avec solde. Le 20 août 1819, il fut nommé chef de bataillon au régiment de milice de la Calabre ultérieure ; le 22 décembre 1820, lieutenant-colonel directeur des chasseurs à cheval des Abruzzes et, le 27 janvier 1821, colonel de la légion de la Calabre ultérieure. Il entra à la légion étrangère comme chef de bataillon le 28 janvier 1832 et passa au service d'Espagne le 27 juillet 1835 (1).
Sébastiano Montallegri était né le 20 août 1784 (2), à Faenza, dans les Etats romains ; il était entré au service comme volontaire dans le 2* régiment italien le 11 juillet 1803, et y était successivement devenu caporal le 8 septembre, sergent le 14 novembre 1804, adjudant sous-officier le 30 décembre 1810, sous-lieutenant le 5 février 1811. Il avait fait la campagne de 1805 en Italie, celles de 1806-1807 dans le royaume de Naples, et de 1808-1809 dans les îles Ioniennes ; il avait pris part en 1812 à la campagne de Russie et avait suivi toute la retraite ; revenu en Italie avec les débris de son régiment, et nommé lieutenant-adjudant-major le 23 juin 1813, il avait
(1) Démissionnaire du service d'Espace le l'*" septembre 1835, il fut replacé comme chef de bataillon à la légion le 30 juillet 1839 et devint lieutenant-colonel au 1*' régiment étranger le 11 août 1841. Sur 1» fiu
<le sa carrière, le général Mellinet donne les indications suivantes : (( Retraité comme lieutenant-colonel. A dû rentrer dans son pays^ à Naples, après 1860. Mort général de division au service de Fltalie, en "Sardaigne. » A. A. G., légion étrangère ancienne, reg. matrio. d*off., I, n^ 132 ; légion étrangère nouvelle, reg. matric. d'off ., n° 92.
(2) Dans son dossier, une traduction d'un acte de baptême porte 20 jan- Ti«»r 1786; ses états de services portent 20 août 1796.
132 tA LÉGION £tBANGÈ&£ EN ESPAGNE
été blessé d un coup de feu au bras gauche à Lippa le 7 septembre 1813 et avait été nommé capitaine le 14 octobre, chevalier de la Couronne de fer le 10 décembre.
Passé au service de France comme capitaine dans le 8' régiment étranger le 5 juin 1815, il avait été licencié le 19 septembre suivant, lors de la dissolution de ce corps, et était retourné en Italie. Lorsque la poussée libérale de 1830 remua les diverses nations d'Europe, il se trouva mêlé aux événements politiques de son pays et fut obligé de s'expatrier. Il vint en France et demanda au Ministre de la guerre la faveur de servir à la légion avec son grade : « J'étais rentré, écrivit-il au maréchal Soult, dans mon ancienne patrie, les Etats du Pape, où je jouissais d'une pension de retraite, récompense de mes longs sei*vices, lorsque les événements politiques et de nouvelles proscriptions m'ont obligé à en sortir et à revenir en France, asile des malheureux. Après la perte de ma pension, il ne me reste guère de ressource que dans mon épée, à un âge, 45 ans, qui me laisse encore les moyens de me rendre utile (1). » Recommandé par le comte Mathieu Dumas, il fut nommé capitaine à la légion le 31 décembre 1833 (2).
Montallegri ne reçut pas d'avancement en passant au service do l'Espagne, le 27 juillet 1835 ; mais il fut promu chef de bataillon au titre espagnol le 28 août. « C'était un très brave soldat, a dit de lui von Rosen, mais tellement sombre et renfermé qu'il était impossible au troupier de s'attacher à lui. C'était le silence personnifié ; on n'entendait presque jamais un mot de lui, car il laissait même habituellement le commandement de son bataillon à l'adjudant-major. Sa mort fut comme sa vie : il tomba de cheval à Huesca, au milieu d'un carré, frappé d'une balle en pleine poitrine, sans proférer un mot, et resta mort à l'endroit où il était tombé (3).
Un capitaine qui devait se distinguer dans les combats
(1) Montallegri au maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, de Paris, décembre 1832 (original). A. A. G,, dossier Montallegri.
(2) Montallegri eet porté, par erreur, sur le registre matricule des officiers de l'ancienne légion étrangère (II, n^ 2oo> 60U5 le nom de MonttlU" g ri. Les renseignements précédents proviennent de son dossier.
(3) G. von Rosen, Biîder aus Spanien^ p. 49.
LA LÉGION ÉTRANGÈBE 133
livrés par la légion avait aussi fait ses premières armes dans les rangs italiens. Angeli, né à Nice le 12 juillet 1797, avait rété enfant de troupe et avait suivi les cours du collège militaire de Saint-Luc à Milan ; nommé sergent-major au régiment des chasseurs royaux de la garde italienne, le 4 novembre 1812, il avait fait les campagnes de 1813 et 1814 sous les ordres du prince Eugène et du général Grenier ; le 6 janvier 1814, à la bataille de Salo, il avait pris un faisceau d'armes aux Autrichiens et avait été blessé d un coup de feu à la poitrine ; aussi avait-il été promu au grade de sous-lieutenant le 26 janvier ; peu de jours après, le 18 février, il avait été blessé d'un coup de sabre à la tête à l'affaire de Volta ; après avoir fait la campagne de 1815, à l'armée italienne, il avait été licencié. Nommé sous-lieutenant à la légion le 31 mai 1831, il était parti en 1832 pour l'Afrique, et y avait été nommé lieutenant le 11 août 1833, capitaine le 22 juillet 1835 (]).
D'autres officiers avaient aussi servi sous l'Empire : tels le capitaine Gnone, à l'armée d'Italie et dans le royaume de Naples ; le capitaine Pierrot, en Espagne, de 1808 à 1813 ; le capitaine Galant, en Espagne et en Portugal, de 1810 à 1814 ; le capitaine Hébich, de 1812 à 1815, en Russie, en Saxe et en France ; le capitaine Simonin, de 1809 à 1813, en Italie, en Allemagne, en Hongrie, en Espagne, etc. Ils s'étaient donc trouvés à bonne école avant d'aller se former plus complètement en Afrique à la guerre de partisans.
Parmi les jeunes officiers français, des fils de famille hardis el aventureux étaient venus chercher à la légion, en même temps que des lauriers militaires, une diversion à l'existence trop monotone à leur gré des garnisons de France.
Tel était le futur général de Noue. Léon-Valérien comte de Noue, né le 18 mai 1805 à Dhuizel, dans l'Aisne, entré à Saint-Cyr en 1821, sous-lieutenant au 8* de ligne en 1823, avait fait en 1828-1829 la campagne de Morée ; affecté avec son grade au 3* régiment d'infanterie de la garde royale, le 29 mai 1829, il avait alors mené joyeuse vie et fait quelques dettes ; ayant obtenu du Ministre de ne pas être versé dans
(1) A. A, G,, reg. matric. de la légion étrangère.
b« fléoéral VAkÉRlEll DE «OOE.
(D*tprè8 uce photographie communiquée par son fils, le général de Houë.)
JJL LEGION ORANGERS 135
la ligne comme le voulait le duc de Raguse, major-général de la garde, il avait pris, en mai 1830, un congé d'un an pour aller servir la Grèce, et avait été affecté comme capitaine au corps régulier de ce pays. Il comptait toujours à la garde ; mais la Révolution de Juillet ayant amené la suppression de oe corps, il avait écrit de Neauplie au Ministre, ' au mois de novembre, afin d être nommé lieutenant à un ré-
j giment de ligne ; il avait été affecté avec ce grade au 14* le
I 16 décembre. Revenu en France, il avait été blessé d'un
coup de feu à Paris le 5 juin 1832, en combattant les insurgés, et décoré le 16 juin ; incapable de supporter longtemps rinaction, il avait demandé avec instance à servir en Afrique et avait été affecté à la légion le 9 novembre 1833. Il avait été nommé capitaine le 22 juillet 1835, avant de passer au semce de l'Espagne (1).
Un autre capitaine, destiné lui aussi à une brillante carrière, se trouvait alors dans les rangs de la légion, Pierre- Hippolyte-Publius baron Renault. Fils d'un émigré qui avait constamment servi la cause des Bourbons, de 1791 à 1815, dans les armées alliées, il était entré à La Flèche en 1816, à l'Ecole spéciale militaire en 1825 et, après un an d'interruption en 1827, avait été nommé sous-lieutenant au 6* de ligne, le !•' octobre 1828 ; parti pour l'Algérie en 1830, ^1 y était resté et avait été affecté au 3* bataillon d'infanterie légère d'x\frique en 1833 ; le général Yoirol le notait cette même année comme un « officier très distingué, brave et se conduisant d'une manière exemplaire, susceptible d'avance-
(1) Il se comporta très vaillamment comme on le verra, fut blessé à VUlatuerta le 8 novembre 1836 et nommé chef de bataillon le 27 décembre. Il démissionna du service d'Espagne en février 1838, fut replacé comme capitaine au 43* de ligne et nommé chef de bataillon au ?• léger en 1840. Il fit campagne en Algérie de 1840 à 1848; lieutenant-colonel du l" régiment étranger du 4 novembre 1844 au 13 juin 1848, il pa£sa à cette date colonel des zouaves^ mais fut affecté le lo juin au 2^ étranger. Nomméy le 2 septembre suivant, au 57*, il rentra en France, passa général de brigade le 10 mai 1S52, resta à Rome de 1858 à 18C1, et fut nommé général de division; il reçut en 1867 la plaque de grand officier do la Légion d'honneur, et fut admis dans la section de réserve le 19 mai 1870. Pendant la guerre franco-allemande, il commanda successivement les divisions de Perpignan, Limoges et Nantes, fut replacé dans la section de réserve le 5 mai 1871, retraité en 1878 et mourut à Paris en 1885. C'est le père du général de Noue actuel (1907). A. A. G., dossier L.-V, de Noue.
ment » ; affecté sur sa demande à la légion le 28 juin 1835, lorsqu'elle avait été cédée à TEspagne, il avait été nommé capitaine le 22 juillet, avant de passer au service de la Reine. 11 devait mourir sous les balles allemandes, en 1870, comme général commandant un corps de l'armée de Paris (1).
Le jeune lieutenant Bazaine, né le 13 février 1811. à Versailles, engagé au 37' (2) comme soldat en 1831, et sous-lieutenant à la légion dès le 12 novembre 1833, devait avoir une carrière plus éclatante que celle de Renault, mais terminée plus malheureusement (3).
(1) Renault se conduisit avec une grande bravoure en Espagne; au oombat de l'Arlaban, le 16 janvier 1836, il fut blessé d'un coup de feu au pied gauche; à l'affaiie d'Arrouiz, le 14 septeiubre suivant, il eut Tavant^ brae fracturé par un coup de feu. >toinmé chef de bat-aillon le 1^ octobre 1836, il fut retraité avec ce grade par le gbuvemement espagnol, en raison de ses bîesHures, le 24 avril 1837. Il quitta l'Espagne, et fut replacé à la nouvelle légion comme capitaine adjudant-major le 3 août 1837.
Il eut dès lors une magnifique carrière : nommé chef de bataillon aux ssouaves le 27 août 1839, il fut blessé à deux reprises en 1840, le 5, puis le 29 octobre, et fut promu lieutenant-colonel du 6« léger le 27 février 1841; plusieurs fois cité à Tordre, admirablement noté par La Moricière, il fut nommé colonel le 16 avril 1843; blessé à nouveau le 9 juillet 1843» il reçut en 1846 le commandement de la subdivision de Mascara et fut noonmé maréchal de camp le 23 août de cette année.
Rentré en France en 1848, nommé général de division le 14 juillet 1852, il remplit en 1856 et 1858 les fonctions d'inspecteur général en Afrique, fut môme gouverneur général de l'Algérie par intérim du 2 septembre au 6 novembre 1857, puis en juillet-août 1858; en 1859, il commanda la l'* division du 3* oorps de l'armée d'Italie et fut nommé sénateur le 16 août.
Lorsque la guerre de 1870 éclata, il demanda à ne pas rester inaotif dans le commmandement de la division territoriale de Kouen, qu'il occu* pait, et écrivit lettre sur lettre à FEmperour. Nommé commandant du 14® corps d'aruiéo le 31 août, il fut ensuite commandant en chef du 2" corpB de la 2« armée de Paris, le 7 novembre 1870. Blessé le 30 novembre en conduisant ses troupes à l'assaut dii plateau de Viiliers, il mx:urut le 2 décembre, couronnant ainsi dignement sa belle carrière de soldat. A. A. 6r., dossiei' llenault.
(2) Dans le dossier de Bazaine aux Archivée administratives de la guerre, quelques-uns des états de services établis par les bureaux le portent comme engagé au 57* : vérification faite, c'est là une erreur de tran»cription.
(3) Passé au service d'Espagne avec le grade de lieutenant en juillet 1835, il fut nommé capitaine le 28 août et commanda en 1836 une compagnie de voltigeurs; il fut ensuite attaché à l'état-major du général (^nrad; puis, après la mort de cet officier, détaché auprès du^lonel de Senilhes, ooonmissaire du gouvernement français à l'armée delà Reine. Rentré en France au mois de juin 1838, il fut replacé ie.42 décembre comme lieutenant au 4^ léger, et peesa capitaine à la légion Ip 20 octobre 1839. Sa carrière fut dès lors extraordinai rement brillante et le conduisit au grade de maréchal de France; il conserva toujours le souvenir de ses années d'Espagne et c'est dans ce pays qu'il alla finir ses jours. A, A, Q-t dossier Bazainc.
LA LÉGION ÉTBANGÈBE 137
Les anciens régiments suisses avaient fourni à la légion nombre d'officiers qui se faisaient généralement remarquer par Tesprit de discipline dont ils étaient animés.
Le lieutenant Jean-Louis Ducimetière, aliàs Monod, avait servi dans les armées de TEmpire. Né le 25 juillet 1795 à Rolle, canton de Vaud, il avait débuté le !•' novembre 1810 comme soldat aux clievau-légers de la garde royale de Naples et était devenu brigadier le 20 janvier 1811 ; nommé fourrier aux cuirassiers de la garde royale de Naples le 14 avril 1813, maréchal des logis le 25 janvier 1814, il avait fait avec son corps campagne en Italie, avait été nommé sous-lieutenant le 14 mai 1815, puis licencié le 19 mai. Au mois de septembre de Tannée suivante, il était entré comme simple soldat au 2^ régiment d'infanterie suisse de la garde royale, y avait été nommé fourrier le 11 octobre, mais avait dû attendre jusqu'au 12 avril 1820 le grade de sergent-major et jusqu'au 1" avril 1825 celui d'adjudant sous-officier. Licencié et mis en réforme en janvier 1831, il avait été admis, au mois d'avril suivant, à la légion étrangère, et nommé sous-lieutenant porte-drapeau le 25 juillet ; promu lieutenant le 30 décembre 1834, il avait passé avec ce grade au service d'Espagne le 27 juillet 1835 (1).
Le capitaine Marc-Henri Aneth, né à GenoUier, canton de Vaud, le 2 février 1802, s'était engagé en décembre 1819 dans le 4* régiment suisse. Sergent-major en 1825, adjudant sousofficier le 1" juillet 1830 et licencié le 11 août, il s'était engagé à la légion comme fusilier le 2 septembre 1831, y avait été nommé sergent-major le 13 septembre, adjudant sous-officier le 11 janvier 1833, sous-lieulenant le 7 décembre suivant et lieutenant le 22 juillet 1835. Passé au service d'Espagne le 27 juillet, il fut nommé capitaine le 28 août 1835 (2).
(1) Il fut promu capitaine au service d'Espagne le 13 octobre 1835, capitaine adjudant-major le 1®' octobre 1836 ; en août 1837, comme la légion était réduite à un bataillon et qu'il n'cserçait plus de commandement effectif, il démissionna, vint à Paris et demanda au Ministre d'être affecté à la i^ouvelle légion. Placé dans ce corps avec le grade de lieutenant le 38 novembre 1837, il retourna en Algérie et reçut la croix de la Légion dlionneur oo 1839; nommé capitaine au 1«' étranger le 30 janvier 1841, il fut mis en non-activité pour infirmités le 29 juillet 1842 et revint en France; le 20 septembre 1845, il se maria à Versaillee et fut retraité le 25 juin 1846. A. A, (?., dossier Ducimetière aliàs Monod, n<> 71509.
(2) Il commanda en 1836 une compagnie de voltigeurs au S* bataillon, puis démissionna du service d'Espagne le 30 septembre 1837; le 2 février
Le capitaine Xavier Charialte, né à Bellelay, canton de Berne, le 4 décembre 1799, s'était engagé dans le 8* régiment d'infanterie de la garde royale en 1816, avait été congédié, puis admis aux gardes à pied du Roi en 1821, nommé caporal en second (grade d'adjudant sous-officier) et licencié. Mis ensubsistance à la IP compagnie des sous-officiers sédentaires en 1830, il était entré comme sergent à la légion en juin J831, avait été promu sergent-major le 13 septembre suivant, puis sous-lieutenant le 22 octobre 1833, lieutenant le 22 juillet 1835. Passé au service d'Espagne le 27 juillet, il avait été nommé capitaine le 28 août 1835 (1).
Le sous-lieutenant Jean-Ernest Bamberg, né le 29 septembre 1805 à Kranichfeld en Saxe, était entré au 2* régiment suisse comme soldat le 1" juillet 1826 ; après le licenciement, il s'était engagé à la légion, le 16 octobre 1831, et y était devenu sergent-major en 1833 ; passé au service d'Espagne avec le grade de sous-lieutenant en juillet 1835, il avait été promu lieutenant le 28 août suivant (2).
D'autres officiers avaient été amenés au service de la France par des événements récents qui avaient bouleversé leur pays. Tel était Tbadée Horain, né à Varsovie le 30 novembre 1804, qui avait servi en 1830 au 17* de ligne polonais ; émigré en France, il avait été admis provisoirement comme chef de bataillon dans la légion le 31 août 1832, confirmé par ordonnance royale du 19 avril 1834, et avait passé au service d'Espagne avec ce grade (3).
1838, il reprit du sei-vico en France à la nouvelle légion étrangère, avec le grade de lieutenant, et fut retraité avec le grade de capitaine. A. A. Cr.\ matric. offic. ano. lég. (vol. H, n<» 242), et nouv. lég. (n« 58).
(1) Il commanda en 1836 une compagnie de grenadiers au 6* bataillon, et démissionna du service d'Espagne le 20 octobre 1837; le 28 novembre suivant,, il reprit du service en France à la nouvelle légion étrangère, avec le grade de lieutenant, et fut retraité avec le grade de capitaine en avril 1860. A, A, (?., rég. matric. ofac. anc. lég. (vol. U, n» 240), et nouv. lég. (n« 66).
(2) Nommé capitaine le 10 décembre 1837, il rentra en France après le licenciement de la légion et fut affecté comme sous^Iieutenant à la nouvelle légion le 2ô février 1839. Retraité comme capitaine, il écrivit un ouvrage dont il sera- parlé dans la troisième partie.
(3)11 fut nommé lieutenant-oolonel chef d'état-major le 11 janvier 1886, et démissionna du service d'Espagne au mois d'août, accompagnant Bernelle dans sa retraite. Il reprit du service à la nouvelle légion étrangère/
LA LÉGION ÉTBANGÈHE 139:
La diversité d'origine que l'on pouvait constater, chez les officiers se retrouvait chez les soldats à un degré bien plus considérable encore. Les légionnaires constituaient une troupe si pittoresque, si originale, qu'ils ne pouvaient être comparés à aucune autre. C'étaient pour une grande part des aventuriers, mais des aventuriers enrégimentés et rompus à une discipline de fer. Le général prince de Lichnowsky, Allemand au service de don Carlos, qui eut Toccasion de rencontrer la légion et d'interroger les prisonniers ou les déserteurs, les appelle dans ses Souvenirs « les véritables lansquenets de l'époque », et trace d'eux le portrait suivant :
« L'histoire de ces hommes,* les uns déserteurs, les autres chargés de quelque crime qui les avait exilés de leur patrie, aurait pu fournir matière à un roman fécond en scènes atroces, en événements tragiques, en aventures de flibustiers. Partout où depuis vingt ans avait sifflé une balle, sur le nouveau comme sur l'ancien continent, beaucoup d'entre eux s'y étaient trouvés : Alger, la Belgique, don Pedro, don Miguel, la légion étrangère, le Brésil, les républiques de l'Amérique du Sud, les colonies hollandaises, l'insurrection de la Pologne, les troubles d'Italie, Méhemet-Ali, la guerre de Grèce, les troubles du Sénégal et la campagne anglaise dans l'Inde, voire même Abd el Kader, tous les événements que ces noms rappellent avaient trouvé ou fourni leurs représentants dans la légion étrangère, et ce que l'on pourrait citer d'épisodes de la vie de ces vagabonds surpasserait encore tout ce que l'imagination de romanciers modernes a pu créer d'horrible et d'invraisemblable (1). »
La légion produisit en Espagne une profonde impression sur les amis comme sur les ennemis de la Reine. Un officier de la légion britannique, qui la vit arriver au début de 1836 à Vitoria, nota le sentiment qu'il éprouva ; d'après lui, les légionnaires étaient en général de beaux hommes, principalement Polonais, Allemands et Belges, mais ils n'avaient pas
cù il fut affeôté le 15 août 1837 comme chef de bataillon et fut tué eu Algérie, à DjidjeUi, le 17 mai 1839. A. A. G,, registre matric. off., légion étrangère ancienne (vol. I, n? 159), légion étrangère nouvelle (n? 3).
(1) Lichnowsky, S<yuvenirs de la guerre civile d Espagne (1837 à 1839), Paris, Dumaine, 1844, trad. française, p. 92-93.
tout à fait lallure des soldats de France : « Les Français, écrivait-il, se distinguent facilement de leurs camarades des pays du Nord, en raison de leurs teints basanés, de leurs fortes barbes et de leur belle attitude. » Il les décrivait dans leur ensemble en ces termes : « Leur uniforme est assez semblable à celui des chapelgorris (1), shako rouge, pantalon rouge et capote tirant sur le bleu ; la seule différence consiste dans l'équipement ; tandis que les soldats de la légion française portent deux larges courroies blanches croisées sur la poitrine et la giberne sur les reins, les chapelgorris portent leurs munitions en avant dans une poche en cuir noir analogue à une gibecière. Quelques-uns des soldats de celte légion avaient incontestablement déjà dû supporter bien des fatigues, et plus d'un visage portait les traces indéniables des sabres arabes (2) ».
Les populations que la légion allait combattre et même parfois celles qui étaient fidèles à la cause de la Reine étaient prévenues contre les Français ; le clergé, en grande majorité dévoué à don Carlos, avait représenté les légionnaires comme des hommes sans religion, « comme des païens extraordinaires qui de temps en temps mangeaient -des enfants pour s'engraisser, et à qui il ne manquait plus que de couper en deux une Sainte Madeleine de bois pour en faire des cuillers (3). »
Aussi les Espagnols s'écarlèrenl-ils tout d'abord avec horreur de ces soldats condamnés aux peines de l'enfer et aux griffes du diable ; mais celte impression ne persista pas chez tous. '( Lorsque les sections passaient dans les rues et allaient dans leurs cantonnements, écrivait d'Orlasini, on les suivait des yeux pour découvrir dans leurs traits quelque chose qui pût justifier les assertions des prêtres et on fut bien étonné, surtout les femmes dont les maris et les amants étaient absents, de voir que ces horribles païens étaient de fort beaux hommes, qui avaient des visages quelquefois d'une extrême
(1) Les chapelgorris y en basque les (( bérets ronges ».
(2) Un officier, Journal of the movements of the hriiish legioriy London, 1836, p. 163 (12 janvier 1836). Le même récit est reproduit littéralement en allemand, dans R. von Stutterheim, Kriegszilge in Spanien, Braunschweig, 1847, p. 32.
(3) Guido d'Ortasini, VEspagn^ constitutionnelle , p. 318.
douceur, pleins d'agréments et dont les formes hardies et régulières approchaient de l'idéal. On s'aperçut même bientôt que ces pécheurs endurcis, dès le commencement de leurs efforts belliqueux, faisaient pousser des cornes sur le front des Catalans et il arriva plus tard, dans les escarmouches de la Haute- Catalogne, qu'ils se battirent contre quelques compagnies de factieux dont ils connaissaient les femmes très particulièrement (1). »
Les légionnaires n'étaient pas exempts de tout défaut, et l'on peut même dire que l'ivrognerie était un vice assez répandu parmi eux (2). Von Rosen, qui en 1835 était sergent fourrier, écrivait plus tard à ce sujet : « Ces enfants des divers pays du monde étaient étroitement unis dans l'adoration d'une même divinité, et non seulement ils se dévouaient à son service en toute conscience, mais encore ils pratiquaient son culte avec un véritable fanatisme. C'était le dieu Bacchus dont la puissance avait réalisé cette entente ; le service de Bacchus suscitait chez le légionnaire un tel enthousiasme que, grâce à lui, disparaissaient les différences de nationalité, de religion, d'inclination et d'habitudes (3). »
Les éléments disparates dont était formée la légion s'étaient si bien amalgamés sous l'influence de Bernelle que ce corps était animé du meilleur esprit de camaraderie et qu'il présentait une parfaite cohésion (4).
Les sentiments par lesquels s'était établie l'union entre tous étaient issus des principes de la Révolution française ; les légionnaires se considéraient comme les représentants de la liberté des peuples contre la tyrannie des rois, et rien ne peut mieux donner idée de l'enthousiasme qui les animait que le Chant de la légion française en Espagne.
Ce chant avait été composé par le sergent-major Emile- Hippolyte Bon, qui devait devenir officier et rester en Espagne jusqu'à la fin de la campagne. Né à Grenoble le 5 septembre 1806, Bon était entré au service comme soldat le 28 juin
(1) Guido d'Oi-tasini, l^ Espagne constitutionneUe, p. 318.
(2) Co travers a été signalé par tous ks historiens ou auteurs de mémoires : (( Le vin, a écrit d'Ortasini, qu'ils se procuraient en abondance pour peu d'argent^ échauffait les têtes plus qu'elles n'auraient dil l'être. » L^Espagne constitutionnelle, p. 318-319.
(3) G. von Rosen, Bilder aus Spanien, p. 31.
(4) Voir Guido d'Ortasini, VEspagne constitntionnelle, p. 315-316.
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1832 au 10* léger, y avait été nommé caporal le 11 janvier 1833, caporal fourrier le T' mai et sergent fourrier le 11 juillet ; nommé sergent le 10 novembre 1833, il avait fait campagne en Algérie avec son régiment en 1833, 1834 et 1835 ; il avait été promu sergent-major le 20 mai 1835, et était passé au 4* léger à la date du 27 juillet 1835 avec son grade, pour êïre détaché à la légion étrangère en Espagne (1).
L'hymne composé par ce jeune sergent-major n'avait peutêtre pas l'envolée de la grande poésie, mais il reflétait avec enthousiasme les sentiments à la fois libéraux et généreux qui animaient les légionnaires. Il devait être impressionnant à entendre au moment du débarquement, alors qu'il était chanté par les « belles et harmonieuses voix allemandes et italiennes », sur l'air de la Sentinelle (2). Voici ces strophes que, suivant Bernelle, les légionnaires chantèrent en chœur pendant tout le temps de leur séjour en Espagne, et surtout au moment des combats, ou lorsqu'ils avaient à supporter de grandes fatigues :
Nobles proscrits, ennemis des tyrans, Réfugiés de tous les points du monde ; La liberté vous ouvre d'autres champs, Où le canon d'un peuple libre gronde.
Son bruit, par l'orago emporté,
Ebranle la vieille Ibérie.
Combattez pour la liberté,
Vous reverrez votre patrie.
Au premier rang, Polonais généreux!
Marchez, Thonneur vous vit toujours fidèles : Pour vous guider, déjà du haut des cieuz, Votre aigle blanc a déployé ses ailes.
La Vierge libre a répété.
En abandonnant Varsovie :
Combattez, etc.
Enfants du Rhin, si fiers d'être Français, En vain les rois ont posé des barrières; Rappelez-vous qu'en des jours de succès La France libre avait d'autres frontières.
L'arbre du Peuple est replanté.
Guerre à mort à la tyrannie!
Combattez, etc.
(1) A. A. G., rog. matric. offic, 4« léger, vol. III, n^ 62.
(2) Voir Bernelle et Colleville, Histoire de ^ancienne légion étrangère, 1*"« partie, note (h), page 18o. — Voir aussi Notice sur le colonel Conrad, Kice, 1850, p. 23-24.
JJL LEGION ÉTRANGÈRE 143
Italiens opprimés, mais vaillants,
De vos aïeux évoquez la mémoire;
Vos bords sacrés renferment des volcans,
£t sur leurs flancs dorment des rois sans gloire ;
Au jour brillant de leur clarté,
Surgira Tantique Italie.
Combattez, etc.
Du Sud au Nord, bravant tous les climats, O légion ! tu portes ta bannière, . . Quand T univers connaîtra tes soldats.
Tu dois enfin cesser d'être étrangère;
Tes fils auront droit de cité
Sur une terre rajeunie;
Tous les peuples en liberté .
Leur offriront une patrie.
L'affection et Teslime que professaient les uns pour les autres officiers et soldais étaient faites de tous les sentiments qu'exprimait cet hymne, et elles s'étaient développées sur les champs de bataille de l'Algérie. Les légionnaires avaient encore combattu, quelques jours avant leur départ, lors des engagements des 26 et 28 juin, au col de Muley-Ismaël et à la Macta ; ils s'y étaient montrés dignes de leur réputation. Le général Trézel avait cité, à cette occasion, dans son rapport au gouverneur général comte d'Erlon, non seulement Conrad, mais beaucoup de ceux qui venaient de passer au service de l'Espagne. Le brillant commandant Horain, dont le cheval avait reçu cinq balles, avait été proposé pour la croix de la Légion d'honneur, ainsi que Montallegri ; le lieutenant adjudant-major Ferrary avait été l'objet d'une note qui laissait au gouverneur le soin de choisir entre le grade de capitaine ou la croix d'officier de la Légion d'honneur : « Si l'ancienneté de grade de M. Ferrary, écrivait Trézel, devait le faire passer très prochainement capitaine, je demanderais pour lui la décoration d'officier de la Légion d'honneur; il est chevalier depuis 1814 (1). » Le commandant Poerio avait été proposé pour la croix d'officier. Le sous-lieutenant Bazaine avait été proposé pour la croix de chevalier avec cette élogieuse mention : « Le jeune Bazaine a montré une rare bra-
(1) Demandes do récompenses adressées par le général Trézel au gouverneur général comte d'EJrlon, d*Oran, 5 juillet 1835. A. H. G., Algérie, eorresp.j prov. d'Alger, 20 août 1835 (duplicata).
144 LA LÉGIOX ETHANGÈBE EN ESPAGNE
voure et donne les plus belles espérances par sa capacité et toute sa conduite. Il a été blessé (1). »
Les soldats étaient à Timage de leurs chefs. Les légionnaires, los Argelinos, comme les appelèrent les Espagnols, étaient animés d'un indomptable courage, que les Carlistes eux-mêmes vantèrent plus tard sans restrictions dans leurs récits (2). Lichnowsky, qui a remarqué surtout parmi eux des Allemands, reconnaît que, malgré leur humeur difficile et leur penchant prononcé pour la boisson, ils étaient à la fois très gais et très braves ; ils entretenaient leurs armes dans le meilleur état, se montraient infatigables dans les marches et les combats, et allaient au feu la chanson aux lèvres, décidés à vaincre ou à mourir. « Je dois leur rendre justice, écrit Lichnowsky, ils se battaient avec le sang-froid et le courage d'hommes qui ont tout à craindre et rien à espérer (3). »>
Un officier français passé au service de don Carlos s'exprimait sur le compte de la légion dans des termes analogues : « Nous appelions ce corps d'aventuriers le régiment algérien. Braves, assurément, étaient ces soldats, comme gens qui n'ont rien à perdre, mais les plus indisciplinés routiers, les plus dangereux pillards que Ton pût rencontrer... Nous avions là des ennemis, de vaillants ennemis ; je ne crains point de dire ce que je sais à leur gloire, car c'est la vérité (4). w
L'héroïsme des légionnaires était dû à ce qu'ils avaient fait, par avance, le sacrifice de leur vie et envisageaient la mort comme l'issue glorieuse d'une existence à laquelle ils étaient peu attachés ; ils n'escomptaient guère d'autre récompense que la joie donnée par la victoire.
Le sentiment du devoir militaire et des sacrifices qu'il comporte avait peu à peu envahi leur âme à l'exclusion de tous les autres ; aussi un officier de l'armée de la Reine, décrivant la légion au moment où elle allait commencer la guerre d'Es-
(1) Trézel à d'Erlon, demandes do récompenses, lettre citée.
(2) B*** Léon, Expédition de 1837, Paris, 1838. — Affaires d'Espagne, avril 1838,. par un officier au service de don Carlos, Valence, 1838, etc.
(3) Lichnowsky, Souverdrs de la guerre civile en Espagne, p. 95.
(4) A. T., Campagnes et Aventures d'un volontaire royaliste en Espagne, Paris, 1869, p. 112-113.
pagne, faisail-il ressortir Tétat d'âme dans lequel se trouvaient les légionnaires ; après avoir esquissé une peinture de ces soldats si différents par leur nationalité, leur origine, leur éducation et leur passé, il ajoutait ; « La misère a égalisé tous les rangs ; elle a triomphé des préjugés, de Torgueil et des passions ; une seule pensée remplit tous les cœurs : On va se battre (1) ! »
(1) Quido d'Ortasini, VEspagne constitufioimelle, p. 315.
Légion étrangère. 10