CHAPITRE VI
Sommaire. — Premières opérations de lA légion : ordre de couvrir Lerida.
— La légicMi disséminée en Catalogne. — Quatre compagnies sous lea ordres du capitaine adjudant-major Ferrary avec le colonel T^iubo; prise du château de Gui mer a. — Trois bataillons avec le lieutenantcolonel Oonrad dans la Haute-Catalogne : le capitaine de Noue à Sanahujaj le lieutenant Bazaino à Pon^; le capitaine Mallet et le eouslicutenant Dumoustier à Ârtesardi-Segre; le capitaine Aneth à Balaguer. — La fraction restée à Lerida : le commandant Cros d'Avenas à Grenadilla le 27 août; expédition du capitaine Cbariatte le 27 septembre.
Bernolle se plaint de Téparpillement de la légion. — Le Ministre ordonne sa concentration et son passage en Aragon. — Balaguer point de rassemblement général. — Le capitaine Topin enlève Gerri aux Carlistes. — Cinq bataillons partent de Balaguer les 28 et 29 septembre. — Mauvais accueil à Barbastro.
Ordres contradictoires donnés à Bemelle. — La légion se charge de défendre le Ilaut-Aragon. — Trois bataillons avec Conrad prennent la Pobla. — Bcrnelle se rend à Jaca avec le bataillon Drouault pour licencier la légion Suarce. — Retour à Monzon le 14 novembre.
Ordre de concentrer la légion à Huesca pour qu'elle se rende en Navarre. — Difficultés de cette concentration : le chef de bataillon Horain assiégé à Tremp; le lieutenant-colonel Magnier le délivre. — Le carliste Guergué veut passer de Catalogne en Navarre : Bemelle le poursuit.
— Guerguo rencontre Conrad : lo combat d'Anguez, 24 novembre 1835.
— Insuccès de la poursuite; ses causes, — Remerciements de la ville de Huesca aux légionnaires.
Concentration de la légion dans les Cinoo-Villas; départ pour Sangiiessa à la mi-décembre. — Bemelle désire opérer avec ses troupes rassemblées. — Une lettre du général en chef Cordova à Bemelle, 15 décembre 1835. — Une colonne de Navarrais : fausse alerte. — La légion reçoit l'ordre définitif do se rendre à Tarmée du Nord.
Le nouveau corps qui entrait dans l'armée espagnole eut bientôt l'occasion d'affirmer sa valeur. Peu de temps avant le débarquement de la légion, 5.000 Carlistes de Navarre, commandés par Guergué, avaient pénétré en Catalogne par le Haut-Aragon ; en raison de cette invasion, le général Bernelle, primitivement destiné à rejoindre l'armée du Nord, reçut
Tordre de couvrir Lerida et sa banlieue. Laissant à Tarragonc dépôt et magasins, Bernelle se dirigea sur Lerida en deux colonnes de trois bataillons chacune : la première, sous les ordres du lieutenant-colonel Conrad, quitta Tarragone le 22 août et arriva le 24 à Lerida ; la seconde, sous ses ordres directs, partit le 23 et arriva le 25.
Le capitaine général de la Catalogne dissémina alors les bataillons de la légion entre les différents corps de l'armée espagnole qui opéraient dans la province.
Quatre compagnies, sous les ordres du capitaine adjudantmajor Ferrary, quittèrent Lerida le 27 août pour Tarrega, où elles rejoignirent les troupes commandées par le colonel don Antonio Niubo ; elles poursuivirent, le 16 septembre, une colonne de Carlistes et la forcèrent à s'enfermer en partie dans le château de Guimera, à une dizaine de kilomètres au sud de Tarrega ; les assiégés, au nombre de 450 environ, se rendirent le 20 septembre à discrétion ; 60 à 80 d'entre eux, qui étaient des habitants des villages voisins, furent fusillés.
Trois bataillons sous les ordres du lieutenant-colonel Conrad se rendirent le 29 août à Balaguer, pour participer aux opérations du général Pastors, dans la Ilaute-Catalogne. Ces ^ bataillons, dispersés dans les villes et dans les postes, eurent quelques brillantes affaires.
Le capitaine de Noue, bloqué avec deux compagnies à Sanahuja, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Pons, par un parti considérable de Carlistes, leur résista vigoureusement du 10 au 22 septembre, et n'évacua le poste que sur l'ordre de Bernelle.
Le lieutenant Bazaine, qui se trouvait à la même époque à Pons sur la Sègre, lutta pendant plusieurs jours contre 3.000 Navarrais, et ne fut délivré que par l'arrivée du capitaine de Noue qui, évacuant Sanahuja, se rendait à Agramunt, ville indiquée par Bernelle comme point de concentration.
Le capitaine Mallet, qui occupait avec 150 légionnaires la ville d'Artesa-di-Segre, attaqué le 18 septembre par 700 à 800 Carlistes, put les repousser sans éprouver d'autres pertes dans la garnison que trois officiers et cinq soldats blessés ; malheureusement trente hommes, qui constituaient en dehors
148 LA LÉGIOX éTRAXGÈRE BN ESPAGNE
de la ville un détachement avancé, furent tués«ou pris et leur chef, le sous-lieutenant Dumoustier, fut fait prisonnier. Ce jeune officier, né à Londres le l*' octobre 1814, était le fik de Tancien colonel de la Garde impériale en 1809, devenu général de division en 1811 et mort en 1831 (1). Entré à l'Ecole de Saint-Cyr le 19 novembre 1831, à 17 ans, il avait été renvoyé dans sa famille le 2 août 1833, au moment où il allait être promu sous-lieutenant, pour avoir crié : Vive f Empereur ! à la revue du 28 juillet ; il s était engagé au 10* léger en avril 1834, avait été nommé caporal le 11 juillet, caporal-fourrier le 1" oclobre, sergent le 6 mai 1835 : passé à la légion, il y avait été nommé sous-lieutenant et n*avait pas encore 21 ans (2).
Le capitaine Aneth, resté seul à Balaguer avec sa compagnie, et attaqué vers le 20 septembre par 400 ou 500 Carlistes, défia toutes leurs attaques.
La fraction de la légion qui était demeurée à Lerida n'était pas inactive.
Dès le 27 août, le commandant Cros d*Avenas avait fait, à la tête de 000 hommes d'élite, une expédition de cinq jours à une trentaine de kilomèti*es vers le sud ; il était allé dégager des Constitutionnels, bloqués dans une maison fortifiée de Grenadilla par un millier de Carlistes.
Un mois plus tard, le 27 septembre, le capitaine de gi^enadiers Chariatte fut envoyé avec 400 hommes dans la même direction contre un détachement carliste qui occupait un mamelon à une lieue et demie de Grenadilla ; il mit en fuite l'ennemi sans éprouver d'autres pertes que quatre blessés.
Les différents détachements de la légion, déjà entraînés par leurs campagnes d'Afrique et commandés par des chefs braves et expérimentés, tenaient donc partout une brillante
(1) Lo général comte Pierre Dumousiier, né en 1771, ayait fait les campagnes do la République et de l'Empire; il avait été quatre foi» blessé : en 171U, à l'armée du Nord; en octobre 180G, à léna; en décembre 1806, H Puîstuck et en août 1S13, à Dresde; resté à l'écart sons la Beetauration, il reprit du senice en 1830, mais fut amputé d'une jambe en 1831, à la suite d'une chute de chenal et mourut àe cette opération. A. A, G,, dossier Du moustier. Il avait été surnommé a le Bayard moderne ».
Pierre-Edouard Dumoustier, sous-lieutenant de la lésion, était fils du général et d'Amélie Trabot.
<-) .4. A. G-: dossier P.-E. Dumoustier.
conduite. Néanmoins réparpillement des bataillons et même des compagnies pouvait devenir fort dangereux pour la discipline, d'autant plus que les émissaires des juntes insurrectionnelles carlistes parcouraient le paj'^s et tentaient d'embaucher les soldats de Tarmée de la Reine.
Dès les débuts de septembre, Bemelle s'était plaint de cet état de choses au capitaine général de la Catalogne, sans pouvoir obtenir satisfaction ; il prit alors le parti d'adresser sa réclamation au ministre de la guerre, et sut la faire aboutir.
Le Ministre donna Tordre à Bemelle de rassembler la légion et de passer avec elle de Catalogne en Aragon ; le 2* bataillon devait provisoirement rester à Lerida, jusqu'à ce qu'il ait été relevé par des troupes espagnoles (1). Bemelle fixa Balaguer comme point de rassemblement général, et les divers détachements s'y trouvèrent bientôt réunis. Seules, trois compagnies restèrent à Tremp sous les ordres du capitaine Topin (2) ; elles se distinguèrent quelques jours plus tard, les 4 et 5 octobre, en enlevant aux Carlistes la ville de Gerri.
Les 28 et 29 septembre, les cinq bataillons de la légion se mirent en marche sur Barbastro en deux colonnes : la première composée de l'état-majoret de deux bataillons, sous les ordres du général Bemelle ; la seconde, composée de trois bataillons, sous les ordres du colonel Conrad.
Ces deux colonnes arrivèrent les 30 septembre et V octobre à Barbastro ; elles y furent mal accueillies, car la plupart des habitants de la ville étaient carlistes. Malgré les avis préalables qui avaient été donnés, les soldats qui faisaient partie de la première colonne durent rester plusieurs heures dans les rues de la ville, sans rations et sans abri (3).
D'autres déceptions attendaient d'ailleurs le général Ber-
(1) Dans son rapport du 31 décembre 1835, Bemelle ne parle que de l'ordre enroyé par le Ministre de (( réunir la légion » ; mais, dans sa lettre au Ministre de la guerre espagnol du 11 février 1836, il rappelle Tordre de passer en Aragon.
(2) Jean Topin n'avait été nommé lieutenant à la légion que le 21 juillet, venant du 10« légerj le lendemain, 22 juillet, il avait été promu capi-
^oL^^^ Bernelle et Colleville, Histoire de Vancienne légion étrangère, p. 240 et 241.
nelle. Tandis que le Minisire de la guerre lui avait donné Tordre de se rendre à l'armée du Nord, dès que ses troupes, y compris les recrues et les effets récemment débarqués à Tarragono, l'auraient rejoint, le capitaine général de l'Aragon l'invita à couvrir la frontière entre sa province et la Catalogne; la légion devait remplacer sur cette ligne une division espagnole qui recevait l'ordre de rentrer à Saragosse ; mais les troupes constitutionnelles évacuèrent leurs postes avant d'avoir été relevées. Les capitaines généraux méconnaissaient Tautorilé supérieure du Ministre, comme les chefs de colonne négligeaient souvent d'exécuter les ordres des capitaines généraux ; en un mot, les principes de discipline et d'obéissance n'étaient pas toujours respectés dans Tarmée constitutionnelle.
Le général Bernelle, peu habitué à des conflits de ce genre, s'en trouvait fort contrarié. Il se conforma néanmoins aux ordres du capitaine général, et prit ses dispositions pour défendre le Haut-Aragon contre une invasion des rebelles.
Vers la mi-octobre, trois bataillons sous le commandement de Conrad allèrent se joindre à la division du Haut-Aragon, pour opérer avec elle sur la Noguera contre les Carlistes de Catalogne. Les troupes de Conrad eurent bientôt Toccasion de montrer leur valeur; elles attaquèrent la ville de La Pobla, en chassèrent les 3.700 Carlistes qui s'y étaient retranchés, et leur firent éprouver des perles nombreuses ; les voltigeurs pénétrèrent les premiers dans la ville, tandis que la cavalerie essayait, sans succès, de couper la retraite aux vaincus. La légion n'eut guère que 25 ou 30 hommes blessés, parmi lesquels le capitaine Angeli.
Au moment même où Conrad avait quitté Barbastro pour se rendre en Haut-Aragon, Bernelle avait été chargé par le gouvernement espagnol de procéder au licenciement du corps de Suarce. A cet effet, il partit de Barbastro le 15 octobre sons l'escorte du bataillon Drouault, et se rendit à Jaca ; le 10 novembre, ayant terminé son opération, il se mit en route pour Monzon, où il arriva le 14, ramenant avec lui quatre compagnies de la légion.
Bientôt il apprit, par le capitaine général d'Aragon, que 4.000 Navarrais commandés par Iturralde marchaient sur
Verdun (1) ; il dirigea sur Sos le commandant Drouault, avec 450 légionnaires et les deux compagnies provisoires constituées avec les anciens volontaires de Suarce. Drouault alla coucher à Verdun et il apprit qullurralde devait y arriver le lendemain : il se retrancha à la hâte pendant la nuit et, lorsqu'au point du jour Iturralde arriva devant la ville, il trouva si ferme contenance aux légionnaires qu'il rebroussa chemin et se retira sur la Navarre.
Le général Bernelle, resté à Monzon, y fut rejoint le 16 novembre par le colonel Conrad et ses bataillons. Il reçut alors du Ministre de la guerre l'ordre de concentrer la légion à Pluesca pour se rendre ensuite, avec la division sous ses ordres, dans les Cinco Villas d'Aragon et à Sanguessa en Navarre.
L'ordre du Ministre ne fut pas exécuté immédiatement ; seuls, deux bataillons partirent le 18 pour Huesca avec le colonel Conrad. Différents obstacles s'opposaient, en effet, à un rassemblement immédiat.
Six compagnies de la légion, commandées par le chef de bataillon Horain, se trouvaient dans une position critique à Tremp, et il était urgent de leur porter secours. Assiégé depuis le 12 novembre, Horain avait repoussé les attaques de 2.500 Carlistes catalans et navarrais ; mais, vers le 17 novembre, il commençait à manquer de vivres et l'eau lui était coupée. Bernelle envoya le lieutenant-colonel Magnier avec dix compagnies pour le délivrer et le ramener. Malgré les observations des autorités espagnoles, qui s'opposaient à ce que Tremp fût évacué, la garnison put quitter la ville sous la protection des compagnies venues à son secours, et Magnier prit avec les deux détachements la direction de Huesca.
Cependant, Guergué, découragé par les échecs qu'il éprouvait en Catalogne, décida de retourner en Navarre et se dirigea sur Barbaslro.
Bernelle fut informé de ce mouvement le 23 novembre, à Monzon ; mais comme il n'avait avec lui que 300 à 400 hommes, il ne put se porter le jour même sur Barbastro, où les
Cl) Verdun, au nord oii€6t de Jaca, environ à mi-distance entre cette rillo et Sanj^vee^a.
Carlistes devaient coucher ; il croyait d'ailleurs que Guergué était poursuivi de près par la colonne du Haut-Aragon, formée de deux bataillons commandés par le colonel espagnol Miranda.
Le lendemain 24 novembre, le 5* bataillon de la légion arriva à Monzon ; Bemelle partit aussitôt à la poursuite de Guergué, avec l'espoir de le prendre entre deux feux, puisque Conrad occupait Huesca. En arrivant à Barbastro vers 6 heures du soir, il entendit une vive fusillade du côté d'Anguez : un engagement avait lieu de ce côté.
Conrad s'était, en effet, dirigé vers Anguez, avec l'intention d'y coucher ; il n'était nullement informé de la marche de Guergué, qui se proposait, lui aussi, de passer la nuit en cet endroit. Ce ne fut qu'en arrivant près d'Anguez que Conrad fut averti de l'approche des Carlistes ; il lança aussitôt quelques compagnies de tirailleurs pour couvrir le village. L'une d'elles, chargée avec vigueur par la cavalerie ennemie, se défendit avec un courage héroïque ; mais elle éprouva des pertes considérables : les deux officiers, Erny (1) et Sallot (2),
(1) François-Joseph Erny y né le 18 février 1800 à Saveme, s'enrôla au 35® de ligne le 20 mars 1820; nommé caporal le 23 mars 1821, fourrier trois jours après^, puis sergent en 1822, il rengagea et devint sergent-major en 1823; oette même année, il fut cité à Tordre de l'armée d'Espagne pour sa belle conduite à l'affaire du Pontal le 2 juillet, et reçut le 15 août la croix de la Légion d'honneur; il resta en Espagne jusqu'en 1828.
Congédié en mars 1830, il s'engagea en avril 1831 à la compagnie des vétérans du Bas-Rhin, avec l'intention de continuer sa carrière militaire; une ordonnance vint briser ses espoirs en décidant que les militaires des compagnies de vétérans ne pourraient ni obtenir de l'avancement, ni rentrer dans la ligne; il écrivit alors au général Schramm, qui commandait le département du Bas-Rhin, une lettre désolée, et lui demanda de prier le Ministre de le faire passer dans un régiment de ligne, même en lui enlevant son grade : « Je vous serai infiniment reconnaissant, écrivaitil, de demander que je sois au moins placé comme simple soldat dans un régiment qui fait partie de l'armée du Nord ou dans tout autre qui se trouve dans le cas d'être appelé le premier sur le champ de bataille. ».
Erny fut admis à la légion étrangère, le 13 octobre, avec son grade, fut nommé sergent-major de voltigeurs le 1«' décembre 1833 et sous-lieutenant le 11 février 1835. Il passa au service d'Espagne le 27 juillet, et fut un des premiers officiers tués, le 24 novembre. A. A, 6?., dossier Erny.
(2) Jsidore-Joachim Sallot, né le 9 avril 1808, à Liège, d'un père français, se distingua lors de la Révolution de 1830, et fut admis à entrer avec le graxle do sergent, comme récompense nationale, au 51« de ligne, en mare 1831; il s'engagea pour sept ans, fut nommé sergent-major le 16 octobre 1832, et fut admis avec son grade à la légion étrangère le 1*' août 1833. Passé au service d'Espagne le 27 juillet 1835, il dut être nommé soiis-lieu-
le sergent-major (1) et plusieurs soldats furent tués ; d autres furent grièvement blessés. Sur ces entrefaites, Conrad arriva avec le gros de la colonne : il occupa le village et repoussa trois attaques de Tennemi en lui faisant perdre plus de cent hommes. La légion eut au total 2 officiers tués et 3 blessés, 15 hommes tués et 30 blessés (2). Les Navarrais se retirèrent sur Boléa, au nord-ouest de Huesca.
Conrad se mit à leur poursuite ; mais, obligé de s'arrêter un jour à Huesca pour reposer ses troupes, il ne put empêcher Guergué de passer en Navarre.
Bernelle attribua l'insuccès de celte opération au colonel Miranda, qui à trois reprises aurait pu atteindre l'ennemi, à Barbaslro, à Anguez et à Huesca, s'il eût mis plus de célérité dans sa marche et s'il se fût rendu aux appels des officiers de la légion ; à Anguez, par exemple, Miranda s'était arrêté à deux lieues du combat, quoiqu'il eût entendu la fusillade. Le capitaine général d'Aragon jugea que l'appréciation de Bernelle était justifiée, et remplaça Miranda dans son commandement.
Les habitants de Huesca furent sincèrement reconnaissants aux bataillons de la légion de leur avoir évité la présence des Navarrais dans leurs murs ; le gouverneur civil de la province se fit leur interprète par une lettre qui fut imprimée dans le journal de Huesca : « L'Espagne admire chaque jour avec reconnaissance, disait-il, les importantes actions de guerre de ces bataillons, et les fastes de notre histoire feront connaître à la postérité les beaux faits de courage héroïque de ces braves soldats de la légion d'Alger ; les champs d'Anguez, La Pobla et Gerri rappelleront toujours leur gloire. Loyaux habitants de cette province, et vous surtout, habitants de Huesca, vous témoignerez à ces
tenant peu après, comme beaucoup de ses camarades (le registre matriiTule n'en fait pas mention). A. A. G,, reg. matric. tr., lég. étrang. ancienne, vol. Vni, no 7865.
(1) Un mémoire manuscrit qui se trouve dans les Archives du général comte de Noue (voir à la troisième partie du volume : Quelques légionruiires) dit que oe sergent-major s'appelait Salem. Peut-être y a-t-il une confusion avec Sallot.
(2) Bernelle au Ministre, de Sanguessa, 31 décembre 1835, pièce n*» 10.
fils choisis de la liberté européenne votre gratitude et votre reconnaissance (1). »
La retraite des Carlistes navarrais, qui calmait ainsi les craintes des cités aragonaises, permit enfin à Bernelle d'opérer la concentration ordonnée par le Ministre. Conrad, qui avait poussé avec ses deux bataillons jusqu'à Jaca, reçut l'ordre de se diriger sur les Cinco Villas. De son côté Bernelle, qui s'était arrêté à Huesca et y avait été rejoint le 27 1 par le lieutenant-colonel Magnier, fit partir le 5 décembre i ses troupes pour les Cinco Villas. Vers le milieu de décembre, , lorsque la légion se trouva ainsi réunie, elle se rendit à ' Sanguessa. I
Le grand désir de Bernelle était d'avoir le commandement j direct de ses troupes rassemblées, et d'opérer contre Tennemi , avec des forces suffisantes, au lieu de voir ses détachements s'éparpiller autour de lui sur un vaste rayon. Il n'avait pas laissé ignorer son sentiment au général Cordova, conunan- l dant en chef de l'armée du Nord, et il recevait de lui, au i milieu de décembre, une lettre qui lui donnait bon espoir :
« J'ai déjà connaissance, lui disait Cordova, de l'ordre, la discipline, l'instruction et l'aspect martial de ces vétérans d'Alger ; accoutumés à la fatigue au milieu des sables de l'Afrique, ils ne trouveront rien de nouveau dans celle d'une guerre dont le siège est établi sur un terrain extrêmement âpre. Je connais déjà toutes les qualités de la légion ; je n'ignore pas la noble conduite des troupes du colonel Conrad à Anguez et sur tous les points où la légion a rencontré des hordes rebelles ; les factieux, qui ont déjà appris à fuir en Aragon devant les baïonnettes françaises, ne pourront pas non plus leur résister dans leurs repaires de la Navarre.
» J'ai pris connaissance des positions des troupes de votre commandement et de vos désirs pour leur entière jonction ; je n'ai pas encore reçu l'ordre qui les envoie à cette armée de Navarre ; mais comme ces jours-ci je dois avoir une conférence avec le Ministre de la guerre pour traiter des points importants de la campagne, l'emploi de la légion y sera défi-
(1) Lettre de Augustin Saragoza y Godinez, Huesca, 4 décembre 1835, traduite dans un ordre du jour de Bernelle à la légion du 21 décembre 1S35. A. H, G., Aff. d'Esp., carton 44 (copie).
nilivemenl arrêté; j'aurai Thonneur de compter les vainqueurs d'Alger au nombre des braves sous mes ordres, persuadé que leur courage et leur discipline seront des exemples à imiter. » Que Votre Seigneurie veuille donc faire connaître la cordiale affection que nous portons tous à ces généreux auxiliaires ; daignez accepter, vous personnellement, l'expression sincère de mes sentiments de considération et l'assurance qu'aussitôt que votre légion sera définitivement placée sous mes ordres Votre Seigneurie exercera un commandement supérieur, dû à ses connaissances et à son expérience, et propre à lui procurer les honorables occasions de gloire qu'elle ambitionne si noblement pour elle et ses vaillantes troupes (1). »
Bernelle reçut, le 23 décembre, du Ministre de la guerre Tordre de rejoindre l'armée du Nord et de se porter immédiatement à Pampelune avec sa division ; il se disposait à partir lorsque, le 24, un aide de camp du général en chef Cordova vint le prévenir de suspendre son départ et de se tenir prêt à poui'suivre une colonne de Navarrais qui devait chercher à pénétrer en Aragon. Bernelle se fortifia dans Sanguessa et eut soin de faire occuper par deux bataillons ïhiermas et Verdun, points de passage importants. Il était heureux de ce délai, car il espérait que son 2* bataillon, toujours en Catalogne, pourrait le rejoindre avant son entrée en Navarre, et que son dépôt principal se transporterait de Tarragone à Saragosse. Mais le rassemblement des troupes ennemies n'était qu'une fausse démonstration, et Cordova, qui en fut bientôt instruit, appela auprès de lui la division auxiliaire française.
(1) Louis Femandez de Cordova, oommandant en chef l'armée du Nord, au général Bernelle, du quartier général de Logrono, 15 décembre 1835. (Copie insérée dans l'ordre du jour à la légion du 21 décembre 1835.)