CHAPITRE IX Destins
Ce que devinrent les officiers de la légion. — Ceux qui servirent au 1i* hussards : Augereau, Bauchet-Laborde, Chaillou, Chevallier, Damai, Fleury, George, Hamberger, Hébert, Henriot, Herrmann, Horin, Ismert, Magin, Ninet, Periier, Kicher, Vaillant, Van Veasem, Rlauprecht, Bel-
. grano, Spett, Haindel. — Ceux qui servirent au 22* régiment dMnfanterie légèro : les deux Hille, Breidbach, Clouet, Millet, Nordon, Pignard, Sanson, Bo. — Les artilleurs : Martin et Preuss. — Autres officiers qui ne servirent ni au 11* hussards ni au 2i« léger : Marceau, Boisson- Quency, Darnaud, Mahon, Baur, ChrJtien, Hirschmann, Imfeld. — Bédrune guillotiné. — Les deux Leigonyer. — Charlier. — Ceux qui entrent ou rentrent aux Invalides : Klein, Prouille, Guy, Gantzert, Perny. — Les officiers hollandais : Kuelkens, Harten, Rochus. — Soldats ou sous-officiers qui devinrent officiers : Arnold, Barguet, Berges, Béroud, Brindelle, les colonels Gay et Hofïmayer, Le Gaigneur dit Langlais, Mathilde, Noël, Paupe, Peltier, Rossi, Rottembourg, George Schwartz, Schweninger dit François, Spreux, Valleton, Virton, Vitry, Weingarten. — Les quatre chefs : Dambach, Heyden, Schwarz père, Beaufort-Schœnebourg.
Il n'est pas sans intérêt de rechercher ce que devinrent la plupart des officiers de la légion germanique.
Un grand nombre étaient entrés soit au H^ régiment de hussards, soit au 22* régiment d'infanterie légère.
Augereau, Bauchet-Laborde, Berruyer, Boissier, Chaillou, Chevallier, Darnal, Fleury, George, Haroberger, Hébert, Henriot, Herrmann, Horin, Ismert, Magin, Ninet, Perrier, Richer, Vaillant, Van Vessem, Klauprecht, Belgrano, Spett, Haindel servirent au !!• hussards.
On connaît la carrière postérieure d* Augereau. Ce
déserteur des carabiniers de Monsieur serait-il devenu maréchal de France et duc de Castiglione s'il n'avait été, au mois de mars 1793, adjudant-major des cuirassiers de la légion germanique ? Cette année 1793 lui ouvre le chemin des dignités et des honneurs. Capitaine au 11® hussards, le 26 juin, et vaguemestre général de l'armée des côtes de la Rochelle, aide de camp de Rossignol le 13 septembre, adjudant général chef de brigade le 27 septembre, il est général de division le 23 décembre. Il se souvint toujours de ses camarades de la légion qui l'avaient surnommé le « grand Prussien », et il les aida tant qu'il put. Il recommandait à la chancellerie de la Légion d'honneur Anselme Nordon et au ministre de la guerre Heyden, Haindel et Imfeld. Il prenait Richer pour aide de camp et Hirschmann pour officier d'ordonnance. Il attachait Bauchet-Laborde à son état-major et témoignait complaisamment que ce médiocre sujet avait rendu des services essentiels à la chose publique. Lorsqu'il rencontrait Kuelkens à Groningue, il attestait que ce brave Hollandais avait montré autant d'honneur que de courage et obtenu l'estime de ses camarades ; « il m'a très bien reconnu, écrivait Kuelkens, et m'a donné un certificat (1) ».
Bauchet-Laborde, fils du greffier du bailliage de la Neuville-aux-Bois, un instant enrôlé dans les troupes des colonies, puis lieutenant en second dans la compagnie franche des chasseurs volontaires, entre en 1792 à la
(1) Cf. sur les commencements d*Augereau, notre Dugommier, p. 197. Il est curieux qu*Augereau ait compté au li^ régiment de hussards jusqu'au 11 juin 1795; ce jour-là, de Chinon, le conseil d'administration du 11" hussards propose à la Commission des armées de promouvoir définitif vement capitaine le citoyen VailJant u en remplacement du citoyen Augereau, général divisionnaire à Tarmée des Pyrénées orientales ».
légion germanique comme fourrier des chasseurs à pied, devient maréchal des logis en chef des piconniers, commis du commissaire général Beaufort-Schœnebourg, secrétaire adjoint du quartier-maître trésorier Magin, et, à la fin de 1793, appartient à Tadministration des transports militaires dont les agents généraux, Gévaudan et Rebuffet — ce dernier père d'une Adèle aimée de Stendhal — proclament ses talents et son zèle. Bauchet les lâche en mai 1795 pour s'attacher comme adjoint à l'adjudant général Boisson-Quency qui doit l'emmener aux Indes occidentales. Il reçoit ses lettres d'adjonction et un brevet de lieutenant de cavalerie, mais l'expédition n'a pas lieu. Aux journées de vendémiaire, il arrache à Barras le grade de capitaine, et le voilà de nouveau dans l'armée, au 11^ hussards, ensuite au 20* dragons. Il est, en cette qualité, adjoint aux commissaires des guerres Chauvet, Lambert, Thèze, à des commandants de places, à l'état-major d'Augereau et de Brune. Par un coup de tète, et sous prétexte d'infirmités, il donne en 1798 sa démission et vainement il sollicite plus tard sa réintégration ou un traitement de réforme. Vainement il menace, jure de révéler à toute la France la « morgue des bureaux ». On lui répond qu'il n'a que peu de services et des services très mauvais : le colonel du 11* hussards l'accuse d'avoir quitté le régiment sans autorisation et le représente comme ivrogne, crapuleux, dénué de talents militaires. En 1807, Bauchet adresse à l'Empereur, qu'il appelle le descendant des dieux, une requête poétique ; il assure que
Bonaparte
Éclipse les héros et de Home et de Sparte,
On le nomme secrétaire-écrivain de 4* classe au fort
Barrauz. Mais il s'ennuie dans cette bicoque. De nouveau, il démissionne ; de nouveau, il redemande du service ; de nouveau, il s'emporte. Il ose dire à Clarke que s*il n'a pas très promptement une réponse favorable, il rendra sa correspondance publique et fera connaître r « injustice criante » dont il est Tobjet et « la conduite arbitraire des bureaux dont on se plaint hautement ! »
Jean-Baptiste Berruyer s'était fait nommer, en mai 1793, lieutenant-colonel dans la légion germanique, et il n'avait encore que vingt-deux ans. Mais son oncle, le général, encourut la disgrâce des Jacobins. Il dut, au licenciement de la légion, redevenir capitaine et son avancement tarda. Pourtant, il était bien noté, et il passait pour un officier très distingué; il joignait, disait Kellermann, la bravoure aux talents et à l'assiduité (1) ; il avait pris part avec le H* hussards à toutes les campagnes de la Liberté, reçu un coup de feu au bras droit à la Trébie et un autre à la cuisse au passage du Mincio. En mars 1802, le Premier Consul lui fit écrire une lettre de satisfaction et envoyer une gratification à titre de récompense; Berruyer répondit qu'il aimerait mieux le grade de chef de brigade, ce grade qu'il avait « sacrifié dans le temps à la justice et à Tamitié ». II fut nommé l'année suivante colonel du 21* chasseurs à cheval. A la tète de ce régiment, il exécuta dans la journée d'Iéna deux charges successives sur deux bataillons carrés qu'il enfonça, et il enleva, outre un général, deux mille fantassins, cinq canons et quatre drapeaux. Il eût été sûrement maréchal de camp : un rhumatisme dans les muscles du côté et une aff'ection catharrale de la vessie
(I) Inspection de Tan x.
avaient tellement altéré sa santé qu'il prit sa retraite à la fin de 1807.
Boissier s'était signalé dans la guerre de la Vendée, et dès le 21 juin 1793 le général Sandoz demandait pour lui la place de lieutenant-colonel dans la légion de la Fraternité. « Boissier, écrivait Sandoz avec emphase, commença sa carrière en écrasant les contre^révolutionnairesde Jalès; Boissier fit livrer au glaive des lois les traîtres qui venaient se réunir aux brigands de la Vendée ; Boissier, combattant les rebelles à mes côtés, a concouru à tous les succès que j'ai obtenus. » Aussi, à la suite de l'affaire de Luçon, Boissier fut-il nommé adjudant général et en pleine séance de la Convention, Gasparin le félicitait d'avoir pris le commandement après la retraite de Sandoz et repoussé les ennemis (1). Envoyé à l'armée des Pyrénées-Orientales, Boissier organisa le camp de la Liberté à Toulouse, sous les ordres du général Marbot, et prit part à la bataille de Saint-Laurent de la Mouga. Chef d'état-major de Turreau dans le Valais, employé par Mortier dans le canton de Saint-Gall, par Montchoisy à Berné, par Lannes et Mainoni durant la campagne de Marengo, par Suchet à Reggio et à Modène, il fut mis à la réforme en Tan x. Réintégré en 1806 pour gouverner plusieurs places et arrondissements, Kalisch et Posen en Pologne, Sprottau en Silésie, il rappelait plus tard avec orgueil que la ville de Sprottau l'avait remercié de sa bienveillance par une chaleureuse et curieuse adresse : « Si la calomnie trouble votre vie, lui disait la bourgeoisie de Sprottau, puissiezvous choisir notre petit endroit pour demeure! Nous
(1) Séance du 9 juillet i793.
VOUS recevrons tous à bras ouverts, vous qui fûtes un jour notre père ; nous nous rappellerons la fidélité que vous montrâtes conformément à votre devoir pour le grand Empereur; nous repasserons avec joie dans notre esprit les marques d'estime que vous mîtes au jour pour le bon roi que nous aimons et que nous honorons sincèrement! » Retraité sous la première Restauration, Boissier demanda vainement aux Bourbons un commandant de place et à Louis-Philippe le titre de maréchal de camp (1). Chaillou avait par sa conduite au 9 juin 1793 mérité d'unanimes éloges. « Personne, disait Menou, n'est plus brave et meilleur militaire. » On croyait môme que c'était lui, et non Malaquin, qui avait donné la mort au « général des brigands » Dommaigné. Aussi fut-il confirmé par le Comité dans son grade de chef d'escadron. Ses blessures l'empêchaient de monter à cheval ; il reçut le commandement temporaire de la ville de Nantes, et au commencement de 1795, les représentants le nommèrent « à titre de récompense et pour services rendus à sa patrie » adjudant général chef de brigade- La nomination fut ratifiée quelques mois plus tard par le Comité. Chaillou était noble ; mais le conseil d'administration du 11« hussards affirmait ses sentiments révolutionnaires et la municipalité de Saumur lui délivra un certificat de civisme en assurant qu'il avait exercé, de même que son père, la profession de cultivateur (2).
(i) Adresse du Magistrat de Sprottau, 24 août 1808. « Je certifie, écrivait Benjamin Constant en 1830, avoir connu M. le colonel Boissier comme un excellent patriote et un officier distingué dans toutes les circonstances depuis quarante ans. » Mais l'instruction de Boissier n*avait pas été très soignée. En 1830, il écrit encore affranchit pour « a franchi w, lahaie pour <t l'abbaye », le Saint Plomb pour le <t Simplon )> !
(2) Cf. sur Chaillou, comme sur tous les personnages qui suivent, son
Chevallier, devenu de maréchal des logis, sous-lieutenant et lieutenant, puis adjoint aux adjudants généraux et commandant temporaire de la ville d'Ingrande, fut, sur de fausses dénonciations et parce qu*il avait sollicité la liberté de son père iiy ustement détenu, incarcéré pendant la Terreur et il n'était encore que lieutenant lorsqu'un arrêté du Directoire prononça sa destitution.
Damai et Fleury quittèrent le service sous l'Empire avec le grade de capitaine.
George, hussard de Berchiny, puis quartier-maître des piconniers pendant deux mois, puis lieutenant au H* hussards, devint capitaine trésorier. On le regardait comme un comptable honnête et zélé, et lorsqu'il prit sa retraite en i 824, il était le plus ancien capitaine de la cavalerie française, puisqu'il avait vingt-huit ans dans ce grade. Il reçut le titre honorifique de chef d'escadron.
Hamberger, emprisonné à Tours et ensuite privé d'emploi, disait avec raison qu'il n'avait jamais su que combattre, non intriguer. Il rappelait qu'il était Alsacien : < Quoi ! J'ai lutté pour la liberté dans la Hollande, qui n'était pas mon pays natal, et j'aurais les bras liés dans mon propre pays; je serais regardé comme un malfaiteur par mes frères républicains! » Il fut nommé chef d'escadron au 11<^ régiment de hussards, et le conseil d'administration reconnaissait, au mois de mai 1794, qu'il s'était montré dans toutes les occasions un vrai républicain et qu'il avait constamment maintenu Tordre et la discipline. Mais les fatigues de la guerre affaiblirent sa santé; il fut mis à la retraite dès le mois
dossier militaire et, en outre, les documents des Archives nationales AF, II, 202.
d'avril 1795, et sur la recommandation de deux députés du Haut-Rhin, Albert et Guittard, qui vantaient ses services et attestaient qu*il avait épuisé tout son avoir, il entrait, au mois d'octobre suivant, à l'Hôtel des Invalides, avec le grade de capitaine.
Hébert ne put conserver le grade de lieutenantcolonel qu'il avait obtenu lors du « déchirement ». Vainement il rappela qu'il avait planté, à Thouars, l'arbre de la Liberlé, et qu'à l'affaire de la Fougereuse, il avait eu un cheval tué sous lui et reçu trois coups de feu. Vainement, le général Ferino témoignait qu'il avait fait la campagne d'Alsace et assisté à la prise des redoutes d'Haguenau et des lignes de Wissembourg. Hébert était encore, en 1799, chef d'escadron au 11* hussards. Il raconte qu'il déplut au général Beaumont, parce qu'il était un des combattants du 10 août et un des vainqueurs de la Bastille. « Beaumont, rapportait Hébert, m'ironisait sur ce titre d'une manière très indécente et il ne souffre pas volontiers ceux qui parurent dès l'aurore de la Révolution. » Un jour, Beaumont dit que Hébert devrait quitter le régiment, parce que ses blessures l'empêchaient de faire son service. Hébert répondit qu'il désirait rester au corps et qu'il était valide. « A la revue de l'inspecteur Beaurevoir, répliqua Beaumont, vous la sauterez ». La revue eut lieu. Beaurevoir fut aidé par Beaumont dans son travail et il mit Hébert en réforme (1). Hébert gagna Paris. En passant à Turin, il
(1) Hébert a dit aussi qu'il était la victime du colonel Avice : il portait ombrage à Avice qui, par sa lâchet(^ et ses dilapidations, était indigne de la place de chef de brigade ; pour se débarrasser de la. surveillance de Hébert, Avice l'aurait représenté comme inepte aux généraux Beaumont et Beaurevoir.
vit Grouchy, qui lui confia le commandement de la place de Cassano, et il prétend qu'il défendit cette place pendant 37 jours, avec 50 hommes d'infanterie, contre les attaques de 6,000 insurgés piémontais. Au col de Tende, il fut attaqué par les Barbets, qui lui tuèrent son domestique et lui prirent ses chevaux et ses malles. Il venait à Paris demander justice au Directoire et, à la veille du 18 brumaire, il sollicitait le général Bonaparte. Mais les notes de l'inspecteur Beaurevoir étaient terribles : « Incapable et de mauvais exemple ». Le conseil d'administration du 11^ hussards fut consulté par le ministre ; il déclara que Hébert n'avait aucune espèce de talents militaires, et que sa conduite, fort irrégulière, était dangereuse pour ceux qui l'approchaient. Bientôt on sut qu'il tenait des propos très hardis contre le Premier Consul : il disait hautement, dans les lieux publics, que Bonaparte ne conférait qu'aux nobles et aux émigrés les emplois militaires et n'avait que du dédain pour les vieux soldats qui défendaient jadis la liberté. Junot, commandant d'armes de la place de Paris, se plaignit au ministre de la guerre. Hébert dut quitter la capitale et fixer sa résidence à Caen, son pays natal.
Comme George, Henriot, son compatriote, s'était, en 1792, engagé dans les hussards de Berchiny, bien qu'il eût une place assez lucrative, celle de premier commis du greffier au tribunal de Stenay. Il fut nommé d'emblée lieutenant dans la légion germanique : il était recommandé par un patriote, par son beau-frère Perrin, que les Prussiens avaient, durant l'invasion de 1792, tenu cinq semaines dans les cachots, et que les électeurs de la Meuse avaient fait directeur de la poste de Verdun. Henriot devint capitaine et, en juillet 1796, donna sa démission.
Herraiann , Tancien quartier-maître trésorier des piconniers, n'avait pas été réemployé après les événements de Tours ; pour obtenir du service, il invoqua la loi du 3 bmmaire, qui réintégrait les défenseurs de la représentation natiwiale. Il fut autorisé à rejoindre le li« hussards, ou il remplirait provisoirement les fonctions de son grade, jusqu'au jour où il serait remis définitivement en activité. Mais il tarda, temporisa. Finalement, au bout de dix mois, il écrivît qu'il ne pouvait s'équiper et se monter à ses propres frais» qu'il donnait donc sa démission. Trois ans après, en 1799, il demandait une place de quartier-maître de cavalerie dans la légion des Francs du Nord : il possédait plusieurs langues et il était, depuis 1792, quartier-maître breveté — il orthographiait le mot comme il le prononçait : prefeté. — Il ne reçut naturellement aucune réponse (1).
Horin, commis en chef dans les bureaux de l'administration de la légion germanique, promu sous-lieutenant après le licenciement, fut, en juin 1793, nommé adjoint aux adjudants généraux et attaché à la commission centrale que les représentants du peuple avaient formée à Tours. Ses instructions, rédigées par Berthier, portaient qu'il donnerait aux conventionnels tous les renseignements sur les camps et postes, qu'il prendrait leurs ordres chaque matin et les accompagnerait s'ils le désiraient, qu'il s'assurerait quotidiennement s'ils avaient six ordonnances, deux guides du pays prêts à les conduire et un peloton de quinze hommes commandé par un sergent et affecté à la garde des équipages. Horin s'acquitta de
(1) Le ministre à Herrmann, 10 décembre 1795, Heirmann au ministre, 40 septembre 1796 et 4 novembre 1799.
sa mission avec autant d'intelligence que d'activité, et les représentants certifièrent qu'il leur avait été « essentiellement utile ». A la fin d'octobre 1793, il disparaît à nos yeux.
Ismert devint général. Il ne fut capitaine au 11® hussards qu'au mois de juillet 1795 et chef d'escadron qu'en 1799. Mais il avait des talents, du courage, l'amour de la discipline. Beaurevoir témoignait qu'il unissait la capacité à la bravoure, et Bruneteau Sainte-Suzanne, qu'il avait tout ce que l'on doit exiger d'un bon chef. « C'est un très bon officier, disait Moreau, et le régiment, ayant été mal commandé, ne peut que gagner à avoir comme un de ses chefs en pied un homme très ferme et très instruit. » Ismert se signala en Italie où, selon le mot de Dupont, il rendit des services très importants, et en Espagne. Il reçut deux coups de feu devant Legnago. Au combat de Plaisance, son escadron disputa pied à pied la grande route au bataillon autrichien de Thurn jusqu'à l'arrivée de Murât et d'une demi-brigade d'infanterie qui mit les Impériaux en fuite. A Marengo, où il avait mission de couvrir les flancs de la division Victor entre le Bosco et TOrba, il dut reculer sur San Giuliano ; mais il fit sa retraite avec intelligence en exécutant des charges vigoureuses et en tirant avantage du terrain. En Espagne, Bonnemains et Tilly louèrent sa bravoure et la manière dont il tenait son régiment. Aussi fut-il nommé en 1808 baron de l'Empire, doté en 1809 d'une rente de quatre mille francs en Westphalie, et, en 1813, sur la proposition de Victor, de La Tour-Maubourg et de Vilîatte, promu général de brigade : il était, remarquait Vilîatte, peu propre par son embonpoint au service de la cavalerie légère, mais il pouvait être employé très utilement à la
îîi CHAPITRE IX.
tète d'une brigade de cavalerie de ligne ou dans Tinspection des dépôts et des remontes (1).
Magin, resté quartier-maître du 11* hussards avec rang de chef d'escadron, trouva de chauds protecteurs dans le général PuUy, qui le regardait comme un excellent administrateur, et dans Masséna qui, du bivouac de l'île de Lobau et de Znaïm, le recommandait instamment au ministre II fut nommé, en 1810, sous-inspecteur aux revues. Mais au mois de septembre 1812, près de Mojaisk, il fut tué par un soldat maladroit qui tirait sur un chien (2).
Ninet, envoyé à l'armée du Rhin, devint commandant temporaire de Neuf-Brisach. Au 13 vendémiaire, il se trouvait à Paris; il fut mis à la tète du P' bataillon des patriotes de 89 qui gardait le Pont National, et il eut alors sous ses ordres d'anciens officiers de la légion germanique, Behr, Herrmann, Pignard, qui venaient défendre la représentation nationale en danger.
Perrier, un des héros de Saumur, reçut au combat de Challans un coup de feu qui lui traversa l'épaule droite, et le jour môme il se rendit à l'hôpital de Nantes pour se faire guérir de cette nouvelle blessure. Devenu lieutenant, il fut, nous ne savons pour quelle cause, destitué.
Richer ne dépassa pas le grade de chef d'escadron, et, en 1801, il quitta les hussards pour entrer dans la gen-
(I) Ismert avait épousé Henriette-Emilie de Poudenx, tille d'un ancien maréchal de camp et petite-fille du maréchal de Bezons, et il habitait avec elle à Arengosse, dans les Landes, le château de Gastillon. Après sa mort, ce château tomba dans un tel état de délabrement que Théophile Gautier, qui le visita en 1 844, Ta décrit sous le nom de château de la Misère dans le Capitaine Fracasse {Revue de Paris, 1"' août 1900, p. 646) ; Th(îophile Gauthier était cousin de la baronne dMsmerL)
(i) Voir sur Laurent, qui n'est pas menlionné ici, plus haut, p. iSi.
darmerie. Il fut aide de camp d'Augereau à Tarmée d'Allemagne, de Marbot au siège de Gênes et de Masséna en Italie. Mais Augereau se souvenait de lui. « Il a pour moi, écrivait Richer, la plus grande estime, et j'ose dire, même de l'amitié. » En 1812, le duc de Castiglione attachait de nouveau Richer à sa personne ; il le garda dans son état-major jusqu'à la fin de la campagne de 1814 : il le nommait son plus ancien compagnon d'armes ; il sollicitait pour lui le titre de baron et la croix d'officier de la Légion d'honneur (1).
Vaillant, incarcéré par les représentants pour « propos aristocratiques », avait, lorsqu'il fut relâché, regagné son pays natal, le Calvados. Mais il était noble, bien que son père, dit-il, eût, même avant la Révolution, préféré le titre honorable de citoyen et d'agriculteur aux titres vains et chimériques des ci-devant; toute sa famille avait été jetée dans les cachots ; pour éviter un sort semblable, il vint au mois de septembre de la même année se réfugier dans les rangs du !!• hussards. Il avait une « route » signée de Jourdeuil, l'adjoint du ministre, qui le dénommait instructeur. On l'admit en cette qualité à cause de ses connaissances en équitation et des services qu'il avait rendus à la légion germanique. Toutefois, il n'avait pas de grade.; il ne reçut pas de solde, ne toucha ni les vivres ni les fourrages. Enfin,
(i) Marbot {Mèm., I, 44) le traite de matamore : « Il avait des moyens et de l'éducation dont il ne se servait que fort rarement, car, par un travers d*esprit alors assez commun, il se complaisait à prendre des airs de sacripant, toujours jurant, sacrant et ne parlant que de pourfendre les gens avec un grand sabre. Il n'avait qu'une seule qualité, très rare à cette époque : il était toujours mis avec la plus grande recherche. » Il lui reproche encore sa conduite à Gènes après la mort du général Marbot (7cf., I, 103 et i2f).
iî6 CHAPITRE IX.
& Amboise, le 24 juin 1794, le représentant Ichon, chargé d'organiser définitivement les régiments de cavalerie, lui fit obtenir un rappel d'appointements dans le grade de capitaine. Pourtant, il n'était pas breveté, et, comme disait le conseil d'administration, n'était que toléré au corps. Il se maria, et lorsqu'un de ses parents, La Varinière, lui proposa de diriger un grand haras en Normandie, il donna sa démission en alléguant qu'il avait des infirmités, une jambe cassée, un doigt coupé, le côté gauche paralysé, et qu'il n'occupait aucune place dans les armées.
Le Hollandais Van Vessem, capitaine des cuirassiers, s'était admirablement conduit à la joiirnée du 9 juin 4793. « J'étais, a-t-il dit lui-même, à la tête de soixantedix à quatre-vingts cuirassiers, et je les ai menés en brave républicain à l'ennemi ; nous avons chargé, et, n'ayant pas été soutenu par la colonne, presque tous mes cavaliers tués à côté de moi, j'ai resté quatorze heures sur le champ de bataille ; atteint d'une grande et profonde blessure à la jambe, et ayant eu mon cheval tué sous moi, je n'ai pu échapper à la fureur des brigands qui ont eu la cruauté de m'attacher à un de leurs chevaux et de me conduire en prison à coups de crosse. » Les représentants Richard et Choudieu l'avaient aussitôt nommé chef d'escadron ; mis ils ouWiôrent de mettre leur arrêté par écrit, et Van Vessem demeura capitaine. Ce ne fut qu'un an plus tard que d'autres représentants, Bourbotte, Ingrand , Garnier de Saintes et Ichon, apprirent que le modeste Hollandais avait toujours le même grade; ils confirmèrent la nomination faite par Richard et Choudieu, en déclarant que Van Vessem « manifestait par son silence aussi peu d'ambition qu'il faisait éclater de bravoure lorsqu'il fallait se battre ». Le
ministre demandait à Van Vessem un certificat de civisme. L'intrépide soldat fit apostiller sa lettre par le conventionnel Richarde « C'est lui, marquait Richard, qui a fait à Saumur l'acte sublime de dévouement dont nous avons rendu compte ». Bouchotte répondit que l'apostille de Richard tiendrait lieu de certificat civique, et Van Vessem fut promu chef d'escadron, « d'après les actes de .la plus grande bravoure et du républicanisme le plus ardent », Le Comité de salut public ratifia la promotion au mois de mai 1795. Tour tefois, les blessures que :Van Vessem avait reçues étaient graves et l'empêchaient de continuer son seijyice. Les bons camarades qui fprmaient le coiaseil d'adn^inistration du il* hussards^, assurèrent qu'il devait son avancement non à ses talents e.t à ses vertus, mais aux larmeis qu'il avait versée^ devant les représentants et au récit de ses « prétendues blessures ^r,- qu'il, ne possédait même pas les qualités du plus mauvais brigadier, qu'il n'avait passé que peu de temps au corps et n'avait fait alors qu'intriguer, que dénoncer, que semer la mésintelligence, qu'il avait couru d'hôpital en hôpital, pris les eaux de Bagnères, obtenu un congé de convalescence, bref, que sa retraite serait favorablement accueillie (1). Van Vessem eut sa retraite, non à la suite de cette lettre de son régiment, mais à cause de ses infirmités. Le Mayençais Klauprecht, resté capitaine,* fut réformé à Milan au mois d'octobre 1799 par le général inspecteur' Beaurevoit, qui le jugea trop âgé et entièrement
(1) Lettre du conseil d'adminislration du 11» hussards à la GomoiissiLoii des armées, 14 avril 1795. Ces dénonciations, inspirées par la jalousie^ ne sont pas rares àtselte époque, et les héros de la Révolution ne se^aisaient pas scrupule, pour hâter leur avancement, de déblatérer contre le camarade absent.
incapable de remplir ses fonctions. Vainement il sollicita la faveur de rentrer au service soit dans la légion franche, soit dans la légion des Francs du Nord qui s'organisait, Tune à Bruges, l'autre à Aix-la-Chapelle. « Il serait, écrivait-il au ministre, de l'intérêt du gouvernement de profiter de la bonne volonté que montrent les jeunes gens du pays mayençais pour servir dans ce corps ; ils offrent de s'équiper et de se monter à leurs frais; cela les encouragera encore lorsqu'ils sauront que je sers au corps et qu'ils serviront avec un vieux militaire, leur compatriote (1). »
L'Italien Belgrano, nommé lieutenant de cuirassiers par le conseil d'administration de la légion germanique, avait été chargé de recruter dans les Pays-Bas; il savait, disait-il, le flamand et l'allemand. Il partit pour la Belgique avec un passeport qui lui fut délivré le lO^décembre 1792, et il racontait plus tard que Dumouriez l'avait fait arrêter parce qu'il était « apôtre de la liberté » et « instruisait les peuples de leurs droits ». Quoi qu'il en soit, après avoir perdu son équipement et tous ses papiers qui lui furent enlevés à Bruxelles par les Impériaux, il rejoignit la légion germanique à Montargis. Lorsque le corps fut réorganisé, ses camarades refusèrent de le recevoir et, en effet, il n'était porté sur aucune pièce, ni sur les états* de situation, ni sur les ménîoires de proposition. Par bonheur pour lui, le passeport qu'il avait eu pour aller en recrue, lui servit de titre. Belgrano fit les campagnes du H® hussards et devint capitaine. Il fut noté par Beaurevoir comme « totalement incapable », et par le chef d'escadron Berruyer
(1) Lettre de Klauprecht au ministre, 17 juin 1800.
comme « manquant de l'instruction et des moyens nécessaires pour être mis en activité dans un régiment ». Mais il s'était conduit avec zèle et sagesse lorsqu'il avait commandé durant plusieurs mois à Diano en Ligurie. On crut bon de l'utiliser dans l'intérieur. Il fut adjudant de place d'abord à Ostende, puis à Aigues-Mortes où il tomba malade : « L'insalubrité d' Aigues-Mortes, disait son général, le général Chabot, était telle que tous les militaires y tombaient malades et que les habitants , mêmes n'étaient pas à l'abri de l'influence du mauvais air. » Belgrano fut mis à la retraite. Il reprit du service à la veille de Waterloo ; le 16 juin, il était nommé adjudant de place à Saint-Quentin; le 24, au matin, à l'approche des ennemis, il sortait de la ville avec la garnison. C'était un inlassable quémandeur, et longtemps il assiégea le ministre de ses suppliques, de ses certificats. Il se qualifiait, on ne sait trop pourquoi, de « conseiller privé de Frédéric-Guillaume, roi de Prusse », et il assurait qu'il était entré dans la légion germanique comme capitaine, qu'il avait été en 1792 « chef du recrutement» dans les pays belges et sur les frontières du Nord, et envoyé du Pouvoir exécutif « auprès de la République belge pour traiter avec la République française », qu'on l'avait en 1793 chargé de « surveiller l'ennemi à Philippeville ! » Partout, il faisait merveille et jouait le premier rôle : il s'était, dans la campagne d'Alsace, emparé de la forêt de Haguenau et de la ville de Spire ; il avait vaincu Charette, et les missions dont il s'était acquitté, avaient « amené la pacification de la Vendée ! » Même dans sa retraite, il avait bien mérité de la France ; capitaine de la compagnie de réserve du département de TArno, il avait purgé la province d'Arezzo des brigands qui la ravageaient, et lorsqu'il avait dû s'enfermer à
Florence dans le fort Saint-Jean-Baptiste, il avait été < compris dans la capitulation honorable ! p Tant de titres et, comme il disait, tant d'actions d^éclat ne iui servirent de rien : il n'obtint ni le brevet de chef d'escadron, ni la croix.
Le Polonais Spett — cet officier que le conseil d'administration de la légion germanique chargeait d'acheter des armes en Belgique et dans le pays de Liège — avait rejoint le corps en Vendée. Nommé provisoirement capitaine au 11® hussards par les représentants du peuple pour sa belle conduite, il produisit un certificat de ses blessures et deux attestations, l'une de son régiment, l'autre de la section du Muséum, qui témoignaient de son civisme, et il fut confirmé dans son grade par le Comité de salut public. Il réclamait une somme de 1950 livres qui lui revenait sur ses appointements ; un arrêté du 28 août 1791 lui accorda sa demande. Mais ses blessures étaient graves ; elles nécessitaient l'opération du trépan, et le brave Spett dut donner sa démission.
De tous les officiers du 11^ hussards, Charles-Frédéric de Haindel, l'ancien lieutenant-colonel des piconniers de la légion germanique, est celui dont il faut parler le plus longuement. Non qu'il. ait fait des actions d'éclat; mais nul ne se remua, ne se trémoussa d9.vantage, nul ne pétitionna plus assidûment, nul ne sollicits^ avec plus d'âpreté.
A peine sorti des prisons de Tours, il réclama, en sa qualité de plus ancien lieutenant-colonel, la place de colonel du H« hussards qu'Avice avait obtenue des représentants, ou du moins une place d'adjudant général chef de brigade dans une armée du Midi. Mais il préférait commander le 11* hussards, et il priait Bouchotte de
mettre Avice dans un autre régiment. C'était un Alsa^ cien rude, obstiné, querelleur (1) ; il aimait à disputer et à batailler; il s'opiniâtrait à poursuivre un gros procès qu'il avait perdu devant le Conseil d'État et qu'il finit par perdre en dernier ressort, non sans d'énormes dépenses qui dépassaient ses moyens. Il se vantait d'avoir la conscience nette et son franc-parler, de marcher tête levée, d'agir constamment au grand jour, de crier et de crier encore contre l'iniquité, d' « anéantir » le dénonciateur qui serait assez effronté pour l'attaquer en face, et il allait partout sans se rebuter jamais, quêtant des certificats, assiégeant les bureaux, flattant ou rabrouant les huissiers» heurtant à chaque porte, affirmant qu'il était dans son bon droit, et, s'il quittait Paris, exhortant sa femme à ne pas lâcher le ministre, à ne pas s'éloigner de la barre de la Convention. <c II a étourdi, disait-on, la Convention et le Comité de ses réclama* tiens », et le ministre ordonnait de « débarrasser le Comité des poursuites de sa femme ».
La lutte de Haindel contre Avice fut épique. Avice, assisté de trois officiers, Paul, Mérand et Ninet, le dénonçait comme ex-noble (2). Haindel répondit qu'Avice avait reçu dans son corps plusieurs nobles et des parents d'émigrés. Il déclara tout haut et non sans courage que ce n'était pas un crime d'être ci-devant, qu'un ci-devant pouvait être bon citoyen et patriote irréprochable, qu'une république ne devait pas faire de différence entre un
(1) « Vous savez, écrivait-il à Rûhl, que quand un citoyen du haut ou du bas Rhin a résolu quelque chose, il y va de tout son cœur et de toute son Âme. »
(2) U était noble, en effet, et, sous le Consulat, il envoie à Bonaparte une pétition imprimée où il se dit « neveu de MM. de Wunnser, ci-devant généraux au service de France et de l'Empire ».
i'ii CHAPITRE IS.
sans-culotte d'origine et un ci-devant vraiment républicain. Il rappelait que le général Menou dont le gouvernement avait récompensé la valeur, que des membres de la Convention, entre autres Hérault de Séchelles, le « Adèle montagnard », étaient des ci-devant. Il ajoutait que, si tous les nobles cessaient de servir la nation, il y aurait diablement de places vacantes dans la République, et il écrivait avec hardiesse à Xavier Audouin, l'ancien vicaire de Saint-Thomas d'Aquin : « Je suis aussi peu coupable par ma naissance que toi par ton état ci-devant ecclésiastique. »
Sa femme avait la même audace de ton et de langage. Elle disait qu'elle était Alsacienne et sincèrement Française, comme son mari élait Alsacien et sincèrement Français, qu'elle avait « prêté le même serment de vaincre et de mourir fidèlement à son poste! » Elle invectivait Avice, le traitait de vil et faux dénonciateur, d'homme perfide, de monstre dénaturé. Elle l'accusait de lâcheté. Elle pariait qu'elle le chasserait de la République en braquant sur lui un pistolet qui ne serait pas chargé ! Elle le menaçait du glaive de la loi ! Elle jurait de le traîner devant les juges du tribunal révolutionnaire! (1)
(1) Elle signe sous l'Empire u A. de Ilaindel, née baronne de Dûrckheim » et assure alors qu*elle est n née véritable baronne, amie de la reine Marie-Antoinette et décorée de l'ordre de Marie-Thérèse», — après avoir dit sous la Terreur qu'elle n'était pas l'amie de Marie-Antoinette, qu*elle n'avait jamais vu la reine et qu'elle ne connaissait l'existence et le nom de l'ordre de Marie-Thérèse que par les dénonciations d'Avice — qu'elle appartient à la famille des Dûrckheim de Frœschwiller, que son frère était capitaine au régiment de Chamborant et qu'elle était alliée aux Berckheim de Golmar. A noter dans une de ses lettres à Avice ce passage sur Marceau et Augereau : « Vous avez tenu des propos contre Marceau et Ogeron (sic) qui ont été mis en prison avec mon mari. Comment pouvez- vous vous
Mais Hâindel, aidé de sa femme, eut beau attaquer Avice, le qualifier d'intrigant, d'être méprisable, d'homme à deux faces. Il eut beau recueillir contre lui des témoignages de conventionnels et de patriotes, de Sergent, de David, de Coffinhal, de Renaudin, de Xavier Audouin qui certifièrent qu' Avice était un mauvais citoyen, un feuillant, un espion de Lafayette et un émissaire de Dumouriez. Il eut beau dire qu' Avice avait été nommé colonel par Carra, Grammont et Ronsin, que le mensonge et la calomnie étaient aussi familiers à Avice que la respiration, que les officiers du H** hussards qui l'incriminaient, Paul, Mérand, Ninet étaient, Paul, un républicain tiède et un agent de Joly de Fleury, Mérand, un drôle dont il avait dénoncé les escroqueries et les vols (1), Ninet, un homme qui devait à tout le monde et ne payait personne, « vrai sans-culotte du côté de la bourse, mais non du côté des sentiments ». Il eut beau produire des recommandations de Tallien, de Duval, de Jeanbon Saint- André, de Julien de Toulouse, de Sevestre qui attestaient son civisme et son patriotisme. Il eut beau adresser au ministre et au Comité une « grande quantité de lettres » et venir plus de trente fois dans les bureaux de la guerre pour demander justice et rien que justice. Finalement, il dut obéir au décret qui enjoignait à tous les militaires de quitter Paris sous vingt-quatre heures, et il prit le chemin de Vitry-le-François où était le 11« hussards.
permettre de médire contre un Marceau qui a sauvé la vie au représentant Bourbotte et contre Ogeron qui a sauvé plus de trente millions à la nation à la Vendée, pour lequel trait héroïque il a été fait adjudant général ? » (i) Cf. ce que disait aussi M™" de Haindel : u Mérand que vous avez envoyé à Paris, est reconnu pour un voleur ; il a été pris au fait par la municipalité de Vendôme et conduit de brigade en brigade à Tours. »
Un billet écrit de la main du ministre et la « route » qu'il reçut, portaient ces mots : « servant de brevet de colonel ». Il se crut colonel. Il ne songeait pas que cette expression mise sur une simple note ne pouvait servir de titre et suppléer à la décision du Conseil exécutif. A peine arrivé à Châlons, il sut qu'Avice l'avait devancé, qu'Avice était à Vitry et commandait le régiment (1). Il n'alla pas plus loin, de peur de causer du trouble, et durant trois mois, dans l'auberge de la Pomme d'or, il attendit à Châlons les ordres de Bouchotte.
Or, au mois de novembre 1793 le Comité de salut public avait désiré des renseignements sur le compte de Haindel. Le ministre répondit dans un rapport du 16 décembre qu'il était impossible de réintégrer Haindel. Il rappelait le mot cruel des représentants Bourbotte et Choudieu sur les officiers de la légion, que la plupart étaient des teneurs de biribi au Palais-Royal. Il sgoutait que Haindel était noble et prenait autrefois la qualité de baron. Il citait une pétition que le conseil d'administration du 11® hussards avait rédigée le 15 octobre et qui demandait l'arrestation de Haindel. Elle articulait contre lui des faits graves : Haindel avait dit au 21 janvier, à la nouvelle de l'exécution du roi, qu'il n'aurait jamais cru la nation aussi injuste ; il avait commis des exactions et des abus d'autorité, refusé des Français qui venaient s'engager dans la légion et préféré des étrangers ; il avait, à ce qu'assurait le capitaine Spett, vendu des chevaux de la République à un maquignon de Paris; il avait eu à
(1) Àvice, qui devint général de brigade et baron de l'Empire, fut pourtant suspendu par Bouchotte, et le Comité maintint la suspension du colonel par deux fois, le 12 juin et le 18 septembre \19A ; mais, le 7 février 1795, A vice réussit à se faire réintégrer.
Philippeville une conversation suspecte avec un parler mentaire autrichien, et blessé de la sorte l'honneur du régiment. Le Comité ne prononça pas sur le rapport de Bouchotte ; mais le Conseil exécutif décida que l'ancien lieutenant-colonel des piconniers ne serait pas réintégré, et, le 14 février 1794, le ministre de la guerre pria Haindel de se retirer au lieu de son domicile : « Tu ne peux être employé et en conséquence tu dois cesser de poursuivre les prétentions que tu as au commandement du 11* régiment de hussards dans l'organisation duquel tu ne seras compris sous aucun grade. »
Haindel se tut. Mais le 12 septembre 1794 il reçut du Comité, en dédommagement des pertes qu'il avait essuyées, une somme de 4,000 livres, à condition que, cette indemnité une fois payée, il ne pourrait réclamer davantage. Dix jours après, il réclama. II redemandait de l'emploi et produisait des certificats de Marceau, d'Augereau, de plusieurs conventionnels. Moïse Bayle, Louis, Albert, Rabaut, Wandelaincourt, Girard, Hovère et autres. Marceau assurait que Haindel, loin de commettre aucun acte d'incivisme, «avait rempli les devoirs attachés à sa place avec exactitude » et toujours agi « comme un généreux soldat » ; Augereau, qu'il avait été constamment < dans les vrais principes républicains »; Moïse Bayle, qu'il avait fait au Comité sur la conspiration d'Hébert des révélations qui démontraient son amour pour le pays et son absolu désintéressement.
Mais la dénonciation portée contre Haindel par le conseil d'administration du 11® hussards subsistait. C'était la pièce principale et, comme disait le conventionnel Albert, la pierre angulaire de l'affaire. Albert, homme sage et impartial, la jugeait digne de tout mépris parce qu'elle ne contenait que de simples ouï-dire;
elle causa néanmoins, selon Texpression d'Albert, toutes les contrariétés et les cascades que Haindel éprouva.
La Commission des armées opina que Haindel n'avait détruit d'aucune manière les motifs de suspicion qui l'avaient naguère privé de son emploi, qu'on ne pouvait le réintégrer avant qu'il se fût authentiquement et complètement justifié, et le 3 octobre 1794, le Comité de salut public arrêta qu'il n'y avait pas lieu à délibérer sur la demande de Haindel.
Haindel protesta. II nia le propos qu'il aurait tenu après la mort du roi : « Je n'aurais jamais cru la nation aussi injuste », et il affirma qu'il avait dan^é dans la soirée du 21 janvier, qu'il n'avait jamais commis le moindre abus d'autorité et n'avait fait qu'exécuter les décrets, qu'il n'avait pas vendu les chevaux du régiment, qu'à Philippeville il avait simplement crié en allemand au parlementaire autrichien que les volontaires mettaient en joue : « Si tu as une lettre, fais-la voir. » Mais la Commission des armées trouva que ce plaidoyer de Haindel n'était pas accompagné et appuyé de pièces authentiques, et le Comité persista dans son arrêté ; il n'y avait pas lieu à délibérer.
Derechef, Haindel protesta, et cette fois, il produisit des pièces. Celte fois encore, la Commission des armées ne se rendit pas à ses dires. Il prétendait qu'il avait dansé à un bal le 21 janvier; mais les témoignages qu'il invoquait n'étaient pas datés, et ils provenaient d'officiers de la légion germanique, dont deux avaient signé la dénonciation du 11** hussards. Il assurait que tant qu'il avait commandé les piconniers, il s'était renfermé dans la stricte exécution de la loi; mais il aurait mieux fait de présenter un certificat du conseil d'admi-
nistration qui eût attesté sa bonne conduite. Le capitaine Spett, le môme qui Tavait inculpé de vendre les chevaux du régiment, déclarait qu'il n'avait jamais tenu ce propos et que l'accusation était fausse ; mais la rédaction de cette pièce, qui semblait « le fruit de la séduction ou de la crainte », était imparfaite, incomplète, obscure. Une lettre d'Augereau prouvait sans doute que Haindel n'avait jamais eu à Philippeville de coupable conversation avec le parlementaire autrichien. « Nous étant trouvé, disait Augereau, avec Haindel aux barrières de Philippeville, nous avons vu arriver un trompette de Cobourg; nous lui avons bandé les yeux et, d'après l'ordre du commandant de la ville, il a été conduit par le capitaine du poste ; arrivé chez le commandant, tout le monde lui a parlé allemand et on lui a proposé de quitter les drapeaux du despotisme pour se ranger sous ceux de la liberté. » Mais, objectait la Commission des armées, Haindel appartenait à la caste nobiliaire et à une famille d'Autriche ; il avait des parents dans les armées des puissances coalisées et il était neveu de Wurmser; il avait, en 1791, abandonné le régiment où il servait à l'époque même où l'Assemblée nationale imposait aux militaires le serment de maintenir la liberté; si les deux chefs de la légion germanique, Dambach et Heyden, le reconnaissaient bon citoyen et soldat zélé, vingt-cinq officiers du 11* hussards le jugeaient intrigant et dépourvu de moyens et de talents; enfin, il avait été, de 1773 à 1777, sous- Jieutenant au régiment d'Alsace, puis, de i787 à i79l, après avoir disparu pendant dix années, souslieutenant aux hussards de Lauzun, puis, de 1792 à 1793, capitaine et lieutenant-colonel à la légion germanique, et ses services offraient, par conséquent, des interrup-
tions singulières (4). Le !•' avril 1795, le Comité de salut public déclarait qu'il n^y avait pas lieu à délibérer sur la demande de Haindel, tant que cet ancien officier ne se serait pas lavé du triple reproche d'avoir blâmé la justice nationale et regretté la mort du tyran, d'avoir vendu des chevaux de la République, d'avoir quitté son poste en 1777 et en 1791.
De nouveau, Haindel protesta. De nouveau, la Commission des armées trouva qu'il ne réfutait pas la triple inculpation dont il était l'objet et que, s'il apportait de nombreux témoignages en sa faveur, aucun ne constatait qu'il eût des talents militaires et. assez d'aptitudes pour commander un régiment. De nouveau, par une décision du 1**' mai 1793, le Comité résolut qu'il n'y avait pas lieu à délibérer.
Haindel revint pourtant à la charge avec une extraordinaire ténacité, et le 16 juin 179S, la Commission des armées accueillit enfin sa justification. Elle, reconnut que Haindel avait, le 21 janvier 1793, au lieu de pleurer la mort de Capet, dansé jusqu'à 10 heures du soir, au sortir d'un dîner chez le colonel Dambach. Elle crut au témoignage du capitaine Spett : « Je n'ai jamais, disait Spett, dénoncé Haindel et il est de toute fausseté qu'il ait vendu des chevaux de la légion. » Elle excusa les lacunes et les « vides » qu'elle avait remarqués dans la carrière militaire de Haindel : s'il avait quitté son poste en 1777, sa démission, donnée en temps de paix et acceptée de ses chefs, n'était pas un crime; s'il était parti en 1791, il prouvait, par les certificats d'un officier
(1) Môme à la Région germanique il obtiut un congé pour maladie, dii 19 mars au 8 avril 1793.
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de santé et du général Yietinghoff, qu'il avait iune maladie très grave» qu'il ne s'était rétabli qu'au bout de cinq mois, et qu'après sa guérison, Vietinghoff, qui connaissait ses talents et son zèle, l'avait fait employer dans la légion germanique. La Commission des armées invitait donc le Comité de salut public à réintégrer Haindel et à le proposer au choix de la Convention pour une place de chef d'escadron. Mais le Comité ne fit pas ce que désirait la Commission; il répondit — et pour la sixième fois -^ qu'il n'y avait pas lieu à réintégration.
L'affaire Haindel semblait terminée. Pas encore! Haindel demanda des juges et, le l^'' juillet 1795, le Comité arrêtait que — puisque le dépôt du il^ hussards était à Chinon — la cause serait renvoyée au 1*^ tribunal de l'armée de l'Ouest qui siégeait dans la ville de Tours, à portée des témoins qui devaient être entendus et des lieux où les délits reprochés à Haindel avaient été commis. Mais Haindel récusa ce tribunal. Il voulait être jugé à Paris; il refusait « de se livrer entre les mains et sous le couteau d'un tas de scélérats intéressés à le perdre et à le faire assassiner ». L'accusateur public du tribunal militaire de l'armée de TOuest avait déjà reçu les pièces de la procédure. Il décerna contre Haindel un mandat d'amener : l'ancien lieutenant-colonel se rendrait le 24 juillet à Tours pour comparaître devant ses juges. Haindel s'emporta; il se plaignit à la Convention, qui renvoya ses doléances au Comité, et sur l'avis du Comité, la Commission des armées fit surseoir à l'exécution du mandat.
Vinrent les journées de vendémiaire. La Convention fut remplacée par le Directoire. Haindel ne cessait pas de s'agiter pour obtenir sa réintégration. Mais le nouveau ministre lui fit dire qu'il était accusé parles ofliciers
du 11« hussards, qu'il devait être jugé dans le lieu où se trouvait ce régiment, et le 5 mars 4793 le générai qui commandait la 3® division de l'armée de l'Ouest, reçut derechef Tordre de convoquer à Tours un conseil militaire qui prononcerait sur les délits dont Haindel était inculpé.
Quelques jours plus tard se produisait un coup de théâtre. Le ll^' hussards, qui changeait de garnison, passait à Melun. Haindel, averti , accourt dans celte ville. Il se présente devant le conseil d'administration, il fait un discours, il jure qu'il est homme d'honneur sans peur et sans reproche, il interroge les membres du conseil : lequel d'entre eux peut lui adresser le moindre blâme ou soutenir les accusations portées contre lui? C'était le 17 avril. Le conseil d'administration opine qu'il faut rétablir l'union entre des frères d'armes, effacer dans l'intérêt du régiment les traces de ces altercations, mettre fin à une dénonciation mutuelle, et il déclare nulles et non avenues toutes les pièces qui « ont pu troubler la tranquillité de Haindel et jeter des doutes sur sa conduite et ses sentiments civiques » ; il invite Haindel, au nom du chef de brigade Avice, à « maintenir avec fidélité la bonne harmonie » et promet d' « employer son autorité pour infirmer toutes les inculpations qui pourront être faites contre lui ». Fort de ce certificat, Haindel rédige une pétition au Directoire : il demande que ses appointements lui soient payés, comme ils l'ont été à tous les officiers de la légion ; il supplie le gouvernement de le rendre à l'activité comme tous ses camarades d'infortune de la brigade germanique; il envoie sa requête avec une apostille du représentant Albert. Les faits qu'on lui reprochait étant démentis par ceux-là mêmes qui les avaient dénoncés,
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il devenait inutile de les soumettre à un conseil mili* taire. Haindel ne passa pas en jugement et le bureau de la cavalerie eut ordre d'examiner s'il y avait lieu de le réintégrer dans son grade, c Ne souffrez pas, écrivait Albert à Petiet, qu'il y ait diversité de poids et de mes ure entre Haindel et les autres ofAciers ; comment est-il le seul qui, au lieu d'obtenir justice, continue à rester en butte aux mouvements d'une main invisible qui ne cesse de l'accabler? »
Le ministre de la guerre reconnut qu'aucune des inculpations portées contre Haindel n'avait été prouvée, que la rétractation du conseil d'administration du 11* hussards détruisait tout soupçon sur son compte, qu'il avait « expié des fautes légères par la privation de son état depuis trois ans et plus ». Haindel fut admis au traitement de réforme comme chef d'escadron et, en 1798, il prit part à l'expédition d'Irlande ; il était sur la Belloney à côté du capitaine Jacob , lorsque les Anglais attaquèrent et capturèrent cette frégate le 11 mars 1799. A son retour en France, après échange, il fut, sur la recommandation de quelques représentants et les vives instances d'Augereau et de son compatriote Eellermaim , nommé chef d'escadron au 9® régiment de cavalerie. Mais il était presque toujours absent, il excédait de plusieurs mois les congés de convalescence ou les permissions qu'il obtenait, et en cinq ans il ne parut que huit mois à son corps. Il osa pourtant, afin de suivre les procès dont dépendait sa fortune, et de rétablir sa santé délabrée par les fatigues de la guerre, demander une place d'adjudant supérieur du Palais ou tout autre emploi qui le fixerait à Paris ; il avait fait, disait-il, la campagne de l'Argonne et celle de la Vendée, et il comptait trente et un ans de services non interrompus ! Par malheur, on
constata qu'il n'avait vu d'autre guerre que celle d'Irlande et qu'il n'avait fait ni la campagne de l'Argonne ni celle de laVendée. On constata qu'il n'avait que seize ans de services militaires dont la moitié s'était passée loin de son régiment. On constata que le général inspecteur d'Hautpoul l'avait noté « incapable d'occuper une place de chef d'escadron et d'acquérir jamais les connaissances nécessaires à son état ». Dès lors, n'était-ce pas un acte dé bienveillance de lui accorder le traitement de réforme attribué à son grade? En vain il présenta des lettres, d'ailleurs banales, de Joseph Bonaparte, de Lucien, de Madame Mère. Il fut réformé en 1804 à cause de ses fréquentes absences et de son état de santé.
Au commencement de 1807, il vint au bureau de la cavalerie, exposa qu'il était dans un extrême besoin, que son traitement de réforme ne lui suffisait pas , qu'il accepterait volontiers un emploi de capitaine hors de France. On pensa qu'il serait utile dans les dépôts et il fut nommé capitaine du 5« escadron nouvellement formé au 4* régiment de cuirassiers qui stationnait à Lodi. Haindel ne se rendit pas à son poste et sa nomination fut annulée. Il était malade; il avait souscrit des lettres de change qu'il ne payait pas, et ses créanciers l'avaient fait emprisonner. De Sainte-Pélagie, en juin 1807, il demandait soit un secours provisoire, soit la faveur d'être reçu à l'hospice du Val-de-Grâce, où le général Dutertre, enfermé comme lui à Sainte- Pélagie, venait d'être admis. Le ministre fut assez bon pour le maintenir en état de réforme. Un an après, en octobre 1808, Haindel sollicita la grâce et, ainsi qu'il s'exprime, la justice d'être employé activement dans son grade soit à Tarmée d'Espagne, soit ailleurs, partout où
on le jugerait à propos. Sa lettre ne méritait aucune réponse : pouvait-il, à son âge, avec ses infirmités, et dans le dérangement de ses affaires, reprendre jamais du service? Il mourut en 1812 à Strasbourg, où le ministre Tavait autorisé à résider.
Les officiers de la légion entrés au 22« régiment d'infanterie légère n'ont guère marqué. Ce sont les deux Hille, Breidbach, Clouet, Millet, Nordon, Pignard, Roze, Sanson et Bo.
François Hille, chef de brigade, fut pris par les Vendéens à l'affaire de Brissac le M septembre 1793 et fusillé le même jour.
Son fils Joseph, lieutenant à la légion, puis au 22«, servit sans interruption de 1793 à 1808. Il devint capitaine au 13® régiment d'infanterie légère et il passait pour un officier de fort bonnes mœurs et qui tenait bien sa compagnie. Blessé à léna d'un coup de biscaïen qui lui traversa la cuisse gauche et décoré l'année suivante, il alla vivre à Colmar avec sa mère et il ne quitta plus l'Alsace que pour remplir en 1809, durant plusieurs mois, les fonctions d'adjudant de place à Ostende alors en état de siège.
Le lieutenant Breidbach, devenu capitaine après le « déchirement », avait été fait prisonnier de guerre à Saumur par les Vendéens. Délivré quelques semaines plus tard par Haxo, il fut mis en subsistance au 10® bataillon de la Meurthe qui combattait à l'armée du Rhin. Du mois de novembre 1795 au mois d'avril 1811 où il eut sa retraite, il servit comme lieutenant dans les vétérans.
Clouet était rentier et donna sa démission en 1796. Il
âi4 GHAPITRB IX.
voulut ultérieurement rentrer au service. Mais vainement il se présenta dans la journée du 48 fructidor à l'état-major général ; vainement il se fit recommander par des . députés qui le jugeaient instruit et expérimenté, ainsi que par Menou qui le qualifiait de bon militaire et d'excellent citoyen. Il ne fut pas remis en activité.
Millet était connu de Servan qui lui offrit une place d'adjoint à Tétat-major de l'armée des Pyrénées. Mais en mai 1793, Millet fut nommé adjudant général de la légion avec rang de lieutenant-colonel. Un mois plus tard, quand se forma le 22*' régiment d'infanterie légère, il consentit à redevenir capitaine (1). Il prit sa retraite comme chef de bataillon.
Le capitaine juif Anselme Nordon avait eu son congé absolu pour cause de blessures et après avoir donné des preuves de son courage dans la guerre de Vendée. Mais il prit à ses frais les eaux de Barèges et il redemanda du service en disant qu'il était plein de force et de zèle. Réintégré dans son grade à la suite de la 22« demi-brigade, il fit toutes les campagnes de Moreau. Il eut deux fils tués à ses côtés, et au combat de Landshut où il était sous les ordres du général Leclerc, un boulet lui emporta la cuisse gauche. Nordon obtint une pension de 1200 francs. Il aurait voulu la croix et il la postula non seulement sous l'Empire, mais sous la Restauration : il ne se bornait pas à rappeler son passé militaire ; il assurait qu'il était honoré de la confiance du curé de Saint- Germain-l'Auxerrois et il prétendait qu'au 10 août, bien qu'il servît alors dans la garde nationale, il appartenait
(1) Cf. plus haut, p. 170.
aux gardes suisses, qu'il avait combattu jusqu'à la fin de l'affaire et reçu un coup de feu à la tète, qu'il s'était réfugié à l'ambassade d'Espagne I . Pignard avait assisté à la bataille de Saumur aux côtés de Santerre, et le général-brasseur disait que des trois jeunes officiers requis pour l'accompagner, Pignard était le seul qui eût échappé à la mort. Le 15 juin 1793, il fut nommé adjoint aux adjudants généraux de l'armée de l'Ouest. Mais, pendant qu'il remplissait ces fonctions à l'état-major, il fut remplacé au 22« : deux officiers, Glouet et Maugras, étaient déjà sortis de son bataillon en qualité d'adjoints, et une loi récente voulait, qu'en ce cas, le troisième officier qui serait adjoint, perdît son rang et son emploi. Il protesta, et au lieu de demander sa réintégration au 22<», il sollicita une place d'adjudant général ou une compagnie au H« hussards; le Comité lui répondit qu'il y avait trop d'adjudants généraux et que la loi et le bien du service défendaient de mettre un officier d'infanterie dans la cavalerie. Alors Pignard demanda sa réintégration au 22^^. Le Comité lui objecta qu'il était le troisième officier sorti comme adjoint du bataillon et que, par suite, il avait été remplacé légalement. Pignard s'obstina. Il soutint que la légion germanique était composée de trois bataillons, qu'elle pouvait donc fournir six adjoints, qu'il était le troisième et ne devait pas conséquemment être remplacé. Le Comité lui répliqua qu'il avait été nommé adjoint le 15 juin à une époque où la légion n'existait plus; d'ailleurs, lors même que la légion n'eût pas été licenciée, de l'aveu même de Pignard, deux officiers, Clouet et Maugras, étaient sortis de son bataillon avant le 15 juin, et, s'il avait été sûr de rester au 22«, aurait-il postulé une place d'adjudant général ou de capitaine de cavalerie? Il fut
mis à la suite de la 49« légère. Mais il avait du guignon. Quand, au mois d'août 1800, radjudant-commandant Fontaine, employé à l'armée de Batavie, dans la 26« division militaire, désira Tavoir comme second adjoint, Carnot remarqua que les adjoints des divisions militaires venaient d'être réformés par arrêté des consuls ; Pignard représenta que la 26« division militaire était commandée par le général en chef de l'armée de Batavie et que Tadjudant-commandant pouvait et devait avoir deux adjoints; de nouveau Carnot lui opposa l'arrêté.
Roze, capitaine après le licenciement, montrait, comme il dit, quelque capacité pour les bureaux. La Commission centrale le fit adjoint à Tétat-major de l'armée de rOuest et le chargea de défendre à Tours le pont de bois et au besoin de le brûler ; il resta onze jours sans se déshabiller ni se débotter. Nommé par Guimberteau et Ichon adjudant général chef de brigade et chef provisoire de l'état-major des troupes de réserve, il fut, sur une dénonciation calomnieuse, enfermé à la maison d'arrêt de Port-Libre et recouvra sa liberté après le 9 thermidor. Oh le trouve alors commandant temporaire d'Avignon et en 1796, adjudant général à l'armée d'Italie. Sa place était à l'armée d'Orient. Marseillais et fils de Marseillais, il avait jadis passé cinq ans en Morée chez un oncle, et il savait l'espagnol, l'italien, le grec et la langue franque. Il fut envoyé à Corfou et Gentili, puis Chabot louèrent ses talents. Mais attiré par Ali, pacha de Janina, à une conférence, enlevé comme otage, conduit à Constantinople, il mourut en 1799 au château des Sept- Tours.
Sanson, ancien soldat au régiment d'Anjou sous le nom de Sans-Souci, devint successivement fourrier, sergent-
major, adjudant sous-officier et, au i^' avril 1793, adjudant-major dans les arquebusiers de la légion germanique. Passé au 22« régiment en qualité de quartiermaître, puis à la 13® demi-brigade d'infanterie légère, il fut promu capitaine en 1806. Mais il avait été blessé à Austerlitz et il boitait. On fit de lui un capitaine de recrutement. Relevé de ses fonctions en 1 812 parce qu'il était « sans ordre et incapable », laissé au dépôt, il prit sa retraite en 181 S après avoir inutilement sollicité un emploi d'adjudant de place.
Bo, le fils du conventionnel, tourna fort mal. Lieutenant au 22® d'infanterie légère en 1793, il était devenu lieutenant au 11® hussards en 1794. Mais il s'absentait de son corps sans autorisation et s'amusait à Nantes lorsque son régiment se trouvait à Poitiers et à Saintes. Vertement tancé, il finit par donner sa démission en 1796. Trois ans plus tard, il redemandait du service (il écrivait cervzce) et obtenait un emploi de lieutenant au 1«' bataillon auxiliaire de Loir-et-Cher (il écrivait baltalion atixilliere de Loire et Chère). On le mit bientôt en réforme. L'opinion dans le Loir-et-Cher était unanime sur son compte : il n'avait ni capacités ni moralité. Il fut accusé de plusieurs délits d'escroquerie en matière de conscription et par un jugement de la Cour criminelle de Loir-et-Cher, puis de la Cour de cassation, condamné à six années de prison et à 300 francs d'amende. Aussi, en 1807, le ministre le rayait du contrôle des officiers réformés, « comme n'étant, sous aucun rapport, susceptible de reprendre du service ».
L'artillerie de la légion avait été attachée au 22« régiment d'infanterie légère. Le capitaine en premier, Martin, resta dans l'arme avec son grade jusqu'en 1803.
Pneuss, capitaine en second, blessé le 7 juin 1793 à la caisse gauche par un coup de feu, employé plus tard aux dépôts et à la conduite des conscrits, obtint au mois de juillet 1801 une retraite de 800 francs.
D'autres officiers de la légion, Marceau, Boisson- Qnency, Darnaud, Mahon, Baur, Chrétien, Hirschmann, Laafeld n'étaient entrés ni au 11* régiment de hussards ni au 22* régiment d'infanterie légère.
Marceau, le lion de l'armée de Sambre-et-Meuse, est assez connu.
Boisson-Quency, proposé comme lieutenant-colonel des arquebusiers le 1®' avril 1793 par le conseil d'administration de la légion germanique, comptait obtenir le brevet de ce grade. Après une longue enquête, la Commission des armées refusa de le reconnaître en cette qualité parce que le Conseil exécutif n'avait pas ratifié sa nomination. Mais Boisson-Quency se consola facilement. Il avait, lorsqu'il sut la décision de la Commission, conquis dans les états-majors le grade de chef de brigade ou de colonel. Au mois de novembre 1793, Dugommier avait informé le ministre qu'il appréciait le civisme et les talents militaires de Boisson-Quency et qu'il désirait avoir ce citoyen dans l'armée qui assiégeait Toulon. Nommé adjudant général chef de bataillon par les représentants, Boisson-Quency suivit Dugommier à Tarmée des Pyrénées-Orientales pour l'aider à l'exécution de ses projets sur la Catalogne. Les conventionnels Milhaud et Soubrany le promurent adjudant général chef de brigade, et le Comité le confirma. Mais il y avait alors à l'armée des Pyrénées-Orientales près de quatre-vingts adjudants généraux, au lieu de seize, et Boisson-Quency,
d'ailleurs fatigué, quitta Tarmée pour commander en second à Perpignan. Il fut, avec Roze, Lavalette et Tardieu Saint-Marcel, un des quatre adjudants généraux que le Comité voulut, par un arrêté du il avril 1795, envoyer dans les Indes occidentales sous les ordres du général Félix Dumuy pour armer et organiser les nègres libres. L'expédition n'eut pas lieu, et Boisson-Quency avait remarqué au Comité « avec toute la résignation due en pareil cas » qu'après avoir consulté des médecins experts, il ne pouvait s'acclimater à Saint-Domingue. Attaché à l'armée de l'intérieur, chargé par les comités de gouvernement de surveiller et de protéger l'arrivée des subsistances de Paris, et par le ministre de la marine d'apurer les comptes de l'expédition de Félix Dumuy et de recouvrer tous les effets tirés alors des magasins, employé auprès du ministre de l'intérieur pour l'accompagner dans les fêtes et cérémonies publiques, Boisson-Quency croyait rester longtemps encore au service. La suppression de l'armée de l'intérieur le fit mettre en réforme. Il offrit au Directoire un Livre de poche militaire qui contenait des maximes et des règles extraites des meilleurs ouvrages sur l'art de la guerre. Il lui rappela qu'il avait composé plusieurs écrits patriotiques, l'assura qu'il savait les langues étrangères, qu'il connaissait les « localités, mœurs et caractères », qu'il se souvenait d'anecdotes marquantes qui « l'avaient mis dans le cas de préserver plusieurs fois son pays de la guerre civile », qu'il était « exercé dans la partie administrative et politique comme dans la partie militaire depuis nombre d'années sans avoir jamais été destitué ni suspendu ». Il lui dédia une Épitre à l'occasion de la fête de la Reconnaissance, retraçant les exploits des armées et notamment de l'armée d'Italie, louant les directeurs :
Sous un ordre aussi sage et puissant à la fois, Craignez, tyrans, le sort du dernier de nos rois ; En vain vous retardez le progrès des lumières ; Malgré vous, la raison franchira vos frontières.
Il sollicita du Premier Consul les fonctions de souschef d'état-major à l'armée des Grisons. Rien n'y fit. En 1810, il eut l'idée de rédiger sa pétition en vers et Clarke reçut avec étonnement une ÉpUre en forme de requête^ suivie de deux quatrains et d'un sonnet sur Napoléon, « Dieu de la terre ef de l'onde ». Boisson- Quency célébrait dans le style le plus plat les mérites du ministre, vantait sa propre sincérité et son désir d'être utile :
Je languis d'être oisif, étant grand travailleur, glorifiait son zèle d'autrefois :
Mon service ancien d'adjudant général, Pourrait me mériter votre appui patronal,
accumulait à la fin de sa misérable élucubration les apostilles et les recommandations.
Clarke, tels sont mes vœux, entendez ma prière ; Invoquant cependant l'œil de ce Ministère Sur les titres puissants que je joins à ces vers, Ils pourront mettre fin à de trop longs revers ; Daignez les honorer d'un accueil favorable.
Clarke ne jugea pas cette requête, si extraordinaire qu'elle fût, « susceptible, comme disait le poète, d'un prononcé bénin », et au mois de juin 4811, Boisson- Quency fut admis à la retraite.
Darnaud s'était engagé comme simple dragon « plutôt
que de rester oisif (1) ». Il fut remarqué par le représentant Monestier qui le fit sous-ofûcier aux hussards de la Sainte-Montagne ou 12* hussards, et il était capitaine adjudant -major, lorsqu'au mois de janvier i794 le bataillon de la première réquisition du district d'Orthez l'élut pour commandant. Ce bataillon fut encadré, et Darnaud revint au 12* hussards. Nommé par Monestier adjoint aux commissaires des guerres dans la division de Pau, il dut se retirer quand eut lieu la nouvelle organisation de Tan m. Il écrivit alors au Comité de salut public une lettre originale : « Voilà encore un ex^ allez-vous dire en voyant ma pétition; mais les ex vivent comme ceux qui ont pris leur place, et ils ne peuvent pas vivre de Tair du temps. J'ai été tour à tour soldat, adjudant-major, dragon, adjudant de hussards, commandant de bataillon, capitaine de hussards, commissaire des guerres, et je ne suis plus rien. Employez-moi n'importe où ! J'ai été obligé pour me rendre à Paris, mon pays natal, de vendre une maison de mon épouse 27,000 livres, et il y a tant d'honnêtes aubergistes de Saint-Jean-de-Luz à Paris que si cette capitale eût été plus loin de trois lieues, je serais mort de faim, faute de moyens ; car, dans les Landes, on n'a pas eu honte de me faire payer 240 livres pour une soupe à l'oignon et un peu de poisson, quoique fournissant le pain moi-même. » Réintégré en novembre 1795 comme commissaire de 2« classe, renvoyé de nouveau deux ans après, réemployé durant quelques mois dans une demi-brigade avec le grade de quartier-maître trésorier, Darnaud mourut à Pau en 1805.
(1) Voir plus haut, p. i7G.
Mahon, adjoint aux adjudants généraux et aide de camp de Félix Wimpffen, fut, après la dissolution de Tétat-major des côtes de Cherbourg, arrêté à Bordeaux, par ordre des représentants Ysabeau et Tallien, puis renvoyé dans sa famille. Dut-il sa liberté à la délation ? Louvet l'accuse dans ses Mémoires {l) d'avoir dénoncé Girey-Dupré, Boisguyon, Duchastel et Cussy. « Il s'était, dit Louvet, réfugié à Bordeaux avec la femme de Puisaye ; je ne sais où il traîne son existence, mais quelque part qu'il se cache, les remords le rongent et la honte l'atteindra ; il a fait assassiner quatre hommes de bien. » Quoi qu'il en soit, Mahon demanda sa réintégration dans la légion germanique, c'est-à-dire au 11® hussards. Mais il était rayé du contrôle de la légion où il n'avait jamais paru. Il ne put rentrer au service qu'en 179S dans la gendarmerie. Dix ans plus tard, il fut appelé à l'étatmajor général de la Grande Armée, et, en 1812, nommé chef de bataillon dans un régiment de ligne. Il assista aux batailles d'Ulm et d'Âusterlitz; il commanda la place de Linz ; il fit les campagnes de Prusse, de Pologne, d'Espagne, de Russie; à Ocana, il reçut la croix des mains de Mortier, et il racontait qu'après la débâcle de Moscou il s'était jeté dans Dantzig où il combattit sans cesse aux avant-postes. Prisonnier de guerre et relégué sur les bords du Don, il revint en France au mois de septembre 4814 avec 75 hommes, débris de son bataillon. Il fut mis à la demi-solde.
Baur entra comme adjudant-major au 5« bataillon des volontaires du Haut-Rhin où son frère servait déjà, et il était capitaine en 1807 lorsqu'il prit sa retraite.
(1) Louvet, Mém,, p. Aulard, II, 48.
DBSTIMS. 2S3
Chrétien avait été nommé commissaire civil aux îles du Vent dès le mois de novembre 1792, et en attendant son départ, il remplit plusieurs missions : il alla, de la part du ministre Monge, demander à la manufacture de Tulle des armes pour la marine. Il était à Rochefort lorsqu'il apprit que la légion germanique était accusée de méditer la ruine de la République. Il engage alors une correspondance curieuse avec l'adjoint du ministre de la guerre, Xavier Audouin. Tout d'abord, il ne veut plus appartenir à une légion déshonorée et il donne sa démission de capitaine. Mais il ajoute qu'il la donne à la nation ou aux représentants de la nation, c'est à-dire à la Convention, par l'organe du ministre ou du Conseil exécutif : ni un ministre seul, ni le Conseil exécutif ne peuvent recevoir la démission d'un fonctionnaire public pendant la durée des dangers de la patrie. Puis, après avoir lu les journaux, il prie Audouin, dont il connaît la véracité, de lui attester que les reproches des commissaires de la Convention ne s'appliquent qu'à l'état-major de la légion germanique et aux épaulettiers, et dans ce cas il ne quittera pas un corps auquel il n'aurait à décerner que des éloges. Audouin lui répondit que les officiers accusés d'incivisme avaient demandé des juges ; que, s'ils étaient reconnus coupables, ils seraient destitués; que, s'ils étaient absous, Chrétien se féliciterait de ne pas les avoir regardés, sur une simple inculpation, comme des ennemis de la chose publique. Chrétien, profitant de l'avis, retira sa démission. Mais à la fin d'octobre, il la présentait de nouveau parce que de justes dénonciations se succédaient contre la légion. Audouin lui écrivit une lettre très flatteuse : on était sensible au chagrin qu'il témoignait de l'inconduite de la légion ; on n'oublierait pas qu'il rendait ailleurs d'importants ser-
25 i CHAPITRE IX.
vices, tandis que plusieurs officiers du corps faisaient le mal ; s'il n'allait dans un autre hémisphère, on se serait empressé de l'employer. Chrétien partit de l'île d'Aix, ainsi que Victor Hugues, au mois d'avril 1794, avec les troupes qui reconquirent la Guadeloupe. II était à la tête des soldats et des marins qui prirent le fort Fleurd'Épée. Mais il était d'une santé débile et il mourut épuisé de fatigue en arrivant à la Pointe-à-Pitre (1).
Hirschmann est un des mauvais sujets de la légion. Employé après le licenciement à l'armée du Rhin, arrêté par ordre du chefd*état-major Bourcier et, sur la réquisition des représentants, amené à Paris par le lieutenant de gendarmerie Pascal, enfermé à. Sainte- Pélagie, il trouva moyen de dénoncer Pascal et de l'envoyer à l'échafaud (2). Nommé adjoint à l'adjudant général Heyden et réformé avec lui, attaché de 1799 à 1801 à l'état-major de l'armée de Mayence où il avait conduit un détachement de conscrits, officier d'ordonnance de son ancien camarade Augereau durant toute l'année 1806, puis, capitaine aux chevau-légers d'Arenberg, ou 27» régiment de chasseurs à cheval, qui tenait garnison à Liège, il fut mis à la retraite en 1809. Tous ses chefs s'étaient plaints de lui. Le général inspecteur Fauconnet avait écrit qu'il ne se faisait aucune idée des devoirs d'un officier. Le colonel prince d'Arenberg l'avait relégué au dépôt en l'accusant d'incapacité absolue. « Hirschmann, disait le duc d'Arenberg, est un de ces officiers qui se glissent presque toujours dans la forma-
(1) Voir sur lui Rec. Aulard, IH, i37 ; Vlir, 071 ; IX, 4 et 321 et H. de Poyen, Les Guerres des Antilles, 73-75 (« Chrétien, homme vertueux et énergique »).
(2) Cf. Engerrand, Pitou, 51.
tion d'un nouveau corps ; il n*est pas dans le cas de conduire un peloton, ni même de mettre un homme à cheval ; il n'entend rien à la discipline et, quoique brave homme, il est tellement borné qu'on ne peut plus espérer de changement. » Sur ce rapport, le ministre pria le général Laurent qui commandait le département de rOurthe, d'examiner Hirschmann et de rendre compte. Le général Laurent était absent et le chef d'escadron Tenault, du 2V chasseurs, faisait l'intérim. Il répondit sur son honneur que Hirschmann « n'était propre à rien, même pas dans le cas d'instruire un homme à monter à cheval », qu'il ne pouvait commander sa compagnie et que c'était trop tard à 49 ans pour apprendre le métier d'officier de cavalerie, qu'il avait la plus mauvaise tenue, qu'il donnait le plus vilain exemple , qu'il vivait avec une femme de mauvaise vie et ce qu'il y avait à Liège de plus mauvais. Hirschmann reparut pourtant dans les armées. En 1811, il assurait à Clarke qu'il avait encore la force de servir, qu'il parlait avec facilité l'allemand et le hollandais, qu'il saurait être utile à son prince en qualité de commandant d'armes. Il fut, vers la fin de 1812, envoyé comme adjudant de place à la batterie de Travemûnde, où il resta jusqu'au mois de juin 1814.
Imfeld avait, après être sorti de la prison de Tours, demandé que le ministre lui rendît son emploi de capitaine dans le régiment de hussards formé des débris de la légion germanique. Mais le conseil d'administration du 41® hussards combattit sa nomination, assura qu'elle troublerait l'ordre du régiment, que les officiers ne verraient pas sans déplaisir au milieu d'eux un homme qui n'aurait jamais leur confiance, et il exposait ainsi ses motifs : 1^ Imfeld avait été destitué par les représentants du peuple parce qu'il « protégeait les sentiments liberti-
cides des chefs prévaricateurs » ; 2^ étant destitué, Imfeld n'avait pu être compris dans le nombre des capitaines du régiment; 3^ Imfeld était dépourvu de talents militaires et absolument incapable de remplir une place si importante (1). Imfeld écrivit, non sans fautes d'orthographe, lettres sur lettres et mémoires sur mémoires. Il obtint un rapport favorable de la société des Jacobins qui vanta sa probité, son républicanisme, sa « marche révolutionnaire » et affirma que ses dénonciateurs étaient des ambitieux qui détenaient ou désiraient sa place. Il produisit nombre de certificats d'Osselin, de Marceau, de la section de l'Arsenal : Osselin témoignait qu'Imfeld n'avait pas fait partie de l'état-major et de l'administration financière de la légion germanique; Marceau, qulmfeld avait servi avec lui durant six semaines tant à Philippeville qu'en route sans avoir commis aucun acte incivique; la section de l'Arsenal, qu'il avait toujours donné des preuves du plus pur patriotisme. Mais la lettre du conseil d'administration du 11® hussards était restée au dossier d'Imfeld, irréfutable, implacable. Par deux fois, la Commission des armées déclara que la réclamation d'Imfeld n'était pas fondée et par deux fois, le Comité de salut public décida qu'il n'y avait pas lieu à délibérer (2). Imfeld s'indigna. Les adjoints de l'exministre Bouchotte, disait-il, 1' « astucieux » Jourdeuil et Xavier Audouin, avaient trompé la Commission des armées ; la faction des Hébert, des Vincent avait prévalu contre lui ; Ronsin « avait tout fait, et on maintenait son ouvrage! » II jurait qu'il était des vrais amis de la
(1) Lettre du Conseil d'administration, signée Paul, Chaillou, Van Vessem, Latour et Râteau, 12 avril 1794.
(2) 2 mai et 15 juillet 1794.
liberté. Il demandait que son mémoire fiit envoyé à toutes les sociétés populaires — il écrivait pobtilere — et il ne craignait pas de < passer au scrutin épuratoire de la France entière ». Il finit par être nommé capitaine à la suite au 12<' régiment de hussards. Mais à la fin d'octobre 4796, « d'après des renseignements sur son inconduite et son incapacité »• Hoche lui eiyoignit de se retirer dans ses foyers et le 2 décembre suivant le Directoire pronon-* çait sa destitution. Imfeld protesta, et il exhiba deux certificats élogieux : ses camarades attestaient qull était un brave officier, qu'il méritait l'estime de ses concitoyens et remplissait ses devoirs avec zèle. Il ignorait que ses camarades ne lui avaient délivré ces certificats que pour se débarrasser de lui : « c'est le plaisir de le voir partir, avouèrent-ils, qui nous avait engagés à les lui donner (1) ». Il ignorait que ses camarades l'avaient dénoncé formellement à Hoche : « Imfeld, disaient-ils, accoutumé à vivre dans la crapule, ne cesse de se compromettre avec les soldats et de mener avec eux une vie déshonorante; il ne cesse de cabaler; il n'est que capable de mettre la désorganisation; ses mauvais desseins, ses menaces, ses projets ne respirent autre chose; s'il n'avait pas eu des officiers qui le suppléaient, sa compagnie serait hors d'état de vous être présentée ; il est douloureux pour de braves militaires d'être commandés par un homme sans mœurs et sans talents, et d'avoir pour camarade un homme de ce genre. » Imfeld sollicita vainement en janvier 1800 une place de capitaine dans la légion des Francs du Nord. Il se fit limonadier.
(i) Qu'on juge par là de la valeur des certificats dont tous les officiers de ce temps étaient munis.
Quelques officiers de la légion disparurent presque aussitôt, soit dans les combats livrés aux Vendéens, comme Dangerville, Goezmann et les cuirassiers de Saumur, soit sous les coups de la justice révolutionnaire, comme Bédrune. Ce Bédrune se vantait d'avoir, au mois de décembre 1792, désarmé les < brigands » de Chartres sans brûler une amorce, et demandait une place d'adjudant général ou de lieutenant-colonel dans une armée du Nord ou du Midi. On le nomma, après le déchirement, lieutenant-colonel dans la légion de la Fraternité. Mais, accusé d'incivisme et de lâcheté, il fut envoyé à Téchafaud par la commission militaire de Tours. « Les représentants, écrivait le commissaire national Félix, le 3 juillet, viennent de former une commission militaire qui juge en dernier ressort à mort et sans désemparer, tous les délits militaires et ceux des émigrés et prêtres réfractaires qui ne se seraient pas soumis à la loi de déportation. Tous les aristocrates tremblent, et demain, à 7 heures du matin, Bédrune, lieutenant-colonel de la légion germanique, sera guillotiné (1). »
Les deux Leigonyer, Amable et François, n'avaient fait que passer à la légion germanique pour entrer au 19® dragons. Tous deux furent suspendus le môme jour, le 25 septembre 1793. Amable protesta vivement, et les dragons qu'il commandait à Fontenay-le-Comte, attestaient qu'il s'était toujours conduit en vrai républicain, en bon patriote et en brave militaire ; mais il ne fut pas réintégré. François avait suivi son père, le général, à l'armée des Pyrénées, et il quitta le service sans récri-
(1) Affiches de la Commune de Paris, n» 22, 8 juillet 1793.
miner; il reparaît en 1814 à la tête des gardes nationales du Cantal.
Le Belge Gharlier, devenu capitaine à la légion de la Fraternité, se battit avec courage aux affaires de Doué et de Saumur; mais ses forces affaiblies, ses infirmités aggravées le mirent hors d'état de servir, et dès 1793, grâce à Xavier Âudouin qui le qualifiait d'apôtre de la liberté, il obtint sa retraite.
D'autres, à l'exemple de Hamberger, entrèrent ou rentrèrent à la maison nationale des Invalides.
Klein, sergent-major lorsqu'il avait quitté l'Hôtel, y revint comme lieutenant au mois de juillet 1794.
Prouille, devenu chef de bataillon au 22« régiment d'infanterie légère, y fut admis au mois de juillet 1795.
Ouy, lieutenant-colonel des cuirassiers de la légion, qui s'était . retiré à Langres après le licenciement, fut, comme Prouille, admis aux Invalides en juillet 1795 à cause de ses infirmités. Il s'ennuya et il sortit de l'Hôtel. Mais sa pension de douze cents livres ne lui fut pas payée, et ne pouvant subsister, il rentra comme chef de bataillon vers la fin de 1798 à la maison nationale.
Deux ans plus tard, en février 1800, un autre officier de la légion germanique, Gantzert qui comptait trente et un ans de services, demandait son admission à l'Hôtel : sa pension était insuffisante, sa femine infirme, et luimême venait d'avoir une grave maladie qui le réduisait à la misère. Il fut admis, le mois suivant, avec le grade de lieutenant.
Un autre, le Suisse Perny, lieutenant au 22* régiment d'infanterie légère, n'avait qu'une pension de soixantehuit francs ; nous le voyons entrer aux Invalides en 1816.
Les ofïïciers hollandais de la légion qui servaient encore sous le drapeau français, reçurent Tautorisation de rentrer dans leur patrie lorsque la République se fut emparée des Provinces-Unies. « Le gouvernement, leur écrivait la Commission des armées, ne peut qu'applaudir, aujourd'hui que la liberté de votre nation est conquise par la force de ses armes, au zèle des Bataves qui désirent retourner dans leur pays. »
Kuelkens avait, dès le mois de mars t793, quand il était à Philippeville, demandé la permission de rejoindre Dumouriez qui venait d'envahir la Hollande. « La nation française, disait-il, va faire trembler le stathouder et la maudite sœur de Frédéric-Guillaume », et il assurait qu'il serait utile, qu'il connaissait le pays et la langue du pays. « Peu m'importe, ajoutait-il, de trouver la mort. Mes enfants seront Français, ils hériteront de mes sentiments, ils consoleront leur mère, ils lui diront : Vous avez perdu notre père, mais il a vengé sa patrie adoptive qui avait pour base la chute des tyrans, la défense des droits de l'homme et la liberté de l'univers! » En i795, après avoir obtenu du 22» régiment d'infanterie légère un certificat qui louait son zèle et son courage, il regagna le sol natal et entra comme capitaine au 4® bataillon de chasseurs de la République batave.
Harten avait, après le licenciement de la légion germanique, rejoint la légion franche étrangère ou légion batave où il exerçait naguère les fonctions de quartiermaître trésorier. Mais la légion batave fut, elle aussi, licenciée et incorporée ; Harten quitta le service et, après Fleurus, 'revint aux Pays-Bas.
Rochus ne servit plus en France. Arrêté à Tours et après quarante jours de détention, renvoyé, comme il disait, avec ordre d'aller où bon lui semblerait, il était
revenu à Béthune où il avait fixé son domicile depuis son arrivée en France. De là, le 2 octobre 1793, il écrivit au ministre : il désirait servir la République au !!• régiment de hussards. On lut sa requête à la légère ; il l'avait datée sans mettre son adresse au commencement ou à la fin, mais il disait dans le corps de la lettre qu'il attendait des ordres à Béthune. Sa demande fut ainsi annotée : « On ne peut lui répondre, il ne donne pas son adresse. » Il reparut plus tard en Hollande et y mourut en 1811 comme lieutenant-colonel pensionné.
Des sous-officiers et même de simples soldats de la légion germanique s'élevèrent assez haut : Arnold, Barguet, Berges, Béroud, Brindelle, Gay, Hoffmayer, Le Oaigneur, Macquin, Mathilde, Noél, Peltier, Rossi, Rottembourg, George Schwartz, Schweninger, Spreux, Valleton, Virton, Vitry, Weingarten (1).
Le sergent d'artillerie Arnold, nommé sergent-major et sous-lieutenant avant le déchirement de la légion, fut, dès le mois de juin 1793, adjudant-major avec rang de capitaine au 22® régiment d'infanterie légère. Il avait encore le grade de capitaine lorsqu'il mourut de la fièvre, en 1806, à Raguse. Mais il était bon officier et on l'avait noté comme un homme assidu à ses devoirs et très instruit, qui se livrait tout entier à son état et à l'étude.
Barguet, sergent-major aux chasseurs à pied de la légion, promu sous-lieutenant au 6 mai et lieutenant au 12 août 1793, fut pris deux fois, à Saumur et à Brissac, par les Vendéens, et délivré deux fois. Après l'aifaire de
(i) Citons encore Bersy et Dimpre qui devinrent, le premier, lieutenant, et le second, capitaine.
Brissac, on le crut mort, et sa femme demandait une pension de veuve. Mais il avait reçu à Brissac un coup de sabre sur la tête, et cette blessure lui affaiblit la vue ; il quitta le service à la fin de 1794.
Berges, simple piconnier, devint capitaine en 1807 et prit sa retraite quatre ans plus tard ; Kellermann trouvait qu'il avait des moyens et une bonne conduite.
Béroud, entré dans la légion comme caporal, monta de grade en grade et il était capitaine depuis six ans quand il fut blessé mortellement à Heilsberg.
Brindelle, hussard au régiment de Berchiny, entré dans la légion à la fin de mars 1793 comme brigadier fourrier, était pareillement capitaine et il avait la réputation d'un bon offlcier lorsqu'il eut sa retraite en 1812. Il ne devait pas en jouir longtemps : il vivait à Stenay, et le préfet des Ardennes l'avait nommé capitaine instructeur des gardes d'honneur qui stationnaient à Mézières; le 5 mai 1813, Brindelle fut, au cours d'une leçon, atteint à la tête d'un coup de pied de cheval qui le tua net.
Gay était fils d'un notaire et il terminait ses études quand éclata la Révolution. Le métier des armes l'entraîna. Il était devenu sergent-major dans la garde nationale de Perpignan. A la fin de novembre 1792, il entrait dans la légion germanique comme maréchal des logis. Capitaine en 1799, il se distingua dans la campagne de 180S et Masséna attesta qu'il s'était parfaitement conduit. Il s'attacha plus tard à la fortune du roi Joseph qui le fit chef d'escadron, major, colonel et adjudant supérieur du palais. Rentré comme major en 1814 au service de France, il fut nommé colonel par la Commission provisoire au mois de juillet «81S; les Bourbons refusèrent de le confirmer dans ce grade
qu'il n*obtint définitivement que sous le règne de Louis- Philippe.
Hoffmayer, d'abord simple cuirassier, brigadier au 11« hussards après le licenciement, devint baron de l'Empire, colonel de dragons, major au 2« régiment des éclaireurs de la Garde impériale. Mais il avait été plusieurs fois blessé : coup de feu à la cuisse au passage du Mincio en décembre 1800 ; coup de lance au bras droit et coup de sabre à la tête à la journée du 25 septembre 1812 en Russie, et il avait fait toutes les campagnes de la Révolution et de TEmpii'e, au Rhin, en Vendée, aux Pyrénées occidentales, en Italie, en Espagne et, depuis 1809, à la Grande Armée, en Autriche, en Russie, en Saxe, en France, en Belgique.
Le Gaigneur, dit Langlois, trompette-major au 11* hussards en 1793, sous-lieutenant à l'ancienneté en 1799, était capitaine à la fin de l'Empire et commanda sous la Restauration la compagnie départementale du Vaucluse.
Mathilde, entré comme caporal dans la légion, devint capitaine en 1808 à la 18* demi-brigade d'infanterie légère.
Noël était, lui aussi, capitaine lorsqu'il se retira, et il avait le renom d'un officier sensé, judicieux qui administrait fort bien la partie de Thabillement.
Paupe, sous lieutenant à l'ancienneté en 1795, fut, à l'armée de l'Ouest, aide de camp du général Monter qui louait son intelligence et son zèle; il était lieutenant quand il donna sa démission, et il fut plus tard garde des eaux et forêts à Birkenfeld.
L'Alsacien Peltier dont Kellermann vanta les talents et la conduite, devint — ainsi que TArdennais Macquin — capitaine adjudant-major.
Rossi servit vingt-trois ans « sans une minute d'interruption » au H« hussards, devenu 29* dragons, puis 6* chevau-légers, et y obtint le grade de capitaine. Il vivait à Dôle dans la retraite en 1815 et il voulut rentrer au régiment pour « partager la gloire et le danger de tant de milliers de Français qui seraient conduits au champ d*honneur par le grand monarque ». Mais il était trop tard : pas une place ne vaquait au régiment, et quelques jours après la lettre du ministre qui lui conseillait de demander au préfet du Jura un emploi dans les gardes nationales mobiles ou dans les partisans, éclatait la nouvelle de Waterloo.
Le Phalsbourgeois Rottembourg, devenu sous-lieutenant au 22'' régiment d'infanterie légère, puis lieutenant à la légion des Francs, prit part à l'expédition d'Irlande et mourut dans un naufrage.
Le Strasbourgeois George Schwartz était capitaine et passait pour très bon officier de cavalerie, bien qu'il n'eût pas d'instruction théorique, lorsqu'il fut réformé en «801 pour infirmités.
François Schweninger, plus connu dans l'armée sous le nom de François, ancien soldat de Royal-Suédois, reçut en 1802 le grade de lieutenant. C'était lui qui, dans la guerre de Vendée, à Taffaire de Daon, le 29 juin 1795, avait tué Coquereau, un des chefs les plus célèbres de la chouannerie.
Spreux, qui devint capitaine en 1809, fut tué à la bataille de la Moskova.
Valleton, ancien soldat d'un régiment d'infanterie et de la garde nationale soldée de Paris, entré dans la légion au mois de septembre 1792, passa par tous les grades, et il était lieutenant au 11® hussards lorsqu'il périt en 1796 à l'armée du Rhin.
Virton, de Treslon, près Reims, était entré en novembre 1791 au 1®' bataillon des volontaires de la Marne, Au mois de janvier 1793, il se fit remplacer à ses dépens. Le 11 mars suivant, après avoir réglé ses affaires à Treslon, il s'enrôlait dans les piconniers de la légion germanique, où il se rendait tout habillé, équipé, monté à ses frais. Fourrier au bout de deux mois, puis maréchal des logis, sous-lieutenant au 11« hussards, il donna sa démission en 1795 pour cause d*inflrmités et alla s'établir à Reims comme fabricant de draps. Il prétendit avoir découvert le moyen de perfectionner la texture des draps larges, et Chaptal, ministre de l'intérieur, lui demanda un mémoire descriptif et un modèle en petit de la machine qu'il employait. Mais Virton s'était ruiné; le défaut de fonds, disait-il, et des malheurs l'avaient forcé à abandonner cette branche d'industrie. En novembre 1803, il sollicita un emploi de sous-lieutenant de cavalerie dans l'expédition contre l'Angleterre; il assurait qu'il profiterait de l'invasion pour étudier les procédés de la fabrication anglaise et les transporter en France; sa requête ne fut pas accueillie. En 1808, il quitte Reims pour se fixer dans l'Aisne, à Festieux, comme géomètre-arpenteur. En 1812, il se fait nommer, par le préfet Méchin, inspecteur des mines tourbières du département. En 1814, pendant l'invasion, il est garde-magasin des fourrages à Laon. Sous les Cent Jours, il obtient le grade de sous-lieutenant dans les équipages militaires auxiliaires de l'Aisne et assiste à la bataille de Waterloo. Redevenu géomètrearpenteur à Festieux, il postule vainement en 1830 et en 1831 , soit un poste dans les fourrages, soit une lieutenance dans la compagnie des vétérans volontaires de l'Aisne.
Vitry monta de grade en grade et on louait sa con-
duite, sa bonne volonté, son « désir d'utiliser ses moyens pour l'avantage de son régiment ». Il était lieutenant adjudant-major au 29* dragons, après avoir passé deux ans à l'École d'équitation de Versailles, quand il mourut de ses blessures au mois de décembre 1812, à Vilna.
Henry Weingarten, fils du quartier-maître, engagé dans la légion germanique au mois de septembre 1792 — à l'âge de douze ans! — entra au 22« régiment d'infanterie légère, devint sous-lieutenant en 1801, donna sa démission l'année suivante pour avoir volé un de ses camarades, puis rentra volontairement au service dans le même régiment en 1806, redevint sous-lieutenant en 1811, reçut pendant la campagne de Russie les fonctions de premier porte-aigle, et sa bonne conduite, ses connaissances administratives et sa bravoure lui avaient valu le grade de capitaine au 19* léger et la croix de la Légion d'honneur, lorsqu'il tomba le 4 février 1814 à l'affaire de Châlons-sur-Marne.
Il reste à connaître le destin des chefs de la légion, de ceux qu'on nommait les quatre chefs : de Dambach, de Heyden, de Schwarz, de Beaufort-Schœnebourg.
Schwarz, le quartier-maître général trésorier, mis en réforme avec le traitement de chef d'escadron, demanda vainement sa réintégration dans la légion des Francs.
Le colonel ou chef de brigade Dambach avait été admis par un arrêté du 24 décembre 1796 à jouir du traitement des officiers réformés, jusqu'à ce qu'il pût être replacé. Il sollicita en avril et en mai 1798 le grade de général de brigade : il rappelait qu'une capitulation
spéciale l'avait chargé d'organiser la légion germanique « dissoute sous le régime de Robespierre », et il priait le Directoire de prendre en considération ses longs services, son âge avancé, ses infirmités et la position malheureuse où l'avait réduit la perte de ses biens situés en Pologne. « J'ai été, disait-il au ministre, colonel de cavalerie auprès de Frédéric le Grand, et ici, à l'armée, il y a des généraux de division que j'ai faits lieutenants dans ma légion, le brave Marceau, et Augereau, et plus de dix autres ; d'après mon ancienneté, je devrais être depuis longtemps général de division ; j'espère donc que le grade de général de brigade ne me sera pas refusé. » Il était recommandé par Kellermann, qu'il avait connu jadis en Pologne, et Kellermann assurait que Dambach « éprouvait la plus grande détresse avec son traitement de réforme ». Le ministre répondit que Dambach avait touché les appointements de 10,000 livres par an jusqu'au 24 décembre 1796, qu'il était ainsi < sufflsamment récompensé »^ que le Directoire avait d'ailleurs ajourné toute espèce de promotions. En vain, Dambach implora de nouveau le gouvernement et les ministres de la guerre Bernadette, Milet-Mureau. « Mes ^créanciers m'ont tout pris, écrit-il en septembre et en octobre 1799, j'ai tout vendu et il ne me reste plus rien, pas même un logement pour le mois prochain. Veuillez avoir quelques égards pour un brave militaire et empêchez par vos bontés qu'il ne meure de faim. » II affirmait qu'avec sa petite pension d'officier réformé, il ne pouvait subsister et élever son enfant ; il demandait que le ministre le mît en activité, l'adjoignît à un des généraux qui commandaient la cavalerie d'une armée; son seul désir était de servir la patrie et de mourir au champ d'honneur. On ignore ce qu'il est devenu.
Heyden, colonel en second de la légion germanique, finit en aventurier. Depuis 1793, il se plaignait de sa « honteuse et insupportable inactivité », et il demandait instamment une place, soit dans le militaire, soit dans la diplomatie, puisqu'il avait couru TEurope, et qu'il parlait à perfection le français, Tallemand, le hollandais, l'anglais et l'italien. Il ne fut employé qu'au mois de mai 1798, comme adjudant général à l'armée d'Allemagne, sous les ordres d'Augereau, son ancien subordonné, qui loua son zèle et son énergie. Mais sa nomination n'était que provisoire, et inutilement Augereau et Schimmelpenninck désirèrent qu'il fût appelé à l'armée de Hollande. Inutilement, Augereau le réclama plus tard, en assurant qu'il joignait à de bons services la connaissance des langues étrangères. Il reparait pendant la guerre de Prusse. En 4807, de son chef et sans l'autorisation du ministre, il se rend à la Grande Armée. Fait prisonnier par une bande de partisans et délivré par le colonel Shée, qui lui laisse, durant quelques heures, le commandement de la place de Ghristianstadt sur le Bober, il gagne Berlin où il se met à la disposition du général Saint-Hilaire, et Saint- Hilaire atteste plus tard que Heyden, attaché en 1807 et en 1808 « à un service particulier pour l'intérêt de l'armée, a rempli parfaitement sa mission, a toujours été utile à la chose publique ». Mais, par deux fois, Berthier le somme de rentrer en France. On se défie de lui. Hulin le note comme suspect, comme « cherchant à se mettre à la suite des armées, en offrant ses services pour les parties secrètes ». Aussi, au mois d'avril 1812, lorsque s'organisent les cohortes de gardes nationaux, Heyden sollicite vainement un'emploi. Il écrit à Clarke qu'il a constamment, et par devoir, sacrifié à la France
fortune et santé, qu*il voudrait comme chef de cohorte consacrer le reste de ses forces à la cause de l'Empereur et à la défense de sa patrie adoptive. Loin de le réintégrer, Clarke le fait arrêter! Le 30 novembre 1812, le ministre de la guerre marquait à Savary que Heyden était noyé de dettes et capable de tout pour de l'argent, qu'il fallait l'éloigner de Paris. Le 47 décembre suivant, Heyden allait aux bureaux de la préfecture de police recevoir son passeport pour Rotterdam, qu'on regardait à tort comme le lieu de sa naissance. Dès son arrivée, il tenta de se concilier la faveur du commissaire général Marivault. De son propre mouvement il envoyait à Marivault, des rapports sur les communications clandestines de certains bateliers avec l'Angleterre. Avant d'admettre le personnage au nombre de ses agents occultes, le commissaire général consulta Real. < Heyden, répondit Real, est un intrigant dangereux qui ne mérite aucune confiance. > Marivault rompit toute relation avec Heyden et le surveilla très étroitement; c'était, mandait-il à son tour, un « tripoteur », un « colporteur de fausses nouvelles », et dans les derniers jours de novembre 1813, quand il dut quitter Rotterdam, il eut soin d'envoyer Heyden sous escorte à Bréda : l'homme, disait-il, était auda* cieux, entreprenant, avait des intelligences avec les orangistes et les anciens patriotes hollandais; peut-être le destinait-on à lever une légion ou à conduire un corps d'insurgés. Sur l'ordre du ministre de la police, Heyden fut transféré à Sainte-Pélagie. II sortit de prison au mois d'avril 1814, et lorsqu'il sut que le portefeuille qui contenait ses papiers avait été perdu dans le désarroi de l'invasion, il attaqua Marivault devant les tribunaux. Selon Heyden, le commissaire avait soustrait, outre un poignard, les « éléments de sa fortune »,
des billets, des reconnaissances, des lettres de change pour plus de 300,000 francs! Marivault répliqua que le portefeuille ne renfermait que des pétitions où Heyden demandait le remboursement des avances qu'il aurait faites pour la légion germanique. Et pouvait-on croire un homme qui réclamait un poignard « enrichi de diamants », un poignard « turc de grande valeur », et qui, dans son interrogatoire, quelques mois auparavant, avait dit que cette arme était un vieux couteau de chasse qui n*avait de précieux que son manche d'agate ? Heyden, victime de Bonaparte, s'était déclaré royaliste; il affirmait sérieusement qu'il avait été emprisonné pour avoir mis sur pied la légion germanique sous le règne du roi en août 1792, que les terroristes l'avaient persécuté en 1793 parce qu'ils le soupçonnaient d'avoir formé ce corps d'étrangers pour restaurer les Bourbons. Par six fois, il demanda sa réintégration. Quand il sut le débarquement de Napoléon, il s'indigna hautement contre l'usurpateur, il fut un des premiers à s'inscrire sur le registre des volontaires royaux et il offrit, le 12 mars, ses services au ministre de la guerre : « Échappé comme par miracle, je sors à peine des cachots et j'entends la voix du légitime souverain qui appelle tous les militaires à l'activité. » Il ajoutait qu'il tenait toujours rang dans l'armée, de par la capitulation qu'il avait signée en 1792 avec le ministre de Louis XVI, et il comptait que Clarko, ce Clarke qui naguère, sur la foi de « calomnies atroces », le condamnait à l'exil et à la prison, saisirait l'occasion de réparer « par un mot généreux » les torts commis envers l'ancien colonel de la légion germanique. Mais déjà Heyden avait trouvé à s'occuper. Un commissaire extraordinaire du roi, de Landine, l'avait choisi comme
adjoint, et Heyden, nommé colonel des chasseurs de Henri-IV, devait, avec le capitaine Coffln de Rosny, parcourir les département de TOu'est et du Midi, pour organiser les volontaires royaux et activer les mesures décrétées par le gouvernement. Il partit le 20 mars ; il passa par Orléans, Poitiers, Bordeaux, Agen, Toulouse, Pont-Saint-Esprit; il fut à plusieurs reprises arrêté et, a dit de Landine, il justifia par ses brillantes opérations la confiance qu'il avait inspirée. Pourtant, lorsqu'il exigea la récompense due aux « missionnaires du roi », et bien qu'il eût fait un long et périlleux voyage à ses propres frais, bien qu'il n'eût jamais exercé le droit de réquisition dont d'autres avaient usé, il ne reçut que des compliments. Les chasseurs de Henri-IV, avouait-il mélancoliquement, n'avaient pu être régulièrement en ligne, ni donner d'éclat à leurs combats. Il n'obtint rien, ni un commandement de place, ni un brevet honoraire, ni la croix de la Légion d'honneur ou de Saint- Louis, ni la restitution des sommes qu'il avait dépensées et qui, selon lui, s'élevaient à 6,000 francs. Les pièces qu'il présentait lui furent renvoyées avec la mention « sans motif et sans effet (1) ».
(4) Voir 8ur Hcyden, outre son dossier aux Archives de la guerre, Arch. nat., F, 6584. Ce fut la « Commission créée pour Texamen des réclamations des anciens officiers » qui statua sur le cas de Heyden. Elle avait pour président Beurnonville et pour secrétaire le colonel marquis de Foucauld. Elle décida que le corps des chasseurs de Henri-IV n*avait pas eu une existence militaire assez marquée et assez longue pour obtenir des récompenses. De Landine reçut la croix de la Légion d'honneur; mais Coffîn de Rosny ne méritait ni décoration ni grade pour les services rendus en 1815 (il venait d'ailleurs de mourir à la Martinique), et Heyden n'avait fait partie d'aucune armée royale belligérante ; la Commission renvoya donc au bureau des états-majors les pièces qui le concernaient^ sans rien proposer pour lui.
Beaufort fut sans doute le plus heureux des quatre chefs. Il avait d'abord tâté des affaires étrangères et il était entré au bureau chargé par le Comité de rédiger un précis historique des intérêts politiques et commerciaux de la France (1). Ce bureau formait trois sections : la première, installée à Versailles, étudiait la période comprise entre la paix de Westphalie et l'année 1748 ; la deuxième, établie près de la Commission des relations extérieures, faisait un rapport sur la période de 1748 à 1788 ; la troisième, qui siégeait au Comité de salut public, analysait la correspondance de 1788 jusqu'à l'époque contemporaine. Beaufort appartenait avec deux autres à la deuxième section et il fut employé spécialement aux traductions. Mais au mois de mai 1795 il eut son congé. Par bonheur il put rentrer dans la carrière militaire. Selon les instructions du Directoire et du ministre de la guerre, il se rendit en septembre 1796 à l'armée des Alpes. Mis à la suite du 5® régiment de cavalerie comme chef d'escadron, il devint troisième aide de camp de Kellermann qui le garda plus de trois ans et l'emmena à Paris, pour travailler à l'organisation des troupes à cheval, et sur les côtes de la Manche pour inspecter Tarmée d'Angleterre. Au mois de janvier 1800, ses fonctions auprès de Kellermann durent cesser, et on ne pouvait l'attacher à aucun état-major ni le placer au 5« de cavalerie. Il reçut le traitement de réforme de son grade. Neuf années plus tard, après avoir demandé sans succès la permission de rejoindre l'armée de Moreau et de prendre part à des expéditions maritimes, il fut rappelé aux armées comme officier supérieur d'état-major. Tou-
(1) Masson, Le Département des affaires étrangères, 340, 343; cf. plus haut, pp. 210 211.
tefois, il n'était plus capable de servir activement à cause de ses infirmités et de son âge avancé. On l'envoya à Strasbourg dans la 5^ division militaire sous les ordres du général Desbureaux. Il eut sa retraite en 1818 ; il aurait voulu qu'elle fût réglée dans le grade d'adjudantcommandant ou de colonel d'état-msgor ; on lui donna le grade honorifique de lieutenant-colonel et la pension de chef d'escadron.