VIII INTRODUCTION
la mémoire de Calas est réhabilitée par" la cassation de l'arrêt du Parlement de Toulouse qui avait condamné cet innocent ; les poètes chantent les malheurs de cette famille infortunée, et le public va en foule verser des larmes à la représentation de YHonnête Criminel (1765).
Ce mouvement vers les idées d'humanité gagnales Parlements ; on en voit la preuve à Grenoble, lorsque l'avocat général Servan prend la parole dans l'affaire de Marie Robequin et demande la condamnation de Jacques Roux. Voici, en deux mots, le procès : Marie et Jacques s'étaient mariés au Désert; Jacques se convertit, abandonna sa femme et contracta un nouveau mariage avec une catholique. Marie Robequin réclama des dommages-intérêts (on n'osait pas encore soutenir la nullité du second mariage) ; Servan fit admettre la requête de la protestante délaissée; dans un éloquent discours, il vanta les mœurs austères « de ceux de la Religion » et proclama leur bonne foi dans les relations d'affaires.
Les rapports des intendants font connaître le progrès des protestants ; il est curieux de consulter ces précieux documents, on y voit qu'en Guyenne les religionnaires tiennent en plusieurs lieux des assemblées nombreuses et assez fréquentes dans des maisons se prêtant à cet usage et quelquefois jusqu'auprès de l'église. Dans ces assemblées, il se fait des baptêmes et des mariages (1766).
En Languedoc, les protestants se réunissent aux portes des villes, ils vont à leurs assemblées et en reviennent par bandes et en plein jour; les ministres et les prédicants ne se cachent plus; faisant fonction de personnes publiques, ilsdélivrent des extraits de leurs registresde mariage etdebaptême. (Sainl-Priest intendant. Rapport du 1er janvier 4765).
En Dauphiné,lasituationestlamêmeet les commandants de ces trois provinces déclarent qu'on ne pourrait appliquer la loi sans se heurter à une sérieuse résistance. Ces révélations émurent Louis XV : il put voir combien était fausse la
(1) Discours dans la cause d'une femme protestante.