INTRODUCTION. IX
fiction légale « qu'il n'y avait plus de protestants en France » (Préambule de la déclaration du 8 mai 17 i 5) et reconnaître que cette supposition puérile n'était « qu'un vain jargon qui avilit la loi et une barbarie qui la déshonore » (1) ; aussi (iiargea-t-il Gilbert de Voisins d'examiner les mémoires des intendants et de lui présenter un projet de réforme pour mettre un terme aux graves désordres auxquels donnait lieu dans le royaume l'état des protestants. Ce conseiller d'État, tout en reconnaissant qu'il n'était point équitable de porter une aussi grave atteinte à la liberté de conscience, que c'était user de trop de rigueur que d'enlever aux noncatholiques le droit de vendre leurs biens, concluait cependant au maintien de l'interdiction du libre exercice du culte réformé,, mais réclamait pour eux un minimum de liberté domestique et privé de religion (2). On préparait ainsi en 17G6 ce qui ne fut obtenu qu'en 1787, puisque ce projet n'eut point de suite. Cependant,, le mouvement philosophique gngnait du terrain parmi les magistrats et les hommes de loi, la jurisprudence devenait de plus» en plus favorable aux protestants, elle les dispensa de représenter l'acte de célébration de leur mariage, considérant comme suffisante la possession d'état, et écarta presque toutes les demandes des parents, des collatéraux, ou des tiers qui venaient contester la validité du mariage ou la paternité des enfants des religionnaires.
Louis XVI monte sur le trône et, sous l'influence de Turgot (3) et de Malesherbes (41, la situation des protestants
(1) Consultation sur l'affaire de la dame marquise d'Anglure contre les sieurs Petit. — Paris, in-8°, 1787, page 153. Il résulte des mémoires du temp^ qu'en 1778, il y avait eu France plus de deux millions cinq cent mille protestants.
(2) Mcmoire sur les moyens de donner aux Protestants un état civil en France, in-8°, 1787, par Gilbert de Voisins.
(3) Lettres de Turgot sur la Tolérance civile. (1754).
(4) Mémoire sur les Mariages protestants (1787, in-8°). Bibliothèque nationale. L'1. 1 70, n° G9G.
Second Mémoire sur le Mariage des protestants. (Londres, 1787, in— S0}- Bibliothèque nationale. LJ. 170, n06(J7.
Ces deux mémoires sont de Malesherbes.