‹ La législation directe par le peuple et ses adversairesChapitre 8 sur 11 · ONT VOTÉ · texte numérisé non relu

ONT VOTÉ

15 ans. 43 ans. 10 ans. 8 ans. 6 ans.

Commune A. 170 52^ 650 1840 »

Communes. 100 600 870 2500 »

Commune, etc. » » » » »

Arrondissement. 800 5000 9000 12800 »

Il est inutile, je pense, de continuer, et Louis Blanc comprendra maintenant qu'au ministère, où Ton recevra de chaque préfet le tableau du département, on n'aura évidemment qu'à faire une addition pour arriver, par exemple, au résultat : qu'en France, 7 millions de citoyens ont fixé la prescription pour crimes à 8 ans, pendant que seulement 5 millions veulent la reculer soit à 10, soit à 12, soit à 20 ans.

Vaudra-t-il à présent la peine de relever ce que Louis Blanc dit contre la possibilité de faire un texte de loi clair et simple, en se servant des renseignements centralisés au ministère? Tout cela tombe avec cette erreur volontaire ou involontaire, je ne sais, qui me fait mettre les sections en rapport direct avec la<;ommi§sipû de rédaction. Est-il besoin de démontrer que cette commission ne pourra jamais tromper le peuple tout-puissant, toujours en présence, le peuple qui aura l'œil ouvert sur tout? Qu'elle essaye seulement de suivre la tradition représentative et constitutionnelle, et le peuple aura bientôt pris son parti; car, après tout, ne peut-il pas même se passer d'une commission de rédaction? Â quoi bon, à la rigueur, formuler un texte de loi, puisque les queMioQs et les votes centralisés rendront parfaitement bien le méoie service? Le d^gé vov^idira que le peuple ciomiprend souvent mieux un assemble quelconque disséqué en questions et en réponses que toute autre rédao-

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tion,etque c'est cette observation qui l'engage à adopter ce genre d'exposition dans Tens^gnement de la religion. Pourvu que le dépouilleB»eiit central des votes se fasse avec fidélité, le peuple peut donc^ si cela lui convient, signifier son congé à la commission de rédaction^ qui du reste, je le répète, en travaillant sur des matières aussi simples que celles qu'on lui livre^ né pourra ni équivoqoer ni falsi^r. Soutiendra-t-on que les chifflres ^es votes pourront être faussés? Ce serait parler contre l'évidence même. Chaque section connaîtra le détail de ses votes qu'elle vérifie comme elle voudra. Ces chiffres connus, la centralisation à la mairie doit être forcément fidèle, car, le tableau communal devant être publié, la section dont on aurait altéré les votes réclamerait énergiquement contre l'œuvre des faussaires ou ferait redresser l'erreur. La même action se répéterait naturellement, en cas de besoin, de la part des communes relativement au tableau de l'arrondissenâent, ou de la part des départements par rapport au tableau du pays. Mais {misque l'homme n'est pas infaillible, chacune de ses créations tient plus ou moins de sa faiblesse, et il convient donc d'examiner jusqu'à quel point une erreur commise dans le dépouillement des votes peut, dans les deux systèmes en présence, influer sur les résultats des délibérations. Dans l'assemblée représentative, une légère erreur peut faire la loi et la fait plus souvent qu'on ne pense, surtout dans le vote si bien imaginé par assis et levé. Dans le système de la Législation directe, l'erreur ne peut avoir lieu que dans la section, l'inflexible arithmé* tique rép(Hidant du reste. Et en quoi donc deux ou trois votes écaTtfe , égarés ou mal comptés dans une section peuvent-ils altérer le vote général de dix-huit ou vingt millions qui devront donner toxrjours, comme je l'ai déjà indiqué, des majorités immenses et des minorités imperceptibles?

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La deriïière objaction de Louis Blanc contre la Législation directe est formulée dans les termes suivants :

a Parlerai-je maintenant de ce droit conféré arbitrairement à un, certain nombre de citoyens de faire réunir 10,000 communes et ouvrir 10,000 délibérations, sur ce qui ne serait , peut-être, de leur part, qu'une fantaisie ou m complot? Allons! que nos 40,000 assemblées se mettent à délibérer sur le point de savoir si la République a été légitimement proclamée ! Ainsi l'ordonnent un certain mmbre de citoyens, messieurs les royalistes. Allons! que les laboureurs abandonnent leur charrue, qne les ouvriers sortent en foule de leurs ateliers, que tous ceux qui ont le pain de leur famille à gagner à la sueur de leur front quittent leur travail ! Un certain nombre d'ambitieux désirent qu'on se mette à discuter, d'un bout de la France à l'autre, la légitimité impériale de M. Louis Bonaparte! ou bien, nn certain nombre d'intrigants ne seraient pas fâcbés de .connaître ce qu'on pense du prince de Joinville et de son retour! ou bien, un certain nombre d'ennemis du .suffrage, universel seraient fort aises d'en dégoûter le souverain, en le fatiguant, selon l'heureuse expression de Robespierre, par d'incessantes disputes! Et si les laboureurs

sont forcés de rester à leurs charrues on se passera

du peuple dans les assemblées^ on volera sans lui et le vote sera le gouvernement direct du peuple pm^ lui-m^e. »

Quelle profondeur dans le raisonnement! Louis Blanc T€proche à la Législation directe de produire peut-être les résultats que le système représentatif, préconisé par lui, adéjà amenas. Exigez donc des royalistes, des Montalembert;, des Falloux, des Thiers, de monter hardiment à la tribune de leur section, de mettre, au milieu du peuple assemblé, la République en question, comme vous pouvez le voir tous les jours à l'assemblée législative ; sommez-les de proposer là,, devant cette mer houleuse de la démo-

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cratie , le retour des d*0rléa&s et des Bourbons, comme cela se pratique devant une majorité de complices; priezles de conseiller au peuple le payement du douaire de la princesse Hélène et des dettes de M. Bonaparte; engagezles à flétrir la révolution, à jeter ces mots « la vile multitude » à la face des assistants , à entreprendre enfin mille cboses semblables que la chambre a consacrées par des votes solennels ;— exigez tout cela des royalistes, et vous les verrez pâlir d'épouvante , reculer de frayeur. Et quand leur sang-froid sera revenu, ils se présenteront devant le peuple; mais ce ne sera pas pour glorifier la royauté : ce sera pour la couvrir de boue ; ce ne sera pas pour injurier le peuple , mais pour protester de leur dévouement à sa cause, de leur haine contre le despotisme. Et dans Tombre ils pleureront les jours où, barricadés au palais législatif derrière 400,000 baïonnettes, ils pouvaient ourdir à leur aise d'abominables intrigues contre la nation qui, trompée par de mensongères professions de foi, avait remis ses destinées entre les mains de ces lâches.

En peut-il être autrement? Arriver à l'Assemblée par l'hypocrisie, la fortune et l'abus des influences, c'est facile. Parler librement , épancher son cœur devant des traîtres du même acabit, protégés par le canon, c'est plus facile encore. N'a-t-on pas les Cavaignac, les Changarnier pour mitrailler le peuple désarmé dès qu'il s'avise de crier à la défiance et de lancer un regard inquiet dans l'antre où se brasse toujours sa perte? Mais paraître hardiment devant les masses qu'on veut dépouiller et opprimer, c'est ce que même l'imagination d'un Louis Blanc ne devrait pas craiAdre de la part de nos misérables adversaires.

Et voyez comme Louis Blanc a la main malheureuse. Il combat la Législation directe, parce qu'elle pourrait donner le moyen de /îatiijfuer le peuple et de détruire le suffrage universel ; comme s'il était si aisé de réunir, par exemple,

LÉGISUTlOIf DIRECTE. 13

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les cent mille voix nécessaires pour faire mettre à Tordre du jour de la nation une matière quelconque ! comme s'il n'était pas fort simple de doubler, de tripler ce chiffre dès qu'il serait trouvé insuffisant à nous protéger contre toute demande ridicule et absurde! « On pourrait fatiguer le suffrage universel ! » s'écrie Louis Blanc, et il oublie, le malheureux! que son Assemblée en a voté Vabdition. Il trouve plaisant que j'accorde à un certain nombre de citoyens l'initiative de la législation , et dans son Assemblée chaque chenapan, chaque sot la possède comme prérogative.

Maintenant que j'ai répondu à toutes les objections de mon antagoniste , je crois utile de jeter encore un coup d'œil sur quelques légères remarques que Louis Blanc relègue à la fin de son livre. Il se demande si la Législation directe, ou plutôt, si le système bâtard de Ledru-Rollin sera profitable ou nuisible à la nation.

« Ceci bien entendu, dit-il, c'est demander s'il est nuisible ou profitable à la nation :

« Que le girondinisme ressuscite;

<r Que toute centralisation poli tique disparaisse, et que le fédéralisme l'emporte ;

« Qu'à la place de la grande République française une et indivisible, nous ayons trente-sept mille tronçons épars de République ;

« Que le suffrage universel devienne le babélisme universel! »

Que veut-il qu'on réponde à des assertions aussi vagues, aussi indéfinies, sur lesquelles on pourrait écrire des volumes sans que le lecteur en fût plus avancé? Mais je ne puis m'abstenir de redresser les fausses appréciations qui suivent :

« Suivant l'expression de Robespierre , poursuit Louis Blanc, la France se partage en arènes de chicaneurs. »

L'auteur tle YOrganisation du travail n'a plus le droit de

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parler comme Robespierre, auquel il était permis de se tromper quelque peu et sur la portée des discussions devant le peuple et sur les effets du système représentatif alors tout nouveau en France. Aujourd'hui chacun sait que, depuis 37 ans, la France est non-seulement Tarène, mais encore le butin obligé et éternel de quelques centaines de chicaneurs parlementaires; chacun sait qu*ici encore Louis Blanc reproche à la Législation directe d'amener ce que son système a déjà produit; qu'il fait par conséquent la critique de ce dernier système plutôt que celle du mien. La chicane, l'intrigue grandit toujours proportionnellement aux résultats qu'elle peut obtenir. N'est-il pas naturel qu'elle disparaisse à peu près dans les sections où le citoyen n'est qu'un imperceptible atome de l'incommensurable intelligence et de l'immense force collectives?

« A V agitation puissante et féconde de la liberté, continue Louis Blanc, succèdent les troubles qu'au milieu de trentesept mille petits parlements rivaux l'intrigue ne manquerait pas de susciter. »

dérision ! où est donc l'agitation féconde et puissante de la liberté représentative et constitutionnelle que la Législation directe pourrait détruire? Louis Blanc nous prend-il pour des enfants , qu'il ose nous débiter des déclamations aussi creuses? Croit-il que le peuple est un seigneur Géronte auquel on peut faire croire que les coups de bâton qu'on lui a administrés en forme de lois contre la presse, le droit de réunion, etc., etc., ne l'ont pas atteint, et que nos bons représentants seuls ont été les battus? Ceci passe toute imagination.

« De commune en commune, s'écrie encore l'ancien membre du gouvernement provisoire, la jalousie et la haine naissent de l'opposition des volontés exprimées en votes ; elles* portent, enveloppées dans l'anarchie des décisions contraires, la guerre civile. »

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QQ*est-ce qui donne naissance à la haine entre les citoyens et à la guerre civile? Je vais vous le dire. C'est le système gouvernemental dans lequel, par les élections générales, un seul tour de vote décide, pour longtemps, des destinées du peuple et du pays. C'est le système dans lequel rimpéritieoula perfidie de quelques hommes peut entraîner toute une population dans des luttes détestables et terribles, comme celle des journées de juin; c'est le système qui permet à une majorité parlementaire de détourner une expédition militaire de son but, et de vouer au néant un peuple ami, au lieu de le protéger; c'est le système sous lequel l'abolition du suffrage universel peut être décrétée par quelques mandataires dont le pouvoir n'a pas d'autre origine que ce suffrage. Sous ce régime, quand le bruit de la mitraille cesse, votre oreille est frappée par les menaces, par les vociférations incessantes. D'un côté, les esprits en délire vous montrent la campagne de Rome à Fintérieur, le règne du sabre, le canon russe et le Cosaque; de l'autre côté, on vous indique d'un geste menaçant, et en plein xix* siècle, cette page sanglante de l'histoire révolutionnaire qui s'appelle la Terreur.

Voulez-vous, au contraire, calmer les colères, apaiser et détruire les haines? faites prendre toutes les décisions législatives, administratives et judiciaires par les masses. L'individu alors et les fractions de masses paraîtront trop petits à rhomme pour qu'il puisse les charger de sa haine. On déteste bien une armée ennemie : on ne déleste pas le simple soldat, l'officier qui en fait partie.

Dans le cas d'une guerre étrangère, dît encore Louis Blanc, les périls en sont « multipliés par le désaccord probable de tant d'assemblées. »

Mon adversaire ne devine donc pas d'où viendrait le danger que la France aurait à conjurer dorénavant en temps de guerre; il ignore ce que croit l'opinion publique. Qu'il

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aille s'informer partout en France, dans les yiUes comme dans les campagnes; partout on lui répondra qu'on ne craint pas de désaccord dans le peuple, mais bien les désirs coupables, les tendances secrètes des intrigants, des ambitieux qui dirigent les partis et dont l'influence se fait si pernicieusement sentir sous le régime parlementaire, — de ceux, par exemple, qui n'ont pas eu honte de dire : « Plutôt le Cosaque que le socialisme! » Est-ce que tout n'indique pas que Fopinion a raison? Qu'est-ce que la campagne de Rome? N'est-ce pas une victoire remportée pour l'absolutisme et contre la France, et cette victoire ne pourra-t-elle pas peser un jour bien lourdement dans la balance des destinées du pays et lui coûter une armée entière?

La véritable démocratie transforme tout, même la guerre et ses chances. Attaquez donc avec des hommes libres un peuple quelconque! vous ne le pourriez pas; et le pourriezvous, vous manqueriez toujours de cette unité de vues, de cet accord, de cette bonne volonté du soldat et du chef qui garantissent le succès. Ici Louis Blanc a raison ; mais, bien loin d'être un mal, c'est un bien. Autre chose est la guerre de défense, la seule que l'idée démocratique autorise, et qui comprend naturellement la guerre pour ta défense des peuples amis ou alliés. Par rapport à celle-ci, on peut dire que plus un peuple est libre, que plus il se gouverne luimême, mieux il la mènera à bonne fin. La nation la p^us libre sera, en pareil cas, la plus unie contre l'agresseur, la plus énergique dans la résistance, la mieux dirigée par les chefs que l'intelligence bien développée des hommes et des choses lui fera choisir. L'ancienne Rome, sous un gouvernement passablement direct, est devenue la maîtresse du monde; les petits cantons de la Suisse, par l'énergie et la bravoure de quelques milliers de citoyens vivant à peu près sous le régime de la Législation directe, ont résisté plusieurs fois victorieusement aux forces immenses de la

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maison d'Autriche; seuls ils ont conservé parmi nous les traditions républicaines à travers les siècles où Tabsolutisme était porté à sa plus haute puissance, où la féodalité envahissait, dominait l'Europe entière. Ces cantons enfin, abandonnés de tous les autres petits États de la Suisse, ont seuls osé lutter contre les armes françaises. Napoléon, à l'apogée du despotisme, les respectait plus que des peuples mille fois plus nombreux et plus célèbres.

Une autre attaque de Louis Blanc est la suivante :

« Les aspirations de la France, ses croyances nouvelles, son énergie, son génie, s'épuisent en efforts incohérents, se dissipent en obscurs débats, au lieu de se concentrer sur un seul point, but de tous les regards, pour y former un éclatant foyer et rayonner de là sur le monde. »

Que ne peut-on effacer ces paroles ! Dans l'intérêt de la dignité de Louis Blanc, dans l'intérêt de la dignité de tout le parti démocratique enfin, je les aurais laissées dans l'oubli , si la sainte cause du peuple ne devait pas être mise au-dessus de toutes les considérations secondaires.

Il y a là un homme distingué, un des apôtres du socialisme; la révolution le jette au milieu de l'Assemblée constituante; il y fait preuve d'une modération exemplaire, mais en vain ! Il est hué, bafoué par ses collègues, expulsé enfin de l'enceinte législative, et cet homme, dont le sang devrait bouillonner au souvenir de ces scènes émouvantes et pénibles, — cet homme s'en va humblement écrire que les assemblées, qui se ressemblent toutes, sont Véclatanl foyer des « croyances nouvelles, » croyances qu'elles poursuivent, qu'elles, cherchent à étouffer par l'abolition de la liberté de la presse et du droit de réunion, par tout moyen imaginable. Du fond de son exil, il entend les clameurs que les enragés de la majorité réactionnaire poussent contre tous les chefs du socialisme, contre Considérant, contre

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Pierre Leroux, contre Proudhon; il volt la foule des proscrits grossir de jour en jour, et il vante les assemblées parce qu'elles « concentrent l'énergie, le génie de la France sur un seul point, pour rayonner de là sur le monde, » Bon Dieu! le génie de la France réside donc dans les exercices oratoiresde M. deSégurd'Aguesseau, dans les propositions excentriques de M. de Grammont , dans l'hypocrisie de M. de Falloux, la fausse vertu de M. de Montalerabert, les contradictions sans fin de l'illustre économiste Faucher, car ceci, ou ce qui lui ressemble, est tout ce que les assemblées ont permis à l'Europe d'écouter. Décidément Louis Blanc, qui a goûté du parlementarisme, est un homme perdu ; il passera sa vie à regretter la sellette parce qu'elle était dorée. S'il en était autrement, comment un esprit de cette trempe aurait-il pu attribuer l'influence initiatrice que la France exerce sur le monde, aux discours quelquefois brillants mais toujours stériles et vides des assemblées, au lieu de revendiquer cette gloire pour le mouvement scientifique, littéraire, artistique et industriel de sa pairie? Comment n'aurait-il pas compris que ce n'est pas le génie de la France qui rayonne des assemblées par le monde entier, mais bien l'obscurantisme, s'il est permis de s'exprimer ainsi?

Louis Blanc achève sa critique de la Législation directe, en formulant le reproche que ce système est contre-révolutionnaire !

Plus tard, dans ma réponse à M. P. J. Proudhon, qui vient de publier un livre contre la Législation directe, je reviendrai sur ce sujet. Ici, et en parlant de la brochure des Girondins^ je ne me donnerai pas la peine de le traiter. La réaction elle-même a marqué à Louis Blanc la place qu'il devra prendre dans ses rangs après la transformation des partis politiques, transformation qui s'opérera par la Législation directe, selon ces paroles remarquables de mon

ami Considérant : « Le peuple vâ enfin avoir un critérium sûr pour distinguer partout le démocrate réel du démocrate aristocrate , du démocrate doctrinaire , enfin du pseudo-démocrate. Il verra facilement quels démocrates veulent qu'il se gouverne, et quels démocrates veulent le gouverner. »

Voici ce que dit le journal élyséen la Patrie :

€ M. L. Blanc parle d'or, n'est-il pas vrai? Il a mille

fois raison contre MM. Ledru-Rollin, Considérant et Rittinghausen. Une fois en sa vie, il a rencontré la vérité! Hais nous croyons aussi qu'en la rencontrant il s'est joué à lui-même un assez mauvais tour. Il n*a pas examiné l'origine de la doctrine qu'il oppose avec succès aux partisans du gouvernement direct ; il n'en a pas non plus calculé la portée. Or, quelle est cette doctrine, et où va-t-elle? C'est la doctrine des théoriciens de la bourgeoisie, à commencer par Montesquieu et à finir par M. Guîzot et les burgraves, auteurs de la loi du 51 mai. C'est la doctrine de la capacité ou de la raison substituée au nombre; c'est, pour tout dire, en un seul mot, la doctrine des doctrinaires. Et cette doctrine qui met la capacité, les lumières, avant le nombre, elle va non pas à Y extension, mais à la limitation du suffrage. C'est la doctrine du suffrage restreint. »

La Patrie aurait pu ajouter : <c Elle est la justification de toute tentative de domination au nom des prétendues lumières hors ligne d'un seul. »Elle aurait pu conclure enfin : « Le despotisme est une affaire de confiance en soi-même; il est le devoir de celui qui se croit plus éclairé que les autres. » La royauté absolue et le papisme, la Sibérie et l'inquisition sont justifiés !

L'organe de la branche cadette, le Journal des Débats, n'a pas été moins explicite :

« H. Louis Blanc, » dit-il, <c appelle Girondins, par

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une assimilation très-peu rigoureuse, les étranges et dangereux sophistes qui, à bout de folies révolutionnaires, proposent aujourd'hui de transporter directement au peuple le gouvernement de TÉtat, sans mterveniion de représentants ni de mandataires. Les Girondins, n'en déplaiseà Louis Blanc qui écrit l'histoire de la révolution française, n'ont jamais proposé pareille chose...

« Le Girondin, c'est vous, M. Louis Blanc; car c'est vous qui essayez en ce moment d'enrayer l'élan désordonné de vos amis sur la pente des utopies ; c'est vous qui êtes le sage, le raisonnable, le rétrograde. M. Louis Blanc rétrograde! n'est-ce pas là un signe des temps? Et ce spectacle de l'auteur de Y Organisation du travail, attelé par derrière au char du progrès démagogique, et cherchant à le retenir dans l'ornière qu'il a creusée par vingt ans d'efforts, de travaux et de sophismes; ce spectacle qui vient se mêler à tant d'autres scènes risibles ou effrayantes dont notre époque abonde, ne vaut-il pas que nous nous y arrêtions un instant?... M. Louis Blanc a quelque chose qui le distinguera toujours, à nos yeux, dans la tourbe des novateurs. Il se donne la peine d'écrire. Nous allons voir que celte fois à la peine d'écrire il a joint celle dépenser, et dépenser comme nous tous; ce qui n'est pas une médiocre victoire du bon sens et du bon droit...

« On a rarement démontré avec plus de vivacité concluante et de sérieux arguments les absurdités matérielles et les impossibilités radicales du gouvernement populaire; et je m'étonne, quant à moi, que le livre de Louis Blanc ait été mis à l'index sur quelques points de la France. J'en conseillerais plutôt la lecture soit aux hommes de bonne foi que ces horizons trompeurs du gouvernement démocratique ont pu séduire, soit à ceux (le nombre en est grand) qui, très-peu frappés de ses mérites et médiocrement assurés dans son avenir, aiment à trouver leurs répugnances

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exprimées avec chaleur et leurs alarmes rédigées en bon style. Le livre de M. Louis Blanc, malgré d'inévitables réserves que le passé commande à l'homme de parti, ce livre étrange et sérieux peut avoir ce double avantage. »

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OBJECTIONS DE M. DE GIRARDIN CONTRE LA LÉGISLATION DIRECTE. — RÉFUTATION.

Mon second adversaire, M, de Girardin, a trop d'esprit pour se rabattre sur la prétendue impossibilité de la Législation directe.

« Tout chercheur de bonne foi qui sait par expérience, dit-il , l'extrême difficulté de trouver le simple , le juste, le vrai, est de sa nature fort tolérant; aussi n'opposerai-je à l'idée du gouvernement direct proposée, développée, adoptée par MM. Rittinghausen , Considérant et Ledru- Rollin, aucune objection secondaire tirée de prétendues impossibilités d'exécution. C'est là un argument dont la médiocrité impuissante et présomptueuse a trop souvent abusé et que l'expérience a trop fréquemment condamné pour que je l'emploie. « Proposez ce qui est faisable, » ne cesse-t on de répéter ; c'est comme si l'on disait : « Proposez « de faire ce qu'on fait. » Ainsi s'exprimait J.-J. Rousseau, il y a un siècle. Depuis un siècle, depuis que J.-J Rousseau s'exprimait ainsi avec tant de raison, avec un sentiment si juste de l'avenir, que de problèmes ont été résolus, que de progrès ont été accomplis, lesquels nous paraissent

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infiniment simples et qui à cette époque eussent passé pour absolument impossibles! »

Ceci constaté, il me reste à réfuter les rares objections que M. de Girardin a émises contre mon système.

« Une assemblée législative issue du suffrage universel, » s*écrie-t-il, « une assemblée tirée des entrailles mêmes du peuple à l'aide de ce forceps qui s'appelle une révolution, une assemblée recrutée des citoyens réputés entre dix millions d'électeurs les plus intelligents, les plus instruits, celte assemblée unique a manqué de lumières et de conscience. Chaque jour elle donne le spectacle le plus monotone de la plus déplorable impuissance. Pour remédier à ce mal, que propose M. Ledru-Rollinî 11 propose de multiplier jusqu'à l'infini le nombre des assemblées; il propose que tous délibèrent sur tout. En 1795, où tout était en question, oîi rien encore n'avait été débattu, cela pouvait être nécessaire; mais eu 1851, après trente-cinq années de controverses, n'y a-t-il rien de plus utile à faire que de continuer à toujours discuter sans rien résoudre? Le temps d'agir n'est-il donc pas enfin venu? Un tel régime ne serait-il pas le babélisme des idées, le doute jeté dans toutes les consciences, la confusion semée dans tous les esprits? »

Le babélisme des idées! Mais n'existe-t-il pas, ne doit-il pas exister au plus haut degré sous un régime qui, ne pouvant plus empêcher le peuple d'avoir des idées, n'offre cependant aucun moyen de les réaliser quand elles sont justes et réalisables, ou de les mettre à l'épreuve quand elles paraissent dignes de considération? sous un régime qui renoet à un petit groupe de privilégiés toutes les forces de la société, /orces qu'ils ne manquent jamais de tourner contre le mouvement intellectuel, de faire servir au soutien d'institutions et à la création de nombreux organes de publicité destinés à opposer à chaque idée juste une idée fausse, à

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chaque vérité un mensonge ou U7i préjugé, à chaque manifestation de paix un appel à la désunion ?

Ja m'adresse à M. de Girardin lui-même^et je demande : Si vous aviez voulu créer le babéUsme des idéesy auriez-vous façonné le gouvernement autrement qu'il ne Test aujourd'hui? La réponse, certes, n'est pas douteuse.

Il n'y a qu'un seul moyen de mettre fin au babélisme des idées, car, je le répète, il est bien là, devant nous, avec toutes ses conséquences terribles. Ce moyen, c'est de créer un état permettant de faire entrer à l'instant même dans le domaine des choses accomplies chaque idée qui se maîQtient, qui porte le cachet du vrai et de l'utile, chaque idée adoptée après discussion par la majorité du peuple. De cette manière le terrain de la discussion, la vie intellectuelle du peuple, seront bien vite débarrassés du parasitisme de mille propositions qui aujourd'hui, avec tout un cortège d'idées contradictoires, restent durant une éternité à l'ordre du jour de l'opinion publique. Cette dernière, en un mot, est à présent dans la position d'un pauvre prisonnier qui, seul avec son imagination en feu, est privé de l'activité nécessaire pour se délivrer de ses hallucinations, soit en les oubliant au milieu d'autres préoccupations, soit en essayant d'exécuter ce qu'il pense. Il faut mettre en liberté, faire agir le prisonnier, détruire ce cachot de l'intelligence publique qui s'appelle le système représentatif; alors les bonnes idées, grâce à leur mise en œuvre immédiate, ne s'accumuleront plus à l'infini, et les mauvaises idées, qui en sont généralement la contre-partie, finiront par disparaître presque entièrement^

Avec la Législation directe, on verra quelle exécution d'idées il y aura du jour au lendemain; on verra qudle légion d'id^5 trouvera bon de s'esquiver tout doucement sans laisser la moindre trace d'existence. Que d'idées n'y a^t^il pas en France qui depuis un demi-siècle ne devraient plus

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défrayer Tintelligence publique ! Et cependant quelles masses de papier doit-on forcément noircir pour les faire valoir! Je suis sûr que M. de Girardln lui-même, s'il veut compter tous les moments qu'il a employés à réclamer la liberté d'écrire et de se réunir, arrivera à une somme d'heures équivalente à toute une année de sa vie de journaliste. N'a-t-il pas avoué lui-même qu'il a écrit à peu près deux cents articles contre la loi du 31 mai? En vérité, n'estce pas pitoyable, et n'est-il pas temps que cela finisse? Mais il est clair que ni le gouvernement d'un seul ni le système actuel ne peuvent mettre fin à cet état de choses. La cause ne détruira pas l'efi^et. Pour que Vidée admise par l'intérêt de la généralité ait des chances de devenir fait, il faut qu'elle ne rencontre pas en route Vidée flanquée de gendarmes,ei il n'y a que la Législation directe qui puisse nous offrir cette heureuse perspective.

Il est inutile de répéter encore ici comment il se fait que les assemblées soient aussi peu recrutées des hommes les plus intelligents que des plus instruits ; le reproche principal que j'adresse aux chambres représentatives , c'est de manquer, de devoir nécessairement manquer de conscience. Comment veut-on que le citoyen devenu législateur, c'està-dire privilégié f ne se jette pas tête baissée dans le parti des piviléges, des monopoles, et par conséquent de la compression, puisque le monopole et le privilège ne peuvent vivre qu'en réduisant tous ceux qu'ils exploitent à l'impuissance et au silence complet, fût-ce même au silence de la prison ou à celui du tombeau? Demander le contraire, c'est vouloir que le négociant répudie l'agio ou que le soldat de profession s'incline devant l'autorité de la raison. C'est c^ défaut de conscience qui, avec la vanité personnelle, est la principale raison des discussions diffuses , des longs discours qui ennuient le pays tout en le ruinant. En effet, comment un intrigant s'exprimerait-ii carrément, avec

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clarté, sur les méfaits qu'il a Tintention de commettre? Comment oserait-il , par exemple , abolir le suffrage universel autrement qu'en soutenant qu'il veut le réglementer? Les assemblées, dans leurs tentatives d'envahissement et d'exploitation, agissent exactement comme un chicaneur puissant dans les procès injustes qu'il intente à ses voisins pour les dépouiller. Au lieu d'entrer à l'instant même dans le cœur du procès , un tel plaideur soulèvera tant d'incidents , il interrompra le cours régulier de la justice par tant de détours, qu'un procès qui aurait pu être facilement jugé dans quelques mois durera quelquefois deux siècles , comme presque tous ceux qui se traitaient devant l'ancien tribunal supérieur du Saint-Empire. La tribune de la représentation nationale, en un mot, ne paraît avoir été inventée que pour donner tant bien que mal une apparence d'intérêt général aux mauvaises lois élaborées en toute connaissance de cause. On comprend que cette tâche n'est pas facile , et que celui qui doit l'entreprendre ait recours aux longues dissertations et puisse quelquefois se dire, comme dernièrement M. Odilon Barrot, que dans tout le territoire de la République il n'y a pas cent citoyens pouvant disposer d'un temps assez long pour faire de son morceau d'éloquence parlementaire les délices de leurs loisirs.

Le peuple, au contraire, discutera de bonne foi ; il n'a personne à tromper en dehors de l'enceinte de ses sections. Il entrera toujours dès le premier moment dans le vif des questions, puisque tout l'y pousse, l'intérêt de la discussion aussi bien que son avantage. Il fera bien , parce qu'il voudra bien faire, comme les assemblées font mal parce qu'elles en ont l'intention bien arrêtée. Il résoudra le problème social parce qu'il faut que ce problème se résolve, pendant que les assemblées cherchent à maintenir du moins le statu quo partout où elles n'osent pas reculer. C'est cette

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tendance des chambres qu'on peut appeler, avec M. de Girardin, une « déplorable impuissance, ornais uniquement par rapport au bien général et au peuple : car elle est loin d'être impuissante relativement aux privilégiés et aux monopoleurs qui, seuls, ont droit à la sollicitude des assemblées, comme étant « chair de sa chair et sang de son sang. »

Du reste , Emile de Girardin , — on l'aura d^à compris par nos citations, — le cherche nullement à prouver, comme Louis Blanc, que le peuple est moins capable de légiférer qu'une assemblée. Sous ce rapport, je puis opposer de la manière la plus heureuse le premicir de mes adversaires à l'autre :

« Le peuple français qui a eu pour nourrice, j> dit M. de Girardin, « la révolution de 1789, pour berceuse la révolution de 1830, pour sevreuse la révolution de 1848, est-il assez grand pour marcher tout seul? Là estla cfuestion. Pour moi, cette question n'en est plus une. Je pense que d'électeurs à élus, de mandants à mandataires, le niveau de l'intelligence et du savoir diffère assez peu , et que dans les assemblées primaires les discussions ne seraient pas beaucoup au-^dessous de ce qu'elles sont dans les assemblées dit4?s nationales. Peut-être commencerait-il par s'y débiter plus d'excentricités, mais assurément, par compensation , il s'y débiterait moins de lieux communs. Des orateurs exercés ne tarderaient pas à s'y former en assez grand nombre , et le respect du règlement ne tarderait pas à y prévaloir en habitude. Plus la liberté serait entière , et plus l'ordre serait prompt à s'y établir. C'est ma conviction (1). »

(1) Victor Hugo, dans son livre : Napoléon le PetU, s'exprime de la

manière suivante : « Je suppose, je vous le répète, le suffrage

universel vrai, libre, pur, réel, le sufihige universel souverain de lui-

Quelle concession plus large peut-on désirer de la part d'un adversaire? Aussi serait-il peu courtois, si l'importance de notre polémique ne m'en faisait pas un devoir, de relever ici les lignes suivantes, qui sont en contradiction flagrante avec ce qui précède :

« Quelle est la question qui n'a pas divisé les hommes les plus éclairés et tenu longtemps leur raison en suspens? J'en citerai une : la question de l'emploi et du perfectionnement des machines. Eh bien! si l'interdiction de se servir des machines nouvelles simplifiant considérablement les travaux qui occupent un grand nombre de bras était mise aux voix dans vingt mille assemblées primaires, M. Ledru-Rollin serait-il bien sûr que cette interdiction ne serait pas votée à une immense majorité? Le principe généralement admis du gouvernement direct, M. Ledru- Rollin serait-il bien sûr que les catholiques ne proscriraient pas de France les protestants, et que les protestants ne proscriraient pas d'Angleterre les catholiques? »

Que devient, vis-à-vis de ces craintes, cet aveu si précis de M. de Girardin que « d'électeurs à élus, de mandants à

même, comme il doit être, les journaux dans toutes les mains, les hommes et les faits questionnés et approfondis, les affiches couvrant les murailles, la parole partout , la lumière partout ! Eh bien, à ce suffrage universel-là, soumettez-lui la paix et la guerre, Teffectif de Tarmée, le crédit, le budget, Tassistance publique, la peine de mort, Tinamovibilité des juges, Tindissolubilité du mariage, le divorce, Tétat civil et politique de la femme, la gratuité de renseignement, la constitution de la commune, les droits du travail, le salaire du clergé, le libre-échange , les chemins de fer, la circulation , la colonisation, la fiscalité, tous les problèmes dont la solution n'cntraine pas son abdication, car le suffrage universel peut tout , hormis abdiquer; soumettez-les-lui, il les résoudra, sans doute avec V erreur possible , mais avec toute la somme de certitude que contient la souveraineté humaine ; il les résoudra tnagistralement, » (Page 277.) Le lecteur voit que Tadhésion formelle de Victor Hugo à la Législation directe ne pourra guère se faire attendre. Logiquement elle a eu lieu.

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mandataires, le niveau de l'intelligence et du savoir diffère assez peu, et que dans les assemblées primaires, les discussions ne seraient pas beaucoup au-dessous de ce qu'elles sont dans les assemblées dites nationales? Ou le digne rédacteur de la Presse croit-il aussi que les assemblées pourraient bien un jour renouveler la révocation de Tédit de Nantes et décréter l'abolition des machines? Mais peu nous importe ce dernier point. Quant à ce qui concerne le peuple, il a été victorieusement défendu par un des nombreux journaux français qui se sont ralliés à la Législation directe. J'abandonne volontiers la parole à cet auxiliaire. Voici ce que disait rÉcho de l'Ouest :

« D'abord, en ce qui concerne l'expulsion des protestants, non ! cent fois non ! il ne se trouvera pas, à notre époque, en France, une majorité catholique dégradée à ce point de chasser un million d'hommes, pour cause de religion ! La proposition seule, loin de trouver assez de fanatisme dans la nation pour devenir le décret de la majorité, serait refoulée dans la gorge du petit nombre de misérables qui auraient fait ce rêve de bêtise et d'infamie! ou plutôt, ils seraient exhibés comme des anachronismes humains ressuscites des siècles de barbarie, et un rire immenseet universel lesaccueilleraitcommedes ours enfoire...

« A cette heure, les jésuites sont tout- puissants. Us ont la main partout, ils interdisent nos livres, ils étouffent notre parole, ils font l'expédition de Rome, ils chassent Michelel du collège de France, ils peuvent tout dire sans craindre les persécutions du pouvoir. Et cependant, telle est la force de la conscience publique, cette puissance moderne irrésistible, que lorsqu'une feuille dite religieuse hasarda timidement un jour l'apologie de l'inquisition, une protestation si énergique et si générale s'ensuivit, que la feuille en question fut obligée de couvrir au plus vite son bûcher.

« Or, il ne s'agissait là que d'un simple jugement bisto«

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rique. Que serait-ce donc s*il était question d*uD fait, de la spoliation et de la proscription d'un million de protestants jouissant de l'égalité civile et politique , et se rattachant aux citoyens catholiques par tant de liens d'amitié , de famille, d'intérêts et de souvenirs? »

L'Écho de l'Ouest aurait pu ajouter que le peuple est catholique ou protestant comme il est royaliste. En lui parlant raison durant deux jours seulement , on peut le faire hérétique et républicain, pourvu qu'il soit certain qu'à la sortie du club il ne se retrouve plus sans défense dans les griffes du curé et sous le bâton du constable. N'est-ce pas assez démontré par l'histoire de ces changements de religion qui se sont quelquefois accomplis subitement chez les plus grands peuples de l'univers? Mais laissons continuer l'Écho de l'Ouest :

« La suppression des machines remplaçant les bras estelle plus à craindre?

u Le citoyen qui est assis sur son banc de législateur, qui s'éclaire par la presse et par la discussion et qui jette un bulletin dans une urne, pourrait-il penser et agir comme le forcené qui se précipite hors de son taudis, dans l'ivresse du triomphe, et qui se rue avec un marteau dans les ateliers?

a Lorsque, dans chaque section, l'on dirait : « La mécanique, peuple, ne la maudis pas ! Sans elle, pas de repos, pas de rieliesse, pas de bonheur, pas de poésie, pas de dignité pour toi ! Malgré la misère et les souffrances où tu dépéris encore, si tu te comparais à l'esclave antique ou au serf du moyen âge, ton cœur se reprendrait à l'espérance ! Que d'inventions dont tu jouis sans y prendre garde, comme si la nature te les devait gratuitement, et qu'on n'eût pu se procurer jadis en les payant des tonnes d'or, ou bien que les conceptions les plus hardies des savants et des poêles ne pouvaient rêve^! En quoi la mécanique mérite-

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t-elle ta colère? est-ce parce qu'elle ëconomise le liemps à rhommeî parce qu'elle ki épargne les travaux les plus rudes et les plus grossiers? parce qu'elle rapproche les mains des peuples? parce qu'elle purifie la terre? parce qu'elle supprime la pauvreté? parce qu'elle crée partout l'abondance? Non ! la cause de tes souffrances n'est pas là ! Elle est dans le chaos social qui te rend en salaire une petite part de ce que ton travail crée en produits, et qui te jette inactif et misérable sur le pavé, chaque fois que l'humanité s'ouvre une nouvelle source de richesses. Organisetoi en association pour produire et pour consommer les fruits de ton travail, répartis selon les lois de la justice, et tu verras alors que tu dois bénir les engins de l'industrie <îomme les instruments de ton affranchissement ! »

« Lorsque, dans chaque section, le peuple entendrait un pareil langage^ croit-on qu'il serait disposée voter la suppression des machines? »

Je pourrai passer à la dernière objection de M. de Girardin :

«..>.. Ce que je reproche à ce système, dit-il, c'est de reposer sur une erreur fondamentale, c'est de croire à la nécessité de fabriquer des lois quand on ne ilevrait plus s'occuper qu'à les abroger successivement ; c'est de faire à la puissance individuelle une part trop petite et à la puissance collective une part trop grande; c'est d'avoir four pivot l'autorité, qui est la force d'un seul, imposant son infeillibilité à tous ^ au lieu d'avoir pour pivot la liberté, qui est la force de tous contenue par la responsabilité de chacun ; c'est de créer un double emploi avec le droit de réunion ; c'est, enfin, d'évaporer la force nationale au lieu de la condenser. »

Je ne m'arrêterai pas aux observations secondaires contenues dans ce passage, observations auxquelles j'ai répondu du reste d<^à suffisamment dans ce travail. Je pour-

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rais même me dispenser de prendre notice du reproche principal : de croire à la nécessité de fabriquer des lois quand on ne devrait plus s'occuper qu'à les abroger successivement; car grande a été ma surprise d'apprendre que les explications catégoriques données dans ma brochure : La Législation directe par le peuple, n'ont pas pu prévenir Terreur ou désaiwser M. de Girardin.

Que mon adversaire me relise avec plus d'attention et il trouvera que je veux, comme lui, refouler l'interprétation sociale du droit dans ses limites naturelles. II avouera ensuite que, comme moi, comme Considérant, comme Proudhoa, il n'est pas assez fou pour demander l'abolition entière de l'interprétation sociale du droit et par conséquent Vabrogation instantanée de toutes les lois sans exception; car c'est là, je l'ai démontré, le complément nécessaire, je dirai même, le sens essentiel de cette phraséologie mal digérée de certains démocrates de contrebande, phraséologie se résumant maladroitement dans ces trois mots : Plus de lois! Emile de Girardin avouera par conséquent encore - qu'il ne peut s'agir que d'abrogation successive, par simplification, et que toute la question se réduit donc à savoir quel système législatif doit nécessairement amener par son essence même cette simplification, cette abrogation successive, mais rapide.

J'ai déjà prouvé que sous ce rapport il n'y a rien à attendre du maire de France, proposé par M. de Girardin, et qu on ne corrige ni ne restreint l'interprétation sociale du droit, en lui rendant la forme la plus vicieuse par laquelle elle puisse se manifester. C'est cette faute capitale que commet M. de Girardin en retournant à l'interprétation sociale du droit par l'action d'un seul. De quelque nom qu'il décore cette omnipotence d'un seul, quel que soit le contrôle illusoire dont il l'entoure, l'effet sera toujours le même, c'est indubitable.

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Mais il ne suffit pas d'avoir établi cette vérité ; ii faut faire voir encore que le mode d'interprétation sociale du droit, proposée sous le nom de Législation directe par le peuple, amènera infailliblement et à l'instant même la simplification des lois, tout en rendant ces dernières plus rationnelles, plus conformes à l'intérêt général.

En donnant l'exemple suivant, je remplirai en même temps une promesse que j'ai donnée plus haut; je démontrerai que le peuple peut aborder sans crainte les matières de législation les plus vastes et les plus embrouillées.

Ouvrez un code, soit le Code civil actuel, au troisième livre traitant des différentes manières dont on acquiert la propriété; lisez tout ce qui a rapport aux successiotis ; comptez tous les articles qui se rapportent directement au droit d'hérédité; ajoutez-y une moitié seulement des articles qui se rapportent indirectement à ce droit, comme par exemple ceux qui règlent Yétat civil; ajoutez-y encore une partie des articles qui traitent de la paternité et de la filiation, des preuves de la filiation, des etifants naturels, de Vadoption, etc., etc., et vous aurez un total peu engageant d'au moins 450 articles sur la réglementation du droit de succession. Il est assez inutile de dire que les hommes éclairés de tous les pays où le droit français est en vigueur sont depuis longtemps d'accord sur la nécessité d'une révision de cette partie de la législation.

Voyons maintenant comment le peuple traiterait cette matière d'après le système de la Législation directe.

Je suppose, — ce qui ne tarderait pas d'arriver, — que cent mille citoyens aient demandé par une adresse une nouvelle loi sur la matière, que par conséquent le jour des débats ait été fixé par le ministère. Dans chaque section du pays, le président poserait librement la question de principe, qui ne peut être autre que celle-ci :

F aura-t-il un droit de su^ccession, ou, en d'autres termes.

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une personne quelconque aura-t-elle, de par sa parenté, soit d'ascendance, soit de descendance avec un individu décédé, un droit sur la propriété de cet individu ?

11 est bon de remarquer ici que, par ce qui suit, je n'entends nullement exprimer mon opinion personnelle sur cette matière. Faisant abstraction de moi-même , je désignerai hypothétiquement la solution qu'un peuple quelconque donnerait aujourd'hui à la question.

La discussion commence. Le bourgeois, qui se rend plus difficilement compte des inconvénients nombreux attachés au droit d'hérédité que de la perspective brillante de s'enrichir par l'héritage de quelque parent, ne Mt-ce qu'un oncle d'Anaérique,— le bourgeois, dis-je, parlera et votera généralement jpowr le droit; mais il rencontrera une phalange nombreuse et serrée d'adversaires, phalange composée d'abord, comme de raison, des communistes, ensuite du prolétariat entier, et en dernier lieu d'un certain nombre de propriétaires et de bourgeois plus ou moins éclairés. Les motifs que les communistes feront valoir, on les connaît. Quant au prolétariat, ses orateurs lui diront qu'il ne peut, lui, rien espérer de riches parents qu'il n'a pas; que le droit de succession exige impérieusement, et a, en effet, fait naître une famille légale artificielle, n'ayant souvent rien de commun avec la famille naturelle. Ils montreront au peuple le père de famille se trouvant fort souvent dans la pénible situation de ne pouvoir laisser sa fortune à ses propres enfants, s'ils ont le malheur d'être bâtards, et de devoir l'abandonner aux enfants adultérins d'une femme légitime. Avec de vives couleurs on peindra le droit d'hérédité introduisant la division dans la famille, intéressant l'enfant à la mort de ses parents, armant le frère contre la sœur, le gendre contre toute sa famille adoptive. On évoquera de lugubres souvenirs comme ceux du château de Bitremont. On donnera pour l'abolition du droit dix autres

raisons qu'il serait trop long d'énumérer. Cette partie de la riche bourgeoisie enfin qui votera avec les communistes et le prolétariat y sera poussée un peu par l'idée que l'abolition du droit de succession et l'établissement du droit de la disposition illimitée est une extension de la propriété individuelle.

A celui qui veut bien réfléchir un peu sur ce que je viens d'exposer brièvement, il ne restera donc nul doute que la réponse du peuple à la question de principe sera négative, un non bien accentué*

Ce résultat constaté , le président posera , comme suit, la deuxième question :

« Le droit d'hérédité étant aboli, qu'adviendra-t-il de la propriété? Le peuple veut-il que le propriétaire ait le Aroit de disposer librement de ses biens par acte de dernière volontéy ou la propriété individuelle, après la mort du propriétaire, retournera-t-eUe à la société, à VÉtat? *

Dans ce moment, et malgré les efforts de groupes nombreux de communistes, le peuple se déclarerait pour le droit de la libre disposition testamentaire.

Le président, continuant Maboration de la loi, fait discuter et voter la troisième question :

« Comment disposera-t-on par acte de dernière volonté? Le pourra-t'On par testament olographe? par testament dicté à un officier public désigné? par testament oral? Réponse sur tous les points : Oui,

La forme du testament olographe et de celui fait par acte public ne donnera lieu à aucune question. Le droit de succession n'existant plus, et la société n'ayant plus à sauvegarder l'intérêt de tiers, intérêt regardé comme droit préexistant, peu importera àJ'État la forme de ces documents. Il ne pourra plus y avoir que les procès civils résultant de la production de deux ou trois testaments contradictoires et l'intervention du ministère public dans le cas de faux.

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La quatrième question du président de section sera donc celle-ci :

« Qml sera Voffider pubUc chargé de rédiger les testa-' mentspar acte public? »

Ici il n'y a rien de précis à indiquer d'avance. Dans telle section on voudra charger de cette tâche les notaires; dans telle autre le président de section assisté de ses secrétaires, ce qui, selon moi, serait un progrès, ces fonctionnaires étant électifs et révocables et pouvant facilement remplir gratuitement la charge indiquée. Il reste sans dire que l'avis de la majorité des citoyens du pays entier prévaudra, comme toujours, contre Tavis des minorités.

La cinquième et dernière question, eniSn, serait :

« De quelle manière le testament orai doit4l être fait? »

Probablement décidera-t-on que cette espèce de testa* ment devra être faite à haute voix devant la section assemblée et que mention de cet acte devra être faite dans le procès-verbal de la séance. C'est surtout pour la classe peu aisée, peu instruite, que ce mode simple et facile de disposer serait un véritable bienfait.

La loi serait achevée; la Législation directe aurait ainsi réduit à cinq paragraphes les 460 articles pour le moins qui maintenant s'étendent sur cette matière où s'y rapportent. Elle ramènerait la paix dans les familles; elle préviendrait une masse de crimes atroces auxquels la législation actuelle offre, pour ainsi dire, une prime, en faisant briller devant les yeux du coupable heureux ou acquitté la jouissance incontestée des richesses convoitées ; elle réduirait d'une manière fort sensible le nombre toujours croissant des affaires criminelles, et diminuerait enfin dans une vaste proportion cette lèpre sociale des procès civils qui nous ronge et nous enlève le prix de bien des labeurs.

Maintenant je suis assez curieux de connaître l'opinion

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de M. de Girardin sur cette méthode de simplifier et d'abolir les lois successivement, mais avec rapidité. Pense-t-il que son maire de France, qu'un législateur quelconque, qu'une assemblée serait assez puissante pour oser publier une loi comme celle que ferait le peuple dans ses sections? Ne devra-t-il pas convenir que la coalition des adversaires d'une pareille législation et les calomnies, les intrigues auxquelles ils auraient recours, armeraient les neuf dixièmes du pays contre le maire maladroit qui oserait concevoir la seule idée d'une pareille œuvre?

Peut-être m'observera-t-on : qu'il est facile de faire poser des questions et de rendre des réponses sur le papier, mais que cela devient difficile dans la pratique. Qu'on n'oublie pas le rôle bienfaisant de la presse, débarrassée dorénavant des tristes querelles de partis, arrivées à leur dénoûment définitif. Qu'on n'oublie surtout pas qu'il n'y aurait aucune confusion si dans beaucoup de sections du pays les questions se faisaient différemment. C'est ainsi, — pour ne pas quitter notre exemple, — qu'il pourrait arriver que, dans quelque section reculée, la première de nos questions ne fût pas mise aux débats, qu'on ne pensât même pas à mettre en doute la nécessité du droit de succession. Il en résulterait tout simplement que le maire de la commune, dans le tableau communal des votes, ferait figurer celte section parmi les votants pour le maintien du droit de succession, et à cette section il serait de plus tenu compte des décisions qu'elle aurait prises en partant de son point de vue à elle. Y aurait-il eu, par hasard, dans cette section quelques voix qui eussent protesté contrôle procédé du président soutenupar une immense majorité, qui eussent exigé vainement la discussion et le vote sur la véritable question du principe, comme nous l'avons posée, — ces voix ne manqueraient certes pas de faire mentionner dans le relevé des voles leur réclamation ainsi que

Je genre de vote qu'elles auraient émis. La centralisation successive de pareils votes dans les tableaux de la commune, de Tarrondissement, etc., se ferait sans la moindre diflSculté. Je dirais à ceux qui en douteraient : qu'ils n'auraient jamais cru, eux, à la possibilité de réunir et de faire concourir à la marche harmonique de l'ensemble les cent différentes pièces d'une machine à vapeur, ou, ce qui plus est, des différentes machines d'une vaste fabrique, chose bien autrement difficile que de classer quelques opinions dissidentes. Ces gens-là auraient regardé éternellement le levier comme la dernière expression de la mécanique.

11 y a une crainte de mes adversaires que jusqu'ici j'ai évité de toucher. Le peuple est-il en effet, comme l'indique Louis Blanc, cet ogre se nourrissant d'injustice et de tyrannie? Laissons parler l'histoire. Un jour le héros de Salamine, Thémistocle, entre dans l'assemblée du peuple d'Athènes. Il a conçu, dit-il, un projet dont l'exécution fera d'Athènes la maîtresse des mers et par conséquent du monde. Mais l'exécution doit avoir lieu, ajoute-t-il,dans le plus profond secret; le projet, en un mot, ne doit pas être soumis à la discussion du peuple. L'assemblée charge Aristide, le juste, d'examiner le projet de Thémistocle et de communiquer ensuite son jugement aux citoyens. Cette nomination est déjà une leçon. Aristide revient : « Rien de plus avantageux, dit-il, que la proposition de Thémistocle, mais aussi rien de plus inique! » Le peuple d'Athènes rejette le projet, qui ne consiste en rien moins qu'à incendier traîtreusement, à l'exception des navires athéniens, la flotte réunie de tous les États alliés de la Grèce, flotte qui se trouvait dans ce moment dans le port de la ville.

Il y a 44 ans, une position analogue se présente. La magnifique flotte du Danemark, réunie aux débris des flottes françaises, peut devenir dangereuse à la constitu-

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tionnelle Angleterre. Sa destruction, au contraire, assure à cette puissance Tempire de l'Océan. Le ministère anglais délibère, et, dans le dix-neuvième siècle, au milieu de la paix, au mépris du droit des gens, la ville de Ck)penhague est bombardée et la flotte incendiée ou enlevée (1).

(1) l*'' et 2 septeiid)re 1807.

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