‹ La Légitimation des Enfants AdultérinsChapitre 25 sur 31 · I. — Le Mariage · texte numérisé non relu

I. — Le Mariage

Il y a une crise du mariage : on se marie moins ,; les unions plus rares, sont de moins en moins fécondes. Elles sont moins sérieuses : les promesses faites devant le maire sont tenues par beaucoup pour des engagements qui ne lient pas. Elles sont, enfin, moins durables : indépendamment de la réforme de 1884 qui a rétabli le divorce, la loi du 6 juin 1908 a rendu automatique, au bout de trois ans, la conversion de la séparation de corps en divorce. « Le ma-

riage, a pu dire un juge d'instruction, M. Guillot, considéré comme union indissoluble, n’existe presque plus » (1).

Est-ce seulement l'effet de limmoralité individuelle? Sans doute, le besoin de bien-être et de plaisir sont une des causes du célibat, de la stérilité volontaire, de l’infidélité des époux. Sans doute il faut voir aussi, comme le dit M. Gillot, dans la fragilité du lien conjugal « une conséquence de la passion d’indépendance sans limite, sans obstacle, qui est l'état nouveau des esprits. On a besoin d'une liberté absolue. On ne veut être arrêté par rien ».

Mais il faut chercher, à la crise du mariage, des causes plus sérieuses et plus générales que le simple caprice individuel : ces causes sont à la fois d'ordre moral et d'ordre économique.

Tout d’abord, à tort où à raison, la conscience moderne tend à soustraire les rapports des sexes à l'empire du droit pour les considérer comme relevant exclusivement de la conscience (2). On admet volontiers qu'un texte de loi est un critérium bien imparfait pour trancher certains conflits d'un ordre particulièrement délicat. Aussi croit-on fort peu, en cette matière, à l'efficacité des moyens coercitifs (3). Enfin et surtout, on s'ingénie à trouver aux faiblesses du cœur et aux égarements des sens des explications qui sont des excuses.

Ces dispositions de l'esprit public ont eu leur écho au Parlement. M. Viviani a présenté à la Chambre une proposition de loi tendant à abroger les articles 338 et suivants du Code pénal (1895). Un garde des Sceaux, M. Vallé est venu soutenir à la tribune que l'adultère ne devrait pas être considéré comme un délit (1904). Enfin, M. Paul Meunier, député, est l’au-

(1) D’après Hugues Le Roux : Le bilan du divorce.

(2) M. le Président Magnaud n’a pas hésité à soutenir dans les attendus d'un jugement que l’adultère ne devrait pas être puni léga!'ement.

G) La répression de l’adultère est de moins en moins rigoureuse vers 1825, sur 1.000 prévenus, plus de 100 sont condamnés à plus d'un an et près de 500 autres, à moins d’un an d’emprisonnement. De 1800 à 1890, 3 à 400 sont condamnés à quelques jours de prison, les autres à une amende légère.

teur d’un projet de loi abrogeant les articles 336 et suivants du Code pénal (13 juillet 1906).

Mais ce qui a contribué surtout à ébranler, dans l'opinion, le respect dû au mariage, ce sont ses imperfections : on lui reproche de n'être trop souvent qu'un marché.

Le tempérament de notre race nous pousse à chercher, avant tout, dans le mariage, un établissement durable, qui nous assure, ainsi qu'à la famille que nous fondons, une situation solide et sûre. C’est pour cela qu'on se marie peu, qu'on se marie tard, qu'on limite sa famille à ses ressources ; c'est pour cela aussi que les questions d'intérêt jouent un rôle considérable non seulement dans les mariages dits de raison, mais même dans ceux d'inclination.

On peut déplorer cet excès de prévoyance qui n’est pourtant pas sans quelque mérite : c’est un scrupule en somme honorable, avant de prendre des charges, de se demander comment on pourra y faire face. Toutefois, sans rien vouloir exagérer, il est incontestable que la question financière joue un rôle trop prépondérant dans beaucoup d’unions.

Le mariage, avec ses prétentions à la moralité, ses prudents calculs, avec les chaînes économiques et les contraintes sociales qui pèsent sur lui est donc apparu à certains comme une institution vieillotte, étriquée, factice. Par une généralisation excessive, mais trop naturelle, on lui attribue pour source la cupidité de l'homme et pour fruit l’adultère de la femme. Et on l'a considéré comme une cause de gêne et d'insécurité dans les rapports des sexes, à une époque où l’on a un véritable culte pour la liberté, même quand elle va jusqu'à la licence et pour la franchise, füût-elle poussée jusqu'à l’impudeur.

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