L’ANCIENNETÉ DE LA LÈPRE ET DE LA SYPHILIS
(Congrès médical d’Alger). Buret raconte une légende bien intéressante qu’un scribe de Sardanapale a gravée, en caractères cunéiformes, sur des briques que conserve le British Muséum. Istar (Vénus), déesse de l’amour criminel, de la fertilité et de la guerre, mère des dieux et des hommes, séduite par la vigueur d’Izdubar (Nemrod), avait demandé au héros de la prendre pour femme. Refus du peu galant qui continue à courir les bois avec son camarade Rabani, un mâle lui aussi ; car il pouvait sans interruption « employer six jours et sept nuits à s’amuser avec le la-lu de son bien-aimé ». Istar furieuse demande à son père Anu d’envoyer contre le rebelle à l’amour le taureau sacré. Mais Rabani n’a pas peur des bêtes féroces ; il saisit le pénis du taureau et le jette à la figure de la déesse. Fureur d’Istar. Tout le système planétaire tremble ; après 12 jours de lutte, Rabani est frappé à mort. Quant à Isdubar, atteint d’une lèpre honteuse qui fait tomber ses cheveux, couvre sa peau de squames et de pustules, il descendra dans les enfers où il devra se purifier à la Fontaine de vie. Buret, qui a donné dans son livre si instructif sur la syphilis chez les anciens des preuves évidentes de l’origine ancienne de la vérole, trouve, dans la punition d’Izdubar, confirmation de son dire.
11 est certain, d’après leurs archives, que les Chinois connaissaient la syphilis 27 siècles avant le Christ, et la lèpre aussi. Selon le Dr Richard d’Aulnay, la Chine paraît, d’après les études du capitaine Dabry, avoir été infectée de la syphilis depuis les temps les plus reculés dans toutes ses régions.
Morache qui a vécu longtemps en Chine dit: Les immenses plaines de la terre des herbes sont parcourues par des nomades saturés du virus syphilitique ; ils présentent des accidents cutanés analogues à la lèpre biblique, qui, après l’usage heureux d’une médication spécifique, doivent être regardés comme des manifestations éloignées de la vérole.
En i863, le capitaine Dabry, consul de France en Chine, publia un livre intitulé La médecine chez les Chinois. On y trouve nettement la description de la vérole, d’après les manuscrits datant de 2 5oo ans avant le Christ.
Le Dr Scheube, de Leipzig, publia la traduction d’un manuscrit japonais (Dai-do-Eui-chin-ho) qui fut composé l’an 808 après le Christ. La syphilis y est clairement décrite et paraît confondue avec la lèpre.
i4 LA LÈPRE A TRAVERS LES SIÈCLES ET LES C01STRÉES
Scot dépeint des ulcérations génitales contagieuses capables de produire des accidents locaux et généraux qu’il qualifie de lèpre. Il décrit aussi avec soin les manifestations que portent les enfants de lépreux, lorsqu’ils viennent au monde. Sa description s’applique parfaitement à la syphilis congénitale.
Avant nous, on n’avait pas vu d’enfants portant des manifestations lépreuses, lors de la naissance, ou paraissant peu après ; tandis que le fait est très commun dans la syphilis. Nous avons été le premier et le seul, jusqu’à présent, favorisé par le hasard, pour observer la lèpre congénitale que nous avons reproduite en chromo-lithographie dans notre ouvrage Les lépreux ambulants de Constantinople .
Michel Scot dit, en 1477, si une femme souffre d’un flux, l’homme aura la verge attaquée, comme les adolescents inexpérimentés qui sont souvent contaminés à la verge et parfois même prennent la lèpre. Certains auteurs considèrent la syphilis comme une transformation de la lèpre.
Gordon, professeur à Montpellier, en i3o3, admet que la lèpre se transmet par le coït, d’où éruptions cutanées, engorgements glandulaires, exostoses, effondrement du nez. Appelé à soigner une comtesse atteinte de lèpre, il la confia à un bachelier qui eut des relations avec elle et gagna de suite la lèpre. Il dit même que la contagion de la lèpre par le coït est fatale.
Philippe Schop cite le cas d’un charpentier qui, peu de temps après avoir eu des rapports avec une lépreuse, devint luimême lépreux. Cependant nous avons vu des centaines de mariages mixtes sans que jamais le conjoint lépreux infectât l’autre, lors même qu’il y a eu des lépromes suppurés aux organes génitaux. D’ailleurs la rapidité avec laquelle eut lieu la contamination suffit pour prouver que dans ces cas il s’agissait bien de syphilis.
Bibeiro Sanchez démontra l’ancienneté de la syphilis (dissertation sur la maladie vénérienne, dans laquelle on prouve qu’elle n’a point été apportée d’Amérique, 1760).
On a accusé les Juifs chassés d’Espagne, les hordes maranes, d’avoir introduit la syphilis en Italie, au xve siècle. Ces Juifs, descendants directs des Hébreux de l’exode, étaient tout bonnement lépreux (Antiquité de la syphilis, Congrès international de Médecine tenu à Moscou en 1896. La syphilis chez les Pharaons, communication à l’Académie de Paris, le 3 juillet 19°°).