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L'ANCIENNETÉ DE LA LEPRE ET DE LA SYPHILIS

Or, la lèpre de Michel Scot et de Bernard Gordon, avec contagiosité excessive, n’était que la vérole, aussi vieille que l’humanité. Dès que la syphilis attira l’attention, les léproseries furent fermées et les hôpitaux des vénériens les remplacèrent.

Au xvie siècle, les malheureux atteints de mal vénérien invoquaient Job, peint alors sur les vitraux des églises, couvert d’ulcères. Il y avait même une messe dite à la fête de saint Job, au profit des vénériens; et pourtant selon la Bible et le monde profane, Job aurait été lépreux.

Broca a signalé, en 1876, les lésions osseuses syphilitiques,, à propos du défrichement du cimetière lépreux de la place Vintimille actuelle, rue de Douai.

Lancereaux a décrit ces mêmes lésions, en i885, dans son Anatomie pathologique (tome III).

La syphilis et la lèpre se ressemblent parfois tellement dans leurs manifestations réciproques, que les erreurs de diagnostic sont commises encore de nos jours, malgré les progrès de la science et la facilité de différencier aujourd’hui ces deux sœurs. La confusion était inévitable dans les temps antiques. Nous avons trouvé nous-même des lésions osseuses syphilitiques, des exostoses, sur des squelettes provenant des cimetières d’anciennes léproseries où l’on n’enterrait que des lépreux, soi-disant. Enfin la découverte, par nous et plus tard par le Pr Lortet, de Lyon, des lésions syphilitiques sur des os provenant de nécropoles égyptiennes de l’époque Pharaonienne, et datant de plus de 4 000 ans, démontre l’existence de la syphilis dans l’ancien continent, bien avant la découverte par Christophe Colomb de l’Amérique (1492) que l’on a accusé d’avoir infecté l’Europe, bien que l’inverse plutôt paraisse être la vérité.

Devant les antiques descriptions et les tableaux anciens censés reproduire les scènes de Job et de Lazare et jusqu’à nos jours, la même question se trouve légitimement posée : est-ce bien la lèpre ou la syphilis ? Parrot eut tort de considérer le rachitisme comme conséquence directe de l’hérédité syphilitique ; mais il était dans le vrai lorsqu’il défendait l’ancienneté de la syphilis. Des cinq crânes Péruviens antéhistoriques que possède l’Institut anthropologique de Paris, quatre portent des traces irrécusables de syphilis tertiaire. Le Pr Campana, le fPSantis, de Naples, et Sigmund ont trouvé sur des ossements

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provenant de Pompéï, ville ensevelie en 79, des lésions syphilitiq ues que décrivit avec détails le Dr Amabile. La syphilis et la lèpre se ressemblent parfois d’une manière étonnante dès leur invasion. Elles annoncent leur début, en général, par des phénomènes généraux de réaction de la part de l’organisme, identiques, qui peuvent induire en erreur: fièvre, courbature, douleurs rhumatoïdes, céphalées, parfois anémie, palpitations, étourdissements, adénites cervicales et inguinales, angines par amygdalites, érythèmes, plus tard iritis, ophtalmites... Mais dans la lèpre, pas de chute de cheveux comme dans la syphilis. A une période avancée, la syphilis atteint les viscères et les os; cependant, dans la lèpre, il n’y a pas d’exostoses. Les lésions du palais et du nez se ressemblent énormément; il en est de même de celles de la langue et des ongles. Toutes les deux sont des maladies dépressives. Parfois, il y a la lèpre rapide, comme la syphilis galopante.

Arétée dit positivement avoir vu souvent la luette détruite, de même que les os du palais. Archigène décrit parfaitement les douleurs des os, désignées plus tard par Galien sous le nom d ' ostèocopes. En remontant bien plus haut dans l’histoire, on trouve dans Hérodote la description d’une maladie des Scythes qui paraît avoir été la syphilis ou la lèpre. Dion Chrysostome, célèbre rhéteur grec du premier siècle de l’ère chrétienne, dit à propos des débauchés de Tars — ville de l’Asie Mineure, capitale de la Cilicie orientale, patrie de saint Paul, près de l’embouchure de Cydnus dans la Méditerranée — que leur respiration était ronflante et rauque et que la colère divine a détruit le nez du plus grand nombre d’entre eux(?).

Si l’on a recours à la lumière projetée par les recherches entreprises dans le nouveau continent, on voit que l’antique céramique de Pérou, datant d’avant la conquête par les Espagnols, représente des lésions dont les unes appartiennent à la lèpre, les autres à la syphilis, la distinction est parfois difficile et même impossible (voir plus loin le chapitre : la lèpre dans les Beaux- Arts). Or ces maladies similaires ont existé simultanément dans le nouveau et dans l’ancien continent. 11 n’y a donc pas de doute que dans les anciens temps, la lèpre était confondue avec la syphilis. Cette confusion continua en Scandinavie jusqu’au milieu du xixe siècle. Les léproseries abritaient aussi les syphilitiques. Les Drs Danielssen et Bœek ont eu le grand mérite de constater cette confusion et de

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différencier ces deux maladies. D’ailleurs jusqu’au xve siècle on englobait sous le nom de lèpre toutes les maladies graves de la peau, principalement s’il y avait mutilations du nez, des membres, lésion des os de la tête, etc. Quand Fracastor a créé le mot syphilis qu’il chanta en vers, en i53o,la maladie s’exaspéra et attira l’attention par sa gravité et le nombre de ses victimes; mais elle existait déjà bien avant. Lorsque Torella contracta le mal français (syphilis), il s’est vu perdu croyant que c’était la lèpre.

En i5i8, Pierre de Bayrs, médecin de Charles II, donna la recette des pilules que François Ier, roi des Français, envoya à son allié Barberousse (roi d’Alger, sous le règne du sultan Sélim Ier); tous les deux auraient eu la vérole dont ils seraient morts, François en i544 et Barberousse en i546. Ces pilules étaient composées de mercure métallique, rhubarbe, aloès, ambre, mastic et myrrhe. Pour blanchir leurs mémoires on a soutenu qu’ils étaient lépreux (?).

Gilles de la Tourette publia dans le Progrès médical du i4 juin i884 un article sur l’ancienne origine de la syphilis. Mais a l’époque de la renaissance, les communications entre peuples furent plus actives et favorisèrent la diffusion de la maladie. Des auteurs instruits se mirent alors à décrire une alfection que l’Eglise déclarait impure et indigne de compassion et de soins! Cependant elle s’occupa dans le temps des syhilitiques confondus avec les lépreux.

La lèpre dans l’antique Égypte. — La lèpre fut un des plus horribles fléaux de l’humanité dès l’antiquité la plus reculée, ainsi qu’en font foi les plus anciens documents en notre possession, que les fouilles et les recherches des érudits archéologues ont successivement découverts dans les premiers témoignages des hommes qui ont fixé leurs impressions et leurs souffrances par les signes idéographiques, les inscriptions sur les briques et les papyrus. C’est ainsi que l’écriture cunéiforme et les hiéropglyphes accusent déjà cette maladie d’une manière suffisamment claire pour ne laisser le moindre doute. Les peuples- les plus primitifs que l’histoire nous dénonce en étaient atteints.

Quelle est la contrée où la lèpre parut en premier lieu et comment fut-elle engendrée ? Le serait-elle en une seule localité ? Serait-elle monogénique ou polygénique? Il faudrait d’abord tomber d’accord sur la création de l’homme. N’y eut-

Zambaco. Anthologie.

il eu dans le principe qu’un Adam ou bien plusieurs? et dans la dernière hypothèse, ont-ils poussé simultanément sur tous les continents? Autant de questions qui divisent à jamais les anthropologistes.

Quoi qu’il en soit, quel a pu être le lieu d’origine de la lèpre? L’Asie centrale paraît en avoir été le berceau, du moins pour l’ancien hémisphère; et c’est de là qu’elle se propagea dans toutes les contrées avoisinantes où on la rencontre encore aujourd’hui, à l’état endémique ou sporadique, sans le moindre privilège de nationalité.

Les recherches anthropologiques démontrent que les premiers Européens, savoir les Celtes, les Germains, Pelasges, Hellènes, Slaves, Scandinaves, ainsi que les Iraniens ou Perses, ont émigré du plateau du Pamir qui se trouve aux environs des sources du fleuve Indus dans la région de l’Hindou-Kouch. De ce point et de la plaine Senâar, les peuples ont envahi l’Europe. Les Scandinaves émanent du Caucase, Askenez, près de la mer homonyme ou Pont-Euxin (Allas de géographie, par Diroux et Ch. Leroy). Or, la Kushta ou la lèpre a existé aux Indes dès l’antiquité la plus reculée. Les livres sanscrits sacrés des Indous, les védas, mentionnent la lèpre. L’Inde paraît donc avoir été le premier berceau de la lèpre qui de là fut transmise à l’Egypte où elle rencontra des conditions favorables à son développement.

Les conquérants asiatiques de l’Egypte sont venus de l’Orient, peut-être de la Mésopotamie, de l’Arabie heureuse, selon Wiedman et Schweinfurth. Ils ont eu sur les autochtones armés de pierres taillées, l’usage du métal et surtout du cuivre.

Selon Brugsch Pacha aussi, la race égyptienne vint du centre de l’Asie, et traversa l’isthme de Suez. Il est probable que les peuples asiatiques antiques, en communicalion, par terre, avec les Indes fussent atteints de lèpre avant les Phéniciens, et qu’ils l’aient transportée en Afrique avant ceux-ci. Selon Maspéro, le premier peuple asiatique habitant la Chaldée fut le Scythe, quinze siècles avant l’avènement des grandes nations conquérantes ( Histoire ancienne des peuples d’Orient, 1878). Les Scythes seraient les plus anciens des hommes. Ils apparlenaient à la race Touranienne qui habite encore aujourd’hui le Nord de l’Europe et de l’Asie. Toutes les contrées de l’Asie ont été et sont toujours éprouvées par

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la lèpre : Scythie, Perse, Arménie, Assyrie, Chaldée, etc. Pendant quinze siècles les Egyptiens ignoraient l’existence des peuples asiatiques.

A côté des Touraniens il y avait les Koushites dont le pays était le Koush, en Bactriane, compris aujourd’hui dans le Turkestan et la Perse. Ces Koushites pénétrèrent de la Boukharia et du plateau de l’Iran, jusque dans l’Asie Mineure et firent les Cares qui avaient aussi le droit d’avoir la lèpre. Quelques Koushites entrèrent en Perse et en Arabie, jusqu’au détroit de Bab-el-Mandel. Une de leurs branches se fixa, dès la plus haute antiquité, aux rives méridionales du golfe Persique d’où ils sont allés s’installer aux bords de la Méditerranée (Maspéro, Histoire ancienne des peuples d’Orient, p. i45). C’est sur les rives du golfe Persique que commença la civilisation,, ainsi que le commerce avec l’Egypte qui désignait les tribus Koushites sous le nom de Poun , Paeni, Puni. Selon Muller, l’étymologie du mot phénicien serait de Feu-Hu qui signifie, en ancien Egyptien, pirate, voleur. En 2 4oo avant le Christ, ces koushites ont remonté l’Euphrate et pénétrèrent en Syrie qu’ils conquirent. La métropole des Kourshites paraît avoir été l’Abyssinie. Ces Koushites sont les ancêtres des Phéniciens. Une de leurs tribus occupa Tsour et Arad (Tyros et Arados de Strabon, t. XV, p. 766).

D’après Pline (VI, p. 32), l’île se nommait Tylos1.

La tradition conservée sur les monuments de la vallée du Nil remonte jusqu’au premier âge, celui de la pierre. Le pre mier roi des Dieux, le constructeur (créateur), était Amon-râ (roi soleil). Selon Bunsen et Lepsius aussi la langue de l’ancienne Egypte doit être considérée comme un terme de transition entre les langues Sémitiques et les langues Ariennes. Ces deux races se sont croisées. Blumenbach et Bruner bey trouvèrent aux anciens crânes d’Egypte des ressemblances avec ceux des Hindous. De sorte que l’on est porté à admettre que les Egyptiens ont pris la lèpre des Ariens.

Les statues, les bas-reliefs, les momies prouvent en faveu-

I. Les Phéniciens ont laissé partout des souvenirs. En Syrie, le Dr Bouvier, professeur à l’Ecole de Médecine de Beyrouth, que j’ai connu personnellement, découvrit en 1898, hors de cette ville, sur l’emplacement de l’ancienne Beryle, plusieurs puits funéraires phéniciens datant du xne siècle avant le Christ. Il en fit une communication à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il m’en promit des détails* mais il ne tint pas parole. La lèpre survit toujours dans toute la Syrie.

ao LA LÈPRE A TRAVERS' LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

de l’origine asiatique des anciens dominateurs de l’Egypte. L’aristocratie appartenait aux races blanches et non aux Éthiopiens. D’ailleurs, nous l’avons dit, la langue égyptienne se rattache aussi aux langues sémitiques. Elle a des rapprochements avec le syriaque et l’arabe (Maspero). Puis les mélanges opérés successivement avec les Scythes, les Khéttites ou Hittites, les Phéniciens, les Sémites de la Palestine et de la Syrie, ont renforcé et rallumé le fléau et contribuèrent à le propager partout. Selon Maspéro, sur vingt fonctionnaires ou officiers qui entouraient les Pharaons, dix étaient d’origine syrienne, berbère, éthiopienne, et les Pharaons avaient dans les veines du sang de princesses asiatiques ou nubiennes que les hasards des conquêtes firent entrer au harem des ancêtres. Dans son Histoire ancienne , publiée en 1890, l’illustre égyptologue dit, à propos des morts et des tombeaux chaldéens, qu’on admettait que sous la terre il y avait un pays ténébreux où régnait le dieu Nergal et la déesse Allât qui jugeaient et condamnaient à des tortures et à la lèpre qui rongerait, jusqu’à la fin des temps, ceux qui leur déplaisaient.

La Bible aussi attribuait aux Égyptiens une provenance asiatique. Mizpaïm, fils de Cham, frère de Koush l’Éthiopien et de Canaan, se fixa sur les bords du Nil avec ses enfants (Genèse, ch. xv), dont l’aîné, Loudin, personnifie les Égyptiens proprement dits, les Rotou ou Lodou des inscriptions hiéroglyphiques. Ananim représente la nation des Anou qui fonda On ou Héliopolis et Hermonthis dans les temps préhistoriques (Maspéro, Histoire ancienne des peuples d* Orient ).

La période de formation du sol et de la nation de l’Égypte dura des myriades d’années (Maspéro). C’est bien plus tard qu’une fusion s’opéra avec les autres peuples qui ont conquis l’Égypte successivement : Assyriens, Perses, Arabes, Grecs, Romains, Turcs d’une part et, grâce à ces derniers, aux Mamelouks, les Circassiens, les Albanais, et d’autre part avec les Nubiens, les Éthiopiens, les Soudanais. Aussi loin qu’on puisse remonter dans l’antiquité, grâce au papyrus de Berlin (Brugseh), le premier roi d’Égypte fut Ména (première dynastie).

Il est donc logique d’admettre que les Asiatiques atteints de la lèpre régnant aux Indes, dès la plus haute antiquité, aient infecté l’Égypte.

Quelques notions historiques doivent être relatées ici avant

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d’aborder l’étude spéciale de la lèpre dans l’antique Egypte.

Le premier roi cosmique Mena serait monté sur le trône 5oo4ans avant l’ère chrétienne. La science médicale existait à une époque très reculée en Egypte, du temps des premières dynasties. Dans le grand papyrus médical découvert dans la nécropole de Memphis et conservé aujourd’hui dans le musée égyptien de Berlin, figurent bien des recettes pour guérir un certain nombre de maladies du genre de la lèpre (Brugsch, Histoire d’Égypte'). Selon Joachim, on trouve dans ce manuscrit la description d’une maladie identique à la lèpre. Manéthon et même Tacite sont d’avis que les Hébreux furent relégués au Delta parles Pharaons parce que lépreux. Dans ce papyrus se trouve un passage qui fait remonter l’origine d’une partie de l’ouvrage jusqu’au cinquième roi de la table d’Abydo s, jusqu’à Husapti, c’est-à-dire à 43oo ans avant le Christ. Le texte dit : c’est le commencement du recueil de recettes pour guérir les exanthèmes (uxet). Ce papyrus si ancien fut trouvé enfermé dans un écritoire, au-dessous des pieds d’une statue du dieu Anubis, à l’époque du règne du roi Husapti. Selon le prêtre Manéthon, Athothis le Tola successeur de Mena fit des livres sur l’anatomie. Le Pharaon Tosorthros (3e dynastie) se distingua par ses connaissances médicales qui lui valurent le nom honorifique d’Esculape.

Selon Maspéro ( Loc. . cit., p. 77), il y avait des livres scientifiques écrits même pendant les rois antérieurs à Mena, sur la médecine, l’astrologie, la géométrie, malheureusement égarés. L’Almanach Egyptien remonte aux temps mythiques antérieurs à l’avènement de Mena. Cet almanach partageait l’année en 12 mois de 3o jours chacun. Les astronomes d’alors, ayant remarqué l’écart entre l’année égyptienne et l’année fixe, ont fait la rectification en y ajoutant cinq jours complémentaires. Les données monumentales éclairent et déterminent à peine avec quelque exactitude les connaissances qu’avaient alors les Egyptiens.

Un haut fonctionnaire du Pharaon Menta-Hotep fut envoyé en Arabie pour rapporter des arômes. Or, les Egyptiens entretenaient des relations commerciales, dès la plus haute antiquité, avec l’Arabie (Yémen, Hadramant et le Pun-t) où la lèpre sévit toujours. J’ajouterai par anticipation, que toutes ces relations propageaient la lèpre. Le Pun-t était l’île divine d’où tiraient leur origine les grandes divinités de

l’Égypte. C’étaient une station préhistorique des conquérants avant leur entrée en Égypte; c’était un point d’arrêt de la race Koushite.

Ainsi, pendant des siècles les autochtones Égyptiens ignoraient la présence des peuples asiatiques habitant la Chaldée dont les Scythes paraissent avoir constitué le tout premier peuple pendant quinze siècles avant l’avènement des grandes nations conquérantes. Les Scythes, les plus anciens des hommes, appartenaient à la race touranienne. Ils habitent encore aujourd’hui le nord de l’Europe et de l’Asie, des marais de la Finlande aux bords de l’Amour. Or à côté des Touraniens il y avait les Koushites, aux traits réguliers, délicats. Leur pays était en Bactriane, le pays de Koush, qu’arrose le fleuve Gihon. Ils pénétrèrent dans la Boukharie, l’Iran et jusque dans l’Asie mineure où ils firent les Caves. En outre quelques-uns pénétrèrent en Perse, en Arabie jusqu’au détroit de Bab-el Mandeb près du golfe Persique. Ces Koushites étaient des navigateurs. Ils ont été, des bouches de l’Indus, des côtes de Malabar, depuis la Karamanie, le golfe Persique, aux rives de l'Éthiopie, jusqu’au golfe Élanitique. Ils ont sillonné la Méditerranée, depuis le delta de l’Égypte jusqu’à Joppé (Jaffa), sur les rivages de la Palestine. Ainsi la race Koush s’étendit du Gange au Nil, de la mer des Indes à la mer de Grèce. Les Koushites étaient une branche ancienne de la famille sémitique, qui s’éleva la première à la civilisation. Les peuples sémites étaient établis sur les confins de la Chaldée. Cantonnés en Arménie, au pied de l’Ararat, ils descendirent en Mésopotamie et de là en Syrie. « Des Koushites se fixèrent dans les alentours du golfe Persique, d’où ils se rendirent aux bords de la Méditerranée. Ils furent les ancêtres des Phéniciens » (Maspéro, Histoire ancienne de V Orient, 1878)0

Or, la lèpre ayant existé en Asie, dès la plus haute antiquité, les Scythes et les Koushites, ancêtres des Phéniciens, en étaient infectés, et paraissent l’avoir communiquée les premiers aux Égyptiens.

Plus tard, à la suite des guerres, les Libyens, les Nubiens, les Asiatiques et les Bédouins du désert furent mêlés auxEgyptiens qui tantôt subissaient leurs incursions, tantôt les subjuguaient (Maspéro). Tous ces peuples ont eu la lèpre et en sont encore ravagés à l’heure qu’il est. Dès la plus haute antiquité la Perse, l’Assyrie, la Syrie, la Mésopotamie en étaient éprou-

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vées. Et le peuple égyptien, mélange d’une race autochtone, la Lybienne, et d’envahisseurs asiatiques ayant une affinité avec les Chaldéens infectés de lèpre, en était décimé aussi.

L’usage du cylindre pour imprimer le nom du roi sur les objets appartenant aux Pharaons archaïques est une démonstration de l’origine asiatique des Egyptiens. Car le cylindre est exclusivement chaldéen et assyrien. Ce n’est que plus tard que chez les Egyptiens le scarabé remplaça le cylindre, sous forme de sceau.

Toutes ces pérégrinations des peuples nous font suivre la propagation delà lèpre originaire de l’Asie, de l’Inde, et transmise aux diverses nations auxquelles ils se mêlaient.

Voici les inductions qu’on peut tirer de toutes ces émigrations : i° l’Inde fut le berceau de la lèpre et aussi la première patrie des Egyptiens ; 2° les Egyptiens tenaient la lèpre des Indes; 3° les Phéniciens, descendants des Koushites, lépreux par excellence, atteints du Morbus Phénicicus (la lèpre), leur maladie nationale, la tenaient également de la même source et la propagèrent partout, grâce à leurs voyages nautiques et à leurs nombreuses colonies.

Sardanapale, roi d’Assyrie, fit une expédition contre Téaros, roi d’Egypte et d’Ethiopie ; il parvint à la ville de Karabanit ou Karabana. Oppert en interpréta le texte cunéiforme ( Mémoire sur les rapports de l’Egypte et de l’Assyrie ). Les sémites existaient partout alors à l'Est de la branche Tayiite du Nil. Tanis était le centre d’une population sémitique soumise à l’Egypte. Les canaux et lacs de l’alentour portent encore des noms sémitiques.

Tous ces renseignements prouvent d’abord que les Koushites, venant de l’Asie, envahirent l’Egypte ; puis, que les Juifs étaient établis en Egypte bien des siècles avant l’exode, où ils avaient contracté la lèpre, et que, néanmoins, peut-être Pavaient-ils déjà empruntée à l’Asie, à l’Assyrie, aux Indes, où elle a toujours régné. Cette supposition est probable.

La lèpre chez les Hébreux. — Le séjour des Hébreux en Égypte, depuis l’émigration du patriarche Jacob jusqu’à l’exode, a été de 43o ans environ. La lèpre ravageait l’Égypte bien avant l’exode; Pharaon le savait. Les miracles opérés par Moïse devant lui, sur l’ordre de l’Éternel, le prouvent péremptoirement. En effet la Bible enseigne que l’Éternel intima l’ordre à Moïse de convaincre Pharaon que le peuple d’Israël était

2 Ix LA LÈPRE A TR A VERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

son peuple favori et qu’il devait lui permettre d’aller sacrifier dans le désert.

Les Hébreux étaient alors cantonnés au pays de Goshen. Pharaon refusa. Or, parmi les miracles dont l’Eternel enseigna le truc à Moïse, il y avait celui de la verge transformée en serpent et vice-versa, et celui de la lèpre : Et l’Eternel dit à Moïse mets ta main dans ton sein, sors la... et la main était couverte de lèpre ; remets ta main dans ton sein; sors la; et la main redevint saine comme son autre chair (paragraphe 2 du chapitre iv de YExodè).

Donc, d’après la Bible, Moïse devint lépreux et en guérit par miracle. Or, la lèpre existait en Egypte et Pharaon le savait bien. Autrement il n’aurait pas été en état d’apprécier le miracle qui d’ailleurs ne le convainquit guère et lui fit dire que ses jongleurs, à lui, faisaient des tours bien plus forts que ceux de Moïse. Les Hébreux, souffrant terriblement de la cruauté de Pharaon et des corvées interminables, n’attendaient qu’une occasion pour se dérober à cette servitude.

Ainsi bien avant l’exode, et l’on peut dire dans les temps les plus archaïques, la lèpre sévissait en Egypte, à tel point qu’on a considéré, bien à tort, ce pays comme en ayant été le berceau.

On lit dans le papyrus si antique de Brugsh Pacha, déposé au Musée de Berlin : Pharaon Thomsés II ayant demandé aux voyants comment il devait se prendre pour invoquer l’apparition d’Amon que ses prédécesseurs avaient vu en personne, les divins répondirent qu’il devait d’abord purger son empire des lépreux et des impurs, et alors, par ordre supérieur, ceux-ci furent ramassés au nombre de 80000 et relégués d’abord aux carrières de Tourah à Sinaï, et plus tard, par faveur du souverain, ils obtinrent l’autorisation d’habiter la ville Avaris, située au Nord-Est du Delta, -sur la branche du Nil dite tanique, aujourd’hui Samnah, Héroopolis, construite parles rois pasteurs, et restée inhabitée après leur expulsion. Ces lépreux y constituèrent une colonie de tarés. C’est de cet endroit que les Hébreux sortirent nuitamment pour se rendre dans le désert, fuyant les mauvais traitements des Egyptiens.

Maintenant voici la tradition juive. La population israélite, augmentant rapidement, Pharaon ordonna d’en tuer les enfants mâles. Une femme de la tribu de Lévi cacha son enfant pendant trois mois ; puis le sauva en le mettant dans une corbeille

LA LÈPRE CHEZ LES HÉBREUX

d’osier qu’elle confia aux vagues du Nil. Cette corbeille ayant été trouvée parla fille de Pharaon, l’enfant fut ainsi sauvé, et, sur l’instance de celle-ci, Ramsès II en fut le père adoptif; on l’appela Moïse, le sauvé des eaux ; elle le fit élever dans toute la science de l’Egypte. Tout autre est la légende égyptienne, on l’a vu. Quoi qu’il en soit, Moïse ou Osarsyph, fils adoptif de Ramsès II, voulant sauver ses coreligionnaires de la tyrannie des Pharaons qui les faisaient travailler comme des bêtes de somme aux travaux publics, à transporter des pierres pour la construction des pyramides et des temples, et les méprisaient sous le nom à' Apêriu, décida leur émigration dans le désert. Moïse, ayant été plusieurs fois déjà au mont Sinaï, après avoir fui de l’Egypte pour avoir assassiné un Egyptien rudoyant un israélite, connaissait le gué de l’isthme de Suez pendant les basses marées. D’ailleurs, la localité, la contrée de Tanis, où demeuraient les Hébreux n’en était pas éloignée. Lorsque les troupes de Pharaon Ménophtés, premier fils de Ramsès II, voulurent poursuivre les Juifs, la marée était haute; elles furent noyées, ignorant le flux et le reflux des eaux. Tout cela est simple à comprendre sans faire intervenir un miracle.

La ville de Tanis (ville étrangère selon les textes égyptiens) était le centre d’une population sémitiqne, bien qu’appelée ville de Ramsès IL On attribue sa fondation aux Phéniciens. Toutes les régions orientales autour du lac Menzaleh étaient habitées par les sémites (Mariette Bey). Avaris — ville de boue — était habitée par les impurs ou lépreux. Après avoir quitté le Delta, les Hébreux firent leur première station à Soucak, mot qui signifie tente en Hébreux.

M. Daressy, conservateur du Musée égyptien dont la haute direction est confiée au savant égyptologue Maspéro, fit le 6 février 1911, à l’Institut égyptien du Caire — dont la création remonte à Napoléon — une conférence très savante sur V exode des Hébreux de l’Egypte (en emportant la lèpre), à laquelle j’ai assisté. Lorsqu’il s’agit de tracer la route que Moïse fit suivre à son peuple depuis le départ de la terre de servitude jusqu’au passage de la mer, le premier point à établir, dit le conférencier, c’est de fixer ce que le texte hébreu appelle la mer des roseaux, et que toutes les traductions ont rendu par mer Rouge. La marée se faisait-elle sentir à cette époque jusqu’au lac Timsah, les seuils qui séparent ce lac de la mer

n’étant pas encore fermés? La traversée miraculeuse avait eu lieu près de Suez ou à travers le lac. Les lacs étaient alors en communication avec la mer. Les Grecs désignaient l’extrémité de la mer Rouge sous le nom de golfe d’Héroopolis dont l’emplacement fut reconnu être à Tell-el-Maskhouta d’aujourd’hui, à l’Ouest d’Ismaïlia. La région assignée aux Hébreux pour leur résidence avant l’exode occupait l’Est du Delta près du Zagazig actuel. Un fragment de papyrus démotique, découvert récemment à Saggarah, et qui doit dater de Ptolémée Philadelphe, renferme une liste des villes frontières de la Basse- Egypte. On y rencontre Pitoum-Téka, autrement Succoth , où les Hébreux s’assemblèrent et célébrèrent la Pâque avant leur départ, et le lac de Kherta près duquel était la forteresse Piha-Khirot, mantionnée dans la Bible, ainsi que celle de Migdol ou Bal-Tséphon qui était, selon l’Exode, en face du camp des Hébreux, au moment où les Egyptiens les rejoignirent. Ces noms se suivent dans le papyrus, tout comme ils sont groupés dans le récit mosaïque. Or, ce fut vers le Sud de la Simsah que s’effectua la traversée de la mer ou plutôt des lagunes en communication avec la mer, après le plus court trajet possible. Au delà c’était le désert. L’armée égyptienne, en admettant qu’elle n’ait pas péri en entier dans les eaux, dans tous les cas elle avait été rassemblée à la hâte et n’était pas munie du nécessaire pour une expédition dans les sables et les rochers du Sinaï. Elle ne pouvait donc pas se lancer à la poursuite des fugitifs. Voilà donc comment les miracles s’évanouissent devant les faits et les lois naturelles constatées par l’histoire et par la science.

Les Israélites étaient établis en Egypte depuis l’an 1 706 avant le Christ; et l’exode eut lieu sous le Pharaon Menophtés Ier, fils de Ramsès II, en 1^91 avant le Christ. Il y aurait eu dans l’exode 600000 hommes en état de porteries armes, sans parler des femmes et des enfants. Les Hébreux se sont prodigieusement multipliés dans l’espace de [\o ans qu’ils passèrent dans le désert, et la lèpre aussi augmenta parmi eux. Or les Hébreux ont pénétré en Arabie et s’arrêtèrent au pied du Mont Sinaï. Plus tard, sous Josuë, ils s’établirent dans le pays de Chanaan, patrie d’Abraham et de Jacob qui, plus tard, fut attiré en Egypte par Joseph, son fils.

Selon quelques antiques auteurs, l’origine des Hébreux serait tout autre. Ils remonteraient à une colonie égyptienne

LA LÈPRE CHEZ LES HÉBREUX

qui rejeta du temps d’Isis, sous la conduite d’Hiérosolymus, la surcharge de sa population sur les contrées voisines ; selon d’autres ce serait une race d’Éthiopiens que la crainte et la haine forcèrent, sous le règne de Céphée, de quitter leur patrie. D’autres en font une peuplade d’Assyriens qui, manquant de terre, s’établirent sur une partie d’Egypte et bientôt se rapprochèrent de la Syrie. Quoi qu’il en soit, toujours estil que la lèpre sévissait dans leurs rangs. Mosen ou Moïse les exhorta à ne plus supporter les vexations des Pharaons et les décida à le suivre comme un guide que le ciel leur envoya.

Une fois l’exode faite, n’ayant aucune connaissance des lieux, fatigués et souffrant du manque d’eau, près de périr étendus dans la campagne, ils aperçurent un troupeau d’ânes sauvages qui sortait d’une pâture pour gagner une roche couverte d’un bois touffu. Moïse suivit ces animaux et, conjecturant à l’épaisseur de l’herbe que le sol recélait des sources abondantes, il parvint à les découvrir. Ce fut le salut. Puis, après avoir marché pendant six jours, ils arrivèrent, le septième, dans un canton dont ils chassèrent les habitants et y bâtirent leur ville et leur temple. Moïse, pour mieux assujettir la nation, lui donna une religion toute nouvelle et absolument contraire à celles des autres peuples. La figure de l’âne, animal dont les traces leur avaient indiqué l’eau et le chemin, fut consacrée dans leur sanctuaire1.

Les Juifs sacrifièrent le bélier, comme pour insulter Ammon et, par la même raison, ils immolèrent le bœuf que les Egyptiens adoraient sous le nom d'Apis. Ils s’abstinrent du porc en mémoire de cette maladie honteuse, le scabies dont eux-mêmes avaient été jadis frappés, et à laquelle cet animal

1. Le Christ à tête d’âne du, Palatin: On accusa les premiers Chrétiens d’adoreraussi un dieu à tête d’âne dont le Christ, découvert en i856 au Palatin près de Rome, est la représentation la moins douteuse. L’accusation est nettement formulée dans la deuxième moitié du iur siècle, dans Joseplie contre les Juifs. Cet historien la trouva chez Apion qui l’avail exposée en ,3g, devant Caligula. Voilà donc expliqué l’autrfr miracle de Moïse qui fit jaillir l’eau en frappant la terre avec sa baguette ) cela se trouve réduit à une simple ânerie.

De Mély communiqua à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le i4 février 1908, ses recherches sur ce sujet. Dans le texte d’Apion, dit-il, on trouve tête de Canthare, mot grec qui signifie âne, escabot, vase à boire. C’est donc un jeu de mots. A l’origine de la légende, on n’aurait nulle idée de la rattacher au culte de Set-typhon ; mais simplement à la reconnaissance des Hébreux pour les ânes qui les avaient sauvés, de la soif quand ils traversaient le désert. Saint Epiphane déclara au tve siècle que les. gnostiques adoraient un dieu à tête d’âne.

est sujet... Les Hébreux ont pris des Égyptiens l’usage d’ensevelir les morts, au lieu de les brûler.

Les Hébreux avaient donc la lèpre avant l’exode, ainsi qu’un ramassis de maladies cutanées. Moïse savait bien que dans le camp de son peuple sévissait la lèpre ; et, en bon hygiéniste qu’il était, il prit des mesures souvent draconiennes pour en empêcher la propagation: le lépreux était tenu d’avoir ses vêtements décousus, de s’éloigner du camp, de se placer au-dessous du vent, de crier impur , de s’isoler jusqu’à ce que le lévite l’eut déclaré guéri ; ce qui pouvait parfois être obtenu dans l’espace d’un ou de deux septénaires, et qui nous suffît pour prouver que l’on confondait la lèpre — et il n’en pouvait être autrement dans ces temps reculés — avec une foule de maladies cutanées dont plusieurs bénignes. Toutes les maladies cutanées, la teigne et même la syphilis, étaient englobées sous le nom de lèpre.

On lit aussi dans les Nombres, chapitre xn : « Alors Marie et Aaron parlèrent contre Moïse à l’occasion de la femme qu’il avait prise, parce qu’elle était éthiopienne. La colère del’Éter-

nel s’alluma contre eux; et voici Marie était lépreuse et

Moïse cria à l’Éternel : ô Dieu fort guéris-la, je te prie ; etl’Éternel répondit — qu’elle demeure donc enfermée sept jours hors du camp. » Après quoi elle y fut reçue.

La proclamation de cette contagion excessive et toutes ces superstitions et persécutions contre les pauvres lépreux ont survécu depuis, avec d’atroces cruautés, telles que l’on lapidait les lépreux en Écosse et que l’on brûlait même vive avec son enfant, la lépreuse qui accouchait. Messieurs les ultracontaginistes voudraient-ils faire revivre toutes ces ridicules rigueurs en plein xxe siècle?

C’est bien à tort que Munch soutint que le mot Zaraath du Pentateuque représentait de nombreuses affections cutanées dont la lèpre ne fait point partie. La vérité est qu’au milieu d’une foule de maladies, la vraie lèpre figurait aussi. Et chose significative : le mot Zaraath veut dire insensibilité. L’on sait que ce symptôme constitue un des meilleurs signes distinctifs de cette maladie. Ce qui n’avait pas échappé au perspicace législateur juif.

Selon Maspéro, Azariah, fils de Jehoash, roi d’Israël, fut lépreux vers la fin de son règne. Job et Lazare serait dans le même cas. Cependant nous verrons plus loin les arguments

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qui plaident plutôt en faveur de la syphilis (Voir aussi la syphilis du temps des Pharaons, communication faite par Zambaco, à l’Académie de médecine, le 3 juillet 1900, sur la syphilis du temps des Pharaons, et au congrès international de médecine tenu à Moscou en 1896).

Lorsque nous avons scruté l’admirable collection de momies du Musée égyptien, grâce à l’amabilité de son savant directeur, Maspéro, nous avons constaté dans la troisième vitrine de la seconde chambre du palais de Ghizeh (où se trouvait alors installé le musée) une momie dont la peau était couverte de cicatrices stellées, comme des astéries, en tout semblables aux cicatrices consecutives à la suppuration spontanée et à la guérison de la lèpre tubéreuse ; ainsi que j’en ai vu de nombreux exemples parmi les lépreux abandonnés à leur sort.

Une parcelle de peau de la momie du Pharaon Thomsès II portant aussi des altérations qu’on pourrait attribuer à la lèpre, a été présentée par nous à la Société de Dermatologie de Paris et fut examinée microscopiquement par le regretté Quinquaud. Cette peau était couverte, dans son entier, de boutons desséchés d’aspect chagriné. Notre distingué collègue n’y trouva que de belles fibres élastiques et du tissu conjonctif. L’opinion qui avait prévalu parmi les membres de la société fut que très probablement il s’agissait de lèpre. Nous devons rappeler que c’est ce Pharaon, Thomsès II qui, désirant voir Ammon, comme ses ancêtres, il lui fut conseillé par les voyants de renvoyer les lépreux et les impurs de sa capitale ; et que ceux-ci, au nombre de 80000, furent alors ramassés et envoyés aux carrières de Sinaï. Plus tard, ils obtinrent l’autorisation de se fixer au Delta d’où se fît l’exode des Hébreux qui comptaient bien des lépreux parmi eux.

Signalons aussi que Ptolémée II roi d’Egypte (285 à 247 avant le Christ) avait la figure pleine de boutons et fut considéré comme atteint de lèpre.

La lèpre chez les phéniciens. — Clermont-Ganneau trouva l’origine de la tradition qui, depuis Hérodote, fait venir les Phéniciens du golfe Persique, dans les textes assyriens qui montrent Asarhaddan prenant Sidan, transportant ses habitants en Syrie et les remplaçant par des colons transplantés des pays avoisinant le golfe Persique (Rev. Histor., 1891, juillet-août, 392).

Babelon a rétabli, parla numismatique, la chronologie des rois de Sidon sous les Achéménides et confirmé les inductions de Clermont-Ganneau qui faisait descendre la dynastie d’Esmurnazar et de Tabnit de l’époque Perse où on la plaçait jadis, à l’époque Ptolémaïque ( Bullet . de la correspondance hellénique,, t. XV, 293-820).

Le roi Tabnit, dont j’ai étudié le sarcophage et dépouillé la momie du musée de Constantinople où mon regretté ami, le directeur Hamdy Bey, les fit transporter de Sidon, était Phénicien ; son crâne est du type dolicocéphale le plus accusé ; la peau de sa momie était couverte de cicalrices stellées pareilles à celles de la momie du Pharaon Thomsès II. Ces cicatrices sont-elles consécutives à la fonte de lépromes, comme nous en avons observé de nombreux exemples, ou bien à une syphilis tuberculeuse suppurée ?

Feu Menant, de l’Institut de France (Académie des inscriptions et belles-lettres), m’a dit que Héron de Villefosse exposa à cette docte Compagnie qu’un masque funéraire effrayant, reproduisant un faciès lépreux, fut trouvé dans une nécropole punique, près de l’emplacement du temple de Sérapis, nécropole de Memphis, où l’on inhumait les Apis. On sait que les Apis devenaient des Osiris après leur mort.

Les Phéniciens, si éprouvés par leur maladie nationale, le morbus Phénicicus, grands colporteurs universels de la lèpre, étaient en relations continuelles avec les Egyptiens antiques. Ils étaient en grand nombre sujets des Pharaons : domestiques, employés supérieurs, trafiquants... Ils étaient établis surtout dans les régions orientales de l’Egypte, autour du lac Menzaleh d’aujourd’hui.

Jusqu’à quel point les Phéniciens avaient-ils pénétré en Afrique? Maspéro nous éclaire sur leurs grandes migrations maritimes, leurs relations avec l’Egypte et, consécutivement, sur la propagation de leur maladie nationale, le morbus Phénicicus, la lèpre. Ayant reconnu sans résistance la suprématie des Pharaons, les Phéniciens n’ont pas eu à souffrir de leur invasion, comme les autres nations de Chanaan. Ils avaient le privilège de faire le commerce dans toute l’Egypte, depuis Thomsès I jusqu’à Ramsès III ; et l’on doit remarquer que, grâce à leurs rapports continus avec l’Egypte, un certain nombre de Dieux d’origine asiatique s’introduisirent en Egypte {Histoire de l’Egypte , par Brugsh Pacha). D’ailleurs les

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Egyptiens ont si souvent varié dans leurs croyances religieuses !

Au point de vue de notre sujet, de la propagation de la lèpre par les Phéniciens dans l’univers entier, nous devons insister sur le fait qu’ils trafiquaient par terre et par mer dans l’Inde, la Bactriane, la Chaldée, l’Assyrie, l’Afrique, principalement l’Arabie, les régions du Caucase... tous ces pays furent ravagés par la lèpre, depuis cette époque et le sont jusqu’à nos jours. La Méditerranée fut une mer Phénicienne. La mer Rouge, l’océan Atlantique furent sillonnés par ces intrépides navigateurs. Grâce à leur commerce et à leurs échanges, ils pénétraient partout. Possesseurs du pourpre, qu’ils tiraient du murex (coquille univalve hérissée de pointes) et plus tard fabriquant le bronze, ils étaient les bienvenus aux pays les plus lointains qui appréciaient leurs marchandises et trafiquaient avec eux. Hannon, navigateur carthaginois du ive siècle avant Jésus-Christ, fît une expédition sur les côtes occidentales de l’Afrique et y fonda des colonies Lybi-Phéniciennes. Les Phéniciens avaient visité tous les pays barbaresques, Maroc, Algérie, Tunisie, Tripolitaine. Etouffant dans leur patrie, constituée par un ruban insuffisant de terre, ils se sont ainsi livrés à la navigation et aux colonisations. Il est à remarquer que les hommes seuls s’expatriaient, qu’ils prenaient femmes parmi les indigènes des contrées qu’ils accostaient et qu’ils propageaient ainsi partout leur maladie nationale, le morbus Phénicicus. La lèpre continue toujours à sévir dans toutes leurs anciennes colonies. On sait qu’ils se rendaient à Ophir situé dans l’Arabie heureuse, dans la mer Rouge ou Erythrée. Ophir serait dans le Yémen d’aujourd’hui. Ils pénétrèrent aussi dans bien des points du continent Africain. Ils ont été à Rodésia. 11 est possible que la Cité Zimboë dont parle le livre des Rois et d’où était extrait l’or, fut Ophir, disent quelques géographes.

Dans le n° 344ode la collection of British Authers Tauchnitz édition, p. 83, se trouve une note très intéressante que je vais résumer. « Elisa or the Doom of Zimbaowe ou les ruines de Zimboë, au sud de l’Afrique centrale, sont entourées de mystère ; quant à leurs constructeurs et à leur usage Wilmot prouva qu’au moyen âge Zimboë était une ville sauvage de l’empire de Monomolapa, et que les Jésuites y avaient installé une église dans une construction antique. Mais on ignore le

peuple qui a construit ce vieux monument. Théodore Bint soutint qu’il eut à Zimboë une colonie phénicienne. Il démontra que les habitants de cette ville avaient les us et coutumes et même les divinités phéniciennes. J’insisterai derechef sur ce que toutes ces localités continuent à être éprouvées par la lèpre. En effet la lèpre se trouve en toute activité dans toute l’Afrique. Elle y a toujours fait des ravages dès la plus haute antiquité. Le Maroc en est infecté, comme l’Algérie, la Tunisie, le Soudan, les Congos, l’ Abyssinie, le pays de Somalis, le Zanguebar (colonie allemande), la Mozambique (colonie portugaise), le Zanzibar (île de l’océan Indien près de la côte de Zanguebar, sous le protectorat de l’Angleterre), Sénégal, le Gabon, les Canaries, Cap-Vert, l’Ascension et Sainte- Hélène, le cap de Bonne-Espérance, enfin toute l’Afrique en est infectée tant sur le parcours du Nil et du Niger, que dans l’intérieur.

Les Hycsos ou rois Pasteurs ou rois des Bédouins, toujours lépreux jusqu’aujourd’hui, envahirent aussi l’Egypte et s’y établirent, principalement dans la Basse-Egypte, à Tanis et Avaris ; ils y sont restés pendant 3oo ans ; ils avaient même emprunté aux Phéniciens leurs divinités : Baal et Astarté, souvent mentionnés dans les inscriptions hiéroglyphiques. A Memphis il y a eu, comme à Sidon, un sanctuaire de la déesse Astarté ; et Ramsès II lui consacra un temple dans la ville Ramsès-Tanis, en i35o avant le Christ. En outre les tribus de Sasu du pays Adumar ou Idumée (Arabes Bédouins), qui ont toujours habité le désert entre l’Egypte et la terre de Chanaan jusqu’à l’Euphrate, ont toujours eu la lèpre et continuent à l’avoir.

La Bible ne compte guère plus de 6 070 (?) ans. On n’y trouve aucune mention de l’homme des grottes, ni de l’âge de silex. La lèpre a dû sévir chez les hommes préhistoriques. Toujours est-il que la Bible prouve que la lèpre existait en Egypte avant l’exode et que les Hébreux de Moïse en étaient atteints l’an 1675 avant Jésus-Christ. Ils continuèrent à en être éprouvés 4o ans après, Jorsqu’ils arrivèrent aux bords du Jourdain. Ils ont toujours eu la lèpre depuis, ainsi qu’on le verra plus loin.

Nous avons vu quelle était l’origine des Phéniciens descendants des Koushites d’origine Touranienne. Les Phéniciens ont été les plus grands propagateurs de la lèpre dont

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