‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 14 sur 124 · Flavius Josephe, auteur des Antiquités Juives · texte numérisé non relu

Flavius Josephe, auteur des Antiquités Juives

Pharaon son amant (Proverbes de Salomon, 59). « Celui qui s’adonne à la fornication (Aberah) a des plaies que l’on traduit par les mots plaques muqueuses et syphilides » ( La médecine du Talmnd , par le Dr Rabbinovicz, p. 33). On trouve dans les livres religieux hébraïques des passages qui peuvent bien se rapporter à la syphilis, malgré le vague qui règne toujours dans ces écrits à propos de toutes les maladies, en commençant par la lèpre.

Selon le Dl Mason Good et le Dr Belcher (Les maladies de la Bible, sir Bennett), il y aurait dans la Bible trois espèces de lèpre : la Bahereth qui serait la la kéhath : ’A^aupx

et la Bohak qui serait R'A/^cç des auteurs grecs.

Concluons: il est indéniable que les Hébreux avaient la lèpre avant l’exode, qu’ils l’ont conservée pendant les 4o années de séjour dans le désert et que leurs descendants directs, les Juifs d’Espagne, l’ont toujours gardée depuis, ainsi que nous le constatons chez les Israélites d’Orient, dits Spagnols . Après la prise de Jérusalem par les Romains, les Juifs se sont rendus en masse en Espagne et de là, sous l’inquisition, en Turquie, au xve siècle. Leur s descendants, les Juifs d’Orient conservent toujours l’héritage de leurs ancêtres : la lèpre sévit parmi eux encore de nos jours. Doit-on attribuer aux Hébreux lépreux, partis d’Egypte, la propagation de la lèpre dans les diverses contrées en contact avec eux depuis l’exode? ou bien la maladie existait-elle déjà partout en Asie ? Cette dernière opinion paraît la plus probable. Toujours est-il que les Hébreux se sont mêlés avec les divers peuples voisins avec lesquels ils étaient en relations ou en guerre: les Philistins, les Ammonites, Madianites, Assyriens, Amorrhéens,. Guirgaciens, Héviens Harkiens, Siniens, Arvadiens, Cananéens, Chaldéens, Mohabites. Tous ces peuples idolâtres se sont croisés avec les Israélites, et proviennent de Sem, un des trois fils de Noë, les deux autres étaient Caïn et JapheL Tous ces peuples ont le même type anthropologique que les Hébreux ; tous ont eu la lèpre et leurs descendants la conservent toujours.

Sous Jéhu, les Syriens s’emparèrent de la contrée située à l’Est du Jourdain (83o ans environ avant Jésus-Christ). Salmanaser, roi d’Assyrie, qui régna de 727 à 722 avant le Christ, s’empara de Samarie et conduisit la plus grande partie des habitants du royaume d’Israël captifs en Assyrie. Il les remplaça

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par des colonies assyriennes. Beaucoup de Juifs se sont répandus alors en Egypte et dans l’Empire grec. Consécutivement les peuples juif et assyrien se mêlèrent, se croisèrent, et de ce mélange, même au point de vue religieux, sortit le peuple Samaritain.

L’hébreu archaïque fut pendant io siècles la langue des Hébreux. Puis pendant les 70 années, de leur captivité à Babylone, ils se sont habitués au dialecte chaldéen qui s’y parlait; plus tard ils avaient admis l’arabe avec mélange du syriaque et du grec. Et enfin dispersés, ils ont adopté, partout, la langue du pays qu’ils ont habité, l’espagnol, l’arabe, etc.

Puis les rois assyriens ont soumis presque toute l’Asie, la Phénicie (excepté Tyr), l’Arménie, la Médie, Babylone et le pays arabe du fleuve Tigre (700 avant Jésus-Christ). En 538, Cyrus fit de l’Assyrie et de Babylone une province de Perse (La lèpre régnait dans son armée). Ainsi tous les peuples de ces diverses contrées se sont amalgamés et léprosés. Tous payent encore aujourd’hui large tribut à la lèpre. Il m’est donné de recevoir à ma polyclinique, à Constantinople, des lépreux de toutes ces provenances. Car on sait dans toutes ces contrées que je m’occupe du sort de ces malheureux.

Les Assyriens étaient Sémites et leur langue fut l’assyrien avec son écriture cunéiforme, elle est aussi parente de l’arabe, de l’hébraïque, syriaque, chaldaïque. Plus tard la langue assyrienne fut supplantée par l’Araméenne (vers le ier siècle) et enfin celle-ci fut remplacée peu à peu par l’arabe. Au xie siècle, la fortune des Juifs se confondit avec celle du Califat. Cyrus avait octroyé aux Israélites leur retour en Palestine. Ils se fixèrent dans la Judée et prirent alors le nom de Juifs. Il importe pour l’histoire de la lèpre de suivre toutes les translations de ces peuples qui tous souffraient de la lèpre qu’ils propageaient sur leurs parcours.

Les grandes migrations humaines ont propagé les maladies infectieuses et héréditaires par la fusion des peuples (Phéniciens, Hébreux, Grecs, Romains, Arabes). Les Juifs, chargés toujours de l’héritage ethnique de la lèpre, ont puissamment contribué à la propagation de la maladie à travers les siècles et les contrées.

Ce serait nous éloigner trop du but de notre travail que de nous attarder ici dans trop de détails. Nous abrégerons donc autant que possible. Les Juifs vivaient heureux

sous les Perses jusqu’à Alexandre. Après la mort de celui-ci, qui eut lieu en 323, Jérusalem étant pris par Plolémée Lagus (32o), une masse de Juifs fut déportée en Egypte. Mais passons et arrivons jusqu’à la prise de Jérusalem par Titus, l’an 70 après le Christ. Les habitants, les Juifs, furent massacrés ou vendus. Puis en i35, Adrien détruisit Jérusalem, massacra 500000 Juifs, et dispersa les survivants dans les diverses parties de l’empire romain. Ces malheureux furent alors obligés d’émigrer derechef partout, tant en Occident qu’en Orient jusqu’en Chine, les Indes, l’Afghanistan. A Byzance qu’ils avaient envahi aussi, Constantin et plus tard Justinien les persécutèrent terriblement (en 33o et 35o). En Espagne ils vivaient tranquilles sous les musulmans ; mais, sous Ferdinand le Catholique, l’inquisition les massacra et chassa les survivants qui n’ont pas voulu se faire chrétiens. Un grand nombre s’est réfugié en Turquie où ils obtinrent bon accueil, ils s’y sont fixés depuis cette époque. Rappelons que les Juifs de l’Ibérie étaient de vrais Hébreux. Ils y ont immigré à plusieurs dates. D’abord après la captivité de Babylone (l’an 4 avant Jésus-Christ), puis sous Titus (l’an 69 après Jésus-Christ) et sous Adrien. Ayant conservé la lèpre biblique, ils l’ont partout colportée. Ils font transmise aux Espagnols par leurs renégats, qui embrassèrent le catholicisme sous Torquemada.

En 1492, le lendemain de la prise de Grenade, le saint office chassa d’Espagne 70000 familles juives. Déjà les décrets du 18e Concile de Tolède, tenu en 694, enlèvent aux Juifs leurs richesses et leurs enfants, de crainte qu’ils ne livrent l’Espagne aux Maures qu’ils affectionnaient. Lors de leur persécution et de leur massacre par le saint office, un nombre considérable de ces malheureux se sont réfugiés en Turquie où ils furent bien reçus. Ferdinand et Isabelle les avait placés entre l’abjuration et l’exil. Cependant la cupidité du catholicisme pour soutirer de l’argent condamnait, comme relaps , même les Juifs devenus chrétiens pour échapper à la mort. On les accusait d’être restés Juifs en cachette. Ces néochrétiens on les torturait et livrait au bûcher pour confisquer leurs biens partagés en trois : une partie pour le Pape, une autre pour le Roi, et la troisième pour la clique des inquisiteurs : familiers, juges, etc. La lèpre, bien qu’existant déjà parmi les Espagnols, éprouva donc une grande recrudescence par ces

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diverses immigrations juives et les renégats mêlés aux indigènes. Elle règne toujours partout en Ibérie.

Les Israélites venus en Turquie, ne s’alliant qu’entre eux, la conservent toujours. Ce sont les seuls natifs de Constantinople qui comptent des lépreux parmi eux; tous les autres Constantinopolitains, Musulmans ou Chrétiens, n’ont jamais présenté un seul lépreux. Les nombreux lépreux ambulants de Constantinople (de 4oo à 5oo) proviennent des départements ou bien sont des Juifs qui s’y introduisirent à plusieurs reprises, notamment il y a quatre siècles, sous l’inquisition qui ne fut définitivement supprimée que par Napoléon en 1808.

Nous avons prouvé le fait, soit devant l’Académie de Médecine de Paris, soit dans notre livre : Les lépreux ambulants de Constantinople .

Maintenant, faisons une petite digression. Selon Renan, le Phénicien antique est semblable à l’Hébreu qui est l’expression commune du génie de la race sémitique. Les Hébreux étaient voisins et parents des Phéniciens. L’écriture primitive des Hébreux aurait été confectionnée avec l’alphabet Samaritain qui est presque identique à l’alphabet phénicien. Car l’écriture hébraïque eut deux formes : la chaldéenne et la samaritaine (Les langues sémitiques sont l’hébreu, le phénicien, l’arabe, le chaldéen, le syriaque). Plus tard, lorsque les Israélites vinrent à la Judée et qu’ils prirent le nom de Juifs, ils avaient oublié l’hébreu et parlaient l’araméen. Plus tard encore, ils y mêlèrent des mots arabes et grecs nous l’avons déjà dit.

Déjà à l’époque des Patriarches, des caravanes se rendaient de la Palestine en Egypte. Salomon fit l’exportation des chevaux d’Egypte en Syrie, surtout à Tyr. Le Yémen avait encore des rois juifs au ve et au vie siècles. En Abyssinie même les Juifs ont eu la principauté juive de Samen. Aux ixe et xe siècles, ils possédaient le royaume de Khozar, à Pembouchure du Volga. Au xe siècle après le Christ, les Juifs prirent l’arabe comme langue littéraire. Il existe encore des Samaritains, notamment en Palestine, à Naplouse, et leur langue est l’arabe.

Les Hébreux et les Phéniciens, leurs parents, se sont toujours mêlés ensemble. Les premiers étaient déjà lépreux avant l’exode et ils ont toujours conservé, depuis, la lèpre. L’histoire nous enseigne aussi que les Phéniciens étaient

également lépreux et que la lèpre fut désignée dans l’antiquité sous le nom de maladie 'phénicienne ; nous l’avons dit à plusieurs reprises. Reste à savoir si ceux-ci sont redevables de leur lèpre aux Juifs. Comme l’Egypte antique était ravagée par la lèpre et que les Phéniciens avaient toujours des relations continuelles avec les peuples des Pharaons, il se pourrait bien qu’ils y eussent puisé la lèpre directement. D’autre part n’oublions pas que les Koushites, les ancêtres des Phéniciens, étaient originaires de l’Asie, de la Bactriane, et que le premier foyer de la lèpre fut l’Inde. Il est donc probable que les Phéniciens ou les Koushites fussent déjà lépreux, avant leur émigration vers le golfe Persique et avant tout contact avec les Hébreux et les Egyptiens. Quoi qu’il en soit, ces deux peuples, les Hébreux et les Phéniciens, ont colporté et propagé partout la lèpre par leur expansion et leur commerce.

Les richesses acquises par les Phéniciens, grâce au commerce, ont excité la jalousie des Juifs sous David et Salomon. Aussi ceux-ci eurent-ils des flottes dirigées par des pilotes phéniciens. Ils firent alliance avec les rois du Liban, avec Hiram, roi de Tyr. Ils conquirent même Idumée, dans la mer Rouge (ce serait l’Arabie pêtrée de nos jours). La flotte de Salomon, montée par ses serviteurs et ceux d’Hiram, roi de Tyr, flotte dite Africaine , se rendit à Tarsis et à Ophyr, ports de l’Inde et de l’Afrique (Ophyr serait le port actuel d’Akala, où l’on allait chercher de l’or). Plus tard, les Phéniciens se sont alliés aux Grecs et aux Romains. Les Israélites entretenaient aussi des relations commerciales par terre.

C’est Hyrcan, le premier souverain pontife des Juifs, qui soumit les Iduméens à la nation juive, l’an 120 avant le Christ, et les força de se circoncire. Bien plus tard, les habitants de l’Idumée furent appelés Arabes et parlaient la langue syriaque. Les anciens Édémites étaient les Bédouins de l’antiquité, qui avaient refusé aux Hébreux le passage à travers leur territoire, lors de l’exode.

Voilà donc une autre fusion des peuples antiques avec les Hébreux qui, reeéleurs de la lèpre, la communiquèrent partout, autour d’eux et sur leurs passages. Selon Maspéro, le roi des Chananéens, fut appelé roi de Shous, Hiq-shous dont les Grecs ont fait Hykoussos, Hyksos. Les Egyptiens, à cause de leurs cruautés, les chargèrent d’épithètes ignominieuses : lé -

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preux , pestiférés, maudits, ils avaient la lèpre. En effet il est impossible d’admettre que les Hébreux, ravagés par la lèpre, ne Paient pas communiquée aux divers peuples qu’ils avaient conquis ou bien qui les ont vaincus: Assyriens, Syriens, Amorrhéens, Guirgasciens, Reviens, Harkiens, Pharisiens, Chananéens, Moabites, Philistins, Chaldéens, avec lesquels ils se sont forcément mêlés.

Il est dit dans la Bible que, par ordre de PÉternel, les Hébreux tombaient à l’improviste sur leurs paisibles voisins, dont ils n’avaient pas pourtant à se plaindre, et qu’ils les traitaient à la façon de l’interdit , c’est-à-dire ils passaient les hommes au fil de l’épée et amenaient en captivité les femmes et les enfants dont ils grossissaient ainsi leurs propres rangs. Moïse en donna l’exemple lui-même en prenant une Moabite. Vaincus à leur tour par la révolte des subjugués, ils subissaient le même sort. Et de ces flux et reflux, résultait une fusion, un mélange de sang des conquérants et des conquis ; on s’infectait ainsi réciproquement en se communiquant ses vices et ses tares héréditaires dont la lèpre était la principale. Plus tard, à une époque plus avancée de leur installation en Palestine, les Hébreux ont eu à soutenir de grands chocs de la part des grandes collectivités, des Perses, des Egyptiens, etc., dont le plus remarquable fut, huit siècles avant le Christ, la coalition, avec les Babyloniens qui amenèrent en captivité en masse toute la population de Jérusalem qu’ils ont remplacée par une colonie à eux. D’ailleurs à part les captifs, la règle a été de tout temps, que tout pays envahi par l’ennemi s’en ressentît dans ses générations ultérieures par les caprices assouvis de la soldatesque. Or, les Hébreux ont effectué des contaminations, et transmis, pendant leur existence nationale, leur lèpre biblique, par terre et par mer aussi ; puisqu’ils se rendirent jusqu’à Ophir sur les côtes de l’Erythrée.

Après la captivité de Babylone les Juifs fuirent ou bien ils furent transportés en masse, par mer, et se sont éparpillés dans tous les ports de la Méditerranée, en Europe, en Asie, en Afrique. Libérés de cette captivité, qui dura de 6o5 à 536 avant le Christ, ils émigrèrent dans tous les sens et colportèrent ainsi leur lèpre en renforçant par leur contingent la maladie phénicienne qui régnait déjà partout. C’est alors qu’ils ont envahi les Cyclades, les Sporades, et surtout l’Ibérie. Mais les Phéniciens les avaient devancés dans cette voie.

Zambaco. Anthologie. 4

Ainsi après les Phéniciens, qui ont transmis la lèpre à leurs nombreuses colonies, surtout le littoral de la Méditerranée et à toutes les îles baignées par cette mer, viennent les Hébreux qui propagèrent à leur tour leur zaarath à tous ces endroits déjà infectés par leurs cousins, les Sémites de la Syrie. C’est de cette dernière époque que date surtout l’émigration juive aux îles de l’Archipel, principalement à Chio, à Corfou, en Crète, où ils sont toujours nombreux, et en Espagne. Dans cette énumération nous ne devons oublier ni l’Italie, ni Tunis, ni le Maroc. Les Israélites ont donc puissamment contribué à propager partout la lèpre qui les ravageait dans la vallée du Nil pendant leur séjour de 4oo ans, si tant est qu’ils ne la possédaient pas déjà avant leur installation dans les terres des Pharaons.

Des émigrants israélites envahirent aussi en nombre Bagdad, où ils ont fourni de grands savants, des Hellénistes et des Arabistes. Cette dispersion des Juifs mit fin à leur indépendance. Ils n’ont plus jamais formé, depuis, un foyer où pût flotter leur drapeau national. C’est à quoi ils aspirent et ils s’efforcent de l’obtenir aujourd’hui en envahissant Jérusalem où ils se rendent possesseurs de grandes propriétés. Ce grand peuple, jadis si guerrier, si conquérant, s’est émietté et partout dispersé. Moïse mourant saluait la terre promise, la terre de Chanaan sur laquelle il ne posa jamais les pieds, pour avoir douté de la parole du Seigneur dans une circonstance solennelle. Néanmoins on s’entête à placer sa tombe à une petite distance de Jérusalem. De nombreux pèlerins musulmans s’y rendent chaque année, en procession avec parades et bruits d’assourdissants instruments primitifs, sauvages, avec vociférations (triangles, tambours, tambourins à peau d’âne, cloches et clochettes faisant en s’ébranlant à la fois une cacophonie qui nous ont horripilé et abasourdi I) Mais ce qui est à signaler, c’est que le fanatisme irrationnel empêche tout individu non mahométan de se rendre à cette tombe censée de Moïse. Les Juifs même n’ont pas le droit d’y aller!

Ainsi la terre promise ou Chanaan ne fut atteinte que par Josué. Ainsi Moïse, né en 170b, fit l’exode en 1675, lorsqu’il avait 80 ans, et mourut en i585 avant le Christ, âgé de 120 ans, sans aller en Palestine. Mais on doit remarquer que l’année des Hébreux n’était pas de 365 jours : l’Éternel dit à Abraham ou Abram que Sarah enfantera dans un an ou 12 mois.

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Enfin, puisque nous nous occupons de chronologie, faisons remarquer que les Hébreux possédaient le fer, l'or et l’argent; ils cultivaient le blé ; ils étaient même avancés en agriculture, de sorte qu’on ne peut les classer, chronologiquement, qu’à des milliers de siècles après l’homme préhistorique et l’âge de pierre. Nulle part, dans la Bible, il n’est fait mention de l’homme des grottes et de l’âge de silex. Néanmoins nous devons rectifier une erreur accréditée pendant de longs siècles et qui compte encore des crédules.

Origène d’Alexandrie, docteur de l’Eglise (i85-253), soutint que l’hébreu fut la langue d’Adam, et saint Jérôme que la langue hébraïque fut le commencement de toute langue humaine, c’est là une grande erreur; car les Hétéens ou Hittites avaient précédé les Hébreux dans l’histoire du genre humain et leur langue fut antérieure à l’hébreu (Maspéro).

En résumé et comme conclusion finale, nous disons que la lèpre existait chez les Hébreux et qu’elle est clairement désL gnée dans l’ancien testament. Job, dont le corps n’était qu’une plaie infecte, et que tout le monde fuyait, s’écriait que le jour où je naquis périsse et la nuit en laquelle il fut dit un homme est né. Dans le nouveau testament aussi, il est fait maintes fois mention de la lèpre: Marie-Magdeleine oignit les pieds du Christ (dans la maison de Simon le lépreux), de nard, parfum que les anciens retiraient de certaines plantes aromatiques et dont l’épouse se parfumait, selon le cantique de Salomon.

Voici un fait qui doit attirer notre attention sur la lèpre biblique et qui prouve son hérédité. Les Juifs se divisent en talmudistes, rabbinistes et en karaïtes. Ces derniers s’attachent exclusivement à la lettre de la Bible et rejettent les interprétations des rabbins. Ces karaïtes se rencontrent en Egypte, en Syrie, à Constantinople, en Russie et en Galicie. Le Talmud est comme le complément de la Bible. C’est un code civil religieux. Il y a deux Talmuds: celui de Jérusalem, inintelligible, inusité, et celui de Babylone. Les karaïtes ne reconnaissent ni l’un ni l’autre.

Les Juifs d’aujourd’hui peuvent être catégorisés de la manière suivante : Il y a d’abord les vrais descendants des Hébreux de l’exode. Ce sont eux qui, après la captivité de Babylone d’abord, et plus tard sous les empereurs romains, Titus et Adrien, sortis de la Palestine, où ils enduraient toutes sor-

tes de persécutions, se sont dirigés vers les côtes de la Méditerranée et ont inondé l’Ibérie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le littoral de l’Italie, de la Grèce, les îles de l’Archipel, etc. ; ces Juifs ont propagé la lèpre qui ravageait le camp de Moïse, et ils la conservent pour leur compte encore aujourd’hui. Puis il y a les Néo-Juifs et les Karaïtes sur lesquels nous allons fournir quelques renseignements. Ce qu’il importe de savoir, avant tout, c’est que ces Néo-Juifs et les Karaïtes, provenant d’autres races, n’ayant rien de commun avec les Juifs issus des Hébreux de la Bible, n’ont point de lépreux parmi eux. Seuls les Juilfs descendant des Hébreux de l’exode conservent leur maladie héréditaire, le tzaraath ou zaraat, la lèpre. Le nom Juifs ou Israélites est le mot générique employé pour désigner tous ceux dont la religion reconnaît, comme fondement, l’ancien testament; de même que le mot chrétiens comprend l’ensemble de ceux qui croient à la divinité du Christ. Mais, ainsi que ces derniers, les Israélites doivent être distingués en sectes plus ou moins disparates et en dissidence. En effet, de même que des différences essentielles sectionnent les adeptes du Christ et les partagent en catholiques, orthodoxes, protestants, calvinistes, luthériens, etc., on compte parmi les Israélites, les talmudistes, les karaïtes, les samaritains...

Les Karaïtes, dont nous nous occupons en ce moment, forment une secte à part. Ils ne ressemblent aux vrais Juifs descendants des Hébreux de la Palestine, ni par leurs croyancesy ni par leurs caractères anthropologiques, ni par leurs habitudes sociales. Ils ne sont pas sémites, dolicocéphales, à traits spéciaux inhérents à l’ancienne race des Hébreux de l’exode, conservés chez leurs descendants purs qui sont les Juifs d’Orient dont la race demeure inaltérable, grâce à leur non-croisement avec les autres peuples, à leur vie de famille et à leurs mariages excluant tout mélange avec les autres éléments de Phuinanité. Les Karaïtes sont brachicéphales ; ils n’ont rien de l’expression physionomique des vrais Juifs, ne parlent pas l’espagnol corrompu, idiome qui constitue la langue intime, la langue de famille des descendants des Hébreux émigrés en Europe, principalement en Ibérie où ils ont fabriqué leur baragouin.

Tous les Karaïtes que j’ai rencontrés ignoraient Fidiome espagnol ; ils parlaient le russe, le grec ou le turc. Ce sont des néo-Juifs, des convertis relativement récents, au judaïsme.

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Ils n’admettent pas le talmud et ne s’allient jamais aux Juifs dits Spaniotes ou Spagniols, auxquels ils sont même très hostiles.

Nous dirons par anticipation, pour justifier ces remarques, qui paraîtraient être une digression inutile, que les Juifs vrais, descendants des Hébreux de l'exode, ont la lèpre encore actuellement; tandis que les néo-Juifs n’en sont point atteints. Nous n’avons en effet rencontré la lèpre, ni chez les Karaïtes, ni chez les Juifs de la Russie, de l’Autriche, de la Hongrie, qu’il nous a été donné d’observer, malgré nos recherches assidues. Cependant j’ai vu quelques Juifs Finnois lépreux. Mais leur lèpre n’est pas héréditaire, atavique hébreuse. Elle fut tout simplement occasionnée par l’ambiance ; car la lèpre est endémique en Finlande et sévit, indistinctement de leur religion, sur tous les Finnois. Voici l’origine des Karaïtes : Vers l’année 762 après le Christ, sous le règne du khalif Abou-Jaaferel-Mansour, à la suite de la mort de Salomon le Nassy, chef de la nation juive (reconnu comme tel par les khalifs pour défendre les prérogatives de ses coreligionnaires), décédé sans enfant mâle, ce fut son frère David, héritier naturel de la hiérarchie qui le remplaça. Celui-ci avait deux fils : l’aîné Anan et Hanianay le puîné. Or, les droits d’Anan furent méconnus ; et à la mort de David c’est Hanianay qui fut élu grand rabbin. Anan, ainsi frustré de ses droits, déclara la guerre aux Rabbinistes et aux Talmudistes ; il combattit do.nc le talmud, recueil de traditions rabbiniques datant du xie siècle. Anan se sauva avec ses disciples à Jérusalem où se sont formées les tout premières sociétés karaïtes. La propagande eut du succès jusqu’à Babylone. En outre, des missionnaires, voyageant partout, faisaient des prosélytes. Quelques-uns de ceux-là se sont rendus en Crimée sous le règne des Khans, du côté de la mer Caspienne. La conversion des indigènes y eut quelque succès. Plus tard un grand nombre de ces néo-Juifs ou Karaïtes, se sont sauvés à Byzance où l’on compte encore de nombreuses familles. Les Karaïtes n ont pas la lèpre. Je l’ai recherchée tant chez les Karaïtes vivants en Russie et dont les ascendants vinrent s’établir à Byzance bien avant la prise de Constantinople par Mahomet II, que chez les Karaïtes demeurant dans le Caucase. Pour me procurer des documents sur la secte des Karaïtes, je me suis mis en communication scientifique avec un érudit anthropologiste, feu leDrLagneau, membre de l’Académie de médecine de Paris.

Le Dr Lagneau confirma de toute son autorité la différence d’origine et par conséquent de l’hérédité ethnique et pathologique que j’avais établie entre les Juifs descendants des Hébreux qui ont envahi le bassin méditerranéen, principalement après leurs persécutions terribles par les empereurs romains (Titus et Adrien) conquérants de Jérusalem, et les néophytes juifs ou les Karaïtes.

Le fait de la fréquence de la lèpre chez les Juifs espagnols ou spaniotes, et son absence chez les Karaïtes de Grimée, n’a rien d’étonnant, dit le Dr Lagneau. Les Juifs véritables de race syro-arabe dite sémitique, ainsi que les Phéniciens leurs voisins, s’étaient répandus dès avant l’ère chrétienne dans la plupart des pays alors civilisés, en particulier dans les villes du bassin de la Méditerranée, notamment à partir du sac de Jérusalem par Titus, en 70 avant J. -Ch., sous Vespasien, et enfin sous Adrien en i35. Chassés alors de la Judée, ils se dispersèrent dans tous les pays, en particulier en Espagne. Plus tard, persécutés en Espagne, d’abord à partir du vie siècle par les rois Wisigoths, puis à la fin du xve siècle par Ferdinand le Catholique et les bûchers de l’Inquisition, ils refluèrent vers l’Orient; tandis que les Juifs de Crimée descendent des Khazars et de quelques autres peuplades tartares ou finnoises qui, des confins du Nord-Ouest de l’Asie, se sont fixés sur les rives du Volga et sur les bords de la mer Caspienne. Repoussant les Perses ; ils ont envahi l’Arménie s’assimilant les Bulgares.

Voici leur histoire selon le Dr Lagneau. Vers le milieu du vme siècle, un Khazar nommé Khozoi, converti par Isaac Sangari, adopta le Judaïsme Karaïte. Cette secte karaïte, fondée en Orient par Anan Ben-David, suivait strictement l’écriture, la Mikva, repoussant le talmud et les autres interprétations. Le Judaïsme adopté par le Chazan ou Khazan, puis par les chefs, les seigneurs de ces peuplades, s’étendit bientôt à la plupart des sujets antérieurement idolâtres et quelques-uns musulmans. Jusqu’au xie siècle, les Khazars restèrent puissants. Les empereurs de Byzance les redoutaient. Irène, femme de Constantin Copronime et mère de Léon le Khazar, était elle-même Khazare. Plus tard, ils furent successivement vaincus et repoussés par les Russes. Néanmoins les Chazans ou Khazars régnèrent en Crimée jusqu’au xne siècle. D’ailleurs, après la substitution de la domination russe à la domination

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ldiazare, les descendants des peuples finnois ou tatares, khazars oubourtas, convertis au Judaïsme Karaïte, n’en restèrent pas moins dans les mêmes contrées surtout en Grimée, dans les régions de Diepner et le bas-Danube où leur présence est encore constatée. Ils se trouvèrent en contact avec les Juifs de Hongrie et de Pologne venus d’Allemagne qui ne sont pas non plus des descendants des Hébreux, mais des néo- Juifs et qui ne comptent pas non. plus de lépreux parmi eux.

Il semble donc naturel que la lèpre se manifeste chez les Juifs Espagnols de race syro-arabe, dite sémitique, race anciennement sujette à cette affection dès avant l’exode d’Égypte. Mais il n’en est pas ainsi pour les Juifs de Crimée, convertis au Judaïsme Karaïte, mais de race finnoise ou tartare, tout à fait différente de la première. Ces derniers sont des néo-Juifs.

Voilà donc l’explication judicieuse de la persistance de la lèpre chez les Juifs de Turquie, dits Spagnols, descendants des Hébreux de la Palesline, Juifs de l’exode éprouvés par la lèpre du temps des Pharaons et de Moïse, et qui conservent toujours, par hérédité et par leurs mariages consanguins sans immixtion de sang étranger, la lèpre biblique. Tandis que les Karaïtes, les Juifs hongrois, polonais, allemands ou néo-juifs, d’origine tartare, n’ont pas cette tare héréditaire. L’érudit Dr Lagneau confirma donc par ses recherches historiques si savantes, si claires, ce que nous avions nous mêmes constaté. Le regretté académicien fit une communication très intéressante sur ce sujet à PAcadémie de médecine de Paris, en 1891, confirmative des opinions émises par moi dans un mémoire que j’avais présenté à la docte compagnie sur ce sujet si intéressant. Il fournit ainsi les arguments historiques très plausibles concordant en tous points avec nos études cliniques et avec mes informations obtenues auprès des Savants karaïtes nos contemporains d’Orient, avec lesquels je me suis mis en relation.

Les Samaritains constituent aussi une autre fraction juive. Considérés comme impies dans le Juda, ils avaient, jadis, un sanctuaire sur le mont Garizim ; ils formèrent ensuite une secte qui n’admettait que la Pentateuque, conservant les livres sacrés rédigés dans l’ancienne langue hébraïque pure, et écrits en caractères particuliers que l’on appelle caractères samaritains. Dans les premiers siècles du moyen âge, ils furent fréquemment persécutés par les empereurs byzantins.

Actuellement il y en a pas mal en Palestine. Ils sont de la race des Hébreux. La lèpre existe parmi eux.

La lèpre dans la Perse antique. — Nous avons déjà vu que les Perses étaient un des premiers peuples de l’antiquité atteints de la lèpre; c’est-à-dire des peuples asiatiques. On peut même remonter plus haut. Les Scythes, qui, d’après Maspéro, constituaient le peuple le plus ancien, voisins des Perses, étaient ravagés par la lèpre, selon Xénophon.

Hérote écrit (t. I, i38): cl av SI twv aaxwv Xé7upY)v r\ Xîuxyjv eyt j (deux mots qu’il considère comme synonymes), sïç tuoXiv oüxoç ou xa xépyzTxi ouïs ffup.p.(oY6Tai toÏœiv cékXousi Ilspaotaiv (le lépreux ne descend — des faubourgs en ville — ni ne communique avec les autres Perses), il a dû pécher contre le soleil pour avoir ce mal. Ktisias de Gnide rapporte aussi que le lépreux est désigné par les Perses sous le nom de Pisagas et qu’il ne doit pas être abordé : ntaàyaç Sé Aéysxai Trapà rispaatç b Xeizpôq xa! è'axi iua crtv àxpoatxTcç. Méyabyze exilé s’échappa en simulant la Pisaga.

Un savant, trop tôt enlevé à la science et aux lettres, J. Darmesteter, professeur au Collège de France, homme d’une vaste érudition, m’a fourni, verbalement et par écrit, des renseignements extrêmement importants sur la lèpre dans les temps les plus reculés. « La lèpre, zind Paésô, penau Pîs, est mentionnée une fois dans l’Avesta : vendidod, chapitre 11, § 29 (p. 27 du vol. II de la traduction de l’Avesta, publiée dans les Annales du musée Guimet), » Il n’y aura là ni difforme par devant, ni difforme par derrière..., ni homme aux dents mal faites, ni lépreux (5o) ; qu’il faut isoler (bi), ni aucun des signes dont Angra Maingo marque le corps des mortels. Dans le Yar de Yima , sorte de Paradis où Yima recueille les plus beaux spécimens de toutes les espèces dans l’attente de catastrophes qui dépeupleront le monde vers la fin des temps. (5o) Paéso, pessam pîs ; le manuscrit de Munich traduit Pis qui a le même sens ; le lexique sachan traduit Pîsi Pîsti : un homme dont tout le corps est blanc. Ihcayaç Xst -pôc. (5i) Vîtaretô-Tanuch, Yût- Kart ya Koyamunît taa ; il est traité comme armesht.

Dans un remarquable article, paru dans la Presse Médicale le 16 juin 1906, sur la médecine au xxe siècle avant notre ère, parle Dr Détienne, il est dit qu’en Chaldée, au temps de Hammourabi, les médecins pratiquaient la chirurgie et la médecine ; ils étaient honorés d’après un tarif y inséré. Cet article est puisé aux mémoires de la délégation de Perse de Morgan

et Scheil. Dans les inscriptions, qui couvrent certaines pierres appelées Koudourrous, figurent des contrats et des donations concernant les terres, que l’on plaçait sur les champs mêmes qu’elles visaient. Or, on y inscrivait aussi des imprécations contre quiconque aurait déplacé ces bornes. Sur un Koudourrou on lit: si un homme ne craignant pas les malédictions, ravit ce champ que j’ai donné à mon fils..., s’il enlève ou déplace cette pierre... que Sin , puissant parmi les Dieux, couvre son corps de lèpre, ainsi que d’un vêtement; que les Dieux le rendent sourd, aveugle, muet. Feu Oppert, membre de l’Institut de France, m’a dit aussi verbalement, que n siècles avant le Christ, il était écrit sur les bornes des champs en Chaldée : celui qui y touchera offensera le dieu de la lune et sera couvert de maladie qui brûle, Isrubu, comme par un manteau, et sera chassé hors la ville. Ce qui paraît être la lèpre.

Il est certain que la lèpre a toujours sévi en Perse et que l’armée de Cyrus, à une date bien plus récente, traînait avec elle des lépreux (55o avant Jésus-Christ environ).

Les Phéniciens et la lèpre dans la Grèce antique. — On ne saurait préciser d’une manière exacte à quelle date la lèpre fit ses entrées en Grèce. Ce fut probablement avec les premières excursions phéniciennes, vers le xvie siècle avant le Christ.

« C’est donc en vain que la sagesse éternelle voulut séparer par un inviolable océan, les différentes parties de la terre, si des navires impis osent franchir les barrières sacrées. L’audacieux fils de Japhet dérobe le feu céleste et vient l’apporter aux mortels » (Bible). La témérité nautique des Phéniciens est appréciée en ces termes par Horace dans son ode si belle, où il recommande son ami Virgile, cette moitié de lui-même, au vaisseau qui l’emporte sur les rives de l’Attique, et déplore l’audace de la race humaine : il avait un cœur formé de chêne le plus dur et trois fois cuirassé de bronze celui qui, le premier, osa confier un frêle esquif à la fureur des flots, qui ne redouta le vent impétieux d’Afrique, qui contempla d’un œil tranquille les monstres marins, la mer gonflée et les fameuses roches acrocérauniennes !

L’empire Égéen ou bien Mycéen s’étendait sur tout le bassin oriental de la Méditerranée, depuis la Thrace jusqu’à l Egypte, embrassant la Thessalie, la Grèce entière, les Cyclades, la Crète, Rhodes, Chypre et la plus grande partie de la côte asiatique. Les peuples de cet empire Mycénien étaient

les Achéens, les Danaens ; ces mots employés par Homère ne sont pas très connus, ni clairs. Les trouvailles de Schliemann sur l’emplacement de Mycènes ont ébloui tout le monde : épées, poignards incrustés, vases d’or et d’argent, armures, masques funéraires, ornements pour la coiffure et le vêtement... Cependant Perrot ne partage pas les hypothèses de Schliemann qui baptise ces sépultures somptueuses des noms sonores de l’Epopée Agamemnon, Cassandre, etc. Pour lui, l’endroit trouvé est l’enclos où l’on a enseveli les premiers princes du pays.

Quels sont les artistes de ces chefs-d’œuvre ? Probablement des Sidoniens ; ils auraient été transportés par des Phéniciens, notamment les vases de vaphie (Perrot et Chipiez, La Grèce primitive, l’art Mycénien, 1894).

L’hercule phénicien, Melkarth (roi fort), à la tête d’une flotte et d’une armée, conquit l’ibérie, bâtit Gadès et revint en Asie par la Gaule, l’Italie, la Sicile. Il se rendit à Chypre, Rhodes, Malte, Crète, Théra (Santorin), Thasos dont ses compatriotes exploitèrent les mines, la Boétie où Cadmus bâtit Thèbes et apporta l’alphabet.

De plus, comme nous l’avons dit, les ancêtres des Phéniciens, les Koushites et les Touraniens, ont envahi l’Asie Mineure et furent les ancêtres des Cariens ou Cares. Au nord de la Phrygie, quelques tribus ariennes se rendirent aussi dans les forêts du Pont-Euxin et devinrent les Paphlagoniens. La Paphlagonie constitue aujourd’hui le département (vilayet) de Castambol de la Turquie où la syphilis et la lèpre font de grands ravages, à tel point que lors de la conscription, la commission médicale admet à peine vingt recrues sur cent jeunes gens. Et parmi ces conscrits acceptés avons-nous souvent découvert des victimes de ces deux maladies, parfois réunies sur le même individu. Aux Phéniciens succédèrent les Cares d’abord, puis les Argonautes et les Ioniens qui furent également trafiqueurs, pirates, marchands d’esclaves et en même temps colporteurs de la léprose qui, de maladie phénicienne, devint P éléphantiasis de. s Grecs. Or les Koushites, ou Khitis ou Hittites ou Hétéens paraissent avoir été les ancêtres des Cariens. Les Phéniciens, associés d’abord de leurs successeurs, furent plus tard subjugués et chassés par eux. Les Grecs avaient dépassé leurs initiateurs, en navigation et en piraterie à tel point que, selon Thucydide, cette profession

n’était pas considérée comme réprobative, et que l’épithète de pirate^sur une pierre tombale n’était pas considérée comme un déshonneur. D’ailleurs tous les peuples marins ont passé par là : Armoricains, Bretons, Scandinaves, Ibériens, Hollandais, Romains, tous se sont illustrés par la perpétration de ces crimes.

Les Gares, montés sur les vaisseaux phéniciens, coururent aussi le monde. Ils disparurent, à leur tour, le jour où la colonie égéenne des Phéniciens succomba sous l’influx de la civilisation grecque. Leur flotte occupa l’île de Crète où ils ont ouvert les pêcheries de pourpre, en chassant les indigènes vers la montagne Ida. Ceux-ci passèrent à Cythère, située dans le golfe de Laconie où se remisaient les navires qui d’Orient se rendaient en Italie, selon Thucydide (IV, 53). Le murex brandaris y étant très abondant, l’île fut nommée la Pourprée Porphyrœssa, selon Maspéro ( Les grandes Migrations maritimes et la XXe dynastie ). Ils y bâtirent un sanctuaire d’Astarté, selon Hérodote. De là ils se rendirent dans le Péloponèse, en Illyrie, en Italie, dans l’isthme de Corinthe, l’Égine, la Salamine, l’At tique.

Les Cares, les Lydiens, les Phrygiens, les Mysiens(Troyens), peuples appartenant à la race phrygo-pélasgique, ont été civilisés par les Phéniciens et perdirent leur physionomie aryenne. Or, ces peuples maritimes de l’Asie Mineure chassèrent plus tard les Phéniciens, ce furent les Grecs d’alors. Disons en passant que ce fut un roi phénicien, Minos, qui détruisit la piraterie dans l’archipel, vers 1800 avant le Christ; cette date correspond à la 18e dynastie pharaonienne l.

Après l’archipel Grec, les Phéniciens se rendirent aux îles

I. Hellig- fît une communication à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en juin i8g5, sur l’art mycéen. Selon le marquis de Vogüé, les Phéniciens, semblables aux Vénitiens du moyen âge et de la renaissance, ont joué un immense rôle dans la fusion des idées artistiques, grâce à leurs relations commerciales avec l’Egypte et d’autres pays encore. J’ajouterai de mon côté qu’ils ont opéré aussi la diffusion de la lèpre et de la syphilis très répandue alors partout où régnait la civilisation de l’époque et la débauche, compagnon inséparable de cette dernière. A la même séance de l’Académie, Dieulafoy a dit que l’art mycénien a beaucoup emprunté a la Phénicie et à l’Egypte et indirectement à la Chaldée. Il se base sur l’ornementation, rosaces, méandres, spirales, trouvés à Mycène, qui sont absolument copiés sur ceux d’Egypte. Cette ornementation accuse la part que les habitants de la Grèce, des îles de l’Archipel et des côtes de l’Asie-Mineure prirent à l’élaboration de l’art mycénien. D’ailleurs entre Mycènes et Sidon il y eut des unions si nombreuses que le type moyen des habitants de la Grèce en fut modifié : de blond il devint brun. Mycènes était une des principales villes de l’Argolide, au Nord de l’Argos.

Ioniennes. Ils bâtirent à Gorfou ou Kerkyra la ville de Pamphlagosa où fit naufrage Ulisse (Odyssée) et rencontra Nausikaa. Le vaisseau chypriote qui accosta à cette île s’appelait Kerkouse ou Kerkyre, selon Pline (Victor Bérard, Revue des Deux Mondes , mai et juin, 1902). Ainsi le nom de Kerkyre a été donné à l’île de Corfou, île de la Serpe des Hellènes, par les premiers navigateurs sémites, descendant de Sem, fils de Noë. L’île Corcyre de la mer Ionienne, appelée Skéria dans Homère, habitée par les Phéaciens jusqu’à 700 ans avant le Christ, et colonisée alors par les Corinthiens, est Pile de Corfou ou Kerkyra d’aujourd’hui.

Selon Bertrand, il s’est passé de i5o à 200 ans entre la fondation de Kume et la rédaction de l’Odyssée (composée vers 85o ans avant le Christ) par un poète grec, disciple des Phéniciens, comme dit Strahon : ci yàp «Poîviveç è&rçXouv toütc.

Le Pomdikonissi (île aux rats, charmante par sa végétation), n’est pas l’île d’Ulysse, comme on l’a prétendu. L’île d’Ulysse est un îlot pittoresque avec une chapelle qui ferme la lagune de Kallichiopoulo.

La lèpre exista toujours aux îles Ioniennes à Corfou surtout, bien que d’une manière sporadique et persiste même aujourd’hui.

Chose curieuse : les Arabes dont les relations avec les anciens Phéniciens furent très suivies, construisent encore aujourd’hui de ces vaisseaux d’antique forme qu’ils nomment Kurkura. Et les Hébreux appelaient Kerkera, les chameaux coureurs, les dromadaires, renommés pour leur rapidité, que les Anglais et les Français utilisent actuellement dans leurs colonies réciproques, pour constituer les régiments africains légers dits Askaris. Les Phéniciens se sont servis de ce mot pour désigner leurs croiseurs rapides, leurs coursiers marins; ils possédaient des Kourkours dans leurs flottes. Les Phéaciens étaient des colons étrangers qui vinrent se fixer à Kerkyra à deux générations avant l’Odyssée. Avant de venir à cette île, ils habitaient l’Hypérie près des Kyklopes qui les tracassaient.

Les habitants de Sidon, avant d’accoster aux Sporades et aux Cyclades, ont débarqué tout d’abord aux îles de Chypre, d’Oliaros et de Rhodes. Selon Hérodote, les Phéniciens enlevaient les femmes qu’ils vendaient en Egypte et ailleurs ; c’est ainsi qu’ils ont enlevé dix filles d’Inachos, premier roi d’Argos

(T. I. I.). Ces trafiqueurs vendaient aux divers peuples qu’ils fréquentaient des marchandises égyptiennes, assyriennes. A la page 890, l’immortel historien s’exprime ainsi : « Ils n’ont ni la passion du vrai, ni celle du beau ; la seule qu’on leur connaisse est celle du gain. » L’île de Délos était leur grand dépôt et marché d’esclaves. Ils y transportaient les prisonniers de guerre asiatiques achetés par eux aux vainqueurs. Ce dépôt a été alimenté plus tard par les Ioniens.

Les Phéniciens se sont portés aussi aux îles de Paros et de Siphnus qui fut appelée alors Acis du nom d’Acé, une ville tyrienne (Etienne, de Byzance). Des habitants de Biblos occupèrent l’île de Mélos (Milo). L’île de Nissyro reçut un nom phénicien (Bochardus de Phœnicicum coloniis, T. 7). Gyaros fut une station phénicienne de pêcherie de pourpre (Movers, p. 263). Cos et Amorgos devinrent des centres de l’industrie de pourpre et de manufactures d’étoffes. On éleva dans cette dernière île un temple en l’honneur de vénus Uranie (Bockh, n. 2264), déesse de l’amour et de la fécondité, qui, comme toujours, avait une de ses mains placée sur le ventre pour attirer l’attention sur les organes génitaux, tandis que l’autre était au-dessus des seins pour indiquer l’idée de l’allaitement. De telles poses ont été rencontrées sur nombre de statues phéniciennes trouvées dans leurs colonies et sur les plus belles statues de la Grèce. On soutient même que l’admirable statue de Vénus de Mijo a dû avoir cette pose. Nous pensons que c’étaient plutôt là des gestes instinctifs de la pudeur.

A une époque postérieure, sous Cadmus, vers le xive siècle avant Jésus-Christ, les Sidoniens s’emparèrent de Samothrace (Etienne de Byzance, Diodore de Sicile, p. 48), de Lemnos (Philistor, t. II, p. 25, Maspéro, Hist. anc. des peuples de l’Orient , p. 245), et de Ténédos (Pline, Hist. naturelle , 39).

Vers le xvme siècle avant Jésus-Christ, un chef phénicien, Thasos, conduisit des colons à l’île qui porte son nom (Hérod., Il, 44) 1 ; un autre chef phénicien donne également son nom de Membriarus à l’île d’Anaphé (Etienne de Byzance). Les îles de Théra et de Naxos conservent toujours leurs dénominations

1. Disons par anticipation que la lèpre sévit toujours cruellement sur cette île où leur domination s’est bien attardée à cause des riches mines qu’ils y exploitaient dont les scories furent concédées par Sultan Hamid à une société allemande qui est en train de faire fortune. La population de Thasos est de 3o OOO habitants, parmi lesquels on compte cinq cents lépreux dont j’ai soigné un grand nombre.

phéniciennes. L’île cTIos1 s’appelait jadis Phœnice (Pline, Étienne de Byzance). Une flotte phénicienne, partie de Rhodes, occupa File de Crète (Hœck, Maspéro, p. 246) et donna le nom phénicien d’Ellotis à la ville de Gortgna ( Efymologicum magnum) et d’Aradem à d’autres villes crétoises. De Crète ils passent à l’île de Cythère (Cérigo), ainsi dénommée du nom d’un de leurs chefs, où ils bâtirent un sanctuaire d’Astarté (Étienne de Byzance, Hérodote, i, io5, Pausanias, III, 3, i).

En outre, les Phéniciens ont établi de nombreuses colonies sur les rives de la Méditerranée; ils fondèrent Sardaigne, les Baléares (Majorque, Minorque, Formentera, Ivica, Cabrera, Conejera) et, selon Strabon, 200 colonies en Espagne dont les principales sont Malaca, Hispolis, Carteira, Gadès, Tartessus. D’après le même historien-géographe, ils fondèrent aussi Soo villes sur la côte occidentale d’Afrique. Ils faisaient des voyages sur les côtes occidentales et orientales de la Gaule, aux îles Cassitérides (Sorlingues) pour se procurer de l’étain, et jusque dans la Baltique. Toutes ces localités ont été éprouvées par la lèpre qui s’y rencontre encore dans la plupart d’entre elles.

Les rois tyriens (Hiram) avaient conclu des traités avec Salomon ; et plus tard, pendant les guerres médiques, tributaires des Perses, ils ont combattu à Salamine contre Thémistocle. A une date postérieure, ils furent soumis par l’armée d’Alexandre, puis par les Romains, et au vne siècle par les Arabes musulmans ; tous eurent à souffrir de la lèpre.

Un savant byzantin, notre ami St. d’Aristarchi, sénateur, se livra, sur notre prière, à des recherches biographiques sur l’île de Délos, que je vais utiliser.

Les ouvrages de Philochorus, Démadès, Paluephatus, mentionnés dans le lexique de Suidas, Autoelidés (Scholiaste d’Apollonius Rhodius, 1289), Dimarchus Phanodicus et Sémus de Délos (Muller, Fragmenta historicorum graecorum) sont égarés et ne parvinrent pas, malheureusement, jusqu’à nous (Tournefort, Voyages , t. I, p. 110; l’Abbé Sallier, Académie des inscriptions et belles-lettres, t. III, p. 376; Benoit, Archives des missions scientifiques , t. III, p. 386 ; de Leake, Travels in Nor then greece, t. III, p. g5 ; Ress, Inselreisen, t. I, p. 3o, II,

1. Homère, partant de Samos pour Athènes, aborda à Ios où il mourut. Le comte de Grunn, officier hollandais, au service de la Russie, y a découvert son tombeau.

p. 167 ; Fiedler, Reiset, III, p. 269 ; Schwenck, Deliaca, 1825), tous ces auteurs ont consacré plusieurs pages à l’histoire de l’île de Délos. Des tombeaux phéniciens furent découverts dans les îles de Délos et de Rhénée, du temps de Pisistrate, contemporain de Solon, 55o ans avant le Christ (Hérodote, I, 64, Thucydide, I, 8, avec notes de Bloomfides, The History of the Peloponnesian war by Thucydides , London, 1842, t. I, p. 17); Movers, p. i3o, écrit aussi que ces Tyriens se rendirent partout dans les endroits ci-dessus mentionnés. Vers le xive siècle avant Jésus-Christ, ils s’emparèrent de File de Ténédos.

Eschine, l’ennemi acharné de Démosthène, dit dans une de ses lettres : « Au lever du soleil nous arrivâmes à Délos dont les habitants souffrent d’une maladie pestilentielle (XoipLcoSv] Tivà voœgv), qui, d’après Doucas, serait FÉléphantiase des Grecs, c’est-à-dire la lèpre. Leurs faces étaient envahies par la lèpre blanche, leurs cous et leurs poitrines étaient tuméfiés, sans douleur; c’était la Leucé, maladie contagieuse » (Donna,

t. VII, p. 239).

Toutes ces citations historiques mettent en évidence l’émigration des Phéniciens dans toutes les îles helléniques qu’ils ont colonisées et en même temps infectées de leur maladie nationale, le morbus phénicicus, c’est-à-dire la lèpre.

Pausanias (479 ans avant le Christ) mentionne une ville d’Elide appelée Léproon , à cause de la lèpre qui y sévissait. Il s’agissait d’une léproserie de Triphylie (t b Xéxpeiov [jtiv totuoç

T Iç £ŒTl TYJÇ TpUÇ'XXuç «TUO TOU 7t£Tp OIÇ T OCÇ SX£Ï \e%p(x8cXÇ 7U£ÇUX£Vai X.A

touç èx£? X£7cpoüaÔat, Bé tyj 'tuoigtyju t ou totcou) [La Périégénésis , II siècle].

On prétend aussi que les expéditions des Perses en Grèce, sous Darius et Xerxès (55o et 46o avant J. -C.) ont déterminé une exaspération de la lèpre par les soldats lépreux qu’elles amenèrent. On a soutenu aussi qu’Alexandre le Grand (ive siècle avant J.-C.) avait propagé la lèpre à Macédoine et dans toute la Grèce, par ses armées, après ses victoires sur les bords de l’Indus et après son retour d’Egypte. La lèpre sévissait parmi ses soldats.

Après leurs visites colonisatrices à toutes les îles de la mer Egée, les Phéniciens ont pénétré dans l’Hellespont et fondèrent partout des comptoirs, en commençant par l’île de Préconèse, île de Marmara d’aujourd’hui, où la lèpre persiste

toujours à l’état endémique. Puis ils bâtirent Lapsaque et Abydos fameuse par le pont de bateaux que Xerxès y fît jeter, bien plus tard, sur la mer (48o ans avant le Christ). Ils se rendirent aussi à Bithynie (Nicée, Nicomédie) jusqu’au Caucase, après avoir établi des postes fortifiés dans le Bosphore, avec leurs alliés d’alors, les Cares. lis se rendirent à Héraclée, Sésamos, Sinope, et, par le cours du Dniéper, ils sont arrivés dans les plaines de la Russie méridionale. La lèpre règne toujours dans ces localités.

Après avoir accusé ce peuple sémite du méfait d’avoir partout propagé la lèpre, la maladie phénicienne, il est juste aussi de lui attribuer le rôle de grand civilisateur. Il a introduit partout où il a accosté, le goût du commerce, des arts et l’alphabet : ce qui constitue le plus grand bienfait dont ils ont doué l’humanité. Selon Berger, l’alphabet fut inventé par les Phéniciens i 5oo ans avant le Christ. L’écriture était inconnue à Homère et à ses contemporains. Elle ne fut introduite aux Indes que vers le ve siècle avant Jésus-Christ. En effet un vers de l’Odyssée nous apprend que sur les bâtiments du commerce, faute d’écriture, comme moyen mnémonique, un contrôleur de la cargaison appelé Fortoumnimon (^opTou^v^- [xtov), soiiveneur du chargement , enregistrait dans sa tête la liste des marchandises embarquées. C’était des tours de force. On sait que les rapsodes pouvaient réciter de mémoire des milliers de vers, sans sauter un seul mot. Comme aujourd’hui les Hafiz, illettrés musulmans, récitent par cœur tout le Koran sans omettre une seule parole et, ce qui plus est, sans comprendre un seul traître mot. Or, la civilisation, les arts, les sciences, la philosophie avaient commencé, avant la découverte des 22 lettres par les Phéniciens. Cependant, selon Renan, l’inscription de Mésa atteste que i ooo ans avant le Christ, les Hébreux écrivaient couramment. Les Egyptiens appelaient 1 alphabet écriture des vils Hétas et continuèrent pendant i ooo ans encore à se servir de leur écriture nationale, l’Hiéroglyphie (Berger, Histoire de récriture dans l’antiquité, Paris, 1891).

La lèpre dans la Grèce antique. — Les auteurs grecs, en commençant par Hippocrate, désignaient sous les dénominations de Leucé, d’Alphos, de Mêlas et de Lichen certains états morbides dans lesquels ils englobaient des affections cutanées vulgaires en même temps que certaines variétés de

Léprose' (Xeipjvsç, Xsir/at, Xeitpat, t. IX, édit. Littré). Le père de la médecine signale aussi la maladie phénicienne, xrçv «Potvoup vouaov, affection grave à l’égal de la Leucé (§ 35, t. V, trad. d’Hippocrate par Littré). La Leucé comprenait des cas de lèpre blanche et d’achromies de toute nature. Cette lèpre blanche a été admise et décrite dès la plus haute antiquité. Le livre de Moïse en parle à plusieurs reprises à propos des miracles et des jongleries faits devant Pharaon. Hérodote dit aussi qu’en Perse, si quelqu’un est atteint de Leucé ou Lèpre, on l’expulse de la ville et on lui défend d’avoir des relations avec les autres Perses (i. i38). Hérodote aurait vu en Asie le Zarahat de Moïse, comme en Egypte, avant l’Exode. De nos jours encore, parfois dans la lèpre classique, le corps se couvre de squames farineuses qui forment une abondante poussière. Nous avons constaté maintes fois cette variété. Spengal parle aussi de la lèpre blanche, dans son histoire de la médecine. Galien dit, à propos du passage d’Hippocrate : la maladie phénicienne, très fréquente en Phénicie et les autres contrées d’Orient, paraît désigner PÉléphantiasis. 11 pose le diagnostic différentiel de l’Eléphantiase, la Léontiase, l’Ophiase, la love (de XwSaw) qui détruit et mutile les extrémités des membres. Il compare ces diverses variétés, selon l’aspect de la peau, à divers animaux (IX, XI, X, IV). Criton dit : l’Elébore blanc et le noir sont indiqués contre la lèpre. Pour Dezeïméris la lèpre blanche est une forme morbide qui doit être ajoutée à l’histoire de la lèpre, pour compléter ce qui a été dit sur cette maladie au moyen âge ( Dict . de Méd., en 3o vol., t. XI, Eléphantiasis). Cependant l’Alphos des auteurs grecs correspond souvent au Psoriasis,

L’auteur du Prorrhétique classe la Leucé parmi les affections les plus graves, ainsi que la maladie phénicienne (n, 43) : « La leucé, constituée par des taches pigmentées, correspond parfois au vitiligo vulgaire, mais parfois aussi à la lèpre et à la morphée de l’Amérique latine qui dénomme ainsi la vraie lèpre. »

La lèpre blanche, celle de Moïse, fut également admise par Voigt, Heusler et Vidal. Elle est fréquente sous les tropiques où l’on désigne ses victimes sous le nom de kaker-laks. Forster ( Observ . sur l'espèce humaine , second voyage du Dr Cook dans l’ hémisphère Austral ), Vossius et Lionnet, Wafer, confondent cette variété de lèpre avec les albinos et le vitiligo Zambaco. Anthologie. 5

vulgaire que l’on observe chez les nègres blancs. Brassac, qui fit de remarquables travaux sur la lèpre qu’il étudia à l’asile de la Désidérada dont il fut le médecin-directeur, dit littéralement : il est un vitiligo exotique qui n’est qu’une variété de la lèpre. 11 l’appelle lèpre vitiligienne. Nous avons vu plusieurs cas de cette lèpre blanche dont nous avons reproduit des spécimens en chromolithographie dans notre livre, les Lépreux ambulants de Constantinople . Nous avons cru nécessaire de nous livrer longuement à cette discussion parce qu’on avait nié l’existence de la lèpre blanche. On a dit aussi que les cagots, descendants de vrais lépreux, sont atteints de lèpre blanche. Le Pr Roger dit, en parlant d’eux, qu’ils sont atteints de paraléprose.

Le Mêlas des anciens auteurs grecs est aussi parfois applicable à la vraie lèpre qui colore la peau de manière à la rendre nigrine. Nous avons eu aussi l’occasion de voir de tels exemples que nous avons fait également reproduire en chromolithographie. Nous avons insisté sur ces variétés de la léprose signalées par les anciens, parce qu’elles sont passées sous silence par les léprologues contemporains.

Dans la Grèce antique, la lèpre avait d’autres dénominations encore. Aristotélès (345 ans avant Jésus-Christ) la désignait sous le nom de Satyriasis, de ce que le faciès de quelques lépreux exprime l’excitation érotique, ou bien parce que l’éléphantiasique est de gaillardise sexuelle , ainsi que cela a souvent lieu dans la première période de la lèpre tubéreuse. C’est parce que certains lépreux sont très libidineux que l’on a appelé aussi la lèpre maladie Herculéenne. Enfin, les auteurs anciens confondaient la lèpre, éléphantiasis grecorum, avec l’éléphantiasis des Arabes, et cela de ce que chez certains lépreux tubéreux l’infiltration néoplasique hypertrophie les membres. Pour terminer, nous devons signaler que chez les anciens et encore jusqu’à ces derniers temps, on réunissait sous le vocable de lèpre les maladies cutanées les plus disparates dont les unes bénignes, les autres d’une gravité extrême. Il suffisait que l’aspect du malade fût repoussant et la maladie récalcitrante aux traitements pour qu’on la qualifiât de lèpre; parfois, au contraire, elle guérissait dans un ou deux septénaires (Moïse). Ce n’était point la lèpre. Les lupus, la syphilis, les cancers voraces de la face, etc., étaient qualifiés de lèpre. Cette confusion inextricable fut maintenue dans le

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