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tion soit ici bénigne et là très virulente ; comme elle peut de sporadique devenir épidémique, sous l’influence du climat et des conditions générales topographiques et météorologiques qui nous échappent, ainsi que de la réceptivité variant selon les races ; mais leur graine provient nécessairement d’une souche identique tout en éprouvant l’influence du milieu, de l’ambiance, eu égard à sa germination. Il en est ainsi de la syphilis, de la lèpre et de toutes les maladies bacillaires infectieuses. Cependant les microbes peuvent de virulents devenir avirulents et, le cas échéant, redevenir virulents. Il se peut même qu’ils subissent des transformations morphologiques. Ainsi on a soutenu que les bacilles pseudo-dipthéritiques peuvent se transformer en bacilles de Loelïler (Dr Sacquépée, professeur agrégé au Val-de-Grâce, Revue d’hygiène et de police sanitaire , juin 1912, Paris).
Le Dr Ashmead a intercalé dans son remarquable travail la reproduction d’une collection très variée de terres cuites antiques datant de l’époque des Incas, parmi lesquelles il y en a qui représentent des destructions du nez, et des ulcérations qu’il attribue, avec le Dr Veles, à la syphilis. Mais nous pensons qu’on n'est pas en droit de trancher la question. La légende des deux frères jumeaux absolument pareils et indiscernables trouve sa place ici. Un de leurs amis rencontrant dans la rue Lun d’eux, lui posa cette question est-ce bien vous ou votre frère ? Nous dirons aussi à propos de ces lésions : sontelles consécutives à la syphilis ou bien à la lèpre? tellement elles sont identiques dans les deux cas lorsqu’on les a représentées grossièrement et sans détails caractéristiques, comme on le voit souvent, même sur les tableaux des grands maîtres du xve siècle.
La Presse médicale , du 10 juillet 1909, mentionne une communication faite par le Dr Capitan à l’Académie de Médecine de Paris, avec présentation de quatre vases péruviens pré-incasiques de sa collection, et inédits. Sur un de ces vases, on voit un personnage au nez mutilé, ayant les membres pelviens atrophiés; sur un autre, un Péruvien couché a également le nez mutilé avec large perte de substance de la lèvre supérieure ; ses membres inférieurs se terminent par deux moignons. Ces lésions ont été diversement interprétées. Les uns y ont vu de la syphilis ; les autres une sorte de lupus. Virchow a pensé à la lèpre.
LA LÉPROSE ET LA SYPHILOSE DANS LES BEAUX-ARTS
Presque en même temps, le Dr Kronfeld présentait à la société império-royale de Vienne, le 18 juin, un vase grec appartenant au musée autrichien des Arts et de l’Industrie. Sur ce vase, qui date du vne siècle environ avant le Christ, deux figures représentent, — ainsi que l’apprennent leurs inscriptions — , l’une la vertu, l’autre le vice. La vertu c’est une femme grecque du type le plus pur, sans défaut; le vice au contraire est figuré par une femme du type nègre ayant sur les bras et sur les jambes des ulcères serpigineux. « Ces ulcères peuvent être considérés comme des stigmates de lèpre ou de syphilis. » Nous partageons la judicieuse hésitation de l’auteur. Le Dr Kronfeld est pourtant porté à les attribuer à cette dernière. Il cite des passages d’Hippocrate et de Martial ayant trait probablement à la syphilis. Il montre qu’en Grèce et à Rome le mercure était déjà employé sous diverses formes, pour certaines maladies cutanées, qui, probablement, étaient de nature syphilitique. L’auteur en conclut, que médecins, écrivains et artistes concordent à démontrer que la syphilis existait dans l’Europe antique et que c’est une erreur de prétendre qu’elle a été apportée en Europe au moyen âge par les compagnons de Christophe Colomb à son retour d’Amérique ( La chronique médicale , p. 5oi). Rien n’autorise à trancher le diagnostic en faveur de la léprose ou de la syphilose dans la communication du Dr Kronfeld.
Le Dr Raffour, qui soutint à Paris, en 1900, sa thèse inaugurale sur la médecine chez les, Mexicains précolombiens , dit « qu’il y avait au Mexique deux sortes de Bubas: le nanaualt que Sahagun traduit par lèpre, et le pachonanualt , d’un aspect moins repoussant, qui paraît être la syphilis. Ces deux maladies étaient confondues ensemble ».
La syphilis existait au Mexique avant le xvie siècle. On a découvert, il y a une trentaine d’années, à Arica (Pérou) trois crânès d’authentique ancienneté précolombienne qui, présentés à la société d’Anthropologie de Paris, par Perrot et Broca, portaient de manifestes lésions syphilitiques. Des trouvailles tout aussi concluantes, en faveur de l’ancienneté de la syphilis, ont été faites à Guayaquil (Equateur), à Chancaï (Pérou) et dans les stones graves du Tennessé dans les Mounds de l’Iowa, de l’Illinois, de Rock-River et sur un crâne des paraderos de la Patagonie. Broca n’hésita pas à déclarer que c’étaient des lésions syphilitiques. Tous ces documents dé-
lia LA LÈPRE A TR A VERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES
montrent que la syphilis n’a pas été plus importée d’Europe en Amérique que de celle-ci en Europe. Nous en dirons autant de la lèpre qui a existé dès la plus haute antiquité, de tout temps, et simultanément dans diverses parties des deux hémisphères. Nous répéterons à satiété que ces deux maladies ont toujours été confondues ensemble, vu leur similitude fréquente dans leurs manifestations.
Le Dr Raffour, tout en parlant de la céramique qui témoigne de l’existence antique de la syphilis (et j’ajouterai de la lèpre aussi), n’insère dans son travail aucune gravure reproduisant ces lésions. Ce qui est regrettable.
Les Chinois connaissaient aussi la syphilis et la lèpre, 2600 ans avant l’ère chrétienne. Hoang-ti préconisait déjà le traitement mercuriel. Or encore une fois, l’ancien et le nouveau monde n’ont rien eu à se donner l’un à l’autre.
De même l’étude des vieux auteurs de la Grèce, de Rome et de notre moyen âge (en Europe) et les découvertes de la préhistoire permettent d’affirmer qu’avant Colomb existaient en Europe le mal vénérien et la lèpre. G. Raynaud a soutenu la même thèse dans une conférence faite, en avril 1878, à l’écoledes Hautes Études de Paris.
En outre cinq vases péruviens, conservés au musée duTrocadéro de Paris et provenant de Moche, représentent aussi des lésions destructives du nez, de la cloison et de la lèvre supérieure. Sur l’un de ces vases une femme tient un enfant dont le nez est détruit en entier à partir de sa racine. Le directeur du musée nous a dit que des poteries pareilles existent au musée de Plata, et nous en a montré les photographies. Toutes ces lésions sont attribuées par les uns à la syphilis par les autres à la lèpre.
Au même musée du Trocadéro se trouve la statue du roi Piméan-x'Ycas, en granit, qui régna à Agkor en 1057. Le corps est couvert de tubercules, de lépromes probablement, et sa main gauche est en griffe. On l’appelait le roi lépreux (. Les ruines d’ Agkor, monuments du Cambodge siamois, par Fournereau, architecte, chargé d’une mission, Porcher, Paris, 1890. On trouve dans ce livre bien d’autres lépreux ou syphilitiques de haute situation).
Au musée du Caire se trouve la momie du Pharaon Thomsèsl I. Elle est couverte de cicatrices stellées. Doit-on les attribuer à la lèpre ou bien à la syphilis ? C’est bien embarras-
LA LÉPROSE ET LA SYPHILOSE DANS LES BEAUX-ARTS n3
sant ; car toutes les deux existaient dans l’antique Égypte.
J’ai développé moi-même, au musée de Constantinople, la momie deTabnit, roi de Sidon, dont le directeur Hamdy Bey, y avait fait transporter le sarcophage. Cette momie présentait cà et là des cicatrices pareilles à celles de Thomsès. Les mêmes doutes peuvent être formulés, quant à leur nature. Ces momies ne rentrent pas dans la classe des beaux-arts. Mais comme elles figurent dans les musées, nous avons cru devoir en parler aussi, pour défendre la thèse que nous soutenons.
Enfin, dernièrement, le 9 juin 1911, le Dr Bérillon fit, à la Société de médecine de Paris, une communication sur la pathologie précolombienne d’après les ex-voto Aztèques (avec photographies à l’appui) d’une collection qu’il possède, provenant du Mexique. Ce sont des figures votives en terre cuite, représentant des sujets atteints de diverses maladies, parmi lesquelles on reconnaît les ravages de la lèpre ou de la syphilis. Dans la discussion qui suivit cette communication, le Dr Vidal dit avoir eu l’occasion d’examiner un certain nombre d’ossements provenant des tombeaux de Sousse et de Carthage, datant de 3oo ans avant le Christ, et d’autres ayant appartenu à des chrétiens du 11e et du me siècles, parmi lesquels plusieurs portent des stigmates de la syphilis ; il y a même des tibias en lame de sabre. Or, les communications récentes corroborent tout ce que nous avons longuement exposé dans ce chapitre.
Conclusion finale : La syphilis et la lèpre ont existé depuis les temps préhistoriques les plus reculés et furent confondues en une seule maladie dénommée lèpre jusqu’à la fin du xve siècle.
D’abord les léproseries contenaient des syphilitiques méconnus et considérés comme lépreux. Plus tard, la lèpre ayant disparu soi-disant, bien des lépreux étaient censés être atteints de syphilis ; et l’on créa des asiles pour les vérolés auxquels on céda parfois les léproseries.
Mais la science a marché depuis et donne à chaque César ce qui lui revient de droit. Nous pouvons discerner aujourd’hui la lèpre de la syphilis et les différencier de la manière la plus nette et la plus sûre, à condition de connaître à fond toutes les deux maladies.
Zambaco. Anthologie.
ANCIENNETÉ ET PROPAGATION DE LA LÈPRE EN EUROPE, PRINCIPALEMENT EN FRANCE
Une opinion généralement accréditée et exprimée même dans les livres scientifiques, c’est que la lèpre a été transportée en Europe, et particulièrement en France, par les Croisés, à leur retour de la Palestine. Or il est aisé, documents en mains, de prouver que c’est là une erreur facile à rectifier.
Trois peuples de l’antiquité ont propagé la lèpre dans l’univers, par leurs migrations et leurs colonies : Les Phéniciens, les Hébreux et les Grecs ou Ioniens, successeurs des Phéniciens, comme navigateurs, commerçants et colonisateurs.
En effet les premiers étaient atteints de morbus Phéniciens , les seconds de Zarahat et les troisièmes de Y elephantiasis Graecorum , trois dénominations synonymes de la lèpre. Suivre les migrations de ces peuples, c’est tracer les lignes de propagation de cette maladie.
Enfin les Sarrasins ont contribué aussi, bien que dans un cercle plus restreint, lorsqu’ils ont envahi l’Ibérie et le Midi de la France, à étendre cette .«maladie que l’on a désignée, dans les Rasses-Pyrénées surtout, sous le vocable de mal arabe.
Grégoire de Tours, au vie siècle, les actes des conciles d’Orléans, en 54g, et de Lyon, en 583, décidèrent que les lépreux seraient placés sous la protection des évêques et nourris aux dépens de l’Église. Le pape Grégoire II (715 à 73i) ordonna d’accorder aux lépreux la sainte Eucharistie. Le concile de Worms, tenu en 868, confirma le même canon.
Le pape Étienne II (752-767), sous Pépin le Rref, fils de Charles Martin, frère de Carloman, ne séparait pas les lépreux, lors même que l’autre conjoint était sain ; tandis que le concil de Compiègne prescrivit le divorce, et le conjoint sain pouvait contracter un nouveau mariage. Mais Pépin le Rref
ANCIENNETÉ ET PROPAGATION DE LA LÈPRE
et Charlemagne (789) exigeaient le consentement des deux époux. Il est superflu de multiplier ces citations qui démontrent que la lèpre sévissait en France bien avant la première croisade. Les preuves en abondent dans ce travail. Enfin, pour couper court à toute discussion à cet égard, nous dirons que la première léproserie fut fondée en France à Saint-Ouen en 46o et la seconde à Chalon-sur-Saône en 570 (Breda Loc.).
Selon toutes les probabilités, ce sont les Phéniciens qui ont, les premiers, propagé la lèpre, le morbus Phenicicus, tant en France qu’en Ibérie, et en Italie. En France les souvenirs du passage des Phéniciens se conservent encore en Ligurie dans la Novempopulanie et la Gaule. Strabon mentionne une mine près de Tarbes, fréquentée par les Phéniciens. Nîmes fut fondée par eux et les armes de cette ville sont encore, actuellement, un crocrodile attaché par une chaîne à un palmier, arbre appelé autrefois Phénix et qui est souvent l’emblème de ce peuple, dénommé jadis Xal ou Khar ou bien Fenx, Fénix les <Pomx£ç des Grecs.
Bordeaux sur la Garonne, Corbil (ville détruite) sur la Loire, Narbonne, sont également des villes phéniciennes.
Plus tard des Ioniens ou Grecs, les Phocéens, les Hellènes en un mot, qui succédèrent aux Phéniciens dont ils ont été contaminés, ces héritiers des Phéniciens comme navigateurs, trafiquants et colonisateurs, continuèrent à propager Yelephan tiasis Graecorum c’est-à-dire la lèpre, partout dans leurs excurj sions et leurs colonies. Car, après la ruine de Tyr par Alexandre, le commerce passa aux Carthaginois, puis aux Rhodiens et aux Phocéens.
Les mêmes Tyriens avaient fondé Illibéris, sur la côte orientale de la Gaule, ainsi que Heraclea dans l’estuaire du Rhône, berceau de la ville Saint-Gilles.
Le nom Agad, port commercial du Languedoc, vient du mot grec Agathi (’AyaOY}). Constantin donna le nom de sa mère à la ville d 'Elne. La Ciotat, Antibes, Nice, Monaco (Monoïco de [j.évoç o’.zw), qui rappelle le culte exclusif d’Hercule, le demidieu voyageur et conquérant, trahissent la présence dans ces contrées des Grecs, Phocéens et Ioniens dans les temps reculés.
Un historien anonyme, très érudit (J. -P. XXX, chez Firmin Didot frères, 1832) dit, dans son livre intitulé Voyages aux Pyrénées Françaises et Espagnoles , avec note sur le Bigorre : les premiers habitants des Pyrénées n’étaient pas des sauvages
féroces vivant dans les bois ; ils étaient en communications fréquentes avec les Phéniciens et plus tard avec les Phocéensy peuples les plus éclairés dans l’ancien monde. Dois-je ajouter que le mot Pyrénées est grec et qu’il provient de Pyr montagnes de feu d’après le témoignage même de Platon ? Plus anciennement on les appelait Ryphées.
Le père des Gascons aurait été Hercule le Tyrien. On sait que dans l’antiquité, le nom d’Hercule était donné à tout grand capitaine. L’historien Arnobe, parlant du grand incendie qui commença au centre des Hautes-Pyrénées et qui fut plutôt une éruption volcanique et dura fort longtemps, dit que les métaux en ont été fondus; ce qui y attira les Phéniciens toujours à la recherche des métaux pour fabriquer en secret , leurs bronzes. Les Phéniciens abordaient les côtes pour faire avec les Ligures et les indigènes, le commerce des métaux provenant des Cévennes et des Alpes.
Dès avant le xie siècle, les Phéniciens avaient créé dans l’intérieur de la Gaule des colonies et établi des routes, pour transporter leurs marchandises, (via Heraclea), qui desservaient leurs comptoirs établis sur le littoral de la Celto-Ligurie, à l’époque de la seconde guerre punique, d’après Polybe, i4o ans avant Jésus-Christ ( Publications de la Société archéologique de Montpellier , tome VII, n° 39, p. 282). Selon Tacite, les Elisusoï ou Elesyces ou Ligures occupaient la côte après les Phéniciens. Rhadamantus fonda le royaume d’Elusion sur le territoire des Sordes ou Shardance, peuple ibère, conquis plus tard par les Phéniciens. Toutes ces études si intéressantes jettent une vive lumière sur la propagation de la lèpre par les Orientaux dans le Midi de la France où le fléau opéra de grands ravages. Les Phéniciens établirent des comptoirs et des colonies'partout où ils allaient. Ayant la lèpre, comme nous l’avons dit et répété, ils y prenaient femmes et engendraient des enfants qui héritaient de leur morbidité, car ils voyageaient célibataires. La lèpre était donc transmise à leurs progénitures qui peuplaient toutes les localités où ces navigateurs trafiquants lépreux s’établissaient. Il y a eu donc fusion entre eux et les divers peuples du Midi de la France à leur origine.
En i845, en creusant les fondations d’une maison à Marseille, on découvrit une inscription phénicienne gravée sur une pierre d’origine tyrienne, comme il n’y en a pas en France.
ANCIENNETÉ ET PROPAGATION DE LA LÈPRE
Des stèles trouvées antérieurement à Marseille, d’origine phénicienne, furent décrites par Fnaber, ancien conservateur des antiquités du Louvre, dans son catalogue. Or, bien avant les Phocéens, les Phéniciens avaient visité et fondé une ville qui fut l’origine de Massalia. Nous avons vu cette inscription phénicienne au musée Borelli, à Marseille. Un archéologue distingué de Montpellier, M. Cazalis de Fondouce, président de la Société d’archéologie, possède une feuille de fac-similé au verso de laquelle se trouve la traduction du texte. Grâce à l’amabilité du possesseur, j’y ai lu, à l’article 16 : « Tout lépreux et toute personne attaquée de la teigne et quiconque implorera les Dieux et la totalité des hommes qui sacrifient... » c’est là un document précieux qui prouve la présence autrefois de Phéniciens lépreux à Marseille.
Un savant ethnographe et anthropologue de Montpellier, M. Lapouge est d’avis que les Phéniciens traversaient Montpellier, Castelnau1 et Nîmes pour se rendre en Italie par la vallée du Rhône, et Béziers et Narbonne pour atteindre l’Espagne où ils fondèrent plusieurs villes, ainsi que nous le verrons plus loin, parmi lesquelles Barcino, Barcelone, Tarraco, Tarragone, Gades, Cadix. D’après le savant J. Darmesteter, professeur au collège de France, les Phéniciens apparaissent dans la Méditerranée occidentale 1100 ans avant Jésus-Christ. Nous pensons que leurs excursions remontent bien plus haut dans l’histoire.
La présence des Phéniciens dans la Ligurie est évoquée par le cap Creus, autrefois promontoire d’Aphrodite, le port de Vénus port Vindres (où régnait le culte d’Astarté). Heraclea, Caccabria dans la baie du Calvaire, rappellent Hercule.
L’expédition de Pytheus partie de Cadix arriva jusqu’au canal de Bristol, reconnut la presqu’île Cumbrique et poussa jusqu’à la Baltique et Bibracte (Bab, porte, et Rakt, danser), promontoire au Sud de Morvan qui commande la Loire, la Saône et la Seine. Les Phéniciens furent les promoteurs de l’émigration qui fonda la nationalité des Cantabres, sur le ri-
1. J’ai visité Castelnau, situé à une demi-heure de Montpellier, avec le regretté Brousse, professeur agrégé. Nous y avons vu les traces d’une ancienne léproserie. Nous y reviendrons plus tard. Chose bien intéressante : le Pr Grasset a constaté la lèpre léonine autochtone chez un habitant de Castelnau, qui n’a jamais quitté le pays. C’est donc là un spécimen de la survivance de la lèpre par atavisme. La ville de Cette, du même département (l’Hérault), est d’origine phénicienne. Setli signifie montagne en phénicien.
vage de l’Atlantique, afin de se créer une étape pour leur navigation, selon Garat; c’étaient les ancêtres des Basques de France et d’Espagne (Garat, Paris, 1869). Le savant Suédois Nilson est du même avis. Probablement les Cantabres étaient les descendants des pasteurs de la Bactriane et de la Sogdiane1 *, rameurs sur les galères des Phéniciens qui, en seigneurs toujours richement parés, imposaient par leur luxe aux peuples qu’ils visitaient. Ces rameurs, établis sur le rivage de l’Atlantique, ont donc été, tout au moins en grande partie, les ancêtres des Basques, Yascons ou Kabourdiens qui furent, dans la suite, les Escuariens (qui ont la main heureuse). Aussi, grâce à leur double origine, ont-ils hérité du génie nautique des Phéniciens et de l’instinct pastoral des Bactriens, les auxiliaires asiatiques des Phéniciens. Cette fédération cantabre, fondée à la base des Pyrénées occidentales, figure dans les guerres de J. César dans l’Aquitaine, et de César Auguste en Espagne. Le Basque est donc de la race de Sem. C’est une épave sémiti-phénicienne. Outre le lucre de gain par la traite des esclaves, le commerce des métaux, de l’ambre jaune, la recherche des coquillages pour la teinture des pourpres stimulait les Sémites de Sidon à cingler toutes les mers. Parmi les métaux, celui qui rapportait le plus et était en même temps d’un besoin immédiat, c’était l’étain dont l’alliage avec le cuivre donnait le bronze qui servait pour confectionner des armes, des statues et divers objets; ce qui constituait une source de richesse, surtout avant la découverte du fer.
L’Ibérie, à cause de ses riches mines d’étain, a eu de nombreux comptoirs phéniciens (Malaca, Abdera, Gadés). Diodore de Sicile (V, XXXV, 3i6) et Strabon mentionnent une mine à Tarbès qui attira les Phéniciens. D’après Polybe, à l’époque de la seconde guerre punique, les Tyriens avaient fondé Heraclea dans l’estuaire du Rhône (Berceau de la ville Saint-Gilles). La voie ancienne d’origine phénicienne qui desservait les comptoirs établis sur le littoral de la Celto- Ligurie a été retrouvée et décrite (. Publ . de la Soc. d3 archéologie de Montpellier, t. VII, n° 3q, p. 282).
En Bretagne, divers objets découverts dans les monuments funéraires du Morbihan, érigés près de la mer et remontant à
1. La Bactriane est comprise aujourd’hui dans le Turkestan, la Perse et la Sog-
diane. Elle correspond au Khanat de Boukhara. Toutes ces contrées sont ravagées au-
jourd’hui encore par la lèpre.
ANCIENNETÉ ET PROPAGATION DE LA LÈPRE
une époque préhistorique, bien antérieure à l’invasion romaine, témoignent de l’immigration de ces sémites navigateurs intrépides, en même temps que commerçants de premiei ordre, qui y allaient chercher les métaux, principalement l’étain. Nous en parlerons en détails au chapitre consacré à l’Armorique. Les marchandises n’allaient plus à Tyr, ni à Gadés. Le transit se faisait par l’Ouest de la Gaule et les îles Britanniques et par la mer Rouge et l’isthme de Suez ; puis par la Méditerranée et enfin par les fleuves de France, l’Aude, la Garonne, le Rhône, la Seine, la Loire. Cette voie fut suivie plus tard par les Massaliotes, à cause du danger et du peu de leur science nautique. Les Romains reprochaient aussi aux Phéniciens et aux Cathaginois leur amour effréné pour le négoce et le lucre, qui leur faisait braver tout danger.
Les Basques furent d’intrépides marins, comme leurs ancêtres les Phéniciens, et se livraient à la grande pêche (baleines, morues ou cabillauds) ; ils se rendaient jusqu’au Groënland ; ils parcouraient l’Océan, comme les Phéniciens, avec grand courage et succès. Le type et l’idiome des Basques plaident aussi en faveur de leur origine sémiti-phénicienne. Les Basques sont les ancêtres de Scotts de l’Irlande. Ceux-ci passèrent plus tard en Ecosse dont le peuple entend encore de nos jours l’idiome des Basques. Et tout naturellement, tant l’Irlande que l’Ecosse a été infectée par le morbus phénicicus.
Les colons des Pyrénées occidentales, les Cantabres, après la ruine de Tyr, furent appelés Vctscons, Labourdins, Basques, Esquariens (qui ont la main heureuse). Après l’anéantissement de Carthage par les Romains, la civilisation phénicienne disparut et leurs colonies se dispersèrent dans la Méditerranée. Les ancêtres des Basques, échappés au naufrage de l’^Llantide , apportèrent aux rivages occidentaux de la France et de l’Espagne un dialecte primitif. Ce sont les Phéniciens qui donnèrent à l’Ibérie le nom de Spania, Hispania, à cause de ses nombreux lapins (Garat, Loc. cito). La langue basque serait un idiome sémiti-phénicien.
Enfin, au commencement du vme siècle les Sarrasins vinrent se mêler et se fondre à toutes ces populations de lTbérie qu’ils civilisèrent.
Conclusions : Les Phéniciens et leurs auxiliaires de l’Asie, de l’Ouest de l’Indus, fondèrent à la base des Pyrénées occi-
i2o LA LÈPRE A TRA VERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES
dentales la nationalité cantabre. Le peuple basque est un débris des peuples primitifs antéhistoriques de l’Asie; il a continué la race de Sem et eut aussi la lèpre en partage. C’est donc bien à tort qu’on a accusé les Croisés d’avoir transporté la lèpre en Europe, à leur retour de la Palestine.
Le Pr Achille Breda de Venise compulsa les Archives de Thistoire de la lèpre dans la vieille Europe et, dans un vrai travail de bénédictin, il consigna, avec une patience exemplaire et une minutie consciencieuse, les nombreuses léproseries du moyen âge, avec leurs dates et des détails fort intéressants. Il ressort manifestement de ce travail si bien documenté qu’aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire, la lèpre sévissait déjà dans presque tous les Etats de l’anc-ien continent ( Contributo alla storia des Lazzaretti (Leprosari) medioevati in Enropa , Venezia, 1909). Considérée, dit-il, comme une grave punition du ciel, les législateurs de diverses nations employèrent de graves mesures contre sa marche. L’auteur remonte jusqu’à quinze siècles avant le Christ, jusqu’au fameux papyrus d’Eber et les livres sacrés sanscrits des Hindous, les Vedas dont nous avons déjà parlé. Il repasse ainsi en revue toutes les léproseries et les précautions prophylactiques qui opposèrent une digue à l’extension du fléau.
On sait, d’autre part, que de vieilles sculptures et des vases, de l’ancien et du nouveau continent, ont reproduit, d’une manière parfois très grossière, mais exacte, les mutilations consécutives à cette maladie ou à la syphilis dont la confusion était inévitable surtout aux âges reculés. Nous insistons, avec tous les détails que comporte l’importance du sujet, dans les chapitres consacrés aux études de ces deux sœurs en morbidité (la syphilose et la léprose), en citant divers auteurs.
Les historiens Manethon et Hérodote, pour ne parler que des plus illustres, insistent sur la présence de la lèpre en Afrique et en Assyrie. Et de fait, les Hébreux que l’on accuse partout comme les premiers colporteurs de la lèpre, en étaient redevables à l’Égypte, d’où ils ont emporté dans le désert le Zaraath.
Dans le chapitre La lèpre en Égypte , nous insistons sur cette partie de l’histoire de la lèpre, d’après les documents empruntés à l’histoire. Déjà du temps des Pharaons et des anciens Perses, on évitait les lépreux et on les reléguait loin des populations saines. Et pourtant le Dr A. Breda sacrifie à