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EXAMEN ET ENTERREMENT DU LÉPREUX DE SON VIVANT

Le lépreux, étant considéré comme mort, ne pouvait ni contracter d’engagement, ni hériter, ni tester, et cependant il pouvait contracter mariage, si la femme l’épousait en connaissance de cause. D’après une pièce conservée à l’Hôtel-Dieu de Toulouse, une lépreuse, D. Gravière, déclarée saine après visite, et sortie de la léproserie, demanda aux capitouls d’y entrer de nouveau pour épouser un lépreux ; ce qu’on avait coutume d’accorder moyennant finance. Les lépreux cultivaient les jardins de la léproserie . D’autres allaient mendier pour la communauté. Ils se soignaient entre eux. Ceux qui avaient les moyens prenaient une chambrière — souvent non lépreuse en dépit des règlements prescrivant l’isolement des lépreux. — Dans certains endroits, la chambrière devait être âgée ; je pense pour qu’elle ne pût pas concevoir. Cette restriction n’avait pas lieu à Toulouse. Les lépreux tenus de porter leur costume gris avaient une main en drap rouge cousue sur la manche. Ailleurs, ils avaient une patte d’oie sur l’épaule. Ils pouvaient sortir en groupe. On les accusait parfois de commettre toutes sortes de méfaits. Ainsi, en i3i8, on les incrimina à Toulouse, suscités par les Juifs, d’avoir empoisonné des fontaines dans le Languedoc, en y jetant des herbes mêlées de sang humain pour produire la peste. Aussi le peuple les brûlait-il sans jugement préalable. De tels faits sont cités dans le livre du Dr Puech : Les léproseries de Nîmes. Voici les règlements de cette ville: Tous les ans les lépreux éliront un prévôt pris parmi eux, qui prêtera serment de bien régir la maison, conformément aux statuts. Les lépreux, habitants de la ville y seront reçus en payant i5 livres, et en apportant un lit avec matelas, coussin, 6 draps, 2 couvertures, 10 écuelles, 2 plats d’étain ; les pauvres seront reçus pour l’amour de Dieu. Les étrangers, si les consuls y consentent, payeront 25 livres et apporteront en outre les objets susmentionnés. Chaque malade en entrant jurera sur les évangiles d’observer les statuts et de relever aux consuls les dommages advenus, sous peine d’être mis en dehors et de perdre tout ce qu’il a apporté. Il est défendu aux lépreux de se quereller entre eux. A première contravention, ils seront punis de la privation d’une quête hebdomadaire. A la seconde, ils payeront 10 sous dont la moitié pour le luminaire de Saint- Lazare et moitié pour les réparations de la maison. A la troisième fois, ils payeront 20 sous, et à la quatrième ils seront

expulsés. Le malade qui dira des injures, se livrera à des voies de fait-, pour la première fois, sera privé de sa part aux profits et quêtes pendant un mois ; pour la deuxième fois, pendant 2 mois; pour la troisième durant 3 mois. A la quatrième, il sera expulsé. Lépreux et lépreuse vivront chastement, sans commerce entre eux, à moins d’être mariés. En cas de contravention, il y aura expulsion immédiate et confiscation de tout ce qu’ils ont apporté. Ceux qui jureraient ou renieraient le nom de Dieu, de la Vierge ou des saints, payeront au luminaire de l’église Saint-Lazare, la première fois, 2 sols et 6 deniers tournois, la seconde, 5 sols, la troisième, io sols, à la quatrième ils seront expulsés. Les lépreux ne pouvaient disposer de leurs biens, ni tester, à moins de legs pris pour le salut de leur âme ou qu’ils aient des enfants et dans ce cas avec la permission des consuls ; sans quoi, en cas de guérison, ils perdraient l’habitation et tout ce qu’ils ont apporté. Encore une fois, on voit que la guérison du lépreux n’était pas considérée comme impossible, par les lois d’alors, comme par la loi mosaïque.

A Toulouse, tous les lépreux devaient aller aux fêtes et faire la quête à la demande du Prévôt; en cas de désobéissance, ils ne participaient pas à la quête de ce jour. Ils devaient tous prendre leur repas en commun et assister au bénédicité et aux grâces, sous peines de 2 deniers pour l’huile de la lampe de Saint-Lazare. Aucun lépreux étranger ne pouvait rester pour hôte plus de il\ heures, à moins • d’excuse ou du temps, et encore avec le consentement de tous les malades. Obligation d’aller chaque jour à la messe, sous peine de 2 deniers pour l’huile de la lampe. Chose inconciliable avec la mise hors le siècle: à Toulouse du moins, si un différend survenait entre le lépreux et ses parents ou amis, il se faisait représenter par le syndic de la léproserie. Le Dr Cuguillère trouva, dans les archives du Donjon du Capitole, les pièces d’un procès curieux entre un lépreux et le syndic de la léproserie du château narbonnais, ainsi que d’autres actes civils d’achat et de vente faits parles lépreux, soit en leur nom, soit au nom de la léproserie. Voilà quelle était l’existence du lépreux à Toulouse bien que mis à l’écart et au ban de la société. Après sa mort son nom était inscrit sur une plaque placée à la porte de l’église. On sait que dans certains endroits le transept de droite était réservé aux lépreux qui s’y rendaient par une petite

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