PROPAGATION DE LA LÈPRE PAR LA VACCINATION
ou communautés de lépreux qui échangent journellement des visites avec leurs voisins ; parfois ils élèvent de la volaille qu’ils vont vendre au marché ; parfois ils exercent d’autres professions qui les mettent en relations constantes avec leurs concitoyens. Un médecin qui réside à la Guyane anglaise depuis 16 ans m’affirme que la maladie s’y est disséminée d’une manière notable sans raisons plausibles et que le nombre des habitants contaminés a pris au cours de ces dernières années des proportions effrayantes. On rencontre des lépreux dans les églises, dans les salles de bal, dans les réunions publiques, dans les rues, et sur les places où se tiennent les marchés. Dans l'hôpital colonial, j’ai vu des malades atteints de lèpre, couchés à coté de personnes traitées dans les mêmes salles pour toutes autres maladies. Les lazarets de Gorchum et de Mohaica, dans la Guyane anglaise, de même que ceux des îles de la Trinidad et des Barbades en sont toujours encombrés, et malgré la construction de nouveaux pavillons, les demandes d’admission sont sans cesse supérieures aux lits disponibles. Dans ces agglomérations, personne n’est effrayé du mot contagion et ne redoute la chose ! Après avoir traversé les divers bâtiments de l’asile des lépreux à Mucurapa (île de la Trinité) en voyant ces infortunés malades avec toutes les formes hideuses de l’ulcération et de la mutilation, j’eus avec la surintendante de l’ordre des sœurs dominicaines, en fonction depuis 16 ans, le dialogue suivant:
D. — Avez-vous peur de la contagion ? R. — Pas le moins du monde (not the slightest ), répondit-elle avec assurance. D. — Vous et vos infirmiers faites-vous consciencieusement et sans sourciller tout ce que réclame votre état? R. — Certainement oui ; et je regarde comme un bonheur et un privilège d’être préposée au service de ces infortunés. D. — Pendant votre surintendance, avez-vous entendu parler de cas d’infection par contact, parmi les médecins, leurs aides, vos infirmiers et infirmières, vos gens de service, vos blanchisseuses, etc. ? R. — Je n’en connais aucun ( [not oné). Au cours de ma visite dans le lazaret des îles Barbades, j’ai procédé à un interrogatoire analogue qui a donné lieu à des réponses semblables. Les conclusions que M. William Tebb tire de son enquête sont très précises. i° Toutes les autorités gouvernementales, administratives et médicales sont unanimes à reconnaître que la lèpre augmente d’une façon sérieuse sur
tous les points des Indes occidentales. Cependant William Tebb, dans un article paru dans The recrud. of leprosy and its causation , med. Rev., New-York, i8g3, vol. 44, dit: La lèpre aurait dû augmenter aux Indes, si elle était très contagieuse. Or en 1881, il y avait i3i 000 lépreux et en 1891, 127 000. 20 La théorie de la contagion que l’on a invoquée pour rendre compte de cette extension n’est pas acceptée par les médecins anglais ou étrangers les plus éminents ; cette théorie ne pourrait expliquer qu’un nombre très limité de cas (infinitésimale portion). 3° Toutes les autorités susdites admettent que la lèpre peut se communiquer par inoculation. 4° Que la seule méthode d’inoculation, qui soit pratiquée sur une vaste échelle, s’applique à la vaccination jennérienne de bras en bras.
La lèpre dans sa marche progressive, écrit en terminant M. William Tebb, suit la même route que la pratique de la vaccine ; c’est ce que démontrent l’expérience des praticiens des Indes occidentales, de la Norvège, des îles Havaï, les témoignages des directeurs d’asiles et de lazarets, les observations et recherches de savants médecins : Tilbury Fox, Sir Erasmus Wilson, Dr Gavin Milroy, Pr Gardiner, de Glascow, Dr Edward Arning d’Honolulu, Dr A.-M. Brown, D1 Hall Bakewell, Dr Bechlinger et tant d’autres (■ Compulsory vaccination in tlie west lndies tke invaccination of leprosy).
Mourilz évalue à 2 pour 100 le nombre des malades qui contractent la lèpre parla vaccination. Arning trouva chez les lépreux qu’il avait vaccinés le bacille dans la croûte et dans la lymphe ; mais dans la forme tubéreuse, et point chez les lépreux dits anesthésiques ; ce qui est tout naturel et ne prouve rien, selon nous. Car dans la forme tubéreuse les bacilles grouillent partout, dans tout le tégument. Cependant Arning admet que la lèpre peut être inoculée par le vaccin, lorsque le vaccinifère n’aurait le bacille qu’à l’état sporulaire et Besnier ne repousse pas cette conception imaginative.
D’ailleurs qui est-ce qui commettra l’imprudence de puiser du vaccin chez les lépreux, lorsqu’on se méfie aujourd’hui, en général, du vaccin humain, et que l’on se sert exclusivement du vaccin de veau ?
La commission du Gap, chargée par le gouvernement de faire un rapport sur la lèpre qui y sévit, dit, à propos de la dissémination de la maladie, qu’aucun fait n’est porté à sa connaissance de la transmission de la maladie par la vaccina-