‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 21 sur 124 · PROPAGATION DE LA LÈPRE PAR LA VACCINATION · texte numérisé non relu

PROPAGATION DE LA LÈPRE PAR LA VACCINATION

tion. Elle fait remarquer que la lèpre est bien plus fréquente parmi les races indigènes, généralement opposées à la vaccination, que chez les Européens.

La commission de National Leprosy Fund de i8g3 s’occupa aussi de cette accusation injustifiable contre la vaccination d’avoir propagé la lèpre. Après avoir mentionné le cas unique et si discutable de Gaidner et des expériences du Dr Arning, elle cite les recherches faites à l’asile de Trinidad du liquide des vésicules vaccinales chez les lépreux tubéreux, les trophonerveux et les animaux vaccinés avec la lymphe des boutons vaccinifères des lépreux ; on n’y trouva point le bacille de Hansen. Selon Daubler, deux femmes de Robben Islande, l’une de i5 et l’autre de 35 ans, lui parurent avoir pris la lèpre par la vaccination. Il est dit, vaguement, que le vaccin fut puisé sur un individu mort plus tard de lèpre tubéreuse. Mais quel était l’état de cet homme qui a fourni le vaccin, au moment même ? Au bout de combien de temps, après la vaccination incriminée, est-il mort? Quels étaient les antécédents héréditaires de ces femmes prétendues victimes de cette inoculation? Pas un mot de renseignements n’est donné sur toutes ces questions ; mais on conclut légèrement à l’inoculation de la lèpre par un vaccin pris chez un individu dont on n’examina même pas l’état de santé lors de la vaccination ! Chez l’une de ces femmes la piqûre s’enfla quelques jours après et devint brune, sans former de vésicule ; elle eut de la fièvre et quatre mois après environ, un gonflement parut sur le côté droit du front. La seconde patiente eut la figure léonine de la lèpre tubéreuse deux mois après la vaccination . Ces faits ainsi présentés sont loin d’être concluants ; pourtant ils servirent souvent d’arguments contre la vaccination ! La commission ajoute, avec raison, une maladie aussi essentiellement chronique (la lèpre) ne saurait se développer si rapidement après l’inoculation.

Le Dr Simpson vaccina des lépreux à Calcutta et déclara avoir rencontré le bacille lépreux dans la lymphe vaccinale. Mais de quelle forme de lèpre étaient atteints ces lépreux ? A l’asile d’Almora, on vaccina 87 lépreux ; 4o d’entre eux ont eu des vésicules; 34 étaient anesthésiques, 5 mixtes et 1 tubéreux. Chez aucun on ne put constater le bacille. La commission demande de nouvelles expériences bien conduites, avant de conclure. Et d’autant plus qu’on ne vaccina que des lépreux. Il aurait fallu vacciner des individus sains avec du vaccin puisé

sur des boutons vaccinifères de lépreux. On ne saurait affirmer, à la rigueur, qu’il n’y aurait aucun danger à prendre du vaccin sur un lépreux, lors même qu’on le puiserait sur une partie de peau saine ne contenant pas de bacille. Personne ne voudrait endosser une telle responsabilité. Mais il n’y aurait pas de danger de transmettre la lèpre en se servant d’un enfant vaccinifère non lépreux et par le seul fait qu’il y a quelque lépreux dans sa famille.

Le Dr W. Munro, directeur du service de santé à la Trinidad, a énergiquement combattu l’accusation portée contre la vaccination d’être un mode d’extension de la lèpre, et le Dr Backewell la qualifie d’absurde ( On the etiologie and history of Leprosy, Manchester, nov. 1879).

Mais encore une fois quel serait le médecin imprudent qui entreprendrait aujourd’hui des vaccinations dans de telles conditions, et ne se servirait pas de vaccin de veau ?

Un confrère distingué, le Dr Bargigli, qui a exercé pendant de nombreuses années àl’île de Mitylène (Lesbos des anciens), foyer actif de lèpre depuis l’antiquité jusqu’à nous, se livra à des études très intéressantes sur cette maladie avec le DrBourgoing, plus tard médecin de Suez où il succomba. Ces honorables médecins ont d’abord essayé d’inoculer la matière sanieuse d’ulcères lépreux sur des enfants de six à huit ans issus de lépreux. Les résultats furent négatifs. Puis, ayant observé que les lépreux étaient réfractaires à une épidémie de variole (?) qui avait sévi dans la contrée, ils conçurent l’idée originale, avec l’espoir de déterminer une immunité, d’inoculer aux enfants de lépreux, non vaccinés préalablement, du pus variolique. Ils pensaient qu’il y avait antagonisme entre la variole et la lèpre, et qu’on pouvait mettre ainsi à l’abri de la lèpre héréditaire. Dix enfants ont été ainsi vaccinés par le Dr Bargigli qui me fit parvenir une note succincte, où il avoue que ses tentatives n’obtinrent aucun résultat heureux. Le Dr Jérusalemy communiqua à la société de médecine et d’hygiène tropicales de Paris (Séance du 25 janvier 1912 , Revue, 1912, n°i) un travail sur la possibilité de contracter la lèpre par la variolisation . En Chine la variolisation remplace la vaccine, on procède de la manière suivante : on pique le bouton variolé avec une forte aiguille, on essuie le liquide lactescent avec des boulettes de coton que l’on introduit dans les narines de l’enfant à préserver de la variole, aussi profondément

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