LA LÈPRE EST UNE AFFECTION BACILLAIRE
que possible. Au bout de quelques jours une variole discrète se déclare et l’enfant est ainsi à l’abri puor l’avenir. Mais une rhino-pharyngite survient consécutivement et dure un certain temps. Chez un tel petit opéré, âgé de io ans, le I)' Jérusalemy observa, six mois après la variolisation , des ulcérations sur la cloison et le cornet inférieur du côté où fut pratiquée l’opération, et des ulcérations, avec flux nasal dans lequel il trouva un grand nombre de bacilles de Hansen. Les parents de l’enfant n’étaient ni lépreux, ni syphilitiques. Le père de l’enfant, sur lequel le médecin chinois puisa le pus varioleux, âgé de 4o ans, était lépreux tubéreux avec bacilles de Hansen. Cela fut constaté par le Dr Jérusaletny. Quant à l’enfant qui fournit le pus il n’a pu le voir, ayant succombé à une chute grave. Notre confrère a conclu que la transmission de la lèpre peut se faire par la variolisation.
De Dr Jeanselme objecta séance tenante, d’abord qu’on n’a pu examiner l’enfant qui fournit le pus variolique et constater la lèpre chez lui ; et que en outre, il existe parfois dans le mucus nasal, dans les rhinites chroniques, un bacille acidophile qui n’est pas celui de Hansen. Enfin, que l’incubation a été bien courte (six mois). Cependant ce fait doit attirer, à l’avenir, l’attention des observateurs dans les localités où l’on pratique la variolisation d’après la méthode chinoise. Nous partageons les judicieuses réserves faites parle Dr Jeanselme. Pour trancher ces importantes questions afférentes à la lèpre: inoculation, contagiosité, hérédité... on doit se baser sur des observations précises, détaillées, complètes, sans aucune lacune, indiscutables, qui ne prêtent à aucune objection. Or les faits que l’on a cités pour soutenir l’inoculation de la lèpre, Kéanu, Gander, etc..., sont bien loin d’offrir les garanties voulues. Je dirai même qu’ils sont de nulle valeur, tant les observations ont été mal prises.
Notons comme curiosité que le Dr Finlay, de la Havane, emploie les moustiques comme vaccinateurs contre la fièvre jaune, depuis io ans avec succès, dit-il, chez les personnes arrivées d’Europe. Avis aux inoculateurs amateurs.
La lèpre est une affection bacillaire, dyscrasique, nerveuse. — La lèpre est une maladie bacillaire, infectieuse, dyscrasique, nerveuse. L’infection est annoncée par les phénomènes généraux qui trahissent un empoisonnement général de l’organisme, comme dans toutes les maladies similaires : frissons,
courbature* douleurs dans les membres, inappétence, faiblesse générale, fièvre... La réaction, qui suit la pénétration du poison dans l’économie, est aussi accompagnée de troubles intenses du système nerveux : engourdissement, fourmillements, troubles de la sensibilité, éruptions cutanées dont le pemphigus est la plus fréquente et la plus précoce. La perturbation du système nerveux est aussi démontrée par les troublescapillaires delà peau : congestions cutanées, asphyxies locales, c’est-à-dire par des troubles de la respiration de la peau, qui se trouve sous l’influence directe du système nerveux, par défaut d’oxygène ou excès d’acide carbonique dans les tissus, et jusqu’à la gangrène. Gette symptomatologie d’une véritable toxémie est-elle consécutive à la pénétration du microbe dans l’organisme ? Ce microbe a-t-il eu le temps, dès son entrée, de sécréter les toxines infectantes ? Quoiqu’il en soit, le système nerveux est profondément troublé dans son fonctionnement dès le début de la lèpre, au point de légitimer, jusqu’à un certain point, le classement de la maladie parmi les affections nerveuses. L’hyperesthésie et bientôt l’anesthésie cutanée, précédant parfois toute éruption cutanée, sont une preuve de la perturbation profonde du système nerveux, et constituent des symptômes initiaux. Ces troubles nerveux peuvent être expliqués par l’empoisonnement du sang, par la toxémie. La forme tropho-nerveuse de la lèpre, avec ses phénomènes nerveux si accentués ( anesthésies , dissociations de la sensibilité, amyotrophies) s’oppose pertinemment à distraire la lèpre du groupe des maladies nerveuses avec lesquelles de fait on l’a bien souvent confondue, principalement avec l’amyotrophie Aran-Duchenne. D’ailleurs les éruptions cutanées (le pemphigus surtout) sont des témoignages de la manière d’être du système nerveux. Les neurologues Charcot, Bénedict, Chwostek, Eulunburg, Leyden, etc., reconnaissent comme cause première du pemphigus une lésion des nerfs trophiques de même que dans l’érythème noueux, l’herpès, l’urticaire. Radjiszewski a bien résumé les opinions des divers auteurs sur la nature nerveuse du pemphigus, dont le zona peut être considéré comme une variété ( Progrès médical, 2 mai 1889).
Selon Landouzy, le zona et les exanthèmes zostifères sont l’expression cutanée d’un trouble nerveux de nature irritative portant sur les nerfs sensitifs périphériques ou sur les gan-
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glions qui constituent leur centre trophique. La dermopathie est la traduction de la neuropathie. Le zona est l’expression locale d’une maladie générale de nature infectieuse ( Semaine médicale , sept. i883). Le zona offre, comme complication, de l’engourdissement, des parésies, des paralysies. Enfin Jackson a remarqué que la plupart des malades atteints d’herpès zoster avaient des peines morales. La lèpre à son début présente aussi l’engorgement des ganglions lymphatiques, des troubles nerveux, en même temps que des éruptions cutanées bulleuses et vésiculeuses comme le zona, savoir le pemphigus et des exanthèmes érythémateux. Tout ce qui concerne les exanthèmes zostérifères s’applique à la lèpre, maladie dyscrasique, appartenant au groupe des tropho-névroses, tout en ayant son bacille.
Les substances alimentaires putrides, principalement lorsque leur usage est prolongé, constituent un facteur important dans la production de la lèpre, en préparant le terrain, le bouillon de culture. La température ambiante par ses grandes oscillations agit aussi sur la circulation capillaire de la peau qui devient un locus minoris resistentiæ. Les émotions morales violentes agissent aussi sur le système nerveux et consécutivement sur le système capillaire de la peau, d’où ses troubles capillaires (comme la rougeur, pâleur par la frayeur et la pudeur) et contribuent, à leur tour, comme cause seconde à la provocation des affections cutanées quelle qu’en soit la cause essentielle, la cause déterminante.
Une émotion morale vive agit même subitement sur la composition du sang et détermine la chlorose.
Bien des léprologues et des lépreux eux-mêmes ont raison d’accuser, comme facteurs contributifs de la maladie, la nourriture putride, les changements brusques habituels de la température ambiante, les infractions aux préceptes de l’hygiène, qui favorisent et créent l’opportunité morbide. Et alors, si une cause occasionnelle violente comme une grande émotion morale vient à éclater c’est la chiquenaude imprimant l’impulsion qui fait exploser la lèpre chez le prédisposé de longue main, habitant une localité lépreuse. Ainsi bien de nos lépreux ont insisté sur la violente frayeur éprouvée peu de temps avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie, et plusieurs auteurs ont signalé ce fait dans leurs observations: Godart, Leloire...
La lèpre présente une certaine analogie avec d’autres maladies infectieuses dont la pellagre est aussi un spécimen. D’ailleurs ces deux affections se ressemblent parfois tellement dans leurs symptomatologies qu’elles ont été confondues ensemble, et qu’elles le sont encore, à l’heure qu’il est, en Afrique (Égypte, Soudan) et même en Europe (Dax et l’Italie) où il arrive de prendre l’une pour l’autre. Ainsi en remontant à l’étiologie de la lèpre, on ne saurait nier l’influence qu’exercent sur sa reciptibilite, son explosion et son évolution, les causes dites secondes: nourriture, température, défauts d’hygiène, émotions morales violentes. Ainsi elle est incontestable l’action du maïs altéré sur le développement de la pellagre. Lombroso a prouvé, par les statistiques, sa . décroissance progressive depuis 1881, grâce à la société de bienfaisance qui surveille l’alimentation des campagnards, et aux précautions prises pour prévenir l’altération du maïs. De même pour la lèpre, en dehors de l’action du bacille, il y a des circonstances qui renforcent l’aptitude de la contracter, dans les localités où elle est endémique. Or les conditions ambiantes et individuelles et la nourriture ne sauraient être contestées dans leur rôle coopératif. La mauvaise nourriture, en altérant les humeurs, la qualité du sang, détermine une dyscrasie préparatoire qui favorise l’infection. Tous ceux qui ont étudié la lèpre dans ses foyers ont accusé la mauvaise nourriture, ' principalement l’abus des poissons conservés (riches en toxines, en ptomaïnes), l’huile rance, le porc cru et rance, en même temps que l’abus des alcooliques et des condiments excitants. En sa qualité de maladie cutanée, la lèpre trouve un terrain très favorablement préparé dans cette dyscrasie du sang, milieu où cultivera aisément le bacille spécifique. Est-ce que l’alimentation, même fortuite, ne joue pas un rôle incontestable en dermatologie ? Peut-on nier l’effet des huîtres, des moules, des fraises et surtout des ptomaïnes et des intoxications alimentaires, en général, dans le développement des maladies cutanées ? et leur traitement ne consistet-il pas principalement en l’antisepsie intestinale et l’asepsie alimentaire ? L’effet doit certes être plus désastreux lorsque, pendant des années, on a mangé continuellement de ces matières putrides qui empoisonnent chroniquement l’économie, comme le font les populations des localités où règne la lèpre (poissons pourris, caviar rouge infecté, etc.).
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L’école de Saint-Louis reconnaît Faction fâcheuse de certains aliments sur les affections cutanées dont elle fait des maladies dyscrasiques, à l’encontre de l’école de Hébra, de Vienne, qui considère toute affection de la peau comme locale et n’institue, pour êlre conséquente avec elle-même, qu’un traitement local : grattage, plâtrage, badigeonnage, etc. ; tandis qu’il n’y a pas de prescription émanant d’un dermatologue français dans laquelle, en même temps que les épithèmes, il n’y figure des conseils abstentifs pour telle ou telle nourriture, des dépuratifs par une cure interne et par telle eaq minérale.
Déjà Moïse, pour purifier le sang cacochyme de son troupeau, a ordonné l’abstention du porc, des coquillages et le harnoursouze, l’azyme ou pain sans sel; et tous les peuples de l’Orient (Juifs, Turcs, Chrétiens) s’abstiennent de sel dès qu’ils ont une affection cutanée, voire même la syphilis et la blennorrhagie, lors même qu’ils ne prennent pas de mercure.
Chez les anciens Egyptiens la religion défendait de manger des poissons, qui n’avaient jamais été offerts en sacrifice par aucun peuple, à cause de la facilité avec laquelle ils se décomposent. Moïse défendait de se nourrir des poissons sans écailles; les Grecs n’auraient pas mangé de poissons jusqu’à la guerre de Troie, et Platon en défend l’usage à la jeunesse.
Tout le monde accepte, avec le Pr Bouchard, que les fermentations intestinales vicieuses peuvent enflammer la peau par dyscrasie, c’est là un effort salutaire de la nature qui élimine les produits morbides par cette voie. Le passage dans les capillaires du derme des produits septiques détermine des affections cutanées selon les dispositions individuelles. Les ptomaïnes, absorbées dans l’estomac et les intestins, produisent des dermatoses. Il fut prouvé par des expériences sur des animaux que la Pélidine (une ptomaïne) agit sur les nerfs vasomoteurs dont elle occasionne la paralysie. Le P1 Richet a bien établi que les poissons agissent surtout sur les cellules nerveuses, centrales ou périphériques. Toutes ces données concourent à nous montrer de quelle manière les substances riches en ptomaïnes déterminent les maladies cutanées. Nous disons que dans la lèpre, elles prédisposent à la contracter par la dyscrasie du sang qui devient un excellent bouillon de culture pour son bacille. L’abus de poissons, surtout lorsqu’ils sont altérés, a attiré l’attention de bien des Zambaco. Anthologie. 12
médecins à propos de la prédisposition à contracter la lèpre; on ne saurait rejeter cette cause, tout en conservant au bacille spécifique son rôle essentiel. Dans quelques localités lépreuses, en Islande par exemple, le peuple mange le poisson cru, après sa putréfaction par son enterrement pendant des mois ! A Fidji, le peuple consomme pour son alimentation et parfois d’une manière exclusive, des kilogrammes de moules crues. Bertherand d’Alger a trouvé sur les morues sèches altérées (nourriture fréquente dans les pays à lèpre d'Orient), un champignon, un alcaloïde cadavérique. Le micrographe Mégnin et le chimiste Dévoillier trouvèrent dans les chairs altérées, vermillonnées, de ces poissons des cryptogames du groupe de comothécium, et les alcaloïdes cadavériques, des ptomaïnes, la gadinine. 175 hommes sur 387 du navire la Vengeance, qui avaient mangé de la morue altérée sont devenus malades (Berranger-Ferraud). Disons en passant qu’on a conseillé d’arroser les morues, — pour les préserver de la maladie du rouge — à mesure qu’on les empile dans les cales (à Terre-Neuve) avec une solution contenant deux grammes d’acide salicylique par litre d’eau, comme antiseptique.
Donc, peut-on soutenir que les Crétois, — par exemple, ravagés par la lèpre — , qui abusent de la morue de mauvaise qualité et d’alcooliques, en même temps qu’ils sont exposés aux grandes intempéries de saison et à tous les effets de la plus grande inobservance des préceptes de l’hygiène dans un milieu où la lèpre est endémique, n’augmentent pas leur aptitude à la contracter? Or, toutes ces causes dites secondes jouent un grand rôle dans le développement, dans l’évolution et la propagation de la lèpre. Elles agissent sur la dyscrasie sanguine, le système capillaire de la peau et le système nerveux. Partout où les règles de l’hygiène ont été appliquées avec assiduité, la lèpre a diminué progressivement et même disparu. Il est à observer aussi que l’hygiène du corps telle qu’elle est observée par les bons Musulmans — ce qui est loin d’être constant — préserve, dans une grande proportion, les adeptes pratiquants du Coran, de la lèpre endémique, ainsi que nous l’avons constaté dans nos voyages sur les lieux où il y avait des Chrétiens et des Islams. Ceux-ci sont bien moins atteints que les premiers. Si les Juifs, ceux qui descendent des Hébreux — * et non les néo-Juifs qui sont d’une autre race, ainsi que nous l’avons démontré — si les Juifs