DESSINS DES PHÉNICIENS OU GRAVURES LAPIDAIRES
tion des caquins existant dans une vingtaine de paroisses du diocèse; ils étaient tous cordiers.
Dans le Morbihan, les anciens lépreux de Kerroch, près d’Hennebont, s’appelaient, au xvne siècle, les caquins de Kerroch. En 1739 une coquinerie existait encore au Pluneret sur le chemin de Vannes ; il y avait aussi la maladrerie de Vannes. Toutes ces anciennes léproseries sont occupées aujourd’hui par les cordiers descendant des lépreux. 11 en est de même des endroits appelés dandy, de clan = malade et ty maison, léproseries situées près des bourgs. Il en fut de même du nom de Magdeleine qui est encore conservé, synonyme aussi de léproserie.
J’ai visité à Vannes plusieurs Kakous, avec mon collègue le Dr de Closmadeuc et, près de Saint-Brieuc, au delà du tertre Buette, avec mon regretté confrère Paul Aubry, ils demeurent encore aux endroits même où existaient les anciennes coquineries ou léproseries. Un Statut de l’évêque de Tréguier, daté de i436, ordonne que les caqueux vivent séparés des gens sains et qu’ils se tiendraient au bas des églises. En i475, le duc François interdisait aux Caquins de Bretagne de voyager sans avoir un morceau de drap rouge sur leur robe pour les congnoistre d’avec les gens sains 7ion suspectz ne entachez d’icelle maladie (la ladrerie). Si on les enterrait dans le cimetière commun le peuple les déterrait et les jetait dans les rues. Trois fois le cadavre d’un Kakou fut déterré, malgré les recommandations des autorités, jeté dans les rues et dévoré par les chiens et les porcs.
Les Cacous ont continué jusqu’à la Révolution à ressortir à la juridiction ecclésiastique. Ils devaient fournir à l’évêque, pendant ses visites pastorales, un licol de bon chanvre pour cheval; et aussi les cordes aux cloches de l’église paroissiale et aux chapelles, ainsi que pour les condamnés à la pendaison.
Nous pensons intéresser le lecteur en plaçant à la fin de cet ouvrage nos recherches sur les monuments mégalithiques de l’Armorique que nous prouvons avoir été construits par les Phéniciens qui les premiers ont introduit la lèpre en Bretagne.
Tout ce qui précède prouve donc deux choses :
i° Que la lèpre survit en Armorique comme reliquat de l’ancien fléau qui a ravagé si cruellement cette contrée au
moyen âge ; 2° que la lèpre a été introduite en Bretagne par les Phéniciens.
Après nos recherches en Bretagne qui ont démontré les deux assertions qui précèdent, d’éminents confrères ont voulu vérifier ce que nous avions déclaré dans notre communication à l’Académie de Médecine. Ils se sont rendus sur les lieux mêmes et se sont livrés à de méticuleuses enquêtes. Nous sommes heureux qu’ils aient confirmé la survivance de la lèpre en Armorique, corroborant ainsi notre opinion. Nous citerons surtout les Drs Jeanselme et Hallopeau. Nous relatons ici la communication faite sur ce sujet, par ce dernier éminent dermatologue, au congrès international de Médecine, tenu à Lisbonne en 1908. Il parla d’un foyer breton de la lèpre et de diverses manifestations insolites de cette maladie qu’il a vues lui-même pendant son séjour en Bretagne. Il est absolument de notre avis sur l’hérédité qu’il reconnaît comme un actif facteur de propagation. Il admet cette donnée pour expliquer le foyer lépreux qu’il a découvert à Guingamp (Bretagne). En 1892, dans ma communication à l’Académie de Médecine de Paris sur la survivance de la lèpre en Bretagne, j’avais déjà signalé la présence de quelques lépreux classiques à Guingamp (Côtes-du-Nord). Le Dr Hallopeau présenta même à la Société française de Dermatologie de Paris deux lépreux originaires de villages voisins de Guingamp. Il s’agissait de lèpre tubéreuse et nerveuse typiques, avec constatations même de bacilles de Hansen.
Le Dr Vincent, de Guingamp y avait vu trois autres lépreux, et un de ces confrères en vit dix autres cas. Mais la preuve bactériologique n’avait pas été donnée. Ce qui selon nous n’est pas de rigueur, et à ce propos nous sommes très heureux de voir que le Dr Hallopeau partage notre avis, et qu’il ne réclame plus absolument, ainsi qu’il le faisait autrefois, comme sine qua non, la constatation de ce bacille, pour poser le diagnostic de lèpre. Les signes cliniques lui suffisent comme à nous. « Ce postulation, dit-il, est empreint d'exagération. Nous a-t-il fallu la constatation du bacille de Koch et de celui de Shaudssin pour faire le diagnostic de tuberculose et de syphilis? Les caractères cliniques ne suffisent-ils pas pour l’établir? Il en est de même pour la lèpre dont l’ensemble symptomatique est si frappant. » Le Dr Hallopeau considère donc comme définitivement établie l’existence d’un foyer lépreux aux environs