LA LÈPRE EN BRETAGNE ET EN VENDÉE AU MOYEN AGE
sont là des souvenirs douloureux des ravages effectués par la lèpre au moyen âge.
Outre les maisons rouges, il y avait aussi dans toute la Bretagne un grand nombre de léproseries, miselleries, maladreries, magdeleines et de refuges de Saint-Lazare dont les infirmières étaient appelées Marthes et Magdeleines. A Saint-Brieuc , à l’Ouest de la ville, il existe une métairie appelée la caquinerie, située au delà de la verte Buette, éloignée des habitations, que nous avons visitée avec le Dr Paul Aubry; c’est une ancienne léproserie,
La lèpre était en pleine décroissance dès le xive siècle.
Est-ce que le mal des Ardents, feu de saint Antoine ou de saint Marcel, observé au ixe siècle et qui fit rage jusqu’au xie, était bien la peste ou la lèpre ? Paris aurait perdu, en n3o, la moitié de ses habitants. Le tableau de Puvis de Ghavannes au Panthéon reflète les abominations de ce fléau ! Les membres de ses victimes tombaient. C’était là le symptôme principal de cette maladie. Or la peste n’occasionne pas de tels dégâts qui sont très fréquents dans la lèpre mutilante. Et, chose à remarquer, cette forme de la lèpre est aussi désignée par le nom de lèpre antonine ou rpal de Saint-Antoine, principalement au Mexique ( Études sur les maladies éteintes , par le Pr Anglada, Montpellier, 1809). L’ordre de Saint-Antoine, créé en 1093 par le pape Urbain II, pour soigner les Ardents, se fondit dans celui de Saint-Jean de Jérusalem et les refuges du mal de Saint-Antoine devinrent des léproseries. Ces refuges de Saint-Antoine étaient également peints en rouge pour avertir les passants.
Au xve siècle, le duc de Bretagne, François II, réglementa le costume spécial des Kakous, successeurs des lépreux, qui étaient cordiers. Ce n’est qu’au xvne siècle que l’on commença à les baptiser et les marier dans les églises communes, et qu’on ne les obligeait plus à toucher du bout d’un bâton ce qu’ils désiraient acheter.
Le département de la Vendée vient le troisième parmi les plus atteints. Selon Baudouin Marcel, la lèpre que l’on rencontre actuellement en Vendée n’est pas d’importation récente. La maladie y est ancrée depuis l’antiquité ; elle a dû arriver par mer, car les départements limitrophes étaient indemnes. Les rivages de la Vendée ont été visités par les Anglo-Normands au ixe siècle et par les Espagnols au xme. Certains d’entre eux, originaires de la Phénicie, ont pu importer la Zambaco. Anthologie. 17
lèpre. (Park Harrison signe à l’âge des Celtes. Assoc. française, Ac. des sciences. Paris, 1878, p. 1889.) D’ailleurs les Phéniciens ont visité les rivages de la Vendée bien longtemps avant l’apparition des Romains. En effet on y a trouvé dans les dragages de la Loire, même à Nantes, des pièces préhistoriques phéniciennes (Soc. Acad, de Nantes , 1902).
Selon Turquan, on rencontre des lépreux dans les Côtes-du- Nord et même dans les Landes. Et le Dr M. Baudouin a trouvé en Vendée une pierre de caractère phénicien que l’on désigne sous le nom de polissoir. Il y a des centres qui paraissent avoir été fondés par les Phéniciens, comme la Bourgade de Sion située dans Pile de Riez, aujourd’hui submergée.
Ainsi M. Baudouin soutient pour la Vendée la même thèse que nous pour la Bretagne. A Beauvoir, il y a un lieu appelé La Maladrerie.
Dans le Bois-Poitou, les léproseries étaient appelées les maisons ronges, comme à Nantes (Viaud-Grand-Marais, Les maisons rouges').
Selon le Dr M. Baudouin, les populations primitives du Marais poitevin, appelées Coliberts, étaient aussi désignées parfois sous le nom de Cagots. Et l’on sait que dans les Basses-Pyrénées les cagots étaient des lépreux ou leurs descendants.
Léon Maître, archiviste du département de la Loire, fit paraître plusieurs ouvrages très documentés sur les léproseries de la Bretagne (L 'Assistance publique dans la Loire-Inférieure, avant 1789).
Léon Cahun publia le récit des aventures du capitaine Magon, Phénicien, qui visita les côtes bretonnes (. Le Petit Phare de Nantes, i3juin 1902).
Le Dr M. Baudouin accepte nos idées sur l’introduction de la lèpre en Bretagne par les Phéniciens ravagés par leur maladie nationale: le morbus phenicicus, qui n’était que la lèpre.
Ce savant admet pour la Vendée les conclusions que nous avons formulées pour la Bretagne : i° l’existence de colonies phéniciennes en Armorique dans les temps préhistoriques sous le nom d 'Emporiums, comme ils l’ont fait aussi en Espagne, où l’on trouva de leurs monnaies avec l’inscription ’Ejjt/juopi'a, ainsi qu’on le verra plus loin dans ce même travail. 20 La lèpre y fut introduite par les Phéniciens.
Les monuments mégalithiques de la Vendée ont dû être construits, comme ceüx de la Bretagne, par les Phéniciens.
LES LÉPROSERIES OU MALADRERIES DE LA NORMANDIE 25g
Nous sommes heureux d’évoquer la science du Dr Marcel Baudouin, le savant auteur de tant de travaux remarquables sur l’état préhistorique de la France, si favorable à notre manière de voir.
Les léproseries ou maladreries de la Normandie. — Il y a eu en
Normandie, pendant les années désastreuses de la grande violence du terrible fléau, le nombre effrayant de 219 léproseries ! Selon la même rengaine dont nous avons suffisamment combattu la profonde erreur, et démontré l’absurdité, l’on a accusé le retour des croisés d’avoir colporté la lèpre dans cette partie aussi de la France. Ainsi l’on trouve répété par quelques historiens de cette contrée que les croisés revenus de la terre sainte, en 1 1 45* avec Guillaume III, comte d’Alençon, ont apporté la maladie dans cette ville, et que ses habitants, pour se garantir de la contagion, fondèrent une léproserie dans la paroisse de Saint-Paterne, et les ducs, rois d’Angleterre, la dotèrent de 60 sols 10 deniers sur l’aumône établie. Cependant, suivant un manuscrit de la bibliothèque de Sainte- Geneviève de Paris, l’évêque Henri, Ier du nom, fonda la léproserie de Bayeux dite de la Chesnay, en 928, sur l’emplacement d’une forêt de chênes, d’où son nom. Mais, selon Herman, auteur de l’histoire du diocèse de Bayeux, cette fondation eut lieu en 922. Ces documents sont bons à enregistrer. Car ils prouvent, dans tous les cas, que des léproseries ont été organisées, bien avant la première croisade qui n’eut lieu qu’au xie siècle, en 1096. Or la lèpre existait déjà en France ; et il est absurde d’accuser les croisés de l’y avoir transportée.
En 1208 Robert III, comte d’Alençon, accorda à la léproserie de Saint-Paterne une foire franche annuelle, ainsi que le droit d’avoir 4o pot’cs dans ses forêts ; en plus, deux bourgeois de la ville furent chargés de quêter pour eux.
Cette léproserie a fonctionné jusqu’à 1673. Le prieur de Chérisay et curé d’Arconnay en était l’administrateur à cette date. Mais bientôt après, Louis XIV en réunit les biens aux ordres de Saint-Lazare et du Mont-Carmel; et enfin, par son édit du 20 juillet 1698, il affecta ces mêmes biens à l’Hôtel-Dieu d’Alençon (Odolant Desnos, t. I, p. 88 et 89). Suivant l’abbé de la Rue ( Essais histor ., t. I, p. 353), il y a eu une maladrerie particulière pour la paroisse d’Allemagne, près de la ville de Caen, dont on attribuait l’origine à une colonie d’Alains. Il serait oiseux de nommer toutes les léproseries dis-
26o la lèpre a travers les siècles et les contrées
persées sur tout le territoire normand. Nous ne mentionnerons donc, à titre de curiosité, que quelques faits qui se sont passés dans quelques-uns de ces établissements. Le lecteur jugera ainsi de l’esprit qui régnait en Normandie, au sujet des lépreux, et des mesures spéciales à ce terroir, relativement aux autres parties de la France.
Un acte de tabellionage de Caen, de l’an 1389, nous fait connaître qu’un nommé Thomas Oton, lépreux à la Maladrerie de l’Arbre-Martin, donna à sa femme tous ses biens, meubles, à l’exception d’une génisse et d’une jument, afin qu’elle fût tenue à le servir, à cuire son pain et à laver ses draps, ainsi qu’à faire toutes autres choses à lui nécessaires ; ce qu’elle promit.
Suivant le manuscrit de Rosny, le roi Philippe donna, en 1208, à la Maladrerie ou Maison-Dieu d’Argentan, le droit de prendre le bois nécessaire à son chauffage dans sa forêt de Gouffer; mais seulement avec une charrette à un cheval. L’archevêque Eudes Rigault dit avoir constaté, dans les visites faites à la maison des lépreuses de Rouen, le i5 des calendes de février 1247, qu’elles ne gardaient point le silence dans leur réfectoire.
Henri Y, roi d’Angleterre (soi-disant roi de France), étant au château de Rouen le 4 avril 1420, vidima la charte de Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, qui confirme aux lépreux de Saint-Nicolas près Bayeux la jouissance de tous les biens, franchises et privilèges qui leur avaient été aumônés par les rois d’Angleterre, ses prédécesseurs ; il confirma également le droit de tenir une foire annuelle dans leur
enclos. Que deviennent alors les mesures édictées contre les lépreux pour mettre à l’abri de la contagion le public, du moment qu’il se rendait à la léproserie pour faire des emplettes ? Mais passons. Philippe le Bel fit aussi quelques donations à cette léproserie. Ce n’est qu’en 1670 que de Nesmond, évêque de Bayoux, affecta les revenus de la tnense priorale de Saint- Nicolas, ainsi que de ses dépendances à l’entretien du séminaire qu’il venait de fonder dans cette ville.
Chose curieuse : Ducarel ( Antiquités anglo -normandes >
Londres, 1757) parle de hautes cheminées rangées sur une même ligne, à 20 pieds de distance les unes des autres et dont la forme conique surmontée d’une boule percée de petites ouvertures, ne laissant qu’un léger passage à la fumée, sem-