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LA LÉPROSERIE DE SAINT-CLAIR ET SAINT-BLAISE DE LISIEUX

blent indiquer que le régime de fumigations, ou plutôt du boucanage, était employé dans cet hospice peut-être comme moyen curatif de la lèpre. Henri IV, par ses lettres données au camp devant Rouen, en i5g3, confirma les bourgeois de la ville comme patrons et fondateurs de la léproserie de Sainte-Marie-de-Beaulieu. Les mêmes privilèges leur furent concédés par les lettres patentes de Louis XIII, données à Paris en février 1611. Dans le courant de ce siècle, la lèpre ayant disparu entièrement , les officiers munipaux réunirent, en 1696, les biens de la léproserie de Beaulieu à l’Hôtel-Dieu de la ville de Caen, qui en jouit toujours, depuis cette époque. Le léproserie de Bolbec dans le doyenné de Foville, fut bâtie, dans un petit vallon, par Gaultier Maloiseau. L’hôpital était divisé en quatre parties dont l’une était occupée par les chanoines clercs qui prenaient soin du temporel et du spirituel; la deuxième parles lépreux; la troisième par les femmes lépreuses et la quatrième par les dames pieuses qui se destinaient au service corporel des femmes lépreuses.

Les lépreux de la maladrerie de Breteuil, assise sur les bords de l’Iton, suivant les grands rôles de l’Echiquier de Normandie, jouissaient de tout le bois mort et de laides branches des charmes et des hêtres de la forêt pour leur chauffage et celui de leur four, et encore de la franche pâture de leurs cochons et de dix porcs pour leurs serviteurs. La maladrerie de Cheux, du diocèse de Bayeux, fut fondée, au commencement du xne siècle, par le duc Robert qui lui concéda un marché par semaine et une foire annuelle. La maladrerie de Lisieux recevait en même temps les pauvres, les infirmes et les lépreux, comme les anciens xenons de Byzance, pêle-mêle. Que devenait donc l’excessive contagiosité ? Dans le cimetière de la léproserie de Than, fondée par les seigneurs de la baronnie, on trouva des cercueils en pierre, de lépreux, mis à nu par les eaux pluviales. Tous les squelettes y contenus étaient retournés la face contre terre; ce qui ne peut s’expliquer que par l’horreur de leurs figures déformées.

La léproserie de Saint-Clair et Saint-Biaise de Lisieux. — Maintenant nous allons signaler quelques autres anciennes léproseries de France, dont les ruines ou les souvenirs survivent, en notant ce qu’elles offrent d’intéressant. La léproserie de Lisieux près de Caen, dans le département du Calvados, était située à l’extrémité du faubourg le plus important,

à la porte de la ville. Elle remonte à la plus haute antiquité. Elle était proche du chemin public et du douet de Gheriot ou de Cirieux, cours d’eau qui se jette dans la Touque. On y voit encore les ruines. Et chose à noter, l’enceinte de la maladrerie était traversée par un affluent de la rivière dont la source était utilisée par les thermes du vieux Lisieux. Ce courant se dirigeait vers la ville. On doit en inférer que la lèpre n’inspira jamais à Lisieux une grande répulsion. La fondation de la léproserie était ecclésiastique et le doyen du chapitre de Lisieux maintint toujours ses prétentions de s’immiscer à son administration, comme une droicture féodale.

Un disciple de Voltaire, Louis Du Bois, dans son Histoire de Lisieux , fait un exposé pathétique des infortunés lépreux. Ils avaient, dit-il, la position de Philoctète abandonné dans nie de Lemnos. Cependant le sort des lépreux de Lisieux était beaucoup plus doux que celui de leurs congénères d’ailleurs. Ils n’étaient point séquestrés; ils sortaient et se promenaient avec la permission du prêtre directeur. Néanmoins ils avaient un accoutrement distinctif; ils ne pouvaient s’arrêter dans les lieux publics pour prendre leur nourriture sans la licence du prêtre. Ils ne passaient jamais la nuit dans la ville, à moins pour y assister un ami à l’article de la mort. En cas de désobéissance, on les expulsait de leur léproserie pour un temps plus ou moins long. Chaque lépreux avait sa petite maison ; il pouvait y goûter les douceurs de la vie de famille et avoir des serviteurs. Or ces lépreux étaient privilégiés et l’on ne craignait pas leur contact. Les lépreux pouvaient donc se marier, conformément aux Décrétales de Grégoire IX (pape de 1227 à 1241); qui sont la copie des lettres écrites par Alexandre III aux évêques de Cantorbéry et de Bayonne, et d’Urbain III, datées de 1 1 5g et de 1 185. Ces lettres leur conservaient les joies de famille ; elles autorisaient le mariage des lépreux. De plus les lépreux pouvaient fréquenter les églises paroissiales.

Le jurisconsulte Louys Charondas dit dans son livre paru à Lyon, en 1621, à propos des mariages des méseaux (page i25i) que le conjoint sain ne peut divorcer ; et que l’époux sain doit garder le malade. S’il n’y avait que fiançailles et que l’un des futurs conjoints devint mesel (lépreux) V espousaille seroit defaicte ne ne seraient tenus de procéder au mariage (De conjugio lepros., cap. 1, 11 et ni).

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Les épreuves pour déclarer qu’un individu était lépreux étaient les mêmes que par toute la France. La lèpre une fois constatée, les échevins du lieu conduisaient l’individu, après avoir célébré ses funérailles comme s’il était mort, dans une maisonnette éloignée de tout chemin d’au moins 20 pieds ; défense était faite aux cabaretiers de lui servir à manger ou à boire ; l’entrée de la ville lui était interdite, excepté aux jours de Pâques, de la Pentecôte, de Noël, de la Toussaint, de l Assomption et des veilles de la fête de la ville, de la fête de saint Martin, des Rois et du dimanche gras.

Parmi les défenses faites au malheureux lépreux, après son enterrement de son vivant, figurait aussi celle de ne connaître d’autre femme que la sienne ; le prêtre l’exhortait de souffrir avec patience, s’il voulait arriver au ciel, où il n’y a nulle adversité, ni ladrerie ou mésenellerie et où tous sont purs et nets. Après le libéra (prière des morts) on le conduisait au milieu de chants lugubres dans la maisonnette qui lui était destinée. Avant de le quitter le prêtre lui jetait une pellée de terre sur les pieds en le bénissant et le défendait aussi de sortir de sa cabane sans son habit de ladre et sans sa cliquette

et ses gants et ne manger et boire qu’avec des méseaux.

Il y avait, au moyen âge, douze léproseries dans le diocèse de Lisieux.

Les empeschementz de successions d'héritage étaient alors la bastardie, la forfaiture et la messelerie (lèpre) dont l’on ne peut garir et la religion. Plus tard, lorsque la lèpre a presque disparu, les revenus de ces léproseries ont été réunis aux hôpitaux ordinaires ; et celui de Saint-Mesmin d’Orléans a été affecté spécialement, par ordonnance du roi du 3o septembre 1678, pour tous les lépreux qui se rencontreraient dans l’étendue du royaume. On admettait donc que, bien que le fléau se fut éteint, il y avait encore des lépreux dispersés partout Quoique déclarés morts civilement les lépreux pouvaient à Lisieux succéder et disposer de leurs héritages. Toutes les autres mesures et précautions prises à l’égard des lépreux (défenses d’entrer aux églises, les moulins, les fours, fréquenter le peuple, de marcher nu-pieds, de ne pas puiser de l’eau qu’à l’aide de son baril, de porter les habits de lépreux et de se servir de leurs cliquettes, de ne connaître charnellement autre femme que la sienne, ne toucher les petits enfants, etc.) étaient les mêmes que dans toutes les autres parties de la France.

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Depuis 1704, la léproserie de Lisieux devint une métairie;, puis, progressivement, les bâtiments disparurent ; seule la chapelle subsista. La léproserie n’existait plus depuis 1622. Actuellement, il n’en reste qu’un pan de mur avec un contrefort roman. Une statue en pierre du patron saint Clair, protecteur des lépreux, est conservée dans une niche près de la porte. Elle date du xve siècle. Le saint décapité tient sa tête entre ses deux mains à hauteur de sa poitrine (Vasseur, Bull, et Mémoires de la Société française d’ Archéologie, 3e série, 28 vol. n° 2, 1862).

Une maladrerie dans l’arrondissement de Dieppe. — Il y avait au moyen âge une léproserie située entre les villages de Derchigny et de Berneval, canton d’Offran ville, arrondissement de Dieppe. Elle aurait été fondée et dotée par les barons de Caletot. Les ladres et méseaux y étaient nombreux. L’histoire, ou plutôt la légende qui va suivre, est empruntée par nous à la Revue de Rouen et de la Normandie d’avril 1 844 •

La lèpre peu connue dans ces contrées avait été rapportée de terre sainte par les croisés revenus de l’expédition entreprise pour délivrer le tombeau du Christ de la profanation des enfants du Prophète. C’est toujours la même ritournelle.

Cette maladie étendit bientôt ses ravages en Normandie,, dit l’auteur de cet article, où venaient de rentrer une fouie de barons, de comtes et de seigneurs qui avaient suivi leur duc Piobert à Jérusalem.

Vers ce temps, la Normandie vit s’élever nombre de retraites et de solitudes au milieu de ses campagnes, sur les lisières des bois et les bords des fleuves. C’étaient des huttes groupées autour d’une chapelle. Les lépreux y vivaient loin du commerce des hommes. Les gens du peuple les fuyaient, comme frappés de la malédiction d’en haut. Je ferai pourtant remarquer que tous ces nobles, frappés de malédiction, étaient des croisés qui se sont rendus en Palestine avec la devise Dieic le veut , pour arracher le Saint-Sépulcre aux mains des infidèles. Ils ont donc eu pour récompense de leur pieuse action,, la malédiction du ciel, la lèpre ? Mais passons.

En Normandie on retrouve encore par-ci, par-là, des sentiers qui conservent la dénomination de sentes lépreuses, les seules rues jadis fréquentées par les lépreux. On rencontrait dans ces ladreries, horriblement défigurées des personnes qui naguère paraissaient avec éclat au milieu des cercles les

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