‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 30 sur 124 · UNE MALADRERIE DANS L'ARRONDISSEMENT DE DIEPPE · texte numérisé non relu

UNE MALADRERIE DANS L'ARRONDISSEMENT DE DIEPPE

plus brillants. Tous les rangs s’y trouvaient confondus ; le seigneur, le serf et le manant y gémissaient à l’unisson, pendant le moyen âge.

La léproserie de Saint-Cathald se trouvait entre Derchigny et Saint-Martin ; sa chapelle était encore debout en 1728. Saint Cathald, né en Irlande, avait guéri, miraculeusement, bien des lépreux; c’est pourquoi la maladrerie de Saint-Martin avait été placée sous son invocation. Il est impossible d’assigner l’année précise de sa fondation.

Mais jusqu’au commencement du siècle, on célébrait encore la fête de Saint-Cathald le lundi d’après les octaves de Pâques.

Voici une légende qui eut grand crédit : Robert de Caletot, baron de Berneval, un homme d’arme du xive siècle, après avoir longuement guerroyé et ferraillé, devint un bon père de famille et partageait ses affections entre sa femme et sa fille chérie Jéhanne, riche, belle, bonne, pieuse, charitable, faisant largement l’aumône aux malheureux dont elle était la providence. Elle compatissait au sort des pauvres lépreux dont elle apercevait les cellules blanches de leur maladrerie, du manoir paternel.

Or, il y avait à Saint-Cathald un lépreux nommé Richard Lecoq qui avait suivi autrefois son seigneur, le sire de Caletot, à la bataille de Mons-en-Puelle, en i3o4, à la suite du roi Philippe IV, mémorable pour avoir tenu tête au pouvoir temporel du pape Clément V. A son retour, il avait demandé son affranchissement, comme prix de ses services militaires. Mais son seigneur et maître refusa. Plus tard, Richard devint lépreux et il nourrissait toujours une haine implacable contre sire de Berneval et le désir de la vengeance. Par une belle soirée d’été, Jéhanne assise à l’ombre d’un grand hêtre se livrait aux doux charmes de la rêverie, lorsqu’un homme hideux, couvert de lèpre, l’entraîna dans le bois et communiqua sa maladie honteuse à l’unique héritière du baron de Caletot. C’était Richard Lecoq qui assouvit sa vengeance ; il s’était précipité comme un tigre sur la pauvre fille. Il emporta Jéhanne évanouie dans ses bras On retrouva Jéhanne presque

sans mouvements, couchée sur l’herbe. Richard s’était enfui au son du cor qui sonnait l’alarme dans le beffroi. Le lendemain on trouva son corps flottant dans les eaux du rivage. Il avait couronné, par un nouveau crime, cette scène de forfaiture et d’abomination. A huit jours de là, le manoir de Ber-

neval offrait l’image de la désolation ! Cette pauvre jeune fille couchée sur un lit de damas avait une horrible plaie au

visage et le chapelain, habile dans l’art de la chirurgie et

de la médecine, avait déclaré au baron que sa fille bien-aimée était atteinte de la lèpre. Bientôt après, trois hommes vêtus de robes noires — Messire Geoffroy de Haître, curé de Saint- Martin, Messire Charles de Hangest et Messire Rodolphe, religieux de Saint-François — se présentèrent au noble baron, constalèrent la lèpre et conduisirent la pauvre Jéhanne aux cabanons blancs. Un mois plus tard, le prêtre de Saint-Cathald se présenta à la cellule portant la boîte d’argent qui renfermait le corps de Jésus-Christ. Il déposa la sainte hostie sur sa langue au moyen d’une verge d’argent, et la pauvre fille rendit

son âme à son Créateur Vers 1660, les cellules de la ladrerie

avaient disparu.

Maintenant, nous demanderons au lecteur, cette histoire, si légendaire qu’elle soit, est-elle du ressort de la lèpre ou bien de la syphilis à marche rapide et maligne ?

Voilà un exemple de ce qu’était sous les croisés la lèpre chez bien de leurs nobles.

Une léproserie à Bourbourg, près de Dunkerque. — Dans un

mémoire publié dans les Annales du comité Flamand de France , tome VIII, en 1866, intitulé Maison de lépreux Lez-Bourbourg près de Dunkerque, par E. de Coussemaker, correspondant de l’Institut (imprimerie de Lefebre-Ducrocq), l’auteur prouve que l’introduction de la lèpre en Occident ne date pas des croisades, comme on l’a dit et répété ; mais qu’elle y existait déjà* avant le vme siècle. Seulement on ne s’en préoccupait pas beaucoup et l’attention ne fut attirée que lors de sa grande recrudescence, au commencement des croisades, lorsqu’elle s’est présentée à l’état de fléau avec des caractères horribles, occasionnant d’affreux ravages.

Ici je répéterai ce que j’ai dit, soutenu bien des fois et bien prouvé que les chevaliers preux étaient moins lépreux que syphilitiques, et que tous les méfaits de la grosse vérole ont été mis injustement sur le compte de la lèpre. Et je rappellerai toujours cette démonstration péremptoire que dans les cimetières réservés exclusivementaux lépreuxisolés et séquestrés, on a trouvé sur les os des lésions indubitables de syphilis (Virchow, Broca, Lancereaux, Zambaco).

Quoi qu’il en soit une importante léproserie, placée sous

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