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cendants offrant des analogies avec leurs ascendants, sous des dénominations diverses. Aux Pyrénées on les appelait cagots, dans la Guyenne des gafets ou gahets, en Gascogne des cassots, en Bretagne des kakous ou caqueux. Tous étaient des objets de l’aversion générale. Partout ils étaient relégués dans des localités spéciales loin de la population saine qui les évitait et les obligeait même de porter sur leurs vêtements une patte d’oie en drap rouge. Ils étaient soumis aux mêmes rigueurs, donc, que les lépreux. Ils ne pouvaient marcher nupieds, entrer dans les moulins, dans les villages, boire aux fontaines, laver aux lavoirs, conduire leur bétail aux pâturages communaux, etc. Ils entraient à l’église aussi par une porte spéciale ; ils avaient un bénitier à eux ou bien recevaient l’eau bénite au bout d’un bâton tenu par le bedeau. Après leur mort on les enterrait sans nulle solennité ; et sur les registres de la paroisse on les désignait toujours sous le nom de cagots, épilhète flétrissante. Il en fut ainsi par toute la France jusqu’à la Révolution.
La lèpre au centre et dans le Midi de la France en 1893. — Le bon accueil accordé par l’Académie et le public médical en général à ma communication d’aout 1892, sur la survivance de la lèpre en Bretagne, m’encouragea à entreprendre, en i8g3, la même enquête scientifique au Centre et dans le Midi de la France où l’on avait signalé déjà la présence de quelques lépreux.
La rigueur exceptionnelle de l’hiver entrava mes recherches entreprises pendant la mauvaise saison. Néanmoins ma récolte fut très fructueuse et l’objet d’une autre communication à l’Académie de Médecine, le 9 mai 1893, que je vais résumer ici. Je puis dire, par anticipation, que, dans nombre de localités, j’ai pu rencontrer des lépreux évidents, classiques et des cas atténués de la maladie, ainsi qu’on va le voir. J’ai eu soin de prendre un grand nombre de photographies que j’ai soumises à la docte compagnie, à l’appui de cette communication — qui furent reproduites en phototypie dans ses bulletins — et aussi de soumettre ces lépreux à l’examen de distingués confrères qui, après discussion, et animés du désir d’éclairer la question scientifique en litige, ont bien voulu étudier avec moi la plupart de ces malades. Ils se sont rangés définitivement à mon avis, qu’il s’agissait bien de la lèpre Mon bien regretté confrère et ami, le Dr Constantin Paul,
m’accompagna dans plusieurs de ces excursions, étudia les malades avec moi et confirma aussi mes diagnostics.
Les confrères de Saint-Jean de Luz n’ont jamais songé à la lèpre. Le Dr Gouânech, remplissant les fonctions de maire, a bien voulu nous accompagner chez l’abbé Hristoy, le curé de Ciboure, village situé de l’autre coté de la Nivelle, auteur d’un livre intitulé : Etudes historiques et religieuses du diocèse de Bayonne .
Cet excellent curé mit à notre disposition de précieux manuscrits dont un du capitaine Duvoisin, daté de 1671. A la page 180 nous avons lu « la signification de la requête des cagots avec l’ordonnance de Monseigneur Bezons, gouverneur de Guyenne, portant défense de les appeler de ce nom ». Dans le sixième registre, page 66, Pérochéguy dit : « qu’on ne permettait pas aux Agotacs de prendre de l’eau bénite dans le bénitier ordinaire ».
En visitant l’église, nous avons constaté la présence du bénitier spécial des cagots et un abri, une marquise, sur la porte d’entrée, de 3 mètres de longueur sur 2 et demi de largeur, où se tenaient les Agotacs pendant l’ofFice. Cet abri porte le nom de Gagos-Aspia (Cagots dessous).
Les cagots étaient nombreux à Ciboure et à Saint-Jean-de- Luz, deux villes voisines séparées par la Nivelle. Les Agotas et les Guitanes se sont mêlés. Dans les dictionnaires basques le mot Cagot est synonyme de Gafos ou leprosos. Selon le Dr Guilbeau, les Agotas ou Agoths du pays basque ont été mis à l’index dans tout le Labourd. Ils étaient assimilés aux Gafos, Chrestias, Caqueux et enveloppés des mêmes prescriptions que les lépreux (Congrès de Pau). Ils portaient la patte d’oie en drap rouge sur l’épaule ; il leur était défendu de marcher nu-pieds, et le mariage d’un Agotac et d’un Pelutac était interdit sous peine de mort. La population saine portait les cheveux longs d’où sa dénomination de Pélutac.
Le temps nous manquant pour des investigations profondes, nous avons prié les confrères qui exercent dans ces contrées de rechercher s’il y avait encore survivance de la lèpre; ce qui nous paraissait probable, vu qu’elles ont été très éprouvées autrefois par ce fléau dont les souvenirs ne sont pas effacés.
Bayonne a eu ses Agoths et une importante léproserie. Nous avons pu obtenir des informations très concises, auprès du savant bibliothécaire de la ville, M. Ducéré, versé dans la
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lecture des vieux documents conservés dans les Archives de la ville. So?i histoire topographique et anecdotique des rues de Bayonne est un bien remarquable travail. En passant la poste Saint-Simon, on traversait la poterne Saint-Lazare, puis le pont Albaïtz jeté sur le fossé rempli des eaux de la Nive, et l’on entrait dans le quartier occupé par les Agoths. Les lépreux y portaient des oripeaux rouges et faisaient grincer leurs crécelles. Leur fontaine persiste encore et conserve le titre de Fontaine d’ Agoths, depuis i586. Les Agoths avaient leurs cellules avec petits jardins, leur chapelle, leur cimetière. Ces Agoths ou Agots étaient les descendants de lépreux, et comme ees derniers, objets d’horreur de la part des populations du Béarn et du pays basque.
Selon l’historien Balasque, au xme siècle les Crestiaas ou Agoths étaient régis par les règlements des lépreux ; on les appelait aussi Gahuzags ou Gahets ou ladres. Il y avait aussi près de la ville de Bayonne le cap Breton, résidence des Cagots. Or, il y a eu à Bayonne de nombreux lépreux et les Agoths, Gahets ou Cagots étaient considérés par les historiens et par la population, comme leurs descendants, évités comme tels et soumis aux mêmes règlements prohibitifs.
Baïgory, près de Cambo (Basses-Pyrénées) est un ancien nid de Cagots et de leurs ancêtres, les lépreux. Le Dr Mondiboure nous a accompagnés, le Dr Constantin Paul et moi, au hameau de Michéléna, où il y a eu une léproserie à laquelle succéda une cagoterie. Michéléna est séparée de la bourgade Saint-Etienne, habitée de tout temps par la population saine, par la Nive. Michéléna est constituée par une quarantaine de maisons possédant chacune un petit jardin.
Malgré la fusion décrétée par la révolution de 1789, ce n’est qu’en i848 que les Cagots de Michéléna ont pu faire partie du conseil municipal.
Selon Francisque Michel, de Rochas et le maire actuel de Saint-Etienne, il y avait, jusque dans ces derniers temps, une quarantaine de familles, mises plus ou moins à l’index. Pour se soustraire aux affronts incessants, ils ont tout abandonné et sont partis la plupart en Californie et à Buenos-Ayres. Lors de notre visite nous n’avons rencontré à Michéléna que trois mendiants qui ne présentaient aucun signe de lèpre. Le maire, en même temps notaire de Saint-Etienne, a vu le hameau de Michéléna très peuplé. On évitait les Cagots, considérés
comme des descendants de lépreux, même dans la rue. L’église de Saint-Etienne a trois portes : l’une pour les hommes qui, selon l’habitude basque, montent aux galeries, l’autre pour les femmes qui pendant l’ofliee restent au rez-de-chaussée, et une petite porte pour les Cagots ou Agotas, dont on voit encore le cimetière spécial. Jusqu’à i656, les Agotas étaient tenus à part. Aujourd’hui encore si l’on demande à un villageois ce qu’il est il répond Pelona (peau saine); c’est-à-dire qu’il n’est pas descendant de lépreux, de Cagots. A cause du froid très intense nous n’avons pu nous rendre à Chubitoâ, situé à 2 heures de Baïgory, autre centre d’Agotas.
A Dax il y a encore de vivaces souvenirs de la lèpre que l’on a attribuée aux Sarrazins et que l’on désignait sous le vocable de mal arabe. Tout près de la ville, on voit les ruines du Castel des Sarrasins ; et, chose à remarquer, les habitants de quelques villages éloignés des centres de communication, conservent encore le type arabe. C’est que nombre de Sarrasins christianisés se sont définitivement établis dans le pays.
Au congrès archéologique de France, tenu à Dax en 1888, l’abbé Foix, curé de Larède, traita la question des Cagots du département des Landes.
Dans les archives du presbytère de Souston on les désignait sous le nom de Christians. Dans les registres des mariages à Nerbis, on les appelait Capots, à Laurède Gahets et leur quartier Lous Coyes. A Souston, on les appelait aussi Gésitains de Giési rendu lépreux par le prophète Elie, selon la bible. Jusqu’en 1750 tous les charpentiers et toutes les sagesfemmes étaient des cagots ou Gésitains. Leurs parrains et leurs marraines devaient aussi être des cagots ; mais lorsqu’il y avait naissance de jumeaux, les familles nobles tenaient un des enfants aux fonts baptismaux. Il est à présumer que certains lépreux ont été confondus avec les pellagreux. Car les manifestations cutanées de ces deux maladies se ressemblent parfois, ainsi que leurs symptômes nerveux. Le Dr Alcocq a vu deux familles de lépreux dans le Marensin. Un lépreux tubéreux autochtone fut découvert en 1892 à Saint-Jean-de- Lier, arrondissement de Dax ; sa figure était léonine.
A Salies-de-Béarn, lors de notre enquête, le Dr Dupourqué, médecin inspecteur, nous accompagna chez plusieurs cagots désignés par le public ; ils avouèrent leur origine, sans difficulté aucune. La famille Reigleber compte dans ses rangs des
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individus typiques, à cheveux clairsemés, à ongles disposés en pont, coupés en flûte, qu’on désigne sous le nom de Carcoi/s, avec placards anesthétiques sur les membres, tant au point de vue de la température que de la sensibilité à la douleur. Ces lésions, héréditaires chez les descendants de lépreux, peuvent, à juste titre, être considérées comme des signes de la lèpre atténuée, frustre. Car on ne les rencontre que chez les cagots, c’est-à-dire chez des descendants de lépreux, qui étaient régis par les mêmes règlements restrictifs que ces derniers. Jamais il n’y avait mariage entre un cagot et une personne de la population saine, à quelle classe qu’elle appartînt; ce quin’empêrha pas le bon Henri de poursuivre de ses convoitises une belle Daphné cagote ; celle-ci se déclara en larmes indigne d’un tel honneur, étant capote. A quoi le roi vert-galant répondit : Et moi aussi par Dieu vivant .
On sait qu’Ambroise Paré appelait les lépreux des univoques et les cagots des équivoques, parce qu’ils présentaient un processus morbide incomplet. Ces équivoques offraient des esquisses du tableau lépreux ; ils avaient la lèpre cagote. Ces ladres blancs étaient les cagots, capots, cassots, gaffos, gahets, agoths, kakous, caquins... Tous ces descendants de lépreux étaient dénommés selon la contrée qu’ils habitaient. Tous étaient soumis aux pouvoirs ecclésiastiques, et sujets de l’évêque, comme les lépreux leurs ancêtres. Lefor de Navarre de 1074 soumit les lépreux et les cagots au même règlement isolateur dans la Novempopulanie. Ils n’étaient pas soldats et n’ont jamais figuré sur les registres des serfs. La prétention aussi que c’étaient des hérétiques ne se soutient pas. Car il leur était défendu de marcher nu-pieds, tandis qu’une punition des hérétiques était le pèlerinage aux églises pieds nus. Ils n’étaient donc pas des descendants des Visigoths d’où cas-goths, chiens de goths. Les cagots étaient des catholiques fervents, très pratiquants; d’où les mots bigot, cagot tirent leur signification. Ce qui est surprenant, c’est que l’illustre Littré a confondu, avec bien d’autres autorités, les cagots avec les crétins ( Diction. de langue française). D’après le dictionnaire celto-breton le mot caccod voulait dire lépreux. Enfin, dans un censier de Bordeaux, daté de 1 437 , les gahets sont appelés léprosi.
Le Dr Magitot, membre de l’Académie de médecine de Paris, porta la question des cagots devant cette docte compagnie, en lui exposant ses propres recherches, en avril 1893. Nous
avons pris part à la discussion qui s’en suivit. Notre conclusion fut que, parmi les cagots, descendants de lépreux inconteslablement, on trouvait des manifestations qui paraissaient devoir se rattacher à leur hérédité. Car en dehors des cagots, on ne rencontre guère ces diverses lésions chez aucun des habitants de la contrée. Le Dr Lajars, à la suite d’une enquête, arriva, de son côté, aux mêmes conclusions.
Dans les environs de Salies, nous avons rencontré, avec le Dr Dupourqué, des panaris analgésiques visités déjà par le Pr Reclus qui en fit des malades de Morvan {Progrès médical décembre 1892 : De la lèpre atténuée chez les cagots des Pyrénées). De notre côté, nous avons découvert ces mutilations analgésiques des doigts chez plusieurs mendiants et chez quelques habitants de Castagne, d’Escos, de Jurançon, près de Pau, à Lasclaverie, et toujours chez des descendants de cagots. D’ailleurs, partout dans les Basses-Pyrénées, les cagoteries avaient remplacé in situ les léproseries (Morlaas, Saint- Palais, Orthez, à Pau même, à Argelès, Saint-Savin, Saint- Christan, Lourdes). Cependant sur les registres des cures miraculeuses actuelles, la lèpre ne figure point. Pourtant Lourdes était un nid de lépreux et plus tard de cagots. Il était défendu à ces derniers d’entrer et de sortir de la ville de Lourdes avant le lever et après le coucher du soleil, sons peine de se laisser couper deux onces de chair de l’ épine dorsale (Francis Michel, p. 85). 11 y a soixante ans encore, les cagots prenaient l’eau bénite dans un chaudron suspendu derrière la porte de l’église.
C’est Gaston IV qui, rentrant de la terre sainte, fonda la léproserie de Lascar, près de Pau, et appela les frères de Saint- Lazare de Jérusalem pour la diriger. Ce titre fut emprunté au lépreux Lazarus de la bible.
Léopold Bauley, d’Orthez, me fît la communication suivante: ceux que l’ancienne coutume appelait Léprosos furent appelés plus tard cagots, dont les quartiers sont toujours, depuis, au dehors de faubourgs de la ville.
Les prêtres n’écoutaient pas la confession des cagots dans le confessionnal, mais au banc de l’église qui leur était réservé et à travers une cloison de planches (Asfeld, Chronique du Béarn). Selon un travail de Daniel de Bavey, lieutenant général civil et criminel au siège de Saint-Sever, sénéchaussée des Landes, 1619, on distribuait à ces gens la chair corrompue, puisque leur sang était de même condition.
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Dans les stations thermales, il y avait des bassins réservés exclusivement aux lépreux et plus tard aux cagots.
Au commencement du xvne siècle, le nombre des lépreux diminua par toute la France. Car on sépara d’eux les syphilitiques qui étaient jusqu’alors confondus, inévitablement, avec eux.
C’est vers le xe siècle que Ton commença à parler des cagots, agoths, obligés de ne pas se mêler à la population saine, de ne pas marcher nu-pieds, sous peine d’avoir les pieds traversés par un fer rouge, et de porter toujours, comme les lépreux, sur l'épaule la patte d'oie , en drap rouge.
A Pau même nous avons déniché, avec mon distingué confrère le Dr Meunier, des lépreux atténués de la forme trophonerveuse, et un monsieur que le Pr Charcot avait soigné pour la maladie de Morvan.
Le Dr Tarras, qui a exercé avec distinction pendant 4o ans à Pau, est convaincu que les cagots sont des descendants des lépreux. Ils ont toujours été soumis aux mêmes règlements sévères que ces derniers. Notre honorable confrère nous a dit avoir soigné plusieurs lépreux, notamment dans la vallée d’Aspe, à Bédous, Acous, Osse.
A Argelès, le Dr Trélaüm nous fit voir une lépreuse de la forme tubéreuse, incontestable. Un autre lépreux tubéreux, léonin, est mort à Argelès dernièrement. Selon notre honorable confrère, il n’avait jamais voyagé ; une de ses tantes avait déjà succombé à la lèpre. Le Dr Trélaüm avait suivi ces deux malades qu’il employait même pour son service domestique. Il en avait fait de la lèpre autochtone.
A Argelès même, nous avons visité le quartier dit Canarie où habitaient les cagots, ainsi dénommé de ce que les cagots portaient sur l’épaule, comme signe distinctif, la patte d’un canard, comme leurs ancêtres les lépreux. Les cabanes persistent toujours; leurs dômes sont à pic et chacune d’elles a son petit jardin. A Argelès, on évite encore d’épouser un descendant des cagots. Les vallées d’Aspe, d’Ossau et de Lavedan étaient ravagées par la lèpre, et plus tard encombrées de cagots. Nous les avons partout retrouvés. A Saint-Savin, ancien foyer de cagots, nous avons vu^ à la petite église, le bénitier des cagots sur lequel est sculpté un petit cagot trapu. Tandis qu’à Gampan (Hautes-Pyrénées) sur le bénitier des lépreux, on avait sculpté la patte d’un palmipède, signe que portaient
les lépreux eux-mêmes. La porte des cagots y exisle aussi, ainsi qu’à la vieille église d’Argelès qui sert de chapelle au collège municipal.
A Oloron, les cagots étaient nombreux. Jusqu’à la toute dernière restauration de la cathédrale, on y voyait encore leur bénitier. Actuellement des familles de cagots arrivées à la fortune prétendent même à l’aristocratie et se servent de la particule de. C’est que depuis les anciens temps les cagots, n’ayant pas de noms de familles pour les désigner, se servaient de celui du lieu de leur naissance. Il en fut de même des Juifs en Ibérie ( Études historiques et religieuses , par l’abbé Dubarart, aumônier du lycée de Pau).
En fouillant les fors de Béarn, nous avons trouvé un règlement datant du 16 décembre i64o, qui défend aux cagots d’Oloron de servir de la particule de , de porter bottes, capes, épée et d’avoir colombier. Leurs prétentions à la noblesse furent ainsi annulées.
Le Dr Casamajor et le pharmacien Laserre, établis à Sainte- Marie, ont vu de nombreux panaris analgésiques mutilants et des déformations des ongles telles que nous les avons décrites chez les cagots de Béarn. Le D' Esperaber observa la même chose bien des fois parmi ses clients. La même remarque me fut faite par la supérieure de l’hôpital de la vieillesse, relativement à la fréquence à Oloron de panaris à récidive, mutilant plusieurs doigts; un infirmier de l’établissement présentait, lors de notre visite, les mains mutilées par une série de panaris indolores, par la maladie soi -disant de Morvan. Enfin nous avons vu, avec le Dr Casamajor fils, dans la vallée de Barélous, aux envirohs d’Aramite, un vrai lépreux, sans barbe, sans moustache, sans sourcils ni cils, présentant deux placards pigmentaires de 3 et 4 centimètres pareils à ceux que j’ai observés maintes fois dans la forme maculeuse de la lèpre, et ressemblant aussi à la pièce de Baréta, déposée au musée Saint-Louis de Paris, sous le n° io55 et portant le titre de Morphée. Pour nous, il s’agit de lèpre atténuée.
Dans la vallée d’Aspe, les ravissants villages Lurb, Escot, Sarrance, Sauveterre, Bedous, Osse, Lescun ont été autrefois des nids de lépreux et plus tard de cagots, leurs descendants. Dans les dictons de Béarn, par Lespy ( Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 1873), on trouve de curieuses réminiscences : Le cagot est de Sarrance (Loucagot ey Sar-
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rance); A Bédous cagatz son tontz. Le cagot de Gamachie est de Sauveterre. Mais les cagots de ces villages ont déguerpi; pour éviter les affronts, ils se sont expatriés, et la population a bien diminué dans tous ces villages.
Enfin l’invasion des Sarrasins apporta aussi un fort contingent à la lèpre qui ravageait déjà les Basses-Pyrénées. Abd- El-Rahman envahit la Gaule en 732. Même après leur défaite à Poitiers, par Charles Martel, ils ont conservé pendant longtemps tous les passages des Pyrénées. Les historiens Palasson et Marca Labourt accusent les Sarrasins d’avoir importé la lèpre dans toutes ces contrées et d’autant plus que nombreux ont été ceux qui, devenus chrétiens, se fixèrent dans le pays. On en cantonna dans certains quartiers isolés, parce qu’ils avaient la lèpre.
Les Espagnols de leur côté ont envahi, à plusieurs reprises, la vallée d’Aspe et se sont mêlés, comme les Sarrasins, aux populations indigènes. Or, ces deux peuples étaient ravagés par la lèpre et leurs descendants actuels en sont très éprouvés encore de nos jours. Dans plusieurs des localités ci-dessus mentionnées, on désignait la lèpre sous le nom de mal arabe.
Gaston IV fonda à Somport un hôpital général qui recevait aussi les lépreux, à la fin du xve siècle. Les Prémontrés avaient fondé aussi une léproserie à Sarrance, et la reine Christina une autre près de Somport. Nous en avons vu les ruines. On appelait dans tous les environs les lépreux, des Mesegs. ils étaient si bien soignés dans ces établissements, que les pauvres voulaient passer pour des lépreux, afin d’être aussi bien entretenus.
La lèpre a disparu dans la vallée d’Aspe, grâce à l’amélioration du sort des prolétaires; mais les descendants des lépreux, les cagots, existent encore partout. Francis Michel a compté à Lescun 86 familles cagotes ou ladres. Dans leur quartier, Beziat , il y a toujours la fontaine Chrestia. A Bédous, les panaris analgésiques avec plusieurs mutilations des doigts sont fréquents ; et les cagots, considérés comme des descendants de lépreux, sont nombreux. A la source de Cliristau , les lépreux font neuve peau ; à l’église, une auge leur servait de bénitier.
On appelait aussi les cagots des Gezitains de Giézi, car le serviteur de Nahaman devint lépreux pour sa prévarication.
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selon la Bible. Dans les carlulaires et les testaments, les cagots sont souvent désignés sous le nom de ladres ou lépreux.
Bagnères-de-Bigorre. — Nous avons vu à l’église Saint-Vincent le bénitier et la porte des cagots. En plus, il y avait le bassin des lépreux. Les capots ne pouvaient être enterrés dans les cimetières, mais en lieux séparés ( Le vieux Bagnères, par le Dr Dejeanne, Petite Gazette , 18 février 1882).
Il y a quelque temps, tout le monde a connu un lépreux, dont la face pleine de tubercules ulcérés, léonine, inspirait l’horreur; il était soigné par le Dr Coutalas.
L’ancien quartier des capots porte aujourd’hui le nom de Saint-Biaise; on l’appelait aussi le quartier des vergés, mot synonyme de lépreux. Il y a eu une chapelle Saint-Blas. La fontaine de Saint-Biaise, qui existe encore, était, dans le temps, la seule où les capots pouvaient puiser de l’eau. A la page 55o du répertoire de Laspales sont analysées trois délibérations prises par l’Assemblée municipale de Bagnères sur leur sépulture. Une capote avait manifesté le désir d’être enterrée chez les Dominicains. Le conseil de la ville s’y opposa, se fondant sur ce que l’ancien cimetière spécial aux capots était à l’église Saint-Biaise. Un différend semblable eut lieu en 1667; l’official enjoint à l’archiprêtre que les corps des charpentiers seront enterrés en lieu séparé. Une autre enquête, adressée au parlement de Toulouse, dit : « ...de tout temps, il y a eu une chapelle au dit Bagnères où les habitants d’icelle qui s’appellent capots ont accoustumé d’être encevelis... Aussi ordonner que quand ils seront dans l’esglize paroissielle, ils se mettront au fond... qu’ils ne pourront prendre de l’eau bénite qu’au bénitier destiné pour eux ». Aux thermes, il y avait aussi le bassin des lépreux avec défense de se plonger ailleurs. Nous avons vu à l’église Saint-Vincent la petite porte et le bénitier spéciaux.
A l’hôpital de Bigorre, la supérieure nous donne devant le Dr Jeanne des détails circonstanciés sur une femme native de Bagnères qui y est restée pendant dix ans et qui perdit ses doigts et ses orteils un à un, de manière qu’il ne lui en restait, lorsqu’elle mourut, que quatre ou cinq en tout. Elle portait, en même temps, de vastes ulcères intarissables aux jambes. Cette malade était la petite fille de Forioso, le célèbre acrobate qui traversa la Seine sur un fil de fer au commencement du xixe siècle.
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Le Dr Cazalas a bien voulu me conduire au village de Gerde, situé à trois kilomètres de Bagnères, pour m’y montrer un malade embarrassant. Gerde est un tout petit village enchâssé dans les hautes montagnes, traversé par des ruisseaux permanents et où l’air circule bien mal. On y voit des cabanes sombres, humides, à sol d’argile, et des goitreux crétins. Heureusement que leur nombre diminue et est bien restreint aujourd’hui. Les survivants sont peu âgés, tandis que les enfants de l’école communale que j’ai visitée sont bien constitués et intelligents ; je n’y ai point rencontré de goitreux. La cause de ce changement en mieux est facile à concevoir. Autrefois la misère était très grande à Gerde et dans tous les petits villages des environs ; mais depuis quelques années des carrières de marbre sont exploitées avec succès, d’importantes fabriques de châles occupent aussi des centaines d’ouvriers et d’ouvrières, les salaires sont assez élevés; on y fait des journées de 3 et 4 francs, de sorte que des familles gagnent 12 francs et plus par jour. L’existence matérielle s’est, consécutivement, transformée. Les populations sont bien nourries, bien habillées. Les anciennes huttes infectes sont remplacées, à mesure, par de petites maisons salubres. Aussi les goitreux et les crétins disparaissent-ils de plus en plus. Il en est certainement de même de la lèpre. Autrefois, il y avait par ici beaucoup de lépreux, et, plus tard, de cagots. Dans presque toutes les églises des villages environnant Bagnères on voit encore la petite porte et le bénitier consacrés aux lépreux et aux cagots leurs descendants. Une habitude spéciale aux capots, qui persiste encore, c’est de ne se marier que le mercredi. On n’a pu m’en dire le pourquoi. Le malade que le Dr Cazalas m’a montré à Gerde est le type le plus accusé de la lèpre mutilante ; j’en ai pris la photographie. En voici l’histoire succincte. B..., âgé de 5o ans, natif de Ciotat, de père indigène (Ce village est un foyer de cagots ou capots); sa mère était de Bagnères. Comptable de son état, il eut un premier panaris, douloureux, en 1888, à l’annulaire droit, qui dura 11 mois et se termina par une mutilation. Un an après, même processus au médius du même côté ; il dura six mois et aboutit aussi à la mutilation du doigt. Au commencement de 1892, panaris du médius gauche qui dura cinq mois. Ces deux derniers panaris étaient absolument indolores . 11 y a dix mois, onyxis de l’index droit avec chute de
l’ongle; celui qui poussa est très difforme; il y a 9 mois panaris de l’annulaire gauche. Actuellement, le 27 février i8g3, l’annulaire gauche est très arqué, rétracté et n’a qu’un vestige d’ongle. L’index a perdu la moitié de sa phalangette, son ongle est épaissi et recourbé en griffe. L’ongle du médius est très épais et crochu ; il éprouva cette altération trophique sans tomber. L’auriculaire droit est boudiné, raccourci, recourbé en crochet; sa phalangette s’est résorbée et se trouve réduite au volume d’un pois; phalangine résorbée aussi en partie; l’annulaire droit a perdu sa phalangette; le médius a perdu la moitié de sa phalange unguéale. On y voit, au milieu de la cicatrice, un point corné, trace de l’ongle ; index effilé, notamment sa phalangette, par résorption. Ainsi tous les doigts sont plus ou moins mutilés par des amputations spontanées, successives. Une exploration attentive de la sensibilité nous a montré, au Dr Cazalas et à moi, que celle au contact est très émoussée, principalement sur l’avant-bras et la main, et que la douleur n’est point ressentie, lors même qu’une épingle traverse do part en part un pli de la peau. Il en est de même d’un corps froid et d’une cuiller métallique chauffée au point que le Dr Cazalas et moi nous n’en pouvions supporter le contact. Les mains ont perdu leur force. B... n’apprécie pas la nature des tissus. Il sent souvent, dans les membres, des fourmillements, des engourdissements, des douleurs; des frissons fréquents parcourent tout son corps; muscles de l’éminence thénar droite atrophiés; cette main est toujours froide, glacée. Rien à la peau, aucune éruption, pas même de modification aux régions olécraniennes. Les nerfs cubitaux sont très gonflés et présentent des nodosités au-dessus de l’épitrochlée surtout à gauche où l’une d’elles est grosse comme un petit pois ; engelures, crevasses tout l’hiver aux mains et aux pieds. Les orteils gauches présentent du côté dorsal des ulcérations dont quelques-unes ont plus d’un detnieentimètre d’étendue. Elles datent de plusieurs semaines. L’ongle du gros orteil gauche, très déformé, a un centimètre d’épaisseur; il n’est jamais tombé. La sensibilité, sous ses trois modes, est très obtuse aux jambes et à la face. Pas de traces de pemphigus aux genoux; il n’a jamais présenté à la peau ni boutons, ni taches; le nez devient très souvent violacé, pendant des heures entières. Barbe, moustache, sourcils eonservés; cheveux abondants; ozène repoussant et ulcéra-
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tions des fosses nasales. Je pense qu’à tous ces signes, tout médecin connaissant la lèpre la diagnosliquera aisément. Nous incisons la peau, par couches, pour enlever une nodosité du nerf cubital, sans que le malade éprouve la moindre douleur. Le Dr Gougomble, exerçant dans cette contrée, avait déjà posé le diagnostic de lèpre avant mon arrivée.
Le Dr Dejeanne, ancien interne des hôpitaux de Paris, me montra, à Bagnères, une femme de 53 ans qui, à 16 ans, eut nn premier panaris douloureux au pouce droit; il fut très long à guérir et détermina l’élimination de la phalange unguéale. A 4i ans, panaris à l’annulaire de la même main avec chute de l’ongle qui pousse, depuis, très déformé. A 48 ans troisième panaris de l’index gauche avec élimination de la phalangette. A 5i ans, panaris du médius du même côté, avec déformation du doigt. Les nerfs cubitaux sont normaux ; rien du côté de la peau. Lors de notre examen, le 23 février i8g3, les pouces sont très déformés, raccourcis, mutilés, leurs ongles très épaissis, recourbés ; il en est de même de l’index droit; l’ongle de l’annulaire est un petit sabot strié, très rugueux ; l’index gauche est très raccourci aussi; sauf le premier, tous les autres soi-disant panaris ont été indolores. Cette femme très frileuse éprouve continuellement des fourmillements et des douleurs dans les membres surtout aux supérieurs. Elle n’a rien à la peau ; pas d’autres symptômes. Pour moi, il n’y a pas de doute; il s’agit d’une lèpre atténuée, comme j’en ai vu de nombreux cas, même dans les foyers de lèpre en activité. Je pense que certains confrères poseraient le diagnostic de maladie de Morvan.
Le Dr Dejeanne et moi nous avons fait une excursion dans la vallée de Campan et visité Asté dont l’église, construite au xne siècle, conserve la porte et le bénitier réservés aux cagots. C’est tout près du village Baudean, illustré par la naissance du baron Larrey père. Le village des Agoths ou des charpentiers— mots autrefois synonymes de lépreux — est situé en face du bourg de Campan ; il n’en est séparé que par le Gave. Le pont qui conduit au quartier des charpentiers s’appelle aujourd’hui encore le pont des cagots. Le village n’est composé actuellement que de cinq maisons. Il y a quelques années, une inondation du Gave obligea les cagots de se transporter au bourg de Campan. Le maire et le secrétaire de la mairie, un ancien notaire, nous ont affirmé avoir souvent vu chez les
habitants de la contrée des mains estropiées comme sur les photographies des lépreux de la Bretagne que je leur ai montrées. Ils ont connu aussi un lépreux indigène à face léonine, Pugollo de Gripp, reconnu comme tel par les médecins et l’opinion publique. Il demeura dans le bourg pendant de longues années ; il est mort il y a trois ans. Une femme Borgella aux mains estropiées avec chute et mutilation de plusieurs doigts habita pendant longtemps le même bourg.
Selon Rochas, l’Aquitaine (contrée de l’ancienne Gaule, située entre la Garonne, l’Océan et les Pyrénées) fut la partie la plus éprouvée, en France, parla lèpre.
Léon Lallemand, correspondant de l’Institut, a donné lecture à l’Académie des Sciences morales et politiques, de la première partie d’un mémoire sur la Lèpre et les Léproseries du Xe au XVIe siècle. Ce mémoire fut extrait de la Grande histoire de la charité que publia M. Lallemand. Selon l’auteur la lèpre a disparu de l’Europe, d’une manière générale, vers la fin du xvie siècle. « Actuellement, on en rencontre des cas en Espagne, en Norvège et en Italie. Le continent africain et l’Asie plus particulièrement sont encore infestés par ce fléau. » Mais la lèpre ravage encore plusieurs contrées en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique et elle survit encore sporadiquement, clairsemée, même au centre de l’Europe où elle survit sous forme atténuée ou fruste, mais parfois aussi avec son type le plus accusé, même le léonin.
Toulouse. — On lit dans l’histoire de Toulouse par Goyla, à la page 82, que, par la tradition de la contrée, la reine visigothe Austris, désignée sous le nom symbolique de Pédaucha (pied d’oie), se cachait dans son palais de Peyrelade, pour ne pas montrer la lèpre hideuse qui maculait son corps, et la rendait repoussante aux yeux de ses sujets. Ce serait là l’origine du symbole porté par les lépreux.
L’empereur Adrien envoya en Aquitaine, très éprouvée par la lèpre, le médecin Soranus d’Ephèse pour en soigner les victimes.
En 1606 le parlement de Toulouse, instruisit un procès sur les cagots que le peuple considérait comme lépreux. Il s’adressa à une commission composée d’hommes d’art « qui ont trouvé le sang et les urines conformes aux règles de la médecine et de la chirurgie et déclaré que les 22 cagots examinés par elle étaient sains et nets de corps. Elle en conclut de
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leur permettre hanter, commercer et fréquenter toutes sortes de gens, de former tous actes de société permis par les lois, sans crainte d’aucun danger d’infection, comme sains de leurs personnes ». Mais ces commissions médicales, qui avaient absous les cagots de tout vice lépreux, se sont prêtées, de la part du peuple, au quatrain satyrique suivant:
H oms qui ne set bien discerner
Entre santé et maladie
Entre la grande Mezellerie
Entre la moyenne et la mener (mineure)1.
M. Rochas, archiviste de la ville de Toulouse, a bien voulu, sur notre prière, faire des recherches sur les anciennes léproseries de cette ville. Voici un abrégé des notes qu’il nous a transmmises : Dans les Chartres des archives de la Haute-Garonne, il n’est parlé des lépreux qu’à la fin du xiT siècle. Mais, depuis longtemps on les avait déjà réunis dans des communautés hors des murs. Une personne du monde, parfois considérable, était le patron des lépreux. On les appelait les malheureux miselli .
Au xive siècle, il y avait 8 miselleries autour de Toulouse. Mais à la fin du xve, il n’en restait plus que trois: à Saint-Cyprien, à la porte Arnaud, et au château Narbonnais. Un document, déposé aux archives, mentionne un legs fait à ces léproseries, au milieu du xvie siècle. Enfin M. Rochas constata dans les textes que la lèpre n’avait pas encore disparu de Toulouse à la fin du xvne siècle. Un arrêt du parlement de Toulouse fait mention d’une maladrerie des environs d’Albi. Mais la lèpre ri’était pas considérée comme contagieuse ; car cet arrêt dispose que ceux qui en sont atteints ne pourront être enfermés que de leur consentement.
Près de Toulouse, à Castres, dans le Languedoc, il y a eu la léproserie de Saint-Barthélemy. Les lépreux sortaient librement, lorsqu’une ordonnance prescrivit de tenir rigoureusement les lépreux et les cagots, et de tuer dans trois jours le chien appartenant à l’un d’eux. A Toulouse, on appelait les cagots, cagarots, mot qui dériverait de caga, caca (excréments).
Un document conservé prouve que la lèpre existait encore à Toulouse à la fin du xvne siècle.
i. Histoire de l’église réformée de la vallée d’Aspe, par le pasteur Cadier, Osse, 1892.
Zambaco. Anthologie.
Le Pr Caubet nous montra une malade autochtone atteinte de lèpre mutilante incontestable. Elle a perdu presque tous les doigts de deux côtés. Les détails de toutes ces observations sont consignés dans le Bulletin de l’Académie du 9 mai 1893. Le Dr Basset, médecin de l’hôpital de la Gave, nous montra une lépreuse qui eut la chute de plusieurs doigts et orteils, des exanthèmes érysipélatiformes à répétition, gonflement des nerfs cubitaux, etc. Enfin un lépreux phymatode léonin, autochtone, existait à Toulouse lors de notre enquête. 11 appartenait à la haute société et se dissimulait.
M. Trulat, Directeur du Musée d’histoire naturelle de Toulouse, a bien étudié les montagnes des Pyrénées, véritable barrière naturelle entre les Gaules et la péninsule ibérique. Pourtant cette barrière n’a pu arrêter les invasions des peuples venus même d’Afrique, que le besoin de conquérir poussait en avant. La lèpre fut aussi transportée par tous ces envahisseurs et conquérants, car ils comptaient tous des lépreux dans leurs rangs.
Ç’est Annibal qui franchit le premier les Pyrénées à leur extrémité orientale ; et plus tard les Vandales et les Maures. Et pourtant cette crête de chaînons sensiblement parallèles forme comme une feuille de fougère dominée par le Pic du Midi qui s’élevait à l’époque quaternaire, à 8000 mètres. Aujourd’hui elle n’a que 2880 mètres de hauteur seulement. Il est à présumer que cet enfoncement progressif dans la croûte terrestre réalisera un jour matériellement les paroles de Louis XIV : il n’y a plus de Pyrénées. La ligne de cette série d’élévations en séries, plus ou moins grandes, est brisée au niveau de la vallée d’Arran.
Les Basques aussi paraissent avoir été éprouvés par la lèpre. On sait qu’au nombre de sept cents mille ils occupent les deux cinquièmes des Basses-Pyrénées ; et en Espagne, les provinces dites basques et un sixième de la Navarre. D’où sont-ils venus ? Leur langue ne se rapproche ni du français, ni de l’espagnol, ni du gascon, ni du breton. On la com * pare au hongrois, au turc, aux langues d’Amérique. Tout cela prouve qu’on n’en sait rien de positif. Leur type, leurs mœurs, coutumes et traditions démontrent leur origine différente des Béarnais, des Gascons et des Castillans qui les entourent. Quelle est donc leur origine ? L’abbé Inchauspe,, vieux chanoine basque, dans un mémoire communiqué au
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Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, qui siégea à Pau le 19 septembre 1892, soutint que la langue des Basques était celle des Ibères, et que son origine remonte à Thubal, un des fils du patriarche hébreu Japhet, fils de Noë. Yinson, basque d’origine, professeur à l’école des langues orientales de Paris, repousse l’opinion du chanoine. Il dit que les Yascons, Gascons ou Basques, selon Blade, correspondant de l’Institut, n’ont occupé qu’une faible partie du pays basque, que leur langage était celui des populations primitives rudimentaires de l’Europe. Le savant Quatrefages leur attribue une origine mongolique, une parenté japonaise et, soit dit en passant, le Japon a toujours compté parmi les plus terribles foyers de la lèpre. Selon le Dr Bouchard de Bordeaux, les Basques sont brachycéphales. Ils furent une avant-garde aryenne. Selon Cartailhac, anthropo- ' logiste de Toulouse, il y a grande variété de types chez les Basques. Il y en a de bruns, de blonds aux yeux bleus, d’autres aux yeux noirs, de brachycéphales et de dolicocéphales. L’opinion exclusive de Broca qu’ils étaient dolicocéphal es est erronée. Nous nous sommes livrés, de notre côté, à la recherche de l’origine des Basques, un des éléments constitutifs des populations du midi de la France, pour savoir si eux aussi ont apporté leur contingent à la lèpre qui a tant sévi dans cette région. Si leur origine est aryenne — ce qui est probable — certes les Basques avaient la lèpre qui, dès la plus haute antiquité, ravageait l’Asie. Les Aryas partis des rives de YOxus ou Amou-Daria — fleuve du Turkestan qui prend sa source à Pamir situé dans Y Asie centrale — étaient certes affectés de la lèpre qui, précisément, avait pour origine cette partie du globe et s’est propagée de là à Y Iran ou Perse, l’Afganistan, le Turkestan, l’Hérat, etc., que ce fléau ravage toujours. Bref, sans nous perdre dans le dédale des premières origines des peuples, nous nous résumerons en disant que la lèpre fut introduite dans le midi de la France d’abord par les Phéniciens — qui y établirent des colonies et qui colportaient dans toutes leurs pérégrinations leur maladie nationale, le morbus phéniciens qui n’était que la lèpre. — Puis par les Carthaginois sous Annibal, les Sarrasins, les Basques, les Juifs réfugiés d’Ibérie, persécutés par l’inquisition et foncièrement lépreux. Il n’est donc pas étonnant que tout le midi de la France ait été infecté à plusieurs
reprisse de tous ces envahisseurs, qu’il fut cruellement éprouvé par la lèpre et qu’on y ait établi de nombreuses léproseries. Plus tard, bien que la maladie fût atténuée, les descendants des lépreux dits cagots ou capots ont continué à inspirer de la terreur à la population ; et finalement, après tant de siècles de persistance, la lèpre survit encore dans toutes les provinces méridionales de la France ; ce qui est incontestable.
C’est pour établir tous ces faits que nous nous sommes livrés à ces digressions qui ne sont pas sans rapports avec le sujet qui nous occupe, savoir les diverses origines de la lèpre qui a sévi dans le midi de la France de tout temps, mais qui attira surtout l’attention à partir de Charlemagne, c’est-àdire au vnie siècle.
La capitale du Languedoc a été bien éprouvée autrefois par la lèpre, et lors de nos recherches dans le midi de la France nous en avons constaté la survivance (Communication faite à l’Académie de Médecine de Paris le 9 mai i8g3).
Le Dr Cuguillère fit paraître un mémoire sur les léproseries de Toulouse, auquel nous emprunterons d’intéressants renseignements. Le Dr Neret soutint aussi sa thèse inaugurale, en 1895, sur le même sujet. Dès une époque très reculée, la charité des Toulousains fit construire vingt-neuf hôpitaux. Ceux destinés aux lépreux étaient désignés sous le nom de ladreries, maladreries, mezelleries, et les lépreux sous celui de ladres, mezeli ou mezeux. Voici les noms des léproseries de Toulouse. Selon l’historien Catel, la maladrerie de la Porte-Narbonnaise attenant le château des Comtes de Toulouse fut transportée à la place de Busca. Ce fut une donation sans aucune stipulation de cens ou redevance. Mais en échange le comte prenait l’ancienne léproserie, sa voisine (1478). Un hôpital fondé en ii84 fut changé en maladrerie en i4oo, sous la rubrique de maladrerie de Sainte-Radegonde ou de la Meynadière. Elle passa, sur la réclamation du comte, à l’ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare qui eut le monopole des léproseries. La Maladrerie d’Arnaud Bernard ou des Minimes reçut des donations déjà en t3o2. Elle possédait des biens considérables. Maladrerie Saint-Cyprien.
La Maladrerie de la Porte-de-Matebiou exista au xive siècle. Mezellerie de la Porte-Neuve. Un acte conservé dans les Archives de la Préfecture, daté de 1268, parle de cette lépro-
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sérié qui existait déjà en 1216 ; ce qui est prouvé par des legs faits en sa faveur à cette date. En iÔ28, ses bâtiments furent transformés en hôpital des vérolés sous le vocable de Sainte- Catherine-les-Roigneux, hôpital des roignures, de la roigne de Naples. Or la vérole sévissait à Toulouse avec rigueur en iÔ28 et certes bien avant, confondue avec la lèpre. C’est qu’à Tholose la vérole a, dès la plus haute antiquité, compté de nombreuses victimes ; il y avait des lieux de débauche, et la ville en tirait des revenus. Les Capitouls s’adressèrent au roy en suppliant de mettre ces lieux sous sa protection et sauvegarde. Ce qui fut accordé en 1201. Plus tard toutes ces léproseries furent réunies en un seul établissement : l’hôpital des incurables de Toulouse. Ce fut en juillet 1696. Les léproseries de Toulouse étaient isolées et loin de tout grand chemin. Les lépreux allaient mendier aux portes de la ville, d’abord; puis vinrent les legs, les dons fournis par les églises. On trouve dans les archives de la ville, des bulles pontificales accordant des indulgences à ceux qui visitaient les lépreux et qui leur faisaient des aumônes. Léon X leur concédait cent jours d’indulgence (1619).
Au commencement, les léproseries dépendaient des paroisses. Au ix0 siècle, la lèpre fit d’immenses progrès; les léproseries se multiplièrent et tout lépreux devait être déclaré. Outre les léproseries il y avait des maisons particulières, dites maisons de santé où l’on soignait les lépreux riches.
En 1702, un édit du roi confirme l’ordre de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel, qui avait le monopole du soin des lépreux. L’ordre prélevait une portion des revenus des léproseries dont plusieurs devinrent très riches. Le roi nomma un donateur qui avait le gouvernement des léproseries d’un diocèse. Celui-ci resta en possession jusqu’en i345. A cette époque les capitouls (magistrats municipaux) devinrent le propriétaire de ce gouvernement. Le donateur était récompensé pour ses services rend us pendant les guerres. Le gouvernement des léproseries de Toulouse était donné par lettres patentes, comme don confirmé par le roi. Ce don valait plus de 600 deniers. Plus tard les léproseries eurent une vie propre et les lépreux administraient eux-mêmes leurs biens. Le pauvre hère, frappé par la main de Dieu, le lépreux, était redoutable pour la société; il était mort pour celle-ci, son mariage rompu, ses héritiers le spoliaient; il entrait alors dans
la léproserie ; revêtu de l’insigne, il ne pouvait pénétrer dans la ville de Toulouse et restait aux portes défendues par un garde, qui l’empêchait de fréquenter les habitants. Cependant des privilégiés restaient chez eux sans être séquestrés. Ils pouvaient aller au marché et à l’église, mais de bon matin, avant -qu’il y eut d’autres personnes. Un huissier continua sa charge, mais il dut rester chez lui, et défense fut faite à sa femme de le recevoir. Cependant lorsque les léproseries dépendaient du clergé il y avait plus de sévérité; le curé de la paroisse mettait le lépreux hors de siècle. Le jour de la séquestration, l’église était tendue de noir, à la porte on voyait une civière en cordes destinée à transporter le lépreux et autour de l’endroit où allait se placer le lépreux on tendait les tombes de ceux qui l’avaient précédé. Le recteur de la léproserie le conduisait par la main, suivi de ses parents et amis. On célébrait la messe des morts ; puis on le plaçait sur la civière, on le recouvrait d’un linceul et on le transportait au cimetière, devant une tombe creusée ; le prêtre lui mettait par trois fois de la terre sur la tête en disant : meurs au monde renais à Dieu1. O Jésus mon rédempteur, vous m’avez formé de terre, vous m’avez revêtu d’un corps, faites-moi revivre au dernier jour. Puis il lui donnait la housse et le baril et lui défendait de se laver et ses draps et chemises aux rivières, fontaines, puits communs. En lui donnant la panetière, il disait tu y mettras ce qui vous sera élargi par les gens de bien. Tu en auras souvenance et tu prieras Dieu pour tes bienfaiteurs. Puis il bénissait le mobilier, plantait une croix de bois en face de la porte et y attachait un tronc pour les aumônes que les pèlerins y déposaient. Le prêtre y mettait son offrande le premier et le peuple suivait son exemple et il priait : Dieu tout puissant qui par la patience de ton fils unique a brisé l’orgueil de l’antique ennemi donne à ton serviteur la patience pour supporter pieusement les maux dont il est accablé. Amen. Mon frère pour avoir à souffrir moult tribulation, on parvient au paradis où il n’y a nulle maladie où tous sont nets et purs, resplendissants comme le soleil, où que vous irez si Dieu plait. Prenez patience. Dieu demeure avec vous. Le lépreux ne pouvait ni hériter, ni tester; il était mort civilement. En
i. A Pâques, les lépreux sortaient de leurs tombeaux en mémoire de la résurrection du Christ.
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un mot le prêtre exhortait à la résignation ; puis le cortège se dirigeait vers la léproserie. Le meseau jurait sur l’évangile d’obéir aux règlements. On dressait son acte mortuaire que signaient la famille et l’assistance. Cependant ce cérémonial fut supprimé au xie siècle ; la messe des morts était remplacée par celle du Saint-Esprit; le lépreux était enseveli dans un linceul ; il devait baiser le pied du prêtre. Au cimetière le curé prenait avec une pelle de la terre et mettait sur la tête du malheureux, en disant tu es mort quant au monde ; aies patience; puis il le conduisait à la cabane en disant: tant que tu es malade tu n’entreras en nulle maison ; tu ne découcheras la nuit, ni en moulin n’entreras; ne en puits, ne en fontaine tu puiseras en ton bain et en ton escuelle. Tu ne regarderas et tu ne mangeras que tout pour toy ; tu n’entreras pas en l’église pendant le service. Quand tu parleras à une personne tu seras au-dessous du vent ; tu sonneras la tartavelle (cliquette ou crécelle) quand tu demanderas l’aumône en signe qu’il vous est défendu de parler à personne. Tu ne sortiras sans ta housse ; tu ne boiras qu’à ton ruisseau et ne puiseras qu’au puits et à la fontaine qui sont devant ta borde; tu seras toujours ganté; tu ne toucheras aux puits, ni à la corde sans tes gants ; tu rentreras chaque soir à ta borde (cabane). Je te défends que tu ne habites à autre femme que la tienne1 que tu touches à enfants et leur donner aucune chose ; tu ne mangeras en compagnie, sinon avec meseaux.
Le lépreux avait la barbe et les cheveux rasés et portait toujours sur l’épaule son signal rouge, une patte d’oie ou une main. Les lépreux cultivaient la terre, dans bien des villes il leur était permis de mendier pour la communauté, ils se soignaient entre eux. Les riches avaient des femmes de chambre qui avaient atteint la ménopause. Mais à Toulouse des femmes indemnes et jeunes même pouvaient servir les lépreux (Cuguillère). A sa mort le curé héritait de la maison des lépreux, de ses habits et de son mobilier. En i3i8, on découvrit que les lépreux, suscités par les Juifs, avaient empoisonné les fontaines dans plusieurs villes du royaume, particulièrement dans le Languedoc, jetant dedans certaine mixtion composée de sang humain et de quelques herbes, afin d’engendrer la
i. Saint Grégoire permettait aux lépreux de se marier. Mais Alexandre III imposait la continence si le lépreux était célibataire.
peste et de s’enrichir de la calamité publique (Historien Lafaille, Dom Yaissette de Toulouse, Dr Cuguillère). Aussi le peuple en brûlait autant qu’il en attrapait et les juges pour obvier à cette violence les sauvèrent et condamnèrent seulement ceux qui furent reconnus coupables. Tous les ans les consuls élisaient un prévôt ou major parmi les lépreux, qui veillait à l’observation des statuts. Les habitants de la ville étaient reçus à la léproserie en payant i5 livres, en apportant un lit, un matelas, un coussin, six draps, deux couvertures, dix écuelles, deux plats d’étain. Les pauvres donnaient, selon leur conscience et, à défaut de ressources, ils étaient reçus pour l’amour de Dieu. Les étrangers payaient 25 livres. En entrant dans la maison, chaque malade jurera sur les saints évangiles d’observer les statuts sous peine d’être mis dehors. Il est défendu aux lépreux de se quereller entre eux sous peine d’amendes ; et à la quatrième fois iis étaient privés des profits des quêtes ; et s’ils récidivaient, ils étaient expulsés. Lépreux et lépreuses étaient tenus à vivre chastement, sans rapports entre eux, à moins d’être mariés. Ceux qui juraient ou reniaient le nom de Dieu, de la Vierge ou des Saints payaient amende et à la quatrième fois ils étaient mis dehors avec confiscation de leur apport. Tous devaient aller aux fêtes pour quêter. Tous devaient dîner et souper ensemble et assister au bénédicité et aux grâces à peine de deux deniers pour l’huile de la lampe de Saint-Lazare. Tous étaient tenus d’aller, chaque jour, à l’église, et d’y entendre la messe. Si les lépreux était guéri, il sortait de la léproserie et reprenait ses droits civiques, après une messe d’action de grâces. Gela se passait après une visite médicale et grâce au certificat donné.
Le Dr Cuguillère (/oc. cito) se demande s’il y a eu erreur de diagnostic et confusion avec la syphilis ? Les syphilitiques avaient leurs hôpitaux à Toulouse (Sainte-Catherine) et même leur cimetière. Notre confrère croit qu’aucun document antérieur à 1028 ne mentionne la syphilis. En cela il fait erreur. La lèpre pour avoir été confondue avec des maladies cutanées invétérées pouvait être censée guérir dit-il; un certificat de guérison, délivré par Guy Patin, existe dans les archives de Toulouse, sous forme de lettre à l’archevêque. Quant au traitement de la lèpre à Toulouse on employait la chair de vipère, de crapaud... les eaux thermales. A Aix la piscine des lépreux est encore conservée. Le lépreux mort ne pouvait être intro-
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duit à l’église, si ce n’est dans le transept réservé aux lépreux. Dans l’église de Carcassonne on trouve encore cette disposition. Comme à Luz, il y a encore la partie réservée aux cagots. Il y avait à Toulouse les cimetières exclusifs aux lépreux dans chaque léproserie. Mais si le lépreux était riche, on pouvait l’enterrer ailleurs, selon son désir exprimé, et moyennant finance.
D’ailleurs il y avait à Toulouse le cimetière des Juifs, le cimetière des Nobles qui faisaient des legs, le cimetière de la pénitence (où l’on enterre aujourd’hui les exécutés ou les pestiférés), le cimetière des vérolés, et le Dr Cuguillère en conclut qu’on ne confondait pas la lèpre avec la syphilis.
Nous avons prouvé, avec Virchow, Broca, Lancereaux, que dans les cimetières réservés aux lépreux, on trouve des lésions syphilitiques sur les os des censés lépreux, lésions caractéristiques que ne présente jamais la lèpre.
Nous avons vu dans les pièces documentaires de Toulouse que la guérison du lépreux était admise. Lorsqu’il était guéri, il sortait de la léproserie, rentrait dans la vie commune et revendiquait les droits dont il a été frustré. Il rentrait dans la possession de ses biens. Selon le Dr Cuguillère, une messe de grâces devait être célébrée alors, et le lépreux d’autrefois laissait quelque partie de son avoir à ses compagnons d’infortune. Cette libération avait lieu, tout comme l’incarcération du lépreux, d’après conseil médical. C’est ainsique l’huissier G. Gourdin guéri, après avoir passé trois ans dans la léproserie, put reprendre ses fonctions, par acte du parlement. Il en fut de même de la chambrière D. Gravière, qui rentra à la société, après avoir passé plusieurs années dans une léproserie où elle soignait et pansait les lépreux. Il est probable que dans ces cas il s’agissait de tout autre chose que de lèpre, bien que la lèpre soit curable, même abandonnée à elle-même.
Le parlement de Bordeaux défendit, par un jugement du g juillet 1723, l’injure, en se servant du mot cagot, gïezi, gachet, gésitain ou ladre (lépreux). Bientôt après, le parlement de Navarre en fit autant. Aussi pour évincer la loi, les appelait-on des charpentiers. L’on sait que c’était là une des professions qu’ils étaient autorisés à exercer, comme celle de cordiers. On a soutenu que la lèpre a régné à Toulouse, du temps des Sarrasins ; une localité près de la ville s’appelle encore Castelsarrazin. Mais elle y existait bien avant leur invasion.
En 1903, je parvins à constater que la lèpre survivait toujours à l’état sporadique et que le Pr Chantemesse commit une erreur en disant qu’il n’y a pas de lèpre à Toulouse. Le DrCuguillère creusa profondément cette question et l’éclaira d’une manière bien plus complète. Prenant son temps et aidé par les érudits de la localité, il parvint à tracer l’historique des léproseries et à faire connaître les documents qui s’y rattachent, grâce surtout à M. Basquier, conservateur des Archives du département, et à M. Roques, archiviste du département.
Les asiles des lépreux étaient appelés à Toulouse maladreries, mezelleries, léproseries ; il y en a eu six. La maladrerie de la porte Narbonnaise, située au château Narbonnais, résidence des comtes de Toulouse, c’est le palais actuel de justice et la Cour d’appel. Elle portait, dans un acte de i3o6, selon Catel, le nom de Misse laria cas tri Narbonensis. En 1245, le comte de Raymond l’éloigna de son château et la fit transporter à la place Busca d’aujourd’hui. Les actes de donations réciproques d’échange entre le comte et les lépreux G. Daudé et B. de Nurijol (don fait par eux et leurs frères et sœurs à la léproserie de la porte Narbonnaise) sont conservés dans les archives de l’Hôtel-Dieu. La maladrerie Sainte-Rade g onde ou de la Meynadière était primitivement un hôpital, situé dans la ville, et fondé en 1 1 84 pour i3 pauvres et 2 prêtres. En i4oo il fut transformé en léproserie, par édit du roi et remis à l’ordre de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel, qui avaient alors le monopole des léproseries. Maladrerie d’ Arnaud-Bernard ou des Minimes ou de Saint-Roch, sur la route de Toulouse à Montauban. Actes de donation en i3Ô2, 1 448, i5oo avec biens considérables. Maladrerie Saint-Cyprien, sur le chemin de Toulouse à Colomiers, contiguë à l’église sur laquelle figuraient les armoiries du marquis de Louvois, commandeur de l’ordre de Saint-Lazare. La maladrerie de la Porte-de-Matebiou existait au xive siècle. Mezellerie de la Porte-Neuve, elle existait aux xie et xne siècles. Le Dr Cuguillère trouva dans les vieilles liasses un testament de A. Caulet Prébendier, faisant legs aux hôpitaux et aux sept léproseries de Toulouse et ordonnant de vendre son bréviaire de l’ordre Saint-Etienne au plus offrant. *
Chose bien intéressante et instructive', vers 1200, Dame de Langage fonda une abbaye avec chapelle et en devint l’abbesse. Cette abbaye se maintint pendant trois siècles. Ce sont