‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 34 sur 124 · COUP D’OEIL RÉTROSPECTIF SUR LA LÈPRE EN FRANCE · texte numérisé non relu

COUP D’OEIL RÉTROSPECTIF SUR LA LÈPRE EN FRANCE

lations et des diverses immigrations qui vinrent, à plusieurs époques de l’histoire, se mêler aux indigènes, modifier les races, et leur communiquer par cette fusion leurs attributs physiques, moraux et morbides. On doit donc avoir recours à l’histoire pour éclairer la question au point de vue chronologique et ethnique, concernant la contamination et les ravages terribles que subirent pendant des siècles, les habitants de FAquitaine.

Ce sont les Gols de la confédération Celtique qui peuplèrent et donnèrent leur nom à la Gaule, au Nord, tandis que les Ibères et les Cantabres s’établirent au Midi. Les Ibères proviendraient du plateau central de l’Asie, les Gols de la Germanie et les Cantabres des forêts vierges du nouveau monde (?) (Césare Moncaut, Histoire , 1860).

Vers 1600 avant Jésus-Christ, les Celtes franchirent les Pyrénées et envahirent l’Ibérie; d’où fusion des races et formation des Celtibères. Le Druide leur porta une religion d’Asie ou d’Egypte. Et, comme les prêtres de cette dernière contrée, il joignit la théologie à la médecine; il implora le Dieu des Dieux Teutatès et Ogmius Belen ou le Soleil. La lèpre ravageant déjà l’Asie et l’Égypte, il est rationnel d’admettre que cette première migration apporta aussi avec elle le germe de la maladie. Puis vinrent les Phéniciens, porteurs du morbus phenLcicus, c’est-à-dire la lèpre. Abordant à la Ligurie, à l’Aquitaine, en Armorique et en Ibérie, pour leurs transactions commerciales et leurs échanges de marchandises provenant de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, ils transmirent à leur tour la maladie par leurs colonisations et leurs croisements avec les indigènes dont ils épousaient les femmes.

La première colonie phénicienne se fixa à la rade d’Ampurias, vers i5oo. Les Ibères leur permirent d’y bâtir un quartier phénicien, la Dipolis (double ville). Ils fondèrent aussi Agothaïs (’AyaO Vj tu^y]) ou Agde sur l’Hérault, près de la mer, à proximité de Montpellier où, disons-le en passant, la lèpre a cruellement sévi et fît établir d’importantes léproseries, et où l’on trouve encore quelques exemples de survivance. Peu après la fusion des Phéniciens avec les Grecs, les Gréco-Phéniciens fondèrent une colonie considérable à Gadès (Cadix). Plus tard les Hellènes, successeurs des Phéniciens, infectés eux-mêmes de leur éléphantiasis (qui n’est que la lèpre) se firent aussi les colporteurs de la maladie. Les divinités phéni-

ciennes, empruntées primitivement aux Egyptiens, furent adorées dans toutes ces villes : le Soleil et la Lune (Osiris et Iris), Baal et Astarté. Le bœuf reçut aussi un culte à Narbonne et dans la Catalogne où l’on trouva ses idoles en pierre. Les Hellènes y introduisirent l’Hercule Grec et firent pénétrer dans la lanque basque une foule de mots qu’on y trouve encore. Et, anthropologiquement, le type grec et l’arabe, ce dernier du à l’envahissement par les Sarrasins, survit encore dans le Midi de la France. Les menhirs et les dolmens, monuments mégalithiques, parsemés en France, reconnaissent également une origine orientale. En Catalogne, les sépultures d’Ollerdola sont creusées dans le roc, sur le modèle des boîtes à momies. Dans les temples gaulois, on adorait encore Isis, la déesse des bords du Nil, lorsque le christianisme y pénétra, vers l’année 25o, après de grands massacres. Mais c’est surtout Constantin le Grand, empereur delà Gaule, de l’Espagne et de l’Italie, qui y établit définitivement le christianisme en 3o6. Disons, en passant, que c’est le Concile de Tolède qui aurait décrété le premier en 384, lo célibat ecclésiastique, notion que nous utilisons plus loin.

Ainsi les Phéniciens d’abord, les Grecs ensuite, introduisirent la lèpre, dont ils étaient très éprouvés, en Gaule, la Ligurie, l’Armorique et l’Ibérie, bien qu’il soit rationnel d’admettre que les populations de ces diverses contrées étaient déjà atteintes de la maladie par leurs habitants primitifs* émanant du plateau central de l’Asie premier foyer de la maladie, antant que l’on puisse remonter dans l’histoire.

Une troisième invasion de la lèpre est due aux Juifs qui, d’abord après la captivité de Babylone et plus tard sous Titus et Adrien, envahirent tout le Midi de l’Europe. Plus tard, sous Alaric-ij, en 5o6, de nombreux Juifs furent baptisés dans le Narbonnais; ils se mêlèrent ainsi à la population chrétienne. Or tous ces Juifs étaient les descendants des Hébreux de l’exode possédant la lèpre. Nouveau contingent colporteur. Des règlements sévères furent alors édictés contre les lépreux.

Après avoir exposé la survivance de la lèpre actuellement dans le Midi de la France, jetons un coup d’œil rapide sur quelques léproseries de l’antiquité, qui y ont été très nombreuses, et sur les mesures prises contre les lépreux, à une époque reculée de l’histoire de la maladie.

On doit se rappeler que Nîmes fut une colonie phénicienne

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et plus tard grecque ; nous l’avons déjà dit. Il était donc tout naturel que la maladie phénicienne et l’éléphantiasis des Grecs, c’est-à-dire la lèpre, y régnât. Parmi les démonstrations de cette origine il faut ajouter une toute récente. On a découvert à Comme, près de Nîmes, en 1894, une inscription grecque sur une mosaïque, dont voici la traduction : Pythis, le fils d’Antiochus exécutait; salut (communication de L. Heuzey, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, mars i8g4).

A Arles, une autre colonie phénicienne selon Valeriola, une loi promulguée depuis fort longtemps par le Sénat de la ville, enjoignait aux médecins de faire chaque printemps le cens des lépreux et de les séquestrer (Enarrat, Médicinal Libri sex. infolio gryphes, i554, p. 3g3). Paul d’Egine (L. 1Y) et Aétius (L. b. XIII, cap. 120) rapportent aussi que le même usage existait dans d’autres lieux. A Nîmes, une léproserie fut construite au xne siècle à Sommières. Elle élait située sur le chemin de Montpellier. Elle fut démolie en 1699. Or Nîmes était une colonie phénicienne et le sceau de la ville porte encore actuellement un crocodile attaché à un dattier. La ville de Cette a pour radical seth qui signifie montagne en phénicien.

Aigues-Mortes , ville fondée par Marius, consul et oncle de Jules César, selon les uns, par les Phéniciens, selon les autres, dès la plus haute antiquité, fut un foyer de lèpre et l’on y rencontre encore aujourd’hui quelques cas sporadiques, mal définis, frustes. Cette ville, située à l’Ouest du Delta du Rhône, où l’on prépare du sel marin par évaporation soléaire (en captivant l’eau de mer sur de larges surfaces peu profondes) fut rendue célèbre par la rencontre de François Ier avec Charles-Quint, en i538. Il y avait une léproserie aussi à Carcassonne. Charles le Bel adressa une lettre au Sénéchal concernant les lépreux. A Marseille, à Auriol, à Aubagne, on brûlait les lépreux vifs s’ils ne voulaient pas s’isoler. Les riches payaient, tandis que les pauvres étaient reçus à la léproserie pour l'amour de Dieu. Les lépreux et les lépreuses étaient tenus à vivre chastement, sans commerce entre eux, à moins d’être mariés. Le règlement admettait la guérison. Ils ne pouvaientdisposerde leurs biens, nitester,à moins de legs pieux pour le salut de leur âme ou qu’ils n’aient des enfants, auxquels cas ils devaient obtenir la permission des consuls, sous peine, en cas de guérison, de perdre l’habitation et tout ce qu’ils ont

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apporté. S’ils reniaient Dieu, la Vierge ou les saints, ils étaient d’abord condamnés à l’amende et dans le cas où ils auraient récidivé quatre fois, ils étaient mis dehors et leur apport était confisqué. D’après le règlement, ils devaient dîner tous ensemble et aller au Bénédicité et aux Grâces , à peine de deux deniers pour l’huile de la lampe de saint Lazare. Les lépreux étaient consultés pour les nouvelles admissions. Ils votaient à haute voix pour leur majorât. Les pauvres couchaient sur le sol couvert de paille. En i58o, il y avait 18 lépreux à Nîmes. Les étrangers payaient 375 francs (25 livres). Il y avait aussi plusieurs léproseries à Marseille et au Languedoc. Les lépreux vivaient 17 et même 3o ans. Les lépreux de la même léproserie pouvaient se marier entre eux (Puech, La léproserie de Nîmes). Pendant que le fléau sévissait avec violence, plusieurs lépreux furent condamnés à être brûlés vifs pour maléfice, parce qu’ils ont voulu rendre lépreux les habitants de la France et de l’Allemagne !

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