‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 37 sur 124 · GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L'INDO-CHINE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L'INDO-CHINE

chassent les lépreux et les obligent de s’isoler à l’ile de Selle. Ceux de Chicoundoussi vivent de leurs plantations. A la Grande Comore , l’île la plus importante du groupe, qui compte 53 000 habitants; il n’y aurait qu’une vingtaine de lépreux, la plupart tubéreux. L’administration vient à leur aide pour leur nourriture et leur habillement.

De 1897 à 1902 on y a soigné 126 lépreux dont 56 sont morts. On traite la maladie par l’huile de Chaulmoogra, le gynocardate de magnésie et l’ichthyol. Dans les poussées fébriles on administre le salicylate de soude ; puis les toniques, le cacodylate de soude en injections sous-cutanées ; pansement avec le permanganate de potasse en solution de o,25 par litre, pommade d’Aristol, d’orthoforme, d’ichthyol ; soins et propreté hygiéniques.

En 1912, le gouverneur Bodier a pris les mesures suivantes : la circulation des lépreux est interdite ; nul lépreux ne peut occuper un emploi public. Nul lépreux ne peut être marchand de comestibles, de boissons, de tabac, de drogues, ni boucher, aubergiste, cuisinier, blanchisseur, tailleur, fripier, domestique, barbier, écrivain public, nourrice, conducteur de voiture.* Les lépreux avérés seront isolés.

Établissements Français de l’Inde. — Ily a une léproserie à Pondichéry depuis 1826.

En i856 la léproserie fut abandonnée à la mission catholique. Elle fut remise au service local en 1898. La chapelle qui s’y trouve est un lieu de pèlerinage qui, pour être efficace, réclame de se mêler aux lépreux (Dr Lhomme).

Gouvernement général de l’Indo-Chine. — ■ Les colonies composant ce gouvernement sont la Cochinchine, le Cambodge, l’Annam, le Laos et le Tonkin.

Selon le Dr Janselme, il y a i5 000 lépreux dans l’Indo-Chine française. La lèpre est bien ancienne dans cette partie de l’Asie ; car les Chames qui ont précédé les Annamites avaient eu un roi lépreux au xme siècle. Le roi Siamois de 1767 était aussi lépreux. Le roi Yasovarman (ixe siècle) qui construisit Anchor était aussi lépreux. Sa statue existe encore et trahit sa lèpre.

Cochinchine. — Sur une population de deux millions d’habitants, il y a 3527 lépreux. La léproserie de Tinghé, près Saigon, en contient 200; il y en a encore six autres tenues par les sœurs de Saint-Paul de Chartres.

Zambaco. Anthologie. 22

On isolait les lépreux et l’on brûlait les paillottes après leur mort, ainsi que tous les objets leur appartenant, et on les enterrait très profondément. Les lépreux indigents étaient réunis dans une bâtisse isolée et nourris aux frais de l’Etat. Sous le gouvernement annamite on établit une léproserie à File de Mékong. Les Annamites croient à la contagiosité et à l’hérédité. On évalue le nombre des lépreux en Gochinchine à cinq mille environ. En 1903, on décida la création d’une léproserie dans l’île de Cu-lao-Kong. Les valides y cultivent le riz et le cocotier. Il y aurait au Tonkin, selon Jeanselme, 1 5oo lépreux. Au village de Mui, sur une population de 4oo indigènes, il y a 180 lépreux.

Cambodge. — Dans le Cambodge, selon Angier, la lèpre est endémique et paraît s’étendre. Les Cambodgiens sont convaincus que la lèpre est à la fois héréditaire et contagieuse. Néanmoins, ils n’isolent pas les lépreux qui, mutilés et pleins d’ulcères en suppuration, errent de village en village, quémandant leur nourriture aux marchés. Angier a vu une lépreuse indigène portant une ulcération de la narine, faisant l’office de bonne d’enfant chez un fonctionnaire européen ( Annales d’hygiène et de médecine coloniales , 1904, n° 1) et il commente cette insouciance qui ne fut pourtant pas funeste. La lèpre est répandue dans tout le royaume. Dans certains villages, il y a des lépreux dans toutes les familles; tant que le lépreux est valide, il vit dans sa famille ; plus tard on l’isole dans une case. Les indigents mendient. Il y en a qui vendent toutes choses dans les marchés, même des comestibles. Le divorce est possible, si l’un des époux devient lépreux. On enterre les lépreux ; on ne les incinère pas, de peur que la fumée ne communique la maladie aux assistants ! Les lépreux sont nombreux. Dans certaines localités tous les habitants le sont. Selon Sauton, parmi les chrétiens un sur 3oo habitants est lépreux. Les sœurs de la Providence de Portieux en soignent 60 à Culas-Yesi. Mais ils préfèrent la vie errante.

Au Lacs on craint la contagion et l’on isole les lépreux. On accuse la Chine d’y avoir introduit la lèpre. Après la mort, 011 brûle le cadavre et la case.

Colonies du Pacifique. — Nouvelle-Calédonie. — On prétend que la lèpre n’y sévit que depuis peu (?), ce serait encore un Chinois qui l’aurait introduite vers i863.

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Le Dr Grall publia dans les Archives de Médecine navale de i8g4, tome 62, un travail important, où il soutient que la lèpre ne fut introduite dans le groupe indigène qu’à l’année i865. Les tribus de la côte ouest, après l’insurrection de 1878, se sont dispersées en semant partout la lèpre. De 1886 à 1889, il se fît une grande poussée. Grall fut alors chargé d’une enquête. Sur 1 600 Canaques, il trouva 260 lépreux et 80 suspects. Parmi les Européens, il n’y avait que 6 cas en 1886 et en 1892, 9 colons et fonctionnaires, enfants d’Européens ou métis 6, libérés 11. Grall considère ces chiffres comme étant au-dessous de la vérité.

En 1889, toutes les tribus de la Grande-Terre, étaient contaminées. L’isolement n’est pas toléré et les commnnications libres continuent toujours. On créa 5 léproseries et, en 1898, pour mieux obtenir l’isolement, on établit une léproserie centrale à l’ile à' Art, située au nord de la Nouvelle-Calédonie. On y parqua 5oo lépreux, y compris quelques Européens. Le directeur était un missionnaire assisté de sœurs européennes et indigènes; il n’y avait pas de médecin. Mais les canaques s’évadaient et l’établissement fut envahi par des gens sains. Il y a eu 246 lépreux internés en 1893, 190 en 1894 et i63 en 1896. A la fin, en 1897 il n’y en avait que 100. Leur entretien coûtait 65 000 francs par an ; et l’établissement fut évacué. Cependant par les soins des chefs des tribus, on installa des léproseries dans 42 localités. En 1902, il y avait 568 lépreux indigènes séquestrés ; mais tous les lépreux ne sont pas internés ; il en reste de libres. La mortalité est très grande.

La lèpre dans la Nouvelle-Calédonie. — Le Temps du 3 octobre 1911 nous apprend que le ministre des Colonies a prescrit l’application de mesures sanitaires en Nouvelle-Calédonie, incité par le rapport médical annuel de 1910. Au 3i décembre 1910 le nombre des lépreux blancs internés à l’île aux Chèvres était de 5i, dont 26 hommes libres, 17 libérés de deuxième section et 8 femmes ou enfants.

Aux îles Bélep, il existait à la même date 70 lépreux d’origine pénale, à la léproserie de la pointe Nord (île Nou), i3 lépreux attendaient leur transfert au Bélep. En additionnant ces chiffres de lépreux blancs libres ou blancs d’origine pénale, on arrive à un total de i3i blancs isolés.

Malheureusement, le nombre vrai des lépreux existant en Nouvelle-Calédonie est beaucoup plus grand. Ces malades

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sont mêlés à la population saine, vont et viennent dans les endroits publics et un certain nombre d’entre eux exercent diverses professions. Le nombre total des Européens lépreux dépasse 3oo. Celui des lépreux indigènes est encore moins connu. Plus de 4oo sont en principe internés dans les léproseries indigènes. Mais leur nombre total est certainement bien plus élevé.

On prétend que ce sont les canaques qui ont été atteints les premiers et que les blancs le furent ensuite.

Iles Loyalty. — On y compte 200 lépreux environ. Ils se livrent à la culture de l’igname. Le traitement par le sérum de Carasquilla y a échoué, comme d’ailleurs partout, excepté entre les mains de l’inventeur.

La lèpre à l’île de Réunion ou Bourbon. — On sait que l’île de la Réunion, autrefois appelée de Bourbon, est une colonie française située à l’Est de l’Afrique, dont la population est évaluée à 180000 habitants et la capitale est Saint-Denis. La lèpre y a été observée depuis bien longtemps et elle continue d’y faire des ravages, bien qu’elle aurait perdu de sa violence et de sa fréquence.

Le Dr Brémaud, autrefois professeur à l’Ecole navale de médecine à Brest, que j’ai connu lors de mon enquête scientifique sur la survivance de la lèpre en Armorique, a été médecin de la léproserie Saint-Denis, il y avait alors trois cents lépreux. Mais les miséreux seuls consentaient à y aller; et encore, lorsque l’état avancé de leur maladie ne leur permettait plus de travailler, ni de se présenter au public. En outre les riches cachent soigneusement leurs lépreux et à tel point, que les enfants même de la famille ignorent avoir un frère ou un parent atteint de la maladie. On le relègue dans un cabanon construit au milieu d’une vaste propriété de 3oo hectares par exemple, dissimulé au fond d’un bois où le malheureux coule sa triste existence, abandonné, oublié, ignoré, car sa famille évite autant que possible d’être taxée de lèpre par la société.

Le Pr Brémaud croit à l’hérédité de la maladie, même à longue échéance; il lui a été donné de voir les parents et les arrière-parents de lépreux être indemnes, lorsqu’un grandoncle ou un arrière-grand-oncle fut lépreux. Il admet donc que la lèpre peut sauter, deux, trois et même quatre générations. On lui a cité des cas de transmission de la maladie par

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