INDO-CHINE
le séjour avec des lépreux ou bien à la suite de rapports sexuels. Il s’est laissé dire qu’un aumônier, confesseur de lépreux, fut contaminé et aussi qu’un chien de la léproserie, qui mangeait les restes de leur table, finit par gagner la maladie. A l’île Maurice a-t-il ajouté la crainte d’inoculer la lèpre fait qu’on ne se sert que du vaccin de veau. A File Maurice il y aurait plus de lépreux qu’à la Réunion, une centaine de malades selon le Dr Flament, actuellement. Disons en passant que le Dr Brémaud, de Brest, m’a affirmé avoir vu bien des lépreux et de toutes les formes, en Bretagne, même dans les rues de Brest; mais qu’il ne s’en était pas occupé. En i852 on fonda une léproserie à Saint-Denis, où l’on séquestre tout individu reconnu lépreux par la commission, à moins d’avoir les moyens de se faire soigner dans sa famille ou bien de quitter la colonie. Ce règlement n’est pas sévèrement appliqué. Les lépreux circulent partout. Ils montent même en wagon. Les frais d’entretien de la léproserie remontent à près de 5o ooo francs. La lèpre atteint aussi bien les Indiens, les noins de la côte d’Afrique que les créoles. En 1902, la léproserie dirigée par le Dr Auber contenait 61 pensionnaires dont le plus âgé avait 77 ans, et le plus jeune 22.
La lèpre, appelée koui, règne dans toutes les îles de l’Océanie: Archipel delà Société, des Marquises, desTuamolu, Gambier, Tubuai, Raivavae, Rapa, Rurutu, Rimatara, depuis bien longtemps. On accuse toujours les Chinois de l’y avoir importée. Mais les missionnaires, qui ont précédé ces derniers de longue date, affirment que la lèpre y existait partout bien avant Farrivée des Célestes (Kermorgant, Loc. cit.').
Indo-Chine. — Selon le Dr Barbezieux, à Yunnan-Fou et dans toute la Chine, on admet que la lèpre peut être transmise à l’homme par les œufs des poules élevées par des lépreux.
Nous avons dit dans nos publications sur la lèpre en Orient que dans certaines contrées, le peuple évite de manger des œufs provenant des poules nourries dans les léproseries et même la volaille élevée par les lépreux, de ce que ces animaux picorent les excréments des lépreux, déposés souvent en plein air. A ce propos je dois faire remarquer que depuis quelques années l’Europe, la France surtout, grâce à la compagnie de navigation Paquet , a vu naître un grand commerce de poules et d’œufs provenant d’Orient, principalement de la mer Noire, de Castambol surtout où dansles villages de lépreux
34a LA LÈPRE A T RA VERS LES SIECLES ET LES CONTRÉES
on cultive ce commerce productif. Ces produits, œufs et poules, mangés par les habitants de Constantinople et par les Français, grâce aux abondantes cargaisons Paquet, je ne sache pas qu’ils aient occasionné la lèpre à qui que ce soit. Mais les légendes vont leur chemin dans tous les pays et dénotent l’uniformité des conceptions humaines. Les Chinois prétendraient que les poules transmettent la lèpre par les crachats des lépreux qu’elles dévorent. Un autre fait fut signalé par le D1' Barbezieux : c’est que les Chinois croient à l’aptitude des poules à contracter la lèpre. Il a vu lui-même deux poules présentant des lésions de la lèpre humaine, savoir : la chute spontanée des phalanges. Ces poules provenaient de villages lépreux ; et pour parfaire la légende et son importance, j’ajoute que, selon l’auteur, les mandarins consacrent ces poules lépreuses à quelques génies et se gardent bien de les manger euxmêmes {Bul. de la Soc. méd. chirurg. de l’ Indochine et Presse médicale du 5 juillet 1911).
Amateur de poules et de faisans, j’en ai toujours possédé un grand nombre chez moi à Constantinople et j’ai remarqué, principalement lorsque les hivers étaient très rigoureux, que quelques-uns de mes pensionnaires devenaient paraplégiques absolument ; et quelques temps après leurs doigts fléchis, fortement crispés, se détachaient. Plus tard les animaux dépérissaient et succombaient sans autres signes, sans présenter nulle part le microbe de Hansen. Ça doit être une maladie connue des éleveurs, et qu’on aurait tort d’attribuer à la lèpre, lorsque ces animaux appartiennent à des lépreux. Nous savons d’ailleurs que la lèpre, maladie exclusive à l’homme, n’a jamais pu être inoculée à aucun animal, mammifère ou oiseau.
En ce qui concerne la lèpre humaine, sur 5i malades que le Dr Barbezieux a vus, il a rencontré 9 fois la lèpre chez un des ascendants directs; 7 fois cet ascendant était le père et 2 fois la mère. Sur 4i lépreux ayant des frères et des sœurs, la lèpre fut trouvée 5 fois chez l’un des consanguins : 2 fois chez un des frères, 3 fois chez l’une des sœurs. Sur 27 lépreux hommes ou femmes, mariés, la lèpre a été rencontrée 7 fois chez l’autre conjoint. Ce qui ne peut rien prouver, en faveur de la contagiosité; puisque rien n’est relaté concernant les antécédents de chaque conjoint. Et nous savons que, dans bien des localités lépreuses, les lépreux se marient entre eux. Sur 5i lépreux un seul a avoué qu’il y avait des lépreux dans