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LA LÈPRE DANS LA GRANDE-BRETAGNE

mais elle fut abandonnée à cause des dépenses qu’elle occasionnait. D’ailleurs les Marquisiens avaient protesté contre l’internement. Les lépreux ne sont pas mal vus par la population et trouvent femme facilement; on mange avec eux en trempant les mains ulcérées dans les plats, à la mode orientale ; ils circulent librement partout. La lèpre anesthésique y serait la plus commune. La tuberculeuse serait plus fréquente chez les Européens. On dit vaguement qu’un quinzième des habitants des îles est lépreux.

Le Dr Kermorgant dit que pour s’opposer à la diffusion de la lèpre, on doit procéder à un isolement rigoureux, mais avec tact, selon les races, pour ménager les mœurs et coutumes. Dans certains endroits pour se procurer le nécessaire, les lépreux posent leurs mains ulcérées sur les denrées qu’on leur abandonne alors volontiers. Les dépenses nécessitées pour l’isolement fructueux et efficace seraient très grandes. C’est là un sérieux obstacle à la réalisation générale de ce projet. Le Dr Kermorgant craint que les animaux élevés par les lépreux et vendus aux marchés ne communiquent la lèpre aux acquéreurs. Il demande qu’on défende aux lépreux ce commerce ; et il finit par cette phrase : c'est dans nos possessions lointaines qu’il faut combattre la lèpre si nous ne voulons pas nous réveiller un jour en face du même fléau dans la métropole qui risque d’être contaminée par les apports successifs d’outre-mer. C’est toujours le même refrain.

La lèpre dans la Grande-Bretagne. — Le Pr Simpson a publié un article très intéressant sur les anciennes léproseries d’Ecosse et d’Angleterre, dont il emprunte les détails à un travail de Thomas Stralton (Antiquarian and medico-historical notice of the Rochester and Chatham heper hospital of Saint-Bartholomew, Edinburgh Medical and chir. Journ., t 84 1 , janv. et avril 1842).

Dans le volume Vil, p. 424, il donne la liste des léproseries où figurent celle de Saint-Barthélemy à Chatham, qui fut fondée en 1078, dans la cité de Rochester. En i84(), il n’en restait plus que la chapelle. Le chef était un Prieur. L’asile était entretenu par le couvent de Saint-Adrew. Sous le règne d’Élisabeth, il ne contenait que deux malades (vie siècle). Après 1627, les revenus de l’hôpital furent pris par les gouverneurs et les patrons. En 1849, lèpre étant éteinte depuis des années, les revenus ont servi à soigner d’autres malades. Et, comme dans l’antiquité les lépreux restaient dans leur

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hôpital jusqu’à leur mort, l’hôpital transformé reçoit aussi les malades pauvres incurables, conformément à l’esprit du fondateur ou bien d’autres souffrants, jusqu’à leur guérison (Gundulph, Bishop of Rochester, 1078).

Au xne siècle, il y avait à Londres, ville insignifiante alors, six léproseries.

Alexander Fiddes, d’Édimbourg, a lu à la Société médicochirurgicale du 18 mars 1857, un mémoire sur la lèpre en Jamaïque. La lèpre, dit-il, bien que disparue depuis le moyen âge, se rencontre sur quelques natifs des îles britanniques qui n’en sont jamais sortis. De plus, selon Erasmus Wilson (in The Lancet of, i856), la Morphée et l’ophiasis (Alopecia Areata), qui paraissent à la face et à d’autres parties du corps, sont les vestiges de la lèpre. L’auteur ajoute qu’il ne serait pas déraisonnable de supposer que la maladie éteinte spontanément aux XVIe et xvne siècles, pourrait récupérer son ancienne activité dans un temps futur. « La lèpre a régné aux îles britanniques comme partout en Europe, au moyen âge, en tout pareille à celle d’aujourd’hui. »

Le regretté PrLesser de Berlin, Président du cinquième Congrès international de Dermatologie, en 1904, adressa une lettre au Dr Georges Pernet, directeur de l’Office central de santé à Londres, demandant des informations sur la lèpre dans l’empire britannique et les moyens prophylactiques employés depuis la conférence de 1897. Une enquête fut ainsi suggérée.

Le Dr Pernet s’adressa alors à M. Wellesley Bailey, secrétaire de la mission sur la lèpre dans l’Inde et au Dr Ashburton Thomson de Sydney pour l’Australie, et à tous les médecins sanitaires de l’Empire, en commençant par ceux delà Grande- Bretagne et de l’Irlande, qui pourraient observer des lépreux. Selon les informations reçues il n’y avait en tout que 33 lépreux dont 18 hommes et i5 femmes. Ces lépreux avaient contracté leur maladie en Australie, aux Indes, en Afrique, Burma... où la lèpre est endémique. Mais G. Pernet admet qu’il y a des lépreux méconnus et il est porté à en évaluer le nombre total en Angleterre à 4o ou 5o au plus.

En Angleterre la lèpre ne figure pas parmi les maladies dont la déclaration est obligatoire. Les lépreux sont libres de circuler partout; ils ne sont pas isolés dans les hôpitaux, mais reçus dans les salles communes. La lèpre ne figure même pas dans les statistiques mortuaires.

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