LA LÈPRE AUX IJS DES ANGLAISES
lamentable, épouvantable, de ces misérables si cruellement éprouvés qui traînent, en toute liberté, leur hideux aspect dans les rues, dans les marchés, partout, pour implorer la charité en s’exhibant presque nus, rongés par les ulcères et par la vermine. Ce n’est que dans ces derniers temps que l’on a établi des asiles pour placer ces malheureux, et leur jeter quelques miettes de pain pour les empêcher de mourir de faim, en agonisant lentement devant le public. Cependant les vice-rois et leurs gouvernements ne sauraient arguer d’ignorer la situation et le contraste de leur nudité hideuse avec les splendeurs et les magnificences insolentes des Nababs exhibant leurs pierreries et leurs broderies éblouissantes, avec emphase aux yeux de tous, dont ils couvrent même leurs éléphants !
En 1862, le Royal collège de Londres, à l’instigation du gouvernement anglais, fit procéder à une vaste enquête sur la lèpre, dans le but surtout d’étudier son mode de propagation. Ce 11’est qu’en i865 qu’il a pu réunir les documents qui lui sont arrivés de partout, les étudier scrupuleusement et publier un rapport officiel dont la conclusion, nettement formulée, était que la lèpre ne se transmet pas par contagiosité.
Derechef, en 1872, les Drs Tilbury Fox et T. Farquhar se sont livrés à une nouvelle enquête officielle, chargés par un comité présidé par le prince de Galles, depuis roi d’Angleterre, le grand Edouard VII, pour étudier le redoutable problème hygiénico-social de la lèpre dans l’Empire des Indes. Cette enquête dura jusqu’à 1875 et fut reprise par van Dyk Carter qui avait étudié la lèpre surtout en Norvège.
Le comité exécutif de Londres désigna une commission composée d’hommes de valeur, qui se rendit aux Indes et y procéda à une longue et consciencieuse enquête.
La lèpre aux Indes anglaises. — Rapport de la commission du the National Leprosy fund. Les membres de cette commission furent les Drs Beaven Rake, Buckmaster et Kanthack, Barcley et Thompson. Ces derniers étaient du service de santé de Bengale. Pendant plus de deux ans cette commission n’épargna ni son temps, ni sa peine pour enquêter dans toutes les provinces, afin de s’éclairer sur l’état de la lèpre ; elle fut même aidée par les laboratoires de Simla et d’Asmora. Voici un résumé de son important rapport. La commission a étudié 2 3i3 lépreux dont, en chiffres ronds, 56 pour 100 étaient
atteints de la forme tropho-nerveuse, i3 de la tubéreuse et 3i de la mixte ; 43 fois la maladie a débuté pendant l’adolescence ; et, — chose à retenir qui confirme ce que nous avons toujours répété dans nos diverses publications — 9,5 pour 100 de ces inscrits comme lépreux ne l’étaient point! En effet la lèpre est peu connue, peu étudiée, même dans ses foyers les plus actifs ; et des erreurs de diagnostic, en sa faveur ou à ses détriments, sont commises très souvent, même par des médecins instruits. Nous ne nous lassons pas de le répéter. La commission affirma que le nombre des lépreux na pas augmenté aux Indes dans ces 30 dernières années , et qu'elle n’était pas un grand danger pour l’Empire.
Il ressort de cette enquête que la latitude, l’humidité, le voisinage de la mer, la température ne paraissent pas exercer une grande influence sur le développement de la lèpre qu’on rencontre indifféremment partout, quel que soit l’indice tellurique, climatérique ou hygiénique. Par contre, l’amélioration de l’état social, du paupérisme, coïncide avec la diminution de la maladie. La contagion ne joue qu’un rôle des plus restreints dans V étiologie de la lèpre. Telle est l’opinion de cette commission scrutatrice, basée sur l’examen scrupuleux des faits. Tout en admettant que la lèpre est une maladie infectieuse, engendrée par un microbe spécifique, la commission ne la croit pas nécessairement contagieuse. Bien que la lèpre puisse être classée parmi les maladies contagieuses, les risques de contagion sont si petits qu’au point de vue pratique, il n’y a pas lieu d’en tenir compte. On doit tout simplement combattre les facteurs prédisposants.
Voici les arguments de la commission : Il est difficile de trouver des cas de contagion à l’abri de toute objection. La lèpre ne se propage pas d’une manière positive parmi les membres des familles ayant un lépreux chez elles. Elle se communique très rarement de l’époux lépreux à l’autre. Les agglomérations de lépreux, ou foyers, n’ont jamais contaminé les populations environnantes, bien qu’il n’y ait jamais eu des mesures restrictives. L’opinion que l’on peut gagner la lèpre par les pieds nus excoriés est erronée. Car on n’a jamais constaté le bacille, ni dans la poussière, ni dans les saletés des cabanes des lépreux. La commission a constaté très exceptionnellement que la lèpre fût communiquée aux personnes saines vivant avec les lépreux : surveillants, gardes-