‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 48 sur 124 · LA LÈPRE A TRI NID AD · texte numérisé non relu

LA LÈPRE A TRI NID AD

suites. Il est à remarquer que, pendant leur long séjour parmi les lépreux qu’elles soignent avec tant de dévouement, aucune d’elle n’a gagné la lèpre.

Deux femmes y devinrent enceintes. Aussi notre distingué confrère proposa la construction de cabanes pour les ménages, afin que certains lépreux puissent être mariés par un prêtre, comme l’avait fait le père Damien à Molokaï où 26 enfants étaient nés vivants dont deux seuls furent lépreux, bien qu’issus de parents lépreux et qu’ils aient vécu en toute promiscuité avec les patients (Dr Fitch, Appendix to report on leprosy in Hawaï, 1886, p. 3i). Vingt-cinq lépreux furent admis pendant l’année 1889, dont vingt-trois natifs de Trinidad; on en a renvoyé un parce qu’il n’était pas lépreux ; parmi les seize morts, sept étaient tuberculeux de Koch ; un succomba à l’asphyxie laryngée. Les lépreux anesthésiques sont autant enclins à devenir tuberculeux de Koch que les lépreux tubéreux. C’est le contraire de ce qu’a dit Leloir et de ce que j’ai moi-même constaté. Relativement à la contagion, le Dr Beaven Rake, impressionné par la mort du père Damien et l’inoculation de Kéanu, est pour l’isolement. Cependant il ajoute que dans un pays où la lèpre est endémique, tout habitant peut devenir lépreux, et que ces deux faits ne nous expliquent pas comment on gagne la lèpre; si c’est par contact, parles aliments, par les spores, etc. D’un autre coté, continue-t-il, un médecin norvégien (Danielsen) fît des inoculations sur lui et sur vingt individus avec des matières lépreuses, sans résultat; et le médecin italien Profeta inocula, sans succès également, en 1868 et en i884, deux femmes et huit hommes. Quant à la transmission par la vaccination, Archdeacon Wright adressa une circulaire relative à la transmission de la lèpre par cette voie, à tous les médecins exerçant dans les pays à lèpre, et leurs réponses furent uniformément négatives.

Le Dr Beaven Rake dit en propres termes : Autant que j’ai étudié le sujet, je 11e suis pas porté à admettre que la lèpre soit contagieuse dans le sens ordinaire du mot ; mais je suis pour l’isolement, pour supprimer les foyers du mal.

Père Etienne relate, dans son livre La lèpre est contagieuse, le nombre suivant pour Trinidad : en 1806, 3 cas ; en i8i3, 73; en 1817, 77; en 1878, 860. Tandis que selon Archdeason, il n’y a actuellement que 48o. Mais d’après le chirurgien général officiel, il n’y aurait que 348 dont 210 sont dans l’asile. Dans

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tous les cas, il y a loin des 860 lépreux censés exister en 1878. (Pour juger avec logique la marche de la lèpre àTrinidad, on doit tenir compte de la surprenante augmentation de la population dans l’appréciation proportionnelle des lépreux.) Le tiers des lépreux de l’asile étaient des coolies et 29 Hindous. « Il n’y a pas de doute que bien des coolies lépreux ne s’adressent pas aux médecins et demeurent inconnus. Comme il y a 25oooo lépreux (?) aux Indes, on est en droit de supposer que les lépreux indiens de Trinidad arrivent à l’île déjà infectés. Or on doit visiter et trier les émigrants venant de l’Inde. »

En recherchant sur les tombes des lépreux, B. Rake trouva le bacille de Hansen dans la terre ou bien quelque bacille analogue (?) ; tout comme Pasteur trouva le bacille de l’anthrax. Mais il constata aussi de tels bacilles dans la terre prise sur la tombe d’un phtisique. Il en conclut donc de ne pas attacher une grande importance à cette constatation. Il n’a pas trouvé le bacille dans le porc en décomposition, ni dans les poissons salés dont se nourrissent les coolies. Les inoculations tentées sur les lapins et les chats ont toujours été négatives. Le DrB.Rake propose au gouvernement de commuer la peine de mort en celle des travaux forcés à perpétuité pour les condamnés qui accepteraient d’être inoculés. Enfin il a retiré de bons résultats de l’emploi prolongé de l’huile de chaulmoogra. II observa sur le même sujet la symbiose de la lèpre et de la syphilis (comme nous-même). Chez bien des lépreux, B. Rake ne rencontra pas le bacille de Hansen. Aux autopsies, il trouva souvent des lésions des reins et il y constata quelquefois la présence des bacilles spécifiques. Il lui arriva de faire erreur en prenant pour de la lèpre une éruption de tubercules syphilitiques. Ce mémoire dénote un homme savant, excellent, patient observateur et un remarquable philanthrope.

Selon le Dr Wolff, chirurgien général, il y a eu en 1903 dans l’asile de Trinidad, 234 lépreux dont 87 femmes ; 4 étaient âgés de 5 à 10 ans et n3 de 4o ans; i53 furent laboureurs et 67 sans profession ; 126 étaient Indiens, 99 indigènes de l’île et 5o Portugais. Mais le total de ces malheureux serait de 5oo environ dans la colonie, pour 3ooooo habitants. La maladie frappe surtout les humbles. La lèpre est extrêmement rare chez les blancs. La détention est obligatoire, et défense leur est faite de vendre des comestibles, des vêtements, etc., depuis 1898.

AUX ANTIPODES. A USTRALIA ET TASMANIA

Bahamas. — Des 4o îles qui composent Bahamas, dans 5 seulement il y a un médecin ; consécutivement, les renseignements transmis au Dr Pernet n’ont pu être que très incomplets. En 1890, il y aurait en tout 62 lépreux; même nombre en 1899. Mais 23 de ceux-là étaient morts et il y eut 34 nouveaux cas. M. Albury croit qu’actuellement il y en a un plus grand nombre. Il y a une petite léproserie à New-Providence où entrent les lépreux qui le veulent bien; il y en a 10. Ils ne sont pas strictement isolés : la plupart vivent librement où ils veulent, mêlés au peuple.

Grenada compterait une vingtaine de lépreux.

British Guiana. — 11 y a une léproserie à Mahaica. Les pensionnaires n’y mènent pas une vie oiseuse ; ils s’y livrent à divers travaux de ferme. H y a une école pour les jeunes, il y eut en 1902, 4o8 lépreux dont 96 femmes. Les décès sont fréquents et causés par la dysenterie ; il n’y a pas à s’alarmer de l’augmentation de la maladie, il y avait 1 t 3 natifs parmi eux.

Aux antipodes. Australia et Tasmania. — - New Zealand et Cook Island. — Si le lépreux présente des lésions de la surface, qui peuvent contagionner, il est isolé, autrement il vit chez lui. Il n’y a pas de lépreux parmi les blancs. Les voitures qui ont transporté des lépreux avancés sont désinfectées. Il y a 5 lépreux dans l’asile dont un Chinois.

Fiji. — Il y aurait 4oo lépreux, selon le Dr Corney, parmi les Aborigènes, et 20 autres Indiens. En 1892, des démarches ont été faites pour les isoler ; mais on entre si l’on veut dans un établissement approprié où il y a 12 ou i3 lépreux en tout. En 1899 le gouvernorat décréta des règlements pour l’isolement dans des asiles, avec inspecteurs. Certaines professions sont défendues aux lépreux : vendre des comestibles, des boissons, du tabac ; ils ne peuvent être domestiques, barbiers, cuisiniers, voituriers, etc. Il est défendu de débarquer des lépreux étrangers, sous peine d’une amende de 100 livres pour le capitaine du vaisseau. Les lépreux doivent être internés dans les asiles et réintégrés s’ils s’en échappaient. Bref il y eut application des décisions de la Conférence de Berlin. Une léproserie fut établie à l’île Bega. Il y avait, en 1904, i4 Indiens et Malaisiens et un blanc. Ils sont visités tous les i5 jours par un praticien natif du pays, et une fois par mois par le médecin européen du district. Le Dr Corney n’est pas en état de

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dire si la lèpre augmente ou diminue, l’immigration des Indes continuant toujours.

En 1899, un règlement excessivement sévère fut promulgué, concernant les lépreux, par le gouvernorat de Fiji. Nous en extrayons les principaux articles. Toute personne, qui héberge ou emploie un lépreux, sera condamnée à une amende ne dépassant pas 5 livres sterling, ou bien à un emprisonnement, avec ou sans travail forcé, n’excédant pas un mois, ou à toutes les deux peines. Le lépreux sera transporté dans un asile affecté aux lépreux et y restera jusqu’à ce que le gouvernement le libère. Tout lépreux qui entrera dans un véhicule public, dans un hôtel ou dans un bain, sera poursuivi criminellement et condamné à une amende ne dépassant pas 5 livres sterling, et transporté dans une léproserie. Tout lépreux sera séquestré dans une léproserie. Tout individu qui recevra d’un pensionnaire de léproserie un aliment, vêtement ou autre article, sera condamné à une amende n’excédant pas 10 livres ou à un emprisonnement avec ou sans travail forcé, 11e dépassant pas 2 mois ou à toutes les deux peines. Tout lépreux étranger sera exclu de la colonie. Tout capitaine qui débarquera un lépreux sera condamné à une amende n’excédant pas 100 livres. Le gouverneur ou son délégué visitera toutes les léproseries tous les 6 mois. Ainsi, depuis 1898, des léproseries ont été établies dans presque toutes les colonies et les lépreux y sont séquestrés. On repousse aussi tout lépreux venant de l’étranger. Les natifs catholiques à Chota Nagpur, selon le révérend Ferdinand Hahn surintendant de la léproserie de Purilia, sont bien moins éprouvés ; parmi les 60000 convertis, il y a à peine 12 lépreux.

A Ceylan tout lépreux ayant les moyens peut faire construire, à ses frais, une maisonnette dans l’enceinte de la léproserie et y demeurer. Dans quelques léproseries, les lettres expédiées par les pensionnaires ne peuvent être mises à la poste qu’après désinfection opérée parla surintendance.

Somme toute, le long et copieux rapport du Dr G. Pernet, l’honorable et savant confrère, occupant une si haute position dans la science et dans le monde officiel, qui s’adressa à tous les médecins bien placés par leurs situations réciproques, à toutes les contrées où flotte le drapeau civilisateur et huma nitaire de la Grande-Bretagne, pour avoir des informations sur les lépreux, n’a pas fait avancer d’une semelle nos con-

AUX ANTIPODES. AUSTRALIA ET TASMANIA 4oi

naissances sur la lèpre. Mais la plus belle fille ne peut donner que ce qu’elle a. Or un bien petit nombre de ces médecins, même les officiels, se sont occupés des lépreux qu’ils coudoient pourtant pendant de longues années, et leurs rapports à leur chef hiérarchique s’en ressentent. Ce sont plutôt de petites notes de statistique, comme faites par quelque bureaucrate qui consigne — et encore d’une manière qui laisse beaucoup à désirer — le nombre supposé ou approximatif de lépreux, hommes ou femmes, leur âge, leur origine ; mais quant aux questions essentielles concernant la contagion, l’hérédité, le mode de propagation, etc.; aucune n’a été abordée dans leurs notes, la science ne trouve pas à y glaner le moindre grain. En revanche, partant d’un point qu’ils ne discutent point, mais qu’ils s’approprient sans contrôle, sans faits personnels cliniques, tous admettent la contagion excessive comme une vérité indiscutable qu’ils n’ont point contribué à établir — lorsqu’ils étaient si bien placés pour le faire. — - Or ces honorables et nombreux confrères s’attachent à détailler la manière dont les décrets draconiens de l’aréopage de Berlin (1896) sont appliqués partout, presque uniformément, sans omettre les peines (amendes, prisons, expulsions) dont sont passibles les malheureux lépreux et même les parents, amis, capitaines, etc., s’ils venaient à leur su et même à leur insu à enfreindre une clause quelconque des atrocement sévères règlements octroyés par les divers gouvernats des colonies. En un mot, la science n’a rien gagné de ces nombreux rapports. Qu’on les compare aux rapports si méticuleux, si scrupuleux, si scientifiq ues, publiés par les commissions envoyées de Londres aux Indes, principalement par le comité central présidé parle bien regretté roi Edouard VII — alors Prince de Galles — et l’on verra l’importance de ces derniers rapports basés sur des enquêtes longues et pénibles sur les lieux mêmes. La nullité des communications transmises à notre éminent, confrère le Dr Pernet, en ressortira alors dans son entier. Cependant feu le Dr Beau, médecin très distingué des hôpitaux de Paris, répétait toujours : le plus mauvais livre peut servir à quelque chose, on saura toujours tirer quelque profit de sa lecture en constatant ses erreurs, tout au moins. Ces rapports nous indiquent néanmoins que la lèpre sévit dans toutes les possessions anglaises, que les lépreux sont poursuivis, et que leur nombre commença à diminuer avant la conférence de Berlin.

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Nous saurons dans quelques années si l’isolement et la séquestration des lépreux a contribué aussi à cette diminution ce qui est probable. Car ces malheureux enfermés ne peuvent se marier, heureusement, ettransmettre leur hérédité morbide à leur progéniture. Or, cette diminution progressive ne devra pas être attribuée aux précautions prophylactiques prises contre la contagion. Enfin les miséreux lépreux placés dans les asiles y trouvent des soins que l’humanité impose à la civilisation.

Nouvelles-Galles du Sud. — On sait que les Nouvelles-Galles du Sud sont une colonie anglaise située sur la côte orientale de l’Australie, ayant plus d’un million d’habitants et dont la capitale est Sidney.

En 1907 , M. Ashburton Thompson, médecin en chef et président de l’office de santé, adressa un remarquable rapport au chef secrétaire du département de la Santé publique, sur la léproserie de cette contrée placée sous sa haute et si compétente direction.

En voici un résumé : Au 3i décembre 1906, il y avait dans l’asile 20 patients dont 10 blancs, 6 indigènes, l’un était descendant d’Européen, 1 de Fiji descendant aussi d’Européens, 1 natif d’Angleterre, 1 Irlandais et des Etats-Unis d’Amérique et enfant de lépreux de couleur : 1 Javanais et 9 natifs des îles Pacifiques. Le nombre total de lépreux reçus depuis i883, époque à laquelle commença la détention, a été de 110 dont 46 Chinois, 27 natifs de la Nouvelle-Galles du Sud, 6 Anglais, 4 Irlandais, 2 Allemands, 1 Belge, 1 des Etats-Unis d’Amérique, 12 des îles du Pacifique, 1 Egyptien, etc.^La lèpre n’y a pas progressé, bien qu’aucune mesure ne fût encore prise. Ainsi, disons par anticipation, qu’en 1908, il n’y eut que cinq réceptions à l’asile qui ne contenait alors que 19 lépreux en tout, savoir ; blancs 6, natifs de la Nouvelle-Galles du Sud descendants d’Européens, 1 natif de Victoria, 1 de Fiji descendant d’Européens, 1 Irlandais, 1 des Etats-Unis d’Amérique,

1 Syrien, 1 Javanais, 2 Chinois et 5 natifs des îles du groupe du Pacifique. Les observations des nouveaux reçus sont consignées avec détails dans ce rapport. Ce n’est que depuis 1908 que la déclaration des lépreux devint obligatoire de la part des médecins en Australie. Les navires qui ont transporté des lépreux doivent aussi avertir les autorités et désinfecter les cabines occupées par eux. Les lépreux doivent être isolés.

Dans ce remarquable travail, il y a un chapitre sur la conta-

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gion, dans lequel l’auteur, se rapportant à son mémoire adressé à la Commission anglaise, répète Leprosy is nos maintained or diffused by contagion. C’est là la conclusion du Comité of the National Leprosy fund en i8g3, qui ajoutait s’il y a contagion , elle est si faible qu’il n’y a pas lieu de faire des lois pour l’isolement, ni d’empêcher le mariage avec des lépreux.

Les médecins étrangers peuvent voir les malades et les étudier. Les dépenses ont atteint i 655 livressterlingcette année-là. Des tableaux soigneusement établis fournissent d’intéressants détails sur les pensionnaires. Les recherches bactériologiques ont été faites, parle Dr Millard, attaché au département de la Santé Publique. On expérimenta la pilocarpine. Des observations détaillées sont annexées à ce rapport. En voici un succinct résumé des plus importantes, qui rend compte de la lèpre à la Nouvelle-Galles du Sud et de ses allures.

N° i : Une femme fut autorisée à vivre chez elle, sous surveillance ; Anglaise, issue de parents anglais, née à Hull en i84i. Arrivée à Sydney en 1866; la maladie débuta en 1892, par des placards; en igo5, ulcères à la plante du pied droit avec expulsion d’os peu douloureuse ; engourdissement et déformation. Elle n’a jamais eu de pemphigus, ni épistaxis, ni symptômes nasaux précurseurs. Admise dans divers hôpitaux, la maladie fut méconnue. Le mal perforant du pied dura i3 ans; elle n’a pas senti de douleur lorsqu’on enleva un fragment de peau pour l’examen microbiologipue qui fît constater un bacille avec morphologie et réactions de celui de la tuberculose et de la léprose (?). Finalement, on posa le diagnostic de lèpre et X... fut envoyée au lazaret. Le pied gauche est déformé par expulsion des os métatarsiens et de phalanges. Anesthésie au contact. Elle demeura chez son fils sain ; mais seule dans une chambre et fut visitée tous les trois mois par le médecin. La maladie resta stationnaire pendant plusieurs mois.

N° 2 : Lépreuse native de la Nouvelle-Galles du Sud ; mariée en i883; sa maladie débuta en 1888 par faiblesse du pouce gauche et atrophie des muscles de l’éminence thénar..., 4 ans après, mêmes phénomènes à droite; ni épistaxis, ni rhumatisme, ni névralgie. Etat général satisfaisant ; elle soigne de son mieux son mari et son enfant. Elle n’a jamais fréquenté quelqu’un souffrant de lèpre; paralysie des orbiculaires, disparition des sens du tact et de la température. Les lèvres n’ef-

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fectuent pas de mouvements volontaires; en parlant elle applique un doigt sur la commissure gauche ; ailes du nez. immobiles ; pas de macules à la face ni au cou ; mais sensation tactile nulle à la face et à la nuque ; elle ne sent pas les corp& chauds ; mais elle apprécie le froid ; chevelure abondante ; elle sent le peigne seulement dans certaines parties du cuir chevelu ; pas de pigmentation ; placards de macules rouges, rondes ou ovales à l’épigastre et au dos ; ulcérations éphémères, récidivantes ; petites tumeurs aux coudes ; lépromes avec bacilles spécifiques ; la deuxième et la troisième phalanges des doigts sont fléchies ; mais la première n’est pas rétractée mT dernières phalanges résorbées en partie : ongles peu déformés ; déformations analogues, moins prononcées, des orteils. Cette femme a continué à vivre chez elle pendant 20 ans. Après l’usage de la pilocarpine, on ne retrouva pas le bacille.

Le troisième lépreux Zandiotis, fut un grec des îles Ioniennes — où il y a des lépreux dont j’ai vu plusieurs à Constantinople (Z.) — émigré en Australie en 1909, avec vingt autres Grecs, il s’embarqua à Port-Saïd. Quelques mois après son arrivée, il eut une éruption à la face et consulta un médecin qui ne reconnut pas la maladie ; plus tard il s’est présenté à la consultation d’un hôpital où l’on posa le diagnostic et il fut envoyé à l’asile. Principaux symptômes: sourcils peu fournis à leurs extrémités externes, face injectée, infiltrée; lépromes molluscoïdes, sur les piliers du voile du palais et granulations ; au tronc lépromes et macules; aux bras lépromes dont plusieurs revêtent l’aspect du lichen planus ; nerfs médians tuméfiés..., pieds cyanosés, bacilles de Hansen. Bref, lèpre tubéreuse. Il fut rapatrié. Le quatrième était marin ; né à Londres en 1862 de parents inconnus. Il voyagea beaucoup ; en i885, il se fixa à Sidney ; puis il se rendit à Fiji, et enfin revint à la Nouvelle-Galles où il fut mineur. Début : engourdissements des membres, fièvre à apparition intermittente, épistaxis, maux de tête, bulle sur le gros orteil gauche suivie d’ulcères; ulcérations des coudes, anesthésie des membres progressive, brûlures inconscientes. En septembre 1907, il entra à l’hôpital général de Sidney pour son ulcère de l’orteil ; puis fut transporté à l’hôpital ophtalmologique pour une iritis ; puis il entra à l’asile de Parramatta ; plus tard il rentra à l’hôpital ophtalmologique (1908) où l’on pratique l’iridectomie à droite; en février 1909, il entra derechef au bénévole asile d’où il

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sortit au mois de mai ; il consulta aussi plusieurs médecins en ville; revu enfin à l’hôpital de Sidney en janvier 1910, on reconnut la lèpre. Il fut alors placé à la léproserie, le i4 novembre. Cependant, ajoute le Dr Ashburton Thompson, à un seul coup d’œil un léprologue aurait reconnu la nature de la maladie depuis bien longtemps 1 II n’a jamais eu la syphilis. Ainsi à la Nouvelle-Galles, bien des médecins des hôpitaux les plus distingués ne sont pas en état de reconnaître la lèpre qui y sévit pourtant toujours ! Cette ignorance concernant la lèpre est universelle ! Et l’oculiste, Dr Gordon Macheod soutint que les lésions oculaires sont indépendantes de la lèpre ! Certes l’éminent léprologue Ashburton Thompson n’est pas de cette opinion, car la lèpre produit de telles lésions. Du reste le patient présentait en même temps des stigmates certains de la lèpre. En effet, lors de son admission à la léproserie, il avait la figure infiltrée, notamment les régions sourcilières, des granulations du palais, déformation, épaississement des pavillons des oreilles où l’on constata le bacille spécifique ; macules sur le corps et les membres, nerfs cubitaux engorgés, mains^ cyanosées, éminences hypothénars atrophiées, doigt auriculaire en flexion permanente, hypoesthésie et anesthésie des membres... Le malade fut traité par l’huile de chaulmoogra. Cinquième malade, un Syrien, natif d’un village voisin du mont Liban. (Je dois faire remarquer que toute la Syrie est éprouvée par la lèpre et que j’ai rencontré beaucoup de ses victimes lors de mes voyages dans cette contrée; il y en a aussi au mont Liban. Z.) Né en 1875, il arriva directement à Sidney en 1895. Avant huit mois son attention fut attirée déjà par la faiblesse et l’amaigrissement de sa main et de l’avant-bras gauche ; six mois avant il eut des fourmillements à la face. 11 vint de Lismore à Sidney pour consulter. Les deux tiers externes des sourcils sont dégarnis de poils; ganglions inguinaux très tuméfiés, infiltration de la face avec macules qui existent aussi sur le tronc et les membres ; nerf cubital épaissi, atrophie des régions hypothénars, flexion permanente des doigts, pas de lépromes, sensibilité diminuée aux mains et aux avant-bras, tant au point de vue du toucher que de la température. Bacilles de Hansen.

Le 6e cas est peu étudié à cause de l’état mental du sujet. 7e cas. La maladie aurait débuté en 1899. État général très bon. Narine gauche obstruée, peau des coudes épaissie, dernières

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phalanges résorbées; ulcères des jambes parfois douloureux; orteils déformés par l’élimination des os ; bacilles spécifiques. Traitement : alternativement chaulmoogra et gynocardate de magnésie. 8e cas. Le patient ne s’aperçut de sa maladie qu’en 1898. Au dos aspect bronzé de la peau, depuis l’angle de l’omoplate jusqu’à la 12e vertèbre; larges macules sur les membres; nerfs cubitaux tuméfiés et hyperesthésiques; peau des mains et des avant-bras épaissie, force des mains diminuée, macules sur les membres pelviens. Présence de bacilles. 9e cas. Lèpre tubéreuse, lépromes aux pavillons des oreilles, macules, pigmentation du corps et des membres, même aux régions thénar et hypothénar, iritis, synéchies, infiltration lépreuse de la base de l’iris, bacilles. 10e cas. Début en 1902; macules, bras cyanosés, exsudats lépreux sous-cutanés aux membres supérieurs, bacilles ; gynocardate de magnésie, abcédation des exsudats; puis amélioration. 11e cas. Ce qui est à remarquer, c’est la coloration bronzée de la peau du dos et des épaules; petits lépromes aux dos des mains et aux poignets \ pas de bacilles. Traitement par le gynocardate de magnésie, amélioration. Mais l’auteur fait judicieusement remarquer que de telles améliorations surviennent spontanément dans la lèpre et que l’on a tort de les attribuer toujours aux drogues employées. 12e cas. Début en 1904, peut-être même en 1908. Macules au dos qui ont blanchi, idem sur les bras,

insensibilité des extrémités bacilles. Traitement par le

gynocardate de magnésie, amélioration. i3e cas. Apparition des premiers lépromes en 1907; sourcils glabres aux côtés externes; masque pigmenté, peau bronzée au dos à la région des omoplates et surtout aux lombes ; fesses bronzées, ainsi que les avant-bras, mains cyanosées; idem aux extrémités inférieures; sensibilité fort peu affectée; aussi cette femme peut se livrer aux travaux d’aiguille; lépromes aux sourcils, au front, discrets. Traitement: chaulmoogra, gynocardate de magnésie et aspyrine, huile de morue, alternativement. Température habituelle 95 Fr., parfois 97, 98,6 et même 99. On ne peut s’expliquer pourquoi cette ascension. En juillet 1910 la température atteint, le soir, ioi°, et le 27 du même mois 102° parfois; ces variations ont duré jusqu’au i3 septembre. La fièvre coïncidait avec des éruptions de lépromes. Plus tard les exsudats profonds ont diminué et il n’en restait que peu vers la fin de septembre. Le résultat définitif fut une coloration

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bronzée foncée de la peau, en général. i4e cas. Né en Irlande en i84o, de parents irlandais, il émigra à Victoria en i856, laboureur, célibataire, jamais de relations avec les indigènes ou les Chinois. En 1903, rhagades de l’auriculaire droit ne se cicatrisant pas; les 2 phalanges ont disparu par résorption, sans élimination d’os. En 1905 quelques placards de psoriasis, macules du dos cerclées de blanc. Nerfs cubitaux très tuméfiés et hyperesthésiés, atrophie des muscles des avantbras, ainsi que de ceux des éminences thénar et hypothénar; le petit doigt droit perdit le tact; nerfs péroniers tuméfiés. En décembre 1905 il quitta l’hôpital de l 'Admission, où il fut reçu en juillet. En septembre 1906, il retourna à la ferme. En

1907 il rentra au même hôpital, sa main droite ne pouvant plus le servir ; puis les 3e, 4e et 5e doigts de la main droite se sont fléchis; cyanose des mains et des avant-bras; muscles interosseux de la main gauche atrophiés, diminution de la sensibilité au toucher et à la température au bras, l’avant-bras et la main droits (pouce, index et le côté radial du médius), nerf péronéal droit très tuméfié tout en conservant sa sensibilité normale; le gauche tuméfié et presque insensible. En

1908 la seconde phalange de l’auriculaire droit fut résorbée, peau des sourcils infiltrée et dénuée de poils, pavillons des oreilles infiltrés, macules aux deux pieds. En décembre 1909, les macules des pieds disparurent, l’auriculaire droit suppura; sa 2e phalange fut éliminée ; traitement par la pilocarpine. En septembre 1910, amélioration ; les infiltrations ont diminué partout. Les nerfs faciaux sont hyperesthésiés ; la coloration bronzée a disparu; nerfs cubitaux moins tuméfiés et sensibles à la pression; doigts constamment fléchis sur la première phalange, taches rouges sur les avant-bras et les dos des mains; placards de psoriasis persistant; jamais on n'a pu constater le bacille , ni en août, ni en novembre. Traitement : calomel et iodure de potassium; puis chaulmoogra, fibrolysine sans effets appréciables. Quelques phototypies très réussies accompagnent ce compte rendu de la léproserie pour l’année 1910. On y voit une main mutilée à la façon du mal de Morvan, dûment lépreuse, et le squelette d’une main rendu par radiographie qui montre très clairement la résorption des pha langes. On doit remarquer que dans la léproserie de New South Wales, selon les tableaux de son éminent directeur, il y a eu fort peu d’Européens lépreux. Ce sont surtout des Chi-

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nois, des Fijiens, des Indiens et quelques cas bien rares

d’Anglais, d’Irlandais, d’Allemands, de Belges, un ou deux par an et par-ci par-là. Un de ses tableaux (Appendix) de son rapport de 1902 relate les lépreux admis depuis i883 jusqu’à 1901.

Nous avons cru utile de mentionner brièvement les observations prises par notre éminent confrère pour montrer quelle est la marche et quelles sont les allures de la lèpre dans la Nouvelle-Galles, et pour signaler également, fait très important, que chez quelques malades le bacille spécifique de Hansen a complètement manqué, bien que la lèpre offrît cliniquement le tableau le plus parfait, le plus classique. Enfin souvent la maladie n’a pas débuté par les fosses nasales.

Le grand Pinel a dit : « Le fondement solide de toute connaissance en médecine doit toujours reposer sur celle des faits particuliers, c’est-à-dire sur des histoires individuelles des maladies. » Le directeur de la léproserie de la Nouvelle- Galles du Sud est absolument de cet avis. Effectivement ce sont des faits qu’il faut rassembler, sans savoir où ils conduisent ; mais avec le seul désir de les bien connaître.

Voici la conclusion du rapport de Ashburton Thompson, de l’année 1907 : Leprosy is not maintained or diffased by contagion. C’est là la conclusion aussi du comité of the National Leprosy Fund en 1898, qui ajouta s'il y a contagion elle est si faible qu'il n'y a pas lieu de faire des lois pour /’ isolement , ni d’ empêcher le mariage avec des lépreux. Complétons l’opinion de cette savante commission.

On sait que cette commission se livra aux Indes à un travail consciencieux et prolongé sur les lieux mêmes et proclama que bien que la lèpre soit une maladie infectieuse et bacillaire, il n’y a pas de preuves suffisantes qu’elle soit contagieuse. Le bacille vient de dehors. Bref, une maladie peut être considérée scientifiquement comme infectieuse et contagieuse et classée comme telle, lorsque cliniquement et pratiquement elle ne doit pas être appelée contagieuse. Et le Dr Ashburton Thompson ajoute : pratiquement l’influence de la contagion est réduite à une absurdité. Il consigne de son côté les résultats des consciencieuses recherches de la commission anglaise of the National Leprosy Fund. Des 8 malades considérés dans sept différentes villes comme consécutifs à la contagion, 3 n’étaient pas lépreux (il s’agissait des servants dans

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les léproseries), 4 étaient déjà lépreux avant d’entrer dans ces asiles; un seul devint peut-être lépreux par contagion, et encore c’està savoir. Des 719 lépreux vivant dans leurs familles, et examinés dans diverses villes, seulement 95 étaient réellement lépreux. Ils vivaient avec 1 691 individus dont 17 seulement étaient atteints de lèpre. Il s’agissait de maris, de femmes et d’enfants; 38i couples mixtes ont été examinés dans 37 différentes localités, 25 seuls des conjoints de lépreux furent trouvés atteints. Mais ce chiffre doit être réduit à 19 parce que dans les autres cas, époux et épouses ont été atteints en même temps. Dans les autres 5, le conjoint sain devint lépreux 16, i4, 12 et 3 ans après la mort du lépreux conjoint; et deux cas ne pouvaient être attribués à la contagion que d’une manière très douteuse. « En plus, très petite est la proportion des personnes vivant pendant longtemps au milieu de lépreux, dans les léproseries, qui gagnent la maladie. Cependant scientifiquement la lèpre doit être regardée comme contagieuse et inoculable. »

Le Dr Hutchinson, membre du comité, ajouta qu’il n’est pas à croire que l’isolement puisse produire un effet sur la diminution de la maladie. Il considère la séquestration comme injuste; et sir Dyce Duck Worlh dit qu’il n’y a pas de preuve évidente qu’un lépreux constitue un grand danger pour la communauté. Mais Héron et Macnamara persistent dans leur opinion que la lèpre est maintenue et propagée par la contagion; tandis que A. Clark, sir James Paget, sir J. Fayrer, sir ■G. Hunter et Jonathan Hutchinson sont d’un avis contraire. Le comité du Royal College of Physicians de 1867 avait dit de son côté que la conviction unanime des observateurs les plus expérimentés fut contraire à la contagion et à la communication de la lèpre par la proximité et le contact avec les lépreux.

« L’évidence ressort de l’expérience des directeurs des léproseries. Les faits en bien pelit nombre contraires à cette opinion sont dus à des observations imparfaites et rédigées avec si peu de détails qu’ils ne peuvent modifier la conclusion ci-dessus formulée. La même conclusion fut exprimée par Hirsch en 1881, dans son ouvrage Geographical and Historical Pathology dans ces termes : « ma conviction est décisive et « indisputable ; les faits sont matériellement contre la conta- « gion. » On doit, à propos de la théorie d’une longue incubation, tenir compte de ce que les patients ont vécu bien

li 10 LA LÈPRE A TR A VERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

longtemps dans un pays où la lèpre est endémique. Quant à l’hérédité, la commission et le DrA. Thompson n’admettent qu’une prédisposition héréditaire pour contracter la lèpre, par le fait d’avoir des parents lépreux. Ainsi la lèpre n’y serait pas transmise des parents aux enfants. Cette prédisposition pourrait se transmettre des ancêtres aux descendants, lors même que les parents directs ne seraient pas atteints de la lèpre. Il faudrait donc éviter les mariages avec des individus se trouvant dans ces conditions.

La commission et le Dr A. Thompson n’ont jamais vu un enfant naître avec les signes de la lèpre, pas même présenter ceux-ci peu après sa naissance.

Mais nous avons publié et fait même reproduire par la chromolithographie de tels exemples, dans notre livre les lépreux ambulants de Constantinople . Or leur assertion se trouve annulée par des faits certains. Ils disent d’autre part, que lorsque les deux parents sont déjà lépreux, lors de leur mariage, les enfants deviennent lépreux dans la proportion de 4, 5 ou de 7 pour ioo; mais ils expliquent le fait par la vie écoulée par tout ce monde dans les mêmes conditions et non par l’hérédité. Ainsi, finalement, A. Thompson admet que l’hérédité constitue un facteur étiologique ; mais les lépreux sont en général stériles, ce qui est un bienfait de la nature (il n’en est pas ainsi partout).

Des i 564 mariages, 71 étaient contractés par tous les deux conjoints lépreux, et 1 4ç3 par un lépreux et un conjoint sain. Il y a eu 2915 enfants dont 5 pour 100 seulement furent lépreux. Ainsi, dit A. Thomson avec la commission, 1 635 lépreux seront remplacés par 1 45 et ils en infèrent que le nombre des lépreux n’augmente pas par les mariages. En outre ils pensent que la mortalité est très grande chez les enfants des lépreux et que leur vie est courte, de telle façon que 168lépreux seront remplacés par 3 ou 4 lépreux seulement. Donc, si la propagation de la lèpre dépendait seulement de l’hérédité, la diminution en serait dans la proportion de 99 pour 100, pour une seule génération.

L’héritage décerne une susceptibilité, une aptitude à contracter plus facilement la lèpre, aptitude que n’ont pas les enfants nés de parents non lépreux; si, bien entendu, ils vivent dans les milieux où existe la lèpre endémiquement. Cependant dans l’hérédité on doit aussi tenir compte des pa-

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rents collatéraux aussi et non uniquement des géniteurs et des ascendants directs. Bref, la conclusion finale est que l’hypothèse que la lèpre est propagée et maintenue par la contagion est sans fondement ; le maintien de la maladie dépend surtout des causes ambiantes. La découverte du bacille par Hansen en 1874 parut fournir une arme en faveur de la contagion. Aussi ce léprologue attribue-t-il à l’isolement la diminution de la lèpre en Norvège. « Cependant cet isolement n’a jamais été strictement effectif à la Norvège, de manière qu’on puisse lui attribuer judicieusement la suppression de la contagion » (car les malades pouvaient se promener en ville).

Quant à l’opinion de Hutchinson concernant l’ichthyophagie (poissons de mer ou de rivière, frais, salés ou pourris), les faits la démolissent ; puisque la lèpre sévit dans des contrées dont les habitants ne se sont jamais nourris de poissons. « Il est évident que la théorie de la transmission de la lèpre par son bacille ou bien par ses spores (Neisser) est la plus séduisante et s’accorde avec les théories actuelles sur les maladies infectieuses. Mais comment, par quelle voie pénètrent-ils dans l’économie?» Pourquoi le bacille est-il vulnérant dans telle contrée et inoffensif vis-à-vis des individus environnants, dans telle autre voisine de la première, on ne peut encore donner l’explication de ce fait, or l’ambiance y joue, certes, un rôle prépondérant. La clinique combat l’ultracontagionnisme, par le seul fait du bacille. Selon les auteurs anglais l’ambiance, les conditions du milieu de Y environnement jouent un grand rôle dans la contractation de la maladie, sans exclure la prédisposition et l’immunité individuelle, ce qui conduit à dire que la lèpre est une maladie endémique. Le fait qu’elle ravage telle localité et respecte absolument telle autre, sa voisine, prouve que les circonstances essentielles de la propagation de la maladie nous échappent encore ; toujours est-il que les conditions hygiéniques générales et individuelles jouent un grand rôle dans l’aptitude de gagner la lèpre. Il est indéniable que l’amélioration de l’hygiène fait diminuer et disparaître la maladie, même dans les milieux les plus ravagés autrefois. En résumé, la bonne hygiène, la propreté, la bonne nourriture, la disparition du paupérisme, supprimeront la lèpre. C’est ce qui arrive partout, même aux Indes où pourtant, malheureusement, la misère et les famines préparent toujours des candidats aux maladies infectieuses.

L’inertie du bacille vis-à-vis des grandes capitales, Paris, Londres, Vienne, Berlin..., malgré la promiscuité incessante des habitants avec des nombreux lépreux exotiques qui y vivent en toute liberté, est une démonstration clinique, mathématique, de ce que nous venons d’avancer.

Jamaïque. — La Jamaïque est une des grandes Antilles anglaises. Le Dr Alexandre Fiddes en parlant de la lèpre à la Jamaïque, à la Société médico-chirurgicale d’Edimbourg, le 10 mars 1857, dit, en comparant la susceptibilité des diverses races à gagner la maladie que dans la ville de cette île, peuplée de 3o ooohabitants dont 16000 nègres, 10000 individus de couleur,

2 5oo blancs (Saxons, Celtes, Espagnols) et 1 5oo Juifs, ces derniers sont atteints dans la proportion de 2 pour 100, les races noires de 1 pour 100 et les Européens y sont peu exposés à contracter la maladie. Pendant les i5 années que notre confrère y a exercé, il n’en a vu que 5 cas chez ces derniers dont

3 étaient natifs de l’île, un né à Saint-Domigue et un Anglais qui avait résidé 12 ans en l’île avant d’être atteint. Ainsi ce sont les Juifs surtout qui sont éprouvés; vient après la race noire ; puis les Européens ; les descendants de ceux-ci le sont encore moins que leurs ascendants. On peut dire que ces derniers jouissent même d’une immunité; mais on doit savoir qu’ils sont aussi moins exposés que tous les autres aux influences climatériques.

Presque tous les résidents Juifs actuels, comme les habitants noirs et les individus de couleur, sont des natifs de l’île ou bien ils y ont vécu longtemps. La plupart des individus des autres classes sont aussi nés dans l’île. Rares sont ceux qui ont vu le jour en Europe ou bien qui descendent directement d’ancêtres qui se sont trouvés dans les conditions sus-mentionnées. La race juive est éprouvée par la lèpre, dit-il, depuis l’époque du législateur hébreu (Moïse) et il est à remarquer qu’encore aujourd’hui les Juifs sont particulièrement sujets à l’avoir. (Nous avons insisté sur l’hérédité ethnique des Juifs descendants des anciens Hébreux. Il serait important de savoir l’origine de ces Juifs habitant la Jamaïque, s’ils sont descendants des anciens Hébreux, Zatnbaco.) « Ce qui dépend probablement d’une influence héréditaire, coopérant avec les causes externes ou endémiques. Et pourtant, pour ce qui concerne les conditions hygiéniques, les Juifs de la Jamaïque sont supérieurs à toutes les autres classes d’habi-

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