‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 52 sur 124 · LA LÈPRE A QUITO · texte numérisé non relu

LA LÈPRE A QUITO

union, jusqu’à leur mort, continue à habiter la léproserie, et reste indemne. Le sacristain,, M. Salos, et le portier A. Lara ont vieilli dans l’asile, élevant leurs enfants parmi les lépreux, et aucun membre de ces familles ne devint lépreux. Enfin depuis 6 ans le R. P. Sarrita, de l’ordre des Augustins, aumônier du lazaret, visite et fréquente les lépreux, les confesse, donne aux mourants les derniers secours de la religion et il reste sain et sauf au milieu de ces communications journalières, intimes.

« Ces faits rapprochés de ceux que nous avons signalés nous-même doivent faire regarder comme très exagérées les craintes que l’on a conçues sur la communication de la lèpre, et faire souhaiter à tous les amis éclairés de l’humanité que l’on modifie les mesures presque barbares qui sont prises encore aujourd’hui contre les malheureux lépreux.

« L’hérédité, admise par tous les auteurs, est encore confirmée par le D1 Echeverria qui a sous les yeux dans le lazaret quatre exemples de lèpre héréditaire. Fait curieux: de deux sœurs l’une avait fui son père dès le début de la lèpre. Elle fut, plus tard, amenée lépreuse au lazaret; tandis que l’autre, qui continua d’habiter avec son père et de le soigner jusqu’à sa mort, est restée saine, et eut, depuis, des enfants bien portants.

« Quant au traitement , le Dp Gibert déplore, avec le D1’ Echeverria, qu’on abandonne à leur triste sort les malheureux lépreux sans soins médicaux. Or, plusieurs exemples authentiques prouvent, d’une part, que des rapports et des communications habituelles avec les lépreux ne transmettent pas la maladie. Et d’autre part, que des tentatives soit empiriques, soit rationnelles, ont arrêté le mal et même amené la guérison. Ainsi, Baumés de Lyon a publié dans sa nouvelle Dermatologie une observation de lèpre traitée par lui avec succès. Schilling fit connaître quelques cas de guérison de lèpre tuberculeuse, et nous-même, dit Gibert, nous avons signalé dans notre rapport à l’Académie, plus haut cité (publié dans le tome XIX du Bulletin de V Académie, p. 1 1 4) les bons effets obtenus de l’Assacou (Hura Brasiliensis). Les médecins de Para et du Brésil l’ont aussi employé avec succès.

« Conclusion... expression de nos vœux pour que les léproseries soient désormais transformées en véritables hôpitaux où les lépreux seront considérés comme des malades en trai-

tement, et non pas comme des sujets incurables et dangereux qu’il faut à tout prix séquestrer de toute communication et de toute relation sociales. »

Ces conclusions furent adoptées par l’Académie dans sa séance du 20 mai i85i.

La lèpre en Scandinavie. Sa propagation en Europe par les Scandinaves. — Peu de temps après la mort de Charlemagne (8 1 4), les Scandinaves, ceux de la Norvège surtout, sortis de leur retraite, couverts de peaux d’ours blancs, de rennes et de phoques, envahirent les Pyrénées et prirent Toulouse en 849, Bordeaux, Tarbes, Dax, etc. Ils ravagèrent l’embouchure du Rhin, de l’Escaut, et traversèrent la France des rives de la Seine à l’embouchure du Rhône. Ils ont pillé même l’abbaye Saint-Savin et le monastère d’Arles. Or, les Norvégiens avaient la lèpre dès la plus haute antiquité. Il est donc rationnel d’admettre qu’ils ont contribué aussi à propager la maladie. Disons aussi qu’on a soutenu que le mot cagot provient de goth-lande (terre de goths, de la Scandinavie). Cette étymologie est combattue par les arguments qui prouvent que les cagots, goths, etc., n’étaient pas des descendants directs d’une nation, mais des lépreux.

On lit dans les mémoires de l’Académie des Sciences de Stockholm, 1772 ; lèpre de Norvège, page 285. « On a en Norvège des hôpitaux pour les lépreux à Tronhiem, Berg et Romsdale, et on y entretient toujours environ i4o hommes attaqués de cette maladie. Puis une description plus ou moins complète du début et de l’évolution de la maladie » mais tout se rapporte uniquement à la lèpre tubéreuse. 11 n’y a pas un seul mot sur les autres formes de la maladie. Ce qui est curieux, c’est ce qu’on lit dans ce mémoire concernant l’étiologie. « On attribue ce mal en Norvège à l’usage de la chair d’animaux lépreux : le bétail et les poissons y sont fort sujets. On trouve des lacs pleins de truites et de dorées attaquées de la lèpre, et les habitants des environs y sont très sujets. Les poissons lépreux paraissent plus charnus ; leur forme est altérée, le nez écrasé, le sang épais, la gorge serrée, la langue retirée, la chair écailleuse, les intestins remplis de pustules grosses comme des pois, dans lesquelles on trouve de petits vers vivants et quelquefois un seul roulé sur lui-même. On trouve ces vers dans la plupart des poissons. Le bétail lépreux a les yeux couverts d’une pellicule ou enflammés et d’un blanc

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