LA LÈPRE EN S CANDI N A VIE
census américain, on comptait aux Etats-Unis 322 665 Norvégiens résidant dans l’Union. Pendant les io premiers mois du xxe siècle près de 20000 Norvégiens ont émigré. En général, ils se portent vers les Etats du nord-est des Etats-Unis, notamment le Minnesota, le Wisconsin, l'Illinois, le North Dakota et Plowa. Les colonies norvégiennes forment de gros îlots, compacts. Dans l’Utah, l'effectif des Norvégiens s’élevait, en 1910, à i4ooo environ, dont 8000 dans la capitale de cet Etat. Un contingent peu important d’émigrants norvégiens se trouve au Canada, dans l’Afrique Australe, en Argentine, aux îles Sandwich, etc. La plupart des émigrants sont des cultivateurs, des marins et des ouvriers industriels. En général, ils ont de 20 à 25 ans lorsqu’ils quittent la Norvège. Les hommes comptent pour 64 sur 100. Beaucoup se livrent à l’agriculture et deviennent souvent propriétaires de belles fermes {La Géographie, n° 3, i5 septembre 1911). Plusieurs de ces émigrés sont lépreux. Mais la lèpre s’arrête après leur émigration et parfois même elle guérit, par le seul changement de milieu et l’amélioration des conditions hygiéniques rencontrée dans leur pays d’adoption (propreté et nourriture), grâce à la cessation de leur misère. Leurs enfants deviennent rarement lépreux pour les mêmes raisons qui modifient l’état de leurs parents. Le fait remarquable à noter c’est que ces lépreux n’ont contaminé personne en Amérique ; cela fut constaté même par l’ultra-contagionniste, leur compatriote, le Dr Hansen.
Cet éminent léprologue publia dans Lepra Bibliotheca internationalisa vol. 7, fasc. 4, 1908, le compte rendu d’un voyage qu’il entreprit à Finmark, à la recherche de la lèpre. Finmark est une province de la Norvège près de la Laponie russe, de 25 000 habitants environ, dont le chef-lieu est Tromsae. C’est la partie la plus septentrionale du royaume norvégien, et se divise en partie orientale et occidentale dont les habitants mènent une vie toute différente. L’intérieur de toutes les deux forme un plateau avec quelques pics très élevés, habité par des nomades nourris exclusivement de leurs rennes. Le long des cotes, il y a quelques petites fermes, mais la population se livre à la pêche et est exclusivement ichthyophage. Dans l'Est Finmark, les habitants vivent dans des cabanes construites en terre et dans la même pièce que leurs vaches; c’est la population la plus sale de la Norvège. Les médecins
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disent qu’ils ne se lavent jamais; ils ne mangent jamais le poisson à l’état frais, mais très mal salé et putride. Dans le district de Yaldsô, ils préparent la morue de la manière suivante : Dès que le poisson est pris on le sale fort peu et on le place sur la neige. Lorsque celle-ci est fondue on le sale une seconde fois, un peu plus que la première fois et on le met dans des barils; on mange ce poisson sans le cuire. La morue est toujours très décomposée; mais n’a pas mauvais goût. Pourtant dans ce district de Yaldsô, il n’y aurait jamais eu de lépreux, il n’y a que trois cas de lèpre dans l’East Finmark, dont un dans la ville de Yadsô et deux — un homme et une femme — à Kiberg, qui est une place de poisson dans le voisinage de Yadsô. Ces derniers lépreux sont nés hors de Finmark dans les localités lépreuses. Il fut impossible au Dr Hansen d’avoir de plus amples renseignements. Et l’on avouera que ce qu’il a pu savoir par-ci par-là, sans l’intervention même d’un confrère, est bien insuffisant. Et alors maintes suppositions furent conçues. Des pêcheurs se rendent tous les ans de Tromso à Yardô et parmi eux il aurait pu y avoir des lépreux, et ainsi de suite... Deux lépreux aussi se trouveraient à l’East Finmark, l’un à Tana, l’autre à Lebesby ; mais sont-ce de vrais lépreux ? Le Dr Hansen se pose la question et répond luimême que c’est douteux. Car il ne put cueillir que des dit-on , c’est-à-dire des commérages. Car il n’a même pu voir leurs familles. Nous nous demandons s’il est possible de bâtir une opinion valable scientifiquement sur des informations aussi vagues. Quant à moi, des faits ainsi exposés n’ont pas la moindre valeur. Dans l’Ouest Finmark, continue le Dr Hansen, « les habitants mangent le poisson très frais, ou bien ils le dessèchent et le font cuire. Beaucoup de Norvégiens vivent dans cette contrée et il y aurait à peu près cent lépreux. Plusieurs d’entre eux ont voyagé dans des pays lépreux. J’ai appris que plusieurs d’entre eux sont morts en i84o et i85o. Mais, dit-il, étaient-ils réellement lépreux? Les personnes qui ont fourni ces renseignements étaient incompétentes. « Après i856, quarante sur cent des lépreux connus ont été placés dans les léproseries de la Norvège (Bergen, Tronjen, Molde) et jusqu’à 1892 il n’y a pas eu ici de lépreux, lorsqu’on en a découvert trois anesthésiques . Si le fait de manger du poisson mal préparé pouvait réellement produire la lèpre, il serait étrange qu’il n’y eût pas de lèpre à East Finmark dont la population est