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LA LÈPRE AUX ILES DE LA MER ÉGÉE

ture occupe le peuple et le fait vivre dans une aisance relative. Les lépreux n’ont pas le droit de se marier à Cos.

L’île de Cos, soit dit en passant, conserve un ancien platane vénérable, censé avoir abrité Hippocrate. Ses branches en parasol, succombant sous le poids des années, sont soutenues par de gros tuteurs vigoureux ; toute l’île n’est qu’un délicieux jardin dont la variée culture enchante le voyageur. Des eaux minérales ferrugineuses, riches en acide carbonique, et des sulfureuses qui jaillissent à 270 contribuent à embellir cette île et à attirer les habitants des îles voisines.

Nissiros se trouve à 8 heures de distance de celle de Cos, que le Dr Joannidès a parcourue, avec un voilier, un vent favorable gonflant ses voiles. Bien que rocheuse, cette île est couverte de plantations d’oliviers, de figuiers et d’amandiers. Le Dr Joannidès n’y dénicha qu’un seul lépreux, nouvellement marié, qui vit dans la société, au sein de sa famille. On se souvient q’il en eut trois, autrefois.

Télos, une autre île voisine, est sale, mal bâtie, et ses habitants sont dans un état d’infériorité surprenante, relativement. Des troupeaux de porcs mal élevés, à grognements bruyants traversent les rues et dévorent les immondices et les ordures abandonnées à leur gourmandise; heureusement que ces animaux se livrent ainsi au nettoyage des sinueuses et pestilentielles ruelles. La lèpre y est tellement commune qu’à peine quelques familles en sont exemptes. C’était à prévoir après une telle infection générale et la méconnaissance de toute mesure hygiénique. Mais, un bruit répandu partout qu’une commission médicale vient pour enquêter et découvrir les lépreux que l’on doit transporter dans une île déserte voisine, les fit tous se sauver, aux montagnes. Et cette exode fut favorisée par les démogérontes dont plusieurs ont des lépreux parmi leurs parents. Ce sauve-qui-peut général rendit impossible toute enquête. Il n’y a aucun médecin à l’île de Télos. Les informations recueillies par-ci par-là avec difficulté établissent que la lèpre ravage cette malheureuse et dégoûtante île et qu’elle est en active croissance. C’était à prévoir ; ce n’est pas tout. Les habitations sont très humides, très mal éclairées, sales, infectes. Ce sont des rez-de-chaussée, sans parquets ayant la terre comme plancher, composés d’une seule pièce sans division aucune; gens, porcs et bêtes de basse-cour vivent ensemble pêle-mêle. L’atmosphère y est nauséabonde et

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suffocante. La nourriture des mille habitants de cette île misérable est exécrable; elle consiste en pain d’orge grossière* ment moulu à la main sur des pierres en grés, comme à l’époque des troglodytes, en viande de porc crue, desséchée au soleil, putride, puante, et en poissons gardés, on ne sait pourquoi, pendant plusieurs jours, putréfiés, que l’on cuisine avec de l’huile d’olives rance, dans laquelle ils trempent aussi leur grossier pain. Les oignons aussi font partie de leur alimentation. Un plat national ordinaire est composé de lard, de farine et de figues. Les filles aînées seules héritent de leurs parents et se marient ; les autres sont chargées de soigner les porcs et mènent une vie contraire aux bonnes mœurs. On comprend facilement que la lèpre trouve les conditions les plus favorables à son développement. Les lépreux épousent des femmes saines; et lorsq u’ils sont impotents, ils entrent dans les léproseries des îles voisines, principalement à celles de Rhodes et de Simi.

L’île de Simi, la plus remarquable des Sporades, a 16000 habitants, tous orthodoxes. Elle possède un excellent port et un quai bien construit, auquel fait suite une belle allée ornée de deux horloges publiques. Les maisons sont bien édifiées ; la démogérontie, bien organisée, surveille et régit avec dévouement les deniers publics ; on est étonné d’y rencontrer un cabinet de lecture, une excellente pharmacie, une salle de conférences où l’on fait régulièrement des lectures pour éclairer le public, qui, grâce aux écoles, est instruit et bien éduqué, bien élevé. Il suit même les modes d’Europe. Aussi Simi est-elle surnommée le Paris des Sporades.

Le Dr Pigniatore, vieux praticien, a assisté à la transformation de l'île et à la disparition de la lèpre. En effet, très commune autrefois, elle n’existe plus aujourd’hui. La léproserie est absolument vide. Elle se trouvait sur une petite île voisine, déserte, distante d’une heure. On y voit une petite chapelle et 6 maisonnettes. Il y a 4 lépreux: une femme mère, lépreuse elle-même, avec son fils également atteint, et deux étrangers originaires de l’île de Chypre. Grâce à la transformation si heureuse opérée dans tous les sens, la population de Simi a vu la lèpre diminuer de plus en plus et elle va bientôt disparaître complètement, tandis qu’à Télos elle fait des ravages sans espoir de la voir diminuer, tant que les conditions hygiéniques générales et individuelles seront aussi déplorables.

La lèpre est considérée comme contagieuse dans toutes les

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