‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 58 sur 124 · LA LÈPRE AUX ILES DE LA MER ÉGÉE · texte numérisé non relu

LA LÈPRE AUX ILES DE LA MER ÉGÉE

Sporades ; on isole soi-disant les lépreux, mais d’une manière très imparfaite. Le Dr Joannidès n’a pu découvrir des cas de contagiosité dans son enquête. Au contraire, il a vu des ménages dont un conjoint seul était lépreux malgré la vie maritale de plusieurs années. Il a vu des femmes saines vivre pendant des années dans la léproserie sans être contaminées. Dernièrement est morte à Kalymnos, à l’âge de 72 ans, une femme qui fut enfermée à la léproserie depuis l’âge de 6 ans, par erreur de diagnostic. Elle n’était atteinte que d’une maladie cutanée vulgaire invétérée. La méprise fut reconnue après sa séquestration ; mais la populace n’a pas consenti à recevoir dans son sein cette malheureuse une fois déclarée épreuse, bien que plusieurs médecins eussent certifié qu’elle était indemne de lèpre. Elle a donc passé toute sa longue vie à soigner les lépreux de l’asile. Le Dr Joannidès cite d’autres exemples édifiants contre la contagion. Il admet l’hérédité directe, l’éloignée et la collatérale. Il a toujours vu la lèpre s’annoncer par l’escorte de symptômes généraux : frissons, fièvre, courbature, douleurs arthralgiques, faiblesse, etc., et son explosion à la suite d’émotions morales violentes. Il admet la curabilité de la maladie.

Rhodes a 28000 habitants, dont 20000 chrétiens, 6000 musulmans et 2 000 Juifs. Bien qu’aucun progrès concernant l’hygiène ne se soit effectué, et que la vie du peuple continue à être sans le moindre souci pour la plus élémentaire hygiène, la lèpre a diminué de plus en plus dans cette île. Le Dr Joannidès a trouvé 8 lépreux dans l’asile de cette île, dont 4 étrangers originaires de l’île de Télos; 3 seuls malades sont de Rhodes, savoir 2 chrétiens et un musulman. Les lépreux ne reçoivent aucun secours municipal ; ils vivent de mendicité. Chez lous les lépreux de la léproserie la maladie est familiale. C’est un parent direct, un grand-parent, un arrière-grandparent, une tante ou un oncle qui fut lépreux. Ils n’ont contaminé aucun membre de leurs familles, ni leurs conjoints. Les observations prises sur les lieux avec détails et soin ne présentent rien de particulier. Elles plaident toutes en faveur de l’hérédité et contre la contagion.

Ile de Patmos n’a que 2 lépreux. Autrefois elle en avait beaucoup. Le peuple attribue la diminution de la maladie à l’amélioration de la vie tant au point de vue de la nourriture que de l’hygiène.

4ga LA LÈPRE A TR A VERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

Les conclusions de notre honorable confrère se résument comme il suit : la lèpre recule et disparaît en même temps que la misère des habitants. Cette diminution progressive est due à l’amélioration des conditions hygiéniques. Il a presque toujours découvert l’hérédité directe ou indirecte de la maladie. Il n’a pas trouvé un seul cas de contagion nettement établi Néanmoins le peuple est contagionniste et isole les lépreux, mais d’une manière incomplète. Les émotions violentes aggravent la marche de la lèpre qui souvent a éclaté à la suite d’une forte secousse morale.

Nissyros a 4ooo habitants, tous orthodoxes. Le Dr Xenos, qui y exerce depuis une quinzaine d’années, n’a vu que 3 lépreux, dont l’un prêtre marié : sa femme et ses deux enfants restent indemnes. Un lépreux tubéreux léonin guérit spontanément, après suppuration et cicatrisation de ses tubercules. Il a la figure déformée, mais il n’a pas eu de nouvelle poussée depuis 6 ans. Son état général est satisfaisant ; il est gros et gras.

J’ai soigné, soit à Constantinople, soit au Caire, plusieurs lépreux provenant de ces îles de l’Archipel ottoman.

D’autre part, ayant fait la connaissance du Dr Pantaléon Pantélidés qui y exerce depuis nombre d’années, directeurpropriétaire de l’établissement thermal Hippocrate , je le priai de faire une enquête sur la lèpre dans cette île et de m’en transmettre les résultats. Son attention avait déjà été attirée sur cette maladie depuis plusieurs années.

Les nouvelles recherches de ce distingué confrère ont duré plus d’un an. Il résume ainsi les conclusions auxquelles le conduisit son enquête scientifique. « Ici, dans notre île, la lèpre n’est point contagieuse. Ceux qui croient le contraire ne se sont pas livrés à des minutieuses études et se font l’écho des on dit. »

Relativement, il y a un petit nombre de lépreux résidant à Nissyro même. (Je m’empresse d’ajouter que beaucoup d’entre eux s’expatrient et se rendent à Constantinople ou en Grèce pour se faire soigner ou bien pour cacher leurs infirmités et leur misère.) Mais dans l’île Télos, située à grande proximité de la nôtre, où je me suis rendu pour étendre le champ de mes observations, j’en ai rencontré un grand nombre. Le village appelé Mégalo-chori en est ravagé. Je dois dire que les gens de ce village sont d’une saleté dégoûtante ; ils sont répu-

Page 1