‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 60 sur 124 · LA LÈPRE AU MONT ATHOS · texte numérisé non relu

LA LÈPRE AU MONT ATHOS

bulants, en décomposition. Sept grandes pièces, à fleur de terre, en constituent les habitations, malheureusement humides et très mal aérées. Chacune possède une cheminée pour combattre durant l’hiver les rigueurs de la température bien froide de la localité; une petite chapelle sert à leurs dévotions, un parterre à la culture des fleurs et un potager à faire pousser leurs légumes. C’est donc une ébauche de colonie agricole où les malheureux écoulent leur affreuse existence entre la prière et le jardinage, ce qui constitue un soulagement, une occupation pour rendre leur vie tolérable. Le nombre des lépreux vivant dans cet asile varie; il atteint parfois le chiffre de trente ; malheureusement tout soin de propreté est absolument négligé; leur corps, couvert d’infectes haillons, pue à distance. Aucun infirmier n’est attaché au service de ces malheureux qui se rendent mutuellement les petits services de ménage. Leur nourriture consiste en poissons salés, légumes secs et frais; le tout préparé à l’huile d’olives. Les jeunes rigoureux sont strictement suivis conformément aux canons des moines orthodoxes. On abuse aussi des polypes ou poulpes sèches dites octapodes. L’usage de la viande est rarissime. D’ailleurs la plupart des moines s’en abstiennent systématiquement; ils sont végétariens; il n’y a ni lait, ni œufs frais, puisque aucune bête femelle n’a accès à la Sainte-Montagne. Cette alimentation et la sordide saleté où ces malheureux croupissent, rendent nuis tous efforts thérapeutiques. Néanmoins, le médecin leur prodigue ses dévoués soins pour les maladies intercurrentes et pour leurs vastes et profonds ulcères, conformément aux règles de la science moderne, à l’antisepsie.

Les Moines et les Ascètes ne craignent pas le contact des lépreux qu’ils visitent souvent; ils partagent même parfois et durant plusieurs jours, leur triste existence à l’asile ; et, à titre de mortification, ils endossent parfois leurs dégoûtants vêtements, voire même leur sordide linge imprégné de pus de leurs infects ulcères; et cela pendant des années. On n’a vu jusqu’à présent aucune transmission de la lèpre à ces postulants qui s’offrent en holocauste à leur piété illogique, à l’instar de certains saints catholiques. Un aumônier a vécu pendant 3o ans dans ce milieu horrible; un autre lui succéda pendant i5 ans; tous les deux sont demeurés invulnérables. Un jeune domestique resta attaché pendant 8 ans à la personne d’un lépreux aisé dont il partagea la vie; et un autre a servi

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un autre en pansant ses ulcères, durant i3 ans. Tous les deux couchaient dans les mêmes chambres; ils restent indemnes. Cette symbiose de lépreux avec des domestiques et des ascètes sains, dure depuis 60 ans ; et il n’y a pas eu d’exemple de transmission. Enfin le Dr Phanouriadés me signala l’épisode suivant. Il y a une quinzaine d’années, un lépreux offrit à dîner à un des moines et à son catéchumène. L’amphitryon servait lui-même à table; ses mains pleines d’ulcères se mirent à saigner et quelques gouttes de sanie vinrent assaisonner le potage offert. L’hôte indulgent admonesta l’insouciant, mais il absorba tout de même la soupe, tandis que le néophyte dégoûté se leva de table et se sauva.

A en juger par les observations que j’ai prises et des commémoratifs des malades, dit le Dr Phanouriadés, il y a eu presque toujours des lépreux dans leurs familles. Ce sont les pères, les mères et les grands-parents qui ont transmis la maladie. Cependant on voit, d’autre part, les géniteurs, le père surtout, lépreux avoir des enfants sains jusqu’à leur vieillesse. D’après ce que notre honorable confrère nous a narré, la maladie a débuté chez ses patients entre 8 et 20 ans. Néanmoins, lorsque l’hérédité remonte au delà des géniteurs directs, on peut voir la lèpre se manifester bien plus tard. La forme la plus fréquente est la tubéreuse. L’anesthésique permet une longue survie. Il a vu un lépreux de cette dernière catégorie arriver à l’octogénéité. 11 était lépreux depuis 5o ans. Tous ces lépreux étaient fils de pêcheurs ou d’agriculteurs miséreux, mal nourris, mal habillés, mal abrités et ainsi exposés au froid et aux grandes chaleurs; ils attribuent leur maladie aux privations et à leur mauvaise nourriture (viandes de porc salées, poissons conservés dans la saumure, etc.) et aux vicissitudes atmosphériques qui continuèrent à donner des coups de fouet à la lèpre affirmée. Leurs compatriotes réciproques croient à la contagion et poursuivent, chassent, persécutent inhumainement, disent-ils, tout lépreux avéré. Cependant, parfois, des relations amicales ont continué entre eux et certaines familles, sans transmission de la lèpre. Mais on évite tout lien patrimonial même avec les familles qui ont eu quelque lépreux parmi leurs ascendants. La dissolution du mariage est, en général, réclamée et obtenue par le conjoint sain, conformément au rit orthodoxe.

E11 parcourant les observations détaillées annexées à ce

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