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LA LÈPRE AU MOIS T A TH O S

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consciencieux mémoire, on remarque qu’un ou deux enfants de lépreux furent atteints, tandis que les autres échappèrent à la maladie. Il y a eu un lépreux intercalé entre frères et sœurs indemnes. Ainsi un lépreux eut cinq sœurs et quatre frères dont trois sont sains ; savoir deux frères aînés et une sœur, la puînée. On ne peut comprendre les raisons de ces choix et immunités. La première victime fut une sœur atteinte à 22 ans, un an avant son mariage. Elle eut un fils lépreux. Le mari a vécu 12 ans avec sa femme lépreuse; il demeure sain. Le huitième frère devient lépreux à 16 ans, les enfants intermédiaires sont sains. Aucun lépreux n’a contaminé sa femme. Chez tous les lépreux tubéreux du Mont Athos l’affection s’est annoncée avec des symptômes généraux (fièvre, courbature, douleurs des membres, etc.); puis apparut l’exanthème érysipélateux à la face, passager et à répétition. Ce n’est que deux ans environ après l’apparition de ces phénomènes, que suivirent les léproines dans la forme tubéreuse. Un de ces lépreux se rendit à Athènes ou le Pr Arêtée diagnostiqua la lèpre et l’envoya à la source sulfureuse d’Hépate. Une sensible amélioration survint pendant la balnéation; les lépromes disparurent. Mais deux ans après survint une nouvelle poussée plus intense de lépromes et de pemphigus ; enfin pachydermie, puis figure léonine, grands placards d’exsudat sur les membres qui se sont ulcérés et se cicatrisent lentement après suppuration. Un autre malade ayant sept frères en vit un atteint à 7 ans, un autre à 16; lui-même présenta les premiers signes de la maladie à 10 ans. Après des poussées de lépromes, il perdit successivement plusieurs doigts; il n’en conservait que les pouces droit et gauche. Ses orteils se sont déformés et mutilés aussi; il conserve sa barbe et sa moustache; vaste ulcère sur le sternum; lépromes volumineux comme des pommes d’api aux régions crotaphiques, et sous forme de pendeloques aux lobules des oreilles. Les autres observations du I )r Phanouriadés ne présentent que l’escorte classique des phénomènes annonçant l’invasion de la forme tubéreuse ou bien de la tropho-nerveuse. Deux malades ont eu, comme symptômes précurseurs, un et deux ans avant l’apparition des lépromes, une anesthésie cutanée sous forme de placards ou de bandelettes plus ou moins longues et larges sur les membres thoraciques et les pelviens. C’est fortuitement qu’il découvrit cette anesthésie cutanée dont il ne se rendait pas compte. Puis

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survinrent les phénomènes généraux (frissons, fièvre, courbature, arthralgies, exanthèmes érythémateux de la face et éruption de lépromes). Tous ces malades mariés continuèrent leurs relations sexuelles pendant des années, même avec excès, sans que leurs femmes fussent contaminées.

La ville de Salonique, voisine du Mont Athos, compte quelques lépreux juifs spaniotes qui vivent dans leurs familles.

La lèpre dans les Balkans. — Les pays des Balkans, strictement parlant, sont la Bulgarie, la Serbie, le Monténégro et les deux provinces autrefois ottomanes, aujourd’hui autrichiennes, la Bosnie et l’Herzégovine.

Des confrères instruits nous ont fait connaître que la lèpre existe dans ces deux dernières provinces ; et leurs communications aux divers congrès internationaux nous ont éclairé sur la manière dont se comporte la maladie chez eux. Ils ont eu même l’amabilité de se mettre, directement, en correspondance scientifique avec moi et j’ai profité de leurs recherches. Personnellement j’ai eu à soigner quelques Monténégrins lépreux à Constantinople, un Bulgare et deux Bosniaques.

Le Dr Ehlers a fait à la Société de Dermatologie de Paris, en 1897, une communication sur la lèpre dans les Balkans. Le Dr Millanitch de Cettigné, capitale du Monténégro, lui a dit connaître une vingtaine de lépreux, il évalue à une centaine leur nombre total dans le petit royaume dont la population serait de 25oqoq habitants environ; ce qui ferait plus d’un pour 2 000.

Pour moi j’ai éprouvé une pénible impression à la vue de ces magnifiques Monténégrins, à belle taille, à constitution robuste, à physionomie noble, atteints de cette affreuse maladie qui a du plus tard les déformer piteusement par ses progrès. L’un de ceux que j’ai eu à soigner s’est beaucoup amélioré pendant son séjour de six mois à Constantinople, sous ma direction. Je ne sais ce qu’il en advint après sa rentrée dans les montagnes noires.

Le Dr Vaume, médecin sanitaire dont nous avons déjà parlé et qui étudia la lèpre d’abord à l’île de Crète où il est né, — pendant que son père, d’origine française, y exerçait — et plus tard en Perse, nous a dit avoir rencontré des lépreux à Bourgas, ville bulgare du littoral de la mer Noire. Quant à moi je n’ai vu qu’un seul Bulgare lépreux, c’était un instituteur de Sofia, Je me propose d’écrire à quelques confrères BuL

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gares pour me renseigner à cet égard. En vérité y a-t-il des différences suffisantes entre les lépreux Bulgares et les autres lépreux d’Qrient? Je pe le crois pas.

Le Dr Zugqvic de Belgrade fit de sont mieux pour savoir le nombre des lépreux se trouvant en Serbie. A cet effet il s’adressa à plusieurs de ses confrères ; il arriva au chiffre de i5 dont h certains et 4 douteux, mais probables. La déclaratiop de la lèpre est obligatoire en Serbie depuis 1890 ; il p’y a pas de léproserie, ni internement obligatoire. Mais on les isole dans les hôpitaux communs ; on leur permet de rester chez eux, s’ils demeurent éloignés du public, dans leurs fermes 011 le médecin du district les surveille. Depuis iqqo, il n’y aurait pas eu de nouveaux cas, dan§ les communes où vivent les lépreux.

La lèpre en Bosnie et l’Herzégovine. — Pepdapt l’inquisitjon, de nombreux Juifs d’fjspagne ont émigré en Bosnie où l’on en rencontre encore un grand nombre que l’on désigne sous le noni de Spanicoleç.

Le Dr Léopold Glück, chef de la section anthropologique du Musée de Sarajevo, avec lequel je me suis mis en correspondance scientifique, me fit part de ses observations personnelles suivies pendant dix-sept ans, d’un manuscrit déposé dans son Musée, écrit en espagnol par Arigas, et de renseignements puisés récemment auprès d’un grand rabbin de Bosnie, Avram-Danon efepdi. Les Juifs de ces deux provinces, dernièrement enlevées à la Turquie par l’Autriche, sont les descendants d’une quarantaine de familles venues de Constantinople et de Salonique en i6o4. Plus tard, d’autres Israélites sont venus de Philippopoli, Nish, Belgrade, de Vérone et de Padoue. Il y a actuellement 7 000 Juifs dans ces deux contrées. Ils sont tous sefardims , se marient entre eux et parlent l’espagnol en famille. Ils appartiennent à uu rite religieux différent de celui dit Eskenerim. Plusieurs ont des noms espagnols : Pinto, Pardo, Péréïra, etc., et les femmes Reïna, Spéranza, Brava, Gaan, Tinri. 67 pour 100 sont dolicocéphales et 33 brachycéphales. Tous ces renseignements prouvent que tous les Juifs de Bosnie-Herzégovine ne sont pas de purs descendants des Hébreux de Moïse, comme les Juifs de Constantinople provepant uniquement de l’Espagne où ils se sont rendus directement de Babyloneet de Jérusalem. D’ailleurs les Juifs de ces deux provinces, Bosnie et Herzégovine, se sont

mêlés à ceux originaires de la Bulgarie, de la Serbie et de la Roumanie où les néo-juifs abondent. Les noms et leurs crânes brachycéphales en sont une démonstration incontestable. Dans tous les cas, les Juifs de Constantinople sont les vrais descendants des Hébreux de l’exode et ils conservent la lèpre biblique. Ce sont les seuls lépreux indigènes de Constan tinople, je le répète.

Le Dr Düring fit paraître un article dans la Jüdische Presse de Berlin, le 25 mai 1893 n° 21, sur la lèpre chez les Juifs en Orient, dont les conclusions ont ému l’Alliance universelle israélite.

Notre confrère prédisait que, vu la contagiosité extrême de la maladie et le défaut de précautions prises par la communauté, bientôt les Juifs d’Orient seront décimés par la lèpre. Le comité de Constantinople fut chargé de faire une enquête et s’adressa à moi. J’ai consolé et rassuré l’Alliance israélite. En effet, si la lèpre sévit chez les Israélites d’Orient, c’est sans grande propagation. Au contraire le nombre des lépreux diminue, et il n’y a aucune crainte de la voir prendre les allures d’une épidémie. C’est là la réponse faite par nous à nos confrères, les Drs Fried et Eskenazi, établis dans notre ville, qu’ils ont transmise au siège central de l’Alliance, siégeant à Paris.

J’ai saisi l’occasion pour prier l’Alliance israélite, qui déploie tant d’efforts louables pour l’amélioration de l’état de ses coreligionnaires — efforts couronnés de grands succès, — de recommander, en général, à ceux des leurs qui habitent l’Orient l’observance des préceptes hygiéniques les plus élémentaires. Car leur misère profonde les fait vivre dans une promiscuité et dans une saleté sordide, ce qui fait que la scro fulose, la tuberculose, la léprose et toutes les affections invétérées de la peau régnent chez beaucoup de ces pauvres malheureux. Dans tous les cas la lèpre n’a pas augmenté chez les Juifs d’Orient depuis 45 ans que je les observe et la prophétie lugubre du Dr Düring ne s’est pas réalisée.

Le grand législateur Moïse avait posé les fondations de l’hygiène publique et privée avec une sagacité admirable ; il ne s’est pas borné à interdire la viande du porc, si nuisible dans les climats chauds (et, par coïncidence de son envahissement, par les parasites, les trichines, fait ignoré alors et prouvé aujourd’hui, — ) il prescrit aussi de saigner tous les

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