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LA LÈPRE A GANO, PRÈS DE CONSTANTINOPLE

jours existé, comme partout dans les environs de l’Hellespont, et principalement à File de Marmara et dans toute la Propontide. J’avais déjà reçu plusieurs lépreux dans ma policlinique, de ces diverses provenances et, ne pouvant me rendre partout en personne pour faire des recherches suivies, je priai, maintes fois, des confrères exerçant dans ces diverses localités de se livrer à des enquêtes en se conformant au programme que je leur envoyais.

Le DrTsatalas, établi à teo même, répondit à mon appel et m’envoya quelques notes que je vais utiliser ici. Il y a 70 ans, le chef du monastère fonda une léproserie qui hospitalisait des lépreux et leur prodiguait les soins voulus. Mais des pluies torrentielles ont démoli l’asile et le rendirent impropre à tout usage. 11 y a eu comme pensionnaires un nommé Fotinias et sa sœur Smaragda. Cette dernière eut un fils qui mourut lépreux et deux filles dont Paînée fut également lépreuse et succomba dans l’asile. La puînée vit encore indemne ainsi que ses enfants. Les petits enfants de Smaragda, issus de sa fille lépreuse, ont eu également la lèpre et sont morts dans la léproserie. Leur père demeura indemne.

Dans la nombreuse famille As... on a compté plusieurs lépreux qui furent isolés, principalement G... et P... et leur fils. Ils ont vécu chez eux, mais retirés. Ce dernier paraissait indemne jusqu’à l’âge de 28 ans, lorsque la lèpre se manifesta. Il eut quatre fils et une fille dont aucun ne fut lépreux. Ses petits-enfants sont également sains. Un nommé J... eut des lépreux parmi ses parents ascendants (?). Son fils, sain, T... épousa A... également indemne. Celle-ci devenue veuve se remaria avec un homme également veuf non lépreux et, chose qui surprit tout le monde, leurs enfants devinrent lépreux ainsi qu’un fils de ce second époux, issu de son premier mariage. S... devenue lépreuse fut abandonnée par son mari qui, indemne, épousa une autre femme. Un fils, issu du premier mariage et élevé par sa mère lépreuse demeure indemne. Je connais, dit notre confrère Tsatalas, plusieurs faits pareils. Dans un bourg distant d’une heure de la ville Gano, il n’y a qu’une seule famille qui a le triste privilège de compter plusieurs lépreux parmi ses membres. Un fils de X..., appartenant à cette famille succomba à la lèpre, ainsi qu’une fille. Celle-ci eut trois enfants qui sont indemnes. La sœur de celleci est également saine. Ces faits, malgré leur laconisme, ne

sont pas sans valeur. Ils prouvent d’abord que la lèpre sévit dans les environs de Byzance ; puis, elle est à Gano le monopole de quelques familles, sans propagation aux autres habitants de la ville et de son bourg qui, de tout temps, n’a eu qu’une seule famille atteinte héréditairement, et enfin que, très heureusement, l’hérédité de la lèpre n’est pas fatale. Tout au contraire la plupart des enfants échappent à l’influence morbide des géniteurs.

Ile de Marmara. — Cette île située dans la mer du même nom ou la Propontide, à quatre heures environ de Constantinople, fut et continue toujours à être un nid de lépreux. J’ai soigné et suivi pendant longtemps plusieurs éléphantiasiques de cette île qui fut une ancienne colonie des Phéniciens. Presque fous les habitants sont des pêcheurs, se nourrissent des entrailles et des branchies de maquereaux et de palamides ou de thons, très salés, et putrides. Ils abusent aussi des boissons alcooliques et sont exposés aux intempéries principalement pendant l’hiver. Ils barbotent toute l’année, moitié nus dans la mer pour retirer leurs filets et tuer à coups de bâton les nombreux poissons pris à ses engins tendus sur des poteaux, sous forme de grands sacs ouverts du côté du courant qui conduit les bancs migrateurs en automne de la mer Noire vers l’Egée et en hiver en sens inverse. La lèpre tubéreuse prédomine sur l’ile de Marmara.

La lèpre en Palestine. Jérusalem. — Nous avons parlé, dans notre rapport sur la contagion de la lèpre, présenté à Madrid, des travaux remarquables du Dr Sabatini, ex-médecin de l’hôpital français de Jaffa, aujourd’hui professeur à Alger, sur cette maladie, dont l’auteur a fait la lecture à la conférence de Berlin. Notre distingué confrère n’y a rencontré qu’un seul Juif, nommé Judas Adii..., natif de Jérusalem, dont il m’envoya la photographie. Il a le type sémitique le plus expressif; donc, il est d’origine hébraïque. J’ai vu moi-même ce lépreux à Jérusalem. Les autres lépreux de cette ville et des environs sont des Arabes, musulmans pour la plupart. Les chrétiens sont peu nombreux. On doit savoir que les mahométans de cette contrée sont très sales. Le Dr Sabatini n’a pu rencontrer un seul cas de contagion. Il admet l’hérédité.

Le Dr Godard, dans ses relations de voyages, parle aussi des lépreux de Jérusalem et ses environs. Il cite un cas de parricide émouvant qui eut lieu pendant sa tournée en Pales-

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tine. Une femme se sauva de la léproserie et revint furtivement à son village. Terrorisé par l’apparition de plusieurs cas de lèpre, son fils craignant la contagion, après avoir vainement essayé de lui faire quitter la maison, ne put s’en débarrasser, pour préserver sa personne, qu’en l’assassinant. Cependant, ajoute-t-il, les lépreux, soi-disant internés à la léproserie, rentrent souvent dans leurs villages, pour chercher des aliments, et passent parfois chez eux deux et trois jours. Le Dp Godard cite plusieurs couples dont le conjoint lépreux ne contagionna pas l’autre, malgré une cohabitation de longues années. Touché de la misère profonde, de l’état lamentable de ces malheureux, des cruelles privations auxquelles ils sont en proie, et de leurs gémissements déchirants, il insinue que les 3oo moines latins des couvents de Jérusalem, la plupart obèses, par excès de bien-être, absorbent, en béatitude, 4ooooo francs par an! Si au moins ils prêtaient quelques secours à leurs semblables crevant la faim! c’eût été un placement à sainte usure, selon Massillon! L’état de ces agonisants dans la misère et les tortures, vrais cadavres ambulants, selon l’expression de saint Basile, les laisse absolument froids ! Sourds à leurs gémissements échappant du plus profond de leur âme, ces apôtres de la fraternité et de la charité ne partagent ni leur pain, ni leurs chemises avec ces pauvres déshérités du sort, comme le veut FEcriture. Ils évitent même, absorbés par leurs mesquines querelles avec les rites dissisidents, de porter une douce parole de consolation aux martyrs de cette géhenne! Il faut aller aux saints lieux pour en être indigné ! C’est navrant et en même temps écœurant!

Ils ignorent donc les sept œuvres de la miséricorde, manifestations essentielles de la charité chrétienne, ces hommes de Dieu? i° Nourrir ceux qui ont faim; 2° donner à boire à ceux qui ont soif; 3° vêtir ceux qui sont nus ; 3° visiter les prisonniers; 5° loger les pèlerins (ils le font, mais contre quelques offrandes) ; 6° soigner les malades (gratis); 70 ensevelir les morts.

Nous avons été nous-même en Palestine pour étudier la lèpre. Nous avons consigné dans notre livre Voyage chez les lépreux (Masson, Paris) les résultats de notre enquête faite surtout à Jérusalem et à Damas. Ces résultats sont conformes à ceux du Dr Gabriel Soles, qu’il publia dans sa thèse pour le doctorat, soutenue devant la Faculté française de médecine de Beyrouth, en 1897.

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Partout où les Hébreux ont passé depuis l’exode, ils ont semé, dit-on, la lèpre qu’ils emportèrent d’Egypte, et qui sévissait dans le camp de Moïse. Le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome parlent des mesures sévères que le législateur prenait contre les lépreux. N’existait-elle pas en Syrie et en Palestine bien avant la pénétration des Hébreux? Il est probable qu’elle sévissait déjà dans toute l’Asie; puisque son origine paraît avoir été aux Indes, et que l’Assyrie et la Phénicie en étaient infectées dès la plus haute antiquité. Quoi qu’il en soit l’histoire la plus reculée nous enseigne que depuis que les hommes ont commencé à consigner leurs impressions et à relater les faits dont ils étaient témoins pour les transmettre à la postérité, la lèpre a toujours continué à ravager la Palestine.

Plus tard les guérisons miraculeuses du Christ ont consacré cette existence de la maladie et sa gravité, sa ténacité, son incurabilité qui contrastent avec sa disparition souvent très rapide que certains lépreux de Moïse pouvaient obtenir après quelques septénaires d’isolement du camp par les Lévys.

On ne saurait évaluer d’une manière approximative le nombre actuel des lépreux de la Palestine. Je crois qu’il y a huit cents. Le Dr Sondrezky de Jérusalem pense qu’ils ne dépassent pas six cents; tandis que le Dr Soles croit qu’il y en a bien plus dans les familles et dans les villages d’ou on ne les écarte que lorsqu’ils trahissent leur maladie par leur apparence hideuse. Nous sommes de cet avis. Il y a donc, outre les lépreux avérés que l’on isole, des lépreux débutants dont l’état passe inaperçu. On n’inscrit et on n’évite comme lépreux que les malades dont l’affection ne peut être dissimulée et dont l’aspect met en émoi les populations. C’est ainsi qu’on rencontre dans les villes et les villages, des lépreux incontestables pour l’homme de l’art et dont le public ne se doute guère. Ils restent au milieu de leurs familles jusqu’à ce que leurs déformations deviennent criantes.

Le Dr Soles a étudié la lèpre en Palestine et il a suivi pendant toute une année les résidants dans la léproserie municipale de Jérusalem au nombre de 32. En outre il a visité, maintes fois, le Jésus Hilfe, dirigé par le Dr Einsler. De notre côté nous nous occupâmes, avant notre honorable confrère, de la même étude dans les mêmes localités.

Voici un fait instructif. Il prouve qu’on doit bien scruter les cas de contagiosité que l’on admet souvent à la légère, d’après

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les premières impressions et les racontars, sans recherches minutieuses : un révérend père, Pierre Ramella, de l’ordre de Saint-François, mourut lépreux à Jérusalem, et tout le monde le considéra comme une victime de la contagion due à son séjour dans un foyer lépreux, bien qu’il n’eut jamais visité les lépreux. Le Dr Soles poussa ses investigations scientifiques bien loin. Ayant su que le R. père était originaire de Gênes, il s’adressa au Dr François Ferrari de Génova, département de Porto Maurizio, praticien distingué de cette localité qui lui fournit des informations détaillées sur toute la famille Ramella. Et d’abord il y a bien des lépreux à Gênes, encore de nos jours. Mais ce qui est autrement important, c’est qu’il y a plusieurs lépreux dans la famille Ramella. Or, l'opinion généralement admise par tout le monde à Jérusalem que le père Ramella a contracté la lèpre à Jérusalem n'est qu'un fabliau qui s’évanouit devant les renseignements pris dans la patrie de cette victime censée de la contagion.

Le Dr Zambaco, d’abord, et quelques années plus tard, son confrère le Dr Soles ont visité la léproserie municipale de Jérusalem à Siloé, sise à une demi-heure de distance de la ville, sur une petite hauteur de la vallée de Cédron, près de la fontaine de Siloé, non loin du tombeau d’Absalon, fils de David, au-dessus du puits de Job. Elle se compose de deux bâtiments au rez-de-chaussée, partagés en i3 petites chambres. De 32 à 36 lépreux y vivent dans la plus ignoble promiscuité et la plus sordide saleté. Dans une petite cour attenante se trouvent deux réservoirs d’eau qu’un porteur, Ibrahim de Malka, vient remplir chaque matin, depuis vingt ans et reste à causer longuement avec les lépreux, dont il partage souvent le déjeuner et lave le linge sordide sans avoir contracté la maladie, soit dit en passant. Car, ainsi qu’au moyen âge, il est interdit aux lépreux de puiser de l’eau eux-mêmes, pour ne pas contaminer les puits. Deux petits vases en fer-blanc servent à remplir les cruches des lépreux. Il leur est défendu, sous peine d’amende, de boire à même ces vases destinés exclusivement aux visiteurs qui fréquentent continuellement la léproserie, y restent pendant des heures à causer avec les lépreux leurs parents ou leurs amis, mangent avec eux, et qui parfois, lorsqu’ils viennent de loin, couchent même dans la léproserie sur des nattes et des chiffons ramassés dans la rue et servant de matelas à tout le monde! L’atmosphère de ces taudis est d’une

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infection suffocante. C’est qu’il émane des corps de ces malheureux éclopés, ulcérés et horriblement dégoûtants, des effluves exhalant une puanteur indescriptible. Dans un coin gisent des chiffons qui ont servi à panser les ulcères de ces malheureux, imprégnés de pus. Ils seront barbotés dans un seau d’eau, sans savon, puis exposés au soleil pour servir de nouveau. Deux énormes jarres, placées dans un hangar, reçoivent les céréales que deux lépreux, parmi les plus valides, vont mendier à l’époque des moissons aux villages plus ou moins éloignés, pour leur cénobion. Plusieurs ménages vivent et couchent dans la même pièce, côte à côte. Presque tous ces lépreux sont mariés. Lors de notre visite, nous avons trouvé même deux de ces malheureux en possession de deux femmes chacun. Tout ce monde grouille pêle-mêle sur les mêmes grabats constitués par de dégoûtants chiffons cueillis dans les rues! La municipalité, dans son inappréciable générosité, accorde à chaque pensionnaire de cette géhenne deux pains noirs de consistance boueuse, de 3oo grammes chacun. Et c’est tout. Ils ont en plus ce que leur mendicité leur rapporte. Car, les estropiés les plus ulcérés d’entre eux, lorsqu’ils peuvent encore se déplacer, se rendent près de la porte de la ville de Jérusalem et exhibent aux passants leur hideur pour exciter la compassion et obtenir quelque maigre aumône.

Des milliers de pèlerins de toutes les communions chrétiennes se rendent chaque année à Jérusalem pour adorer le Saint-Sépulcre. Ce voyage coûteux leur fait dépenser de grandes sommes d’argent. Pas un de ces sanctifiés catholiques orthodoxes ou protestants ne délie sa bourse pour offrir une obole à ces malheureux lépreux qui exposent leurs ulcères et leurs mutilations, en rang hors des portes de la ville sainte. Cependant Massillon a dit: L’aumône est un gain. C’est une sainte usure. Et Boiste a proclamé qu’il n’y a qu’une manière équitable de placer son bien à usure, c’est de le donner aux pauvres. Les richards pèlerins ne pratiquent que l’usure terrestre à leur profit, et point celle du ciel.

Tous ces lépreux sont brutalement chassés de leurs villages réciproques, dès que leurs déformations ont attiré l’attention publique; ce qui n’a lieu que lorsque la lèpre, arrivée à sa période destructive, a produit des ulcères et des dégâts qui sautent aux yeux les moins clairvoyants, c’est-à-dire lorsqu’elle compte déjà plusieurs années d’existence.

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Quoi qu’il en soit, lorsque la populace ne doute plus qu’il s’agit de lèpre, elle chasse immédiatement cette pauvre victime, et si elle résiste, à coups de bâton et à coups de pierres ! Les parents même ne se font pas scrupule de poursuivre ce malheureux et de le livrer aux gendarmes. Ses biens sont saisis par ses héritiers, ainsi que cela avait lieu en Europe au moyen âge, le lépreux étant considéré comme mort civilement. Sa femme récupère sa liberté, si elle veut, et garde les enfants, s’il y en a dans le ménage. Le lépreux peut alors se présenter spontanément à la léproserie dont le chef l’examine et prononce sa sentence basée sur une expérience que n’atteint pas le médecin de la municipalité, consulté pour la forme et vraiment sans autorité scientifique dans l’espèce, ainsi que nous l’avons constaté nous-même. Le récipiendaire doit faire un pèlerinage à la tombe de David que l’on croit être sur le mont Sion. Cette visite est censée rendre la lèpre non contagieuse. Et voilà la logique et la sagesse des peuples qui croient, et pratiquent les plus flagrantes contradictions par leurs actes inconséquents et incohérents! Lorsque la montagne ne peut venir vers nous nous allons à la montagne . Ce proverbe est absoment applicable à ce qui se passe en la circonstance. Le lépreux est cruellement chassé de chez lui et n’a pas le droit de revenir dans son village, ni d’entrer dans la ville; mais on se rend à la léproserie sans la moindre prophylaxie; on partage les repas de ces parias si dangereux et même leurs couches pendant des jours et même des semaines! La nouvelle recrue doit se soumettre au règlement de la confrérie qui élit un chef à vie. C’est lui qui juge les différends entre ses administrés, les unit par le mariage selon la loi islamique, les divorce et les punit, lorsqu’ils commettent des infractions au règlement. Il partage entre eux, à parts égales, le produit des aumônes. Ces malheureux vivent en bonne harmonie, et dès qu’un d’entre eux devient impotent, parles progrès de la maladie, ses congénères lui rendent tous les services que réclame son état, sachant que le même sort leur est réservé, et qu’on les entourera de la même sollicitude, à leur tour. Aucun médecin ne s’occupe de ces malheureux qui manquent de tout soin même pour les maladies intercurrentes.

Le Dr Soles raconte qu’un lépreux eut une gangrène de la jambe qui réclamait l’amputation, le membre exhalant des émanations toxiques pour le patient et tous les convives ; or,

aucun médecin n’a consenti à se rendre à la léproserie pour prêter secours à ce déshérité ; tous les confrères s’en sont abstenus dans la crainte qu’une telle visite ne lésât leurs intérêts. Leurs clients, par crainte de la contagion, n’auraient plus consenti à recevoir un esculape qui aurait touché des lépreux! Les naissances sont rares à la léproserie, ainsi que les avortements; c’est que les malades n’y entrent que lorsque la lèpre a fait de grands progrès ; lorsque la frigidité a succédé à la lubricité des débuts de l’affection. Néanmoins ils recherchent tous le mariage qui est imposé dans la presque totalité des léproseries ou miskinhanés des musulmans, qui sont des couvents dont la règle impose le mariage à tout âge et quels que soient l’état physique, l’état de santé et le degré de la maladie des futurs époux. J’ai parlé longuement de ce règlement et du mariage dans les léproseries musulmanes dans le chapitre consacré à la léproserie de Scutori près de Byzance, sur la rive asiatique du Bosphore. Mais à Jérusalem le mariage est discrétionnaire. Nous avons même rencontré une lépreuse chrétienne dans cette léproserie. Cette condescendance est exceptionnelle.

Le Dr Soles, qui enquêta en Palestine après nous, arriva aux mêmes conclusions ; il prit d’une manière très méticuleuse les observations des 32 lépreux internés à la léproserie municipale. Parfois il compléta les renseignements puisés auprès des malades, par des informations prises dans leurs villages même. En contrôlant les dires des lépreux il rencontra par-ci par-là des lépreux méconnus qui vivaient dans leurs foyers à l’insu du peuple. En étudiant ces observations, on voit d'abord que le début de la lèpre a toujours été annoncé par un cortège de phénomènes généraux : courbature, frissons, fièvre, prostration, bouffées de chaleur, céphalalgie, douleurs dans les membres, fourmillements, et par des congestions locales sous forme de placards cutanés, ou bien par des bulles de pemphigus siégeant surtout aux genoux et aux coudes, dont les cicatrices persistent. Il remarqua aussi que les sueurs habituelles avaient diminué et parfois disparu, dès le début de la lèpre. Toutes ces remarques sont absolument véridiques. Nous les avons déjà signalées bien des fois dans nos observations.

Les lépreux atteints de la forme mutilante ou tropho-nerveuse vivent bien plus longtemps que les tubéreux ; c’est là

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un tait certain. Un malade de cette dernière catégorie, âgé de 70 ans, était lépreux depuis plus de 3o ans, bien qu’il ait perdu presque tous les doigts et orteils. De notre côté nous avons cité nombre de tels exemples. Comme étiologie, notre confrère n’a jamais pu établir la contagion ; mais l’hérédité a été souvent mise hors de doute par lui. Les lépreux répétaient toujours min Allah (la maladie nous vient de Dieu) ; ou bien ils accusaient une grande émotion, comme cause première. L’autre époux, dans les ménages mixtes, n’a jamais été contaminé, même après une vie maritale d’une longue série de 20 et de 27 ans. Il est à noter que quelques lépreux tubéreux avaient conserve la sensibilité. Nous avons, de notre côté, rencontré de telles exceptions, ainsi que feu Kaposi et Darier. Une lépreuse s’est mariée quatre fois à la léproserie où elle se trouvait lors de la visite du Dr Soles, depuis 20 ans. Elle était atteinte de la forme anesthésique avec mutilation des doigts. Elle n’eut point d’enfants. Notre confrère a retrouvé dans la léproserie l’unique lépreuse chrétienne \ que nous avions rencontrée nous-même, 9 ans environ avant; il s’agissait d’une lèpre tubéreuse, avec conservation de la sensibilité. Elle avait 70 ans. D’une manière générale la lèpre avait commencé chez tous ces lépreux 4, 5 et même 8 ans avant qu’ils ne fussent placés à la léproserie ; ce qui a lieu surtout dans la forme anesthésique, bien plus insidieuse dans son évolution. Nous avons remarqué qu’une des pensionnaires était syphilitique et non lépreuse. Et personne ne pourra la faire sortir de la léproserie, une fois enregistrée comme lépreuse ! Si elle retournait à son village, on l’assommerait ; un individu une fois taxé lépreux, on ne peut plus rectifier le diagnostic et faire entendre raison à la popiH lace ! On est bien loin du règlement de Moïse qui permettait de retourner au camp, si le lévite constatait la guérison du lépreux isolé, après un ou deux septénaires !

Aucun des lépreux de cet asile, homme ou femme, n’a transmis la lèpre à son conjoint, lors même qu’ils ont vécu dans l’intimité conjugale pendant longues années, 4, 8 et 12. Nous insistons sur ce fait que nous avons toujours constaté sans une seule exception pendant les 45 ans que nous avons consacrés à l’étude de la lèpre.

Parmi les lépreux tropho-nerveux, il y en avait d’atteints depuis 20 et 3o ans. Mariés en général plusieurs années avant leur entrée à la léproserie, il y en a qui ont eu des enfants. Divor-

cés à cause de la lèpre, la plupart se sont remariés à la léproserie. Mais il n’y en a eu qu’un qui eut un enfant dans l’établissement. C’est qu’en général, ils sont séquestrés plusieurs années après le début de la lèpre et lorsqu’ils sont déjà invalides.

Nous avons analysé, très brièvement, les 32 observations recueillies par le Dr Gabriel Soles. Ayant consulté nos notes prises par nous-même sur les lieux, nous avons retrouvé 25 des sujets vus par nous. Toutes nos observations concordent avec celles de notre honorable confrère. Mais le Dr Soles étant Syrien et parlant l’arabe, se rendit en outre dans la plupart des villages des environs de Jérusalem dont les lépreux étaient originaires, et put ainsi vérifier les informations données par les malades eux-mêmes. 11 compléta ainsi ses observations. Il n’a vu qu’une seule fois le mari et la femme lépreux ; tous les deux étaient originaires du même village, ils avaient continué la vie conjugale. Trois ans après le début de la lèpre chez le mari la femme devint lépreuse elle-même et vint rencontrer son époux dans la léproserie où ils continuaient leur ménage, depuis io ans.

Une légende rapportée par un notable du village Malka , près de Jérusalem : Un jeune homme fiancé déjà, devenu lépreux fut refusé par la demoiselle. Pour s’en venger, il plaça sa chemise imprégnée du pus de ses tubercules ulcérés, devant la fenêtre de son ex-fiancée qui, en respirant les émanations devint lépreuse elle-même. Dans nos Voyages chez les lépreux édités par Masson en 1892, nous avons relaté des faits curieux en opposition avec la fable ci-dessus mentionnée. Le peuple croit à Constantinople que la chemise d’un lépreux sordide portée par un mari volage et à son insu, le corrige de son infidélité conjugale et le ramène au bercail d’une manière effective. Or, des épouses musulmanes jalouses, de la ville de Scutari située sur la rive asiatique du Bosphore près de Constantinople, où se trouve une léproserie, se procurent, au moyen d’un petit bahchiche , une chemise sordide de lépreux et je ne sais par quel artifice elles parviennent à la faire endosser au mari frivole. J’ignore si le moyen est efficace ; mais ce que je puis assurer c’est qu’aucun habitant de Scutari ne devint jamais lépreux de mémoire d’homme. D’ailleurs un interne du Pr Rayer, ancien doyen de la Faculté de Paris, eut le courago de porter à même la peau pendant plusieurs semai-

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nés une dégoûtante chemise de lépreux toute tachée du pus de ses ulcères, et il ne devint pas lépreux. Je mentionne ce fait aussi à titre de curiosité, et contradictoire de la légende de Malka. L’expérience des épouses de Scutari a son poids.

Parmi les lépreux de la léproserie municipale de Jérusalem, il y en a eu io atteints de la forme tubéreuse, io d’anesthésiques, 9 de lèpre mixte, 2 de la forme mutilante pure, plus un syphilitique ! Parmi ces 3i lépreux, l’hérédité a été reconnue i3 fois, ignorée 2 fois et 17 fois non établie. On doit remarquer qu’à Jérusalem, comme d’ailleurs partout en Orient, les lépreux ne veulent pas inculper leurs familles, et la plupart nient mordicus d’avoir des parents lépreux. Il arrive souvent qu’en enquêtant avec adresse, on parvienne à prouver qu’ils mentent effrontément.

Parmi les lépreux héréditaires, 2 fois il s’agissait de lèpre mutilante, 4 fois de lèpre tuberculeuse et 7 fois de lèpre tropho-nerveuse. Bien que la moitié seulement des lépreux examinés par le Dr Soles fussent héréditaires, en tenant comptç des réticences des malades, il se range franchement du coté des léprologues qui considèrent l’hérédité comme le principal facteur de la transmission de la lèpre. Il admet donc l’hérédité chez la plupart pour ne pas dire chez tous , directe ou collatérale. Une seule fois il rencontra un lépreux chez lequel on pourrait attribuer la maladie à la contagiosité ! C’est le cas du ménage lépreux plus haut cité. Par contre tous les autres lépreux, femmes ou hommes ont cohabité pendant de longues années avec le conjoint lépreux sans avoir été contaminés. L’hérédité directe, d’un générateur aux enfants, fut rarement rencontrée par notre confrère, tandis que souvent c’est un grand parent qui fut lépreux ou bien un collatéral : oncle, tante, cousin ; et cela souvent lorsque le lépreux n’a jamais habité avec le parent lépreux qu’il n’a jamais connu et qui parfois était mort bien avant la naissance du descendant qui fut lépreux. On ne pouvait donc pas incriminer la contagion familiale.

Ici se présente une question de première importance. Dans cette hérédité intermittente qui s’accomplit par saltation, est-ce le germe qui est transmis ou l’aptitude du terrain, la prédisposition qui expose à contracter la lèpre au milieu du foyer endémique, lorsque des causes secondes viennent à favoriser cette aptitude à contracter la maladie ? (misère, déchéance

organique, mauvaise nourriture, mauvaise hygiène, émotions violentes, etc.)?

Malgré le prétendu isolement, les lépreux circulent pour mendier chaque jour partout, en se mêlant à la population. Et pourtant jamais un Jérusalemitain ne fut atteint de lèpre , dit le Dr Soles, après sérieuse enquête.

Le Dr Einsler, médecin directeur de la léproserie allemande dont nous parlerons plus loin est toujours à la recherche d’un cas de contagion qu’il admettrait à la rigueur pour d’autres localités où des confrères l’auraient observée. Il admet aussi l’hérédité s’opérant par bonds du grand-père à ses petits-enfants, sans que ses propres enfants soient atteints. Depuis plus de trente ans, M. Einsler demeure dans la léproserie avec sa femme et ses enfants, sans craindre la contagion. Il en est de même des diaconesses qui se consacrent aux soins des lépreux. Le personnel qui sert les lépreux, qui les panse et lave leur linge n’a jamais été contaminé.

Le Dr L. Sandresky, de Jérusalem, qui a aussi étudié la lèpre pendant plusieurs années n’a pas vu non plus d’exemple de contagion ; il admet l’hérédité. Le médecin municipal Dr Photios est du même avis.

Le DrLortet, doyen de la Faculté de médecine de Lyon, membre du jury de la thèse du Dr Soles soutenue à Beyrouth a dit pendant l’examen, avoir publié plusieurs articles dans Lyon médical sur l’hérédo-contagion de la lèpre et contre la contagion directe. Enfin le Dr Soles est arrivé aux mêmes conclusions que nous. Pour prévenir la propagation de la lèpre il demande qu’on empêche le mariage des lépreux même débutants et aussi de leurs descendants; du moins jusqu’à l’âge de 3o ans, la lèpre faisant en général son apparition jusqu’à cette époque ; tandis que l’habitude veut en Palestine qu’on se marie très jeune. Des médecins municipaux devraient faire des tournées tout au moins une fois par an dans les localités où la lèpre est endémique et visiter tous les habitauts dans le but de dépister la lèpre dès son début. On doit isoler les lépreux et les empêcher de se marier dès qu’ils présenteront les premiers signes de la maladie. Nous avons vu qu’on les isole et que l’on rompt les liens matrimoniaux après plusieurs années de vie conjugale et la procréation d’enfants qui sont tout au moins des candidats à la lèpre. Nous insisterons sur un examen approfondi de tout individu voulant se marier, par

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le médecin municipal dont le certificat d’exemption de tout soupçon y sera clairement consigné, et sans lequel on n’autorisera pas de convoler en noces. En attendant, les léproseries doivent être maintenues, mais améliorées. Car la vie que les pauvres parias y mènent n’est pas viable et n 'honore pas ceux qui sont chargés d’isoler et de pourvoir au sort des malheureux lépreux qui y grouillent dans la misère et la vermine ! Le gouvernement n’a qu’à prendre modèle sur la léproserie allemande de Jérusalem qui recueille si charitablement les lépreux, les entoure de soins sous la direction d’un médecin qui les traite pour les maladies intercurrentes et les soulage même dans la marche fatale de la lèpre, en mettant en contribution les mesures hygiéniques et antiseptiques acquises par la science. Seulement cet asile entretenu par lesbien pensants n’a que 33 lits en honneur des 33 ans que Jésus passa sur la terre.

Nous avons dit que le Dr Sabatini, actuellement chirurgien de l’hôpital civil d’Alger, que j’ai connu à Constantinople, a été attaché à l’hôpital français de Jérusalem, pendant plusieurs années.

J’ai eu l’occasion d’avoir plusieurs entretiens scientifiques avec ce distingué confrère ; et je dois dire qu’il étudia cliniquement la maladie et que les conclusions auxquelles il est arrivé, de par l’observation des malades, ne diffèrent guère des miennes. A l’appui de son intéressant mémoire communiqué à la Conférence de Berlin, en 1896, il produisit plusieurs observations détaillées, prises sur les sujets qu’il eut l’occasion d’étudier et de suivre. La plupart d’entre eux n’avaient pas cohabité avec des lépreux; ils n’eurent même pas eu de relations avec de tels malades; plusieurs n’ont jamais rencontré un lépreux du moins à leur su. Le plus grand nombre des lépreux observés par notre honorable confrère étaient atteints de la forme tubéreuse.

Voici en résumé les conclusions de ce travail formulées par l’auteur lui-même : Il est certain que la lèpre a régné parmi les Hébreux, bien que confondue avec d’autres affections. La lèpre existe dans toute la Palestine, notamment à Jérusalem, Naplouse et Ramleh. Elle y présente son syndrome clinique habituel : macules, tubercules, anesthésie, hyperesthésie, mutilations. Elle frappe plus rarement les chrétiens que les musulmans. Les Israélites paraissent en être exempts; cela est

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curieux mais réel. Nous avons nous-mème constaté la chose dans notre enquête scientifique personnelle faite à Jérusalem et nous l’avons consignée dans notre livre, Voyages chez les lépreux.

La lèpre revêt à Jérusalem la forme lente, chronique. Elle est héréditaire et non contagieuse. La conlagion, si toutefois elle existe, ne s'exercerait que dans des limites fort restreintes et dans des conditions tout à fait spéciales. La piqûre sur n’importe quelle partie du corps des lépreux a toujours donné du sang noir. Le meilleur traitement consiste en la bonne hygiène. Le seul israélite atteint de la lèpre à Jérusalem, Judas Adji, que j’ai vu aussi, ainsi que notre honorable confrère, le Dr Einsler, médecin depuis des années de la léproserie allemande de cette ville, vit dans la société et au milieu de sa famille (mère, femme, enfants) sans aucune précaution, le linge même étant lavé en commun, et il n’a contaminé personne ( Bulletin médical de l’Algérie, n° 12, 10 décembre 1898).

Au premier abord on est surpris de voir qu’à Jérusalem notre enquête, et plus tard celle du Dr Soles n’aient pu découvrir qu 'un seul Juif lépreux, et cela lorsqu’on avait accusé la Palestine d’avoir infecté les croisés qui à leur tour furent incriminés d’avoir transporté la lèpre en Europe. Ce qui est une grande erreur.

Les lépreux de Jérusalem et de toute la Palestine sont des Arabes et non des Israélites. Voici, selon nous, l’explication de ce fait incontestable : La prise de Jérusalem par les Piomains, sous Adrien et Titus, fut une cause d’expulsion et de fuite des Juifs descendants des vrais Hébreux de l’exode. Ces Juifs archaïques se sont dispersés partout en Europe, en Asie et en Afrique, propageant partout où ils débarquaient leur Zaraath qu’ils conservent aussi pour leur compte. De sorte qu’actuellement encore il n’y a qu’un nombre bien restreint de vrais Hébreux à Jérusalem. Il est vrai que depuis quelques années les projets des Sionistes de fonder un Empire Juif à Jérusalem y a fait affluer un grand nombre de Juifs qui achètent des terres, s’y installent, grâce aux subventions des Rothschild et des Hirch, de manière que cet élément a vraiment envahi la ville et surtout les environs à un tel point que le gouvernement ottoman s’est inquiété de cette installation processionnelle et défendit l’acquisition de propriétés par l’élément juif et même leur pénétration dans la terre de Chanaan. De sorte qu’il y a bien

LA LÈPRE EN RUSSIE

des milliers de Juifs actuellement à Jérusalem aux longues redingotes luisantes et aux cheveux des tempes en tire-bouchons, identiques à ceux que l’on rencontre en Autriche et en Roumanie de même qu’en Bohême, à Carlsbad, pendant la saison thermale. Mais tous ces Israélites à types caractéristiques sont des Néo-Juifs, des renégats et non de vrais descendants des Hébreux de l’exode. Ils n’ont donc pas l’hérédité lépreuse, l’atavisme pathologique de ces derniers qui conservent toujours leurs privilèges morbides en Espagne, en Turquie, en Afrique et partout où ils se sont réfugiés. Nous avons déjà insisté sur cette différence de race des Néo-Juifs et des descendants des Hébreux dans un article spécial de ce livre et dans une discussion qui eut lieu à l’Académie de Médecine de Paris en 1892.

Au contraire les Arabes, tant asiatiques qu’africains ont la lèpre partout où ils se trouvent, soit sur le littoral de la Méditerranée soit dans l’intérieur des terres et cela de tout temps. Nous nous sommes rendu nous-même à Damas pour étudier la lèpre et nous avons consigné les résultats de notre enquête dans notre volume intitulé Voyages chez les lépreux, Masson,

Le Dr Haïdar, originaire de ce pays qu’il habite, se livra de son côté à de pareilles recherches dans les deux léproseries qui y existent, et en ville chez les lépreux ambulants. Je dois dire, par anticipation, qu’il ne rencontra pas un seul exemple dûment prouvé de contagion. Les lépreux de Damas proviennent de plusieurs localités environnantes de la Palestine. Ceux mêmes qui sont installés dans les asiles circulent librement pour mendier. Ils sont dans un état de misère et de saleté inouï. En plus, des miséreux non lépreux affluent dans les léproseries pour avoir un gîte gratuit, et ils vivent en communauté avec les lépreux. Personne n’a été contaminé. Aucun Damascène ne contracta la lèpre. Nous avons longuement insisté sur les léproseries de Damas, dans nos Voyages chez les lépreux.

La lèpre en Russie. — La lèpre sévit en Russie, principalement dans certains départements, en Finlande, au Kamtchatka — péninsule de la Sibérie orientale entre les mers de Behring et d’Okhotok. — A l’île Oesel, située dans la mer Baltique, dont la population avec lespetites îles voisines, est de 5oooo habitants, le Dr Hellat a trouvé en 1889, lépreux; et Loch, en 1894, 60 Zambaco. Anthologie. 36

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dont 35 furent internés à la léproserie de Nennan, selon le DrDéhio. Elle est endémique dans maintes localités de la Russie méridionale, comme en Grimée, sur le littoral de la mer d’Azof, sur la ligne du Caucase jusqu’à Astrakhan, — île russe de la mer Caspienne près de l’embouchure du Volga, — aux environs de Cherson surtout et sur le cours inférieur du Don, fleuve qui se jette dans la mer d’Azof, enfin en Courlande, Riga, en Esthonie. Très souvent elle est prise pour de la syphilis. Il m’a été donné de soigner plusieurs lépreux de ces provenances. Ce qu’il y a à remarquer, c’est que les Juifs russes, malgré leur misère et la saleté sordide dans lesquelles ils vivent, ne présentent pas de victimes de la lèpre. Ce qui vient à l’appui de ce que nous avons bien souvent répété, c’est que ces Israélites sont des Néo-Juifs et ne descendent pas des Hébreux de l'exode comme les israélites d’Orient, de Tunis, du Maroc et d’Espagne, qui, par hérédité, voire même par atavisme, conservent la lèpre de leurs ancêtres. Je n’ai vu qu’une femme finlandaise israélite atteinte de lèpre, et je n’ai pu remonter bien loin dans sa généalogie.

Le Pr Wachsmith, de Dorpat, écrivait en 1867 que la lèpre n’existe plus à Sivland; tandis que Hirsch et Vogel ont publié des cas qu’ils y ont observés. Ce qui induisit en erreur ces auteurs en contradiction entre eux, selon Bergmann, professeur à la Faculté de Médecine de Berlin, c’est que souvent la syphilis invétérée fut prise pour la lèpre, jusqu’à 1825 (Meyer, Albrecht, Brand et en i83g Blosfeld, Bilschwing). Sur 10 cas de lèpre décrits par Blosfeld, les 9 sont de la syphilis, selon Bergmann. De même il n’est pas démontré qu’un seul des 16 éléphantiasiques gracorum tuberculosa et anesthétos, par Rogenhagen, un seul fût lépreux.

Bergman publia son travail en 1869. Il prouva que la lèpre existe réellement et s’efforce de la différencier de la syphilis parfois tertiaire. Parmi les lépreux étudiés par Bergmann et Wachsmth (Der Aussatz inLiolan, Deutch. Arch. klin. med. B, ni, -Saint-Petersb. Med. Zeitschrift , xvn Bind), il y avait 11 mariés; 7 unions ont donné des enfants sains; deux ménages ont eu, chacun, un enfant lépreux par hérédité, et 5 enfants sont restés indemnes; deux unions ont été stériles. Ces auteurs ont vu parfois la lèpre débuter sans les prodromes signalés par Danielssen et Boeck (courbature, frisson, fièvre, fourmillements, abattement, sentiment de brûlure, démangeaisons,

LA LÈPRE EN RVSSÎE

excès de sensibilité cutanée, précédant l’éruption. Pour nous, tous ces phénomènes, constants surtout dans la forme tubéreuse, trahissent déjà l’existence de la lèpre. Ils diminuent après l’éruption exanthématique. Cependant, parfois, la fièvre continue même après l’apparition des placards érysipéloïdes ou des macules érythroïdes dispersées sur la peau. Parfois aussi les placards sont pareils à ceux de la Morphée de Saint- Louis de Paris, dont les médecins font une maladie indépendante de la lèpre, bien que celle-ci soit désignée dans toute l’Amérique latine sous le même nom (Morphéa), et ressemble quelquefois tout à fait à la Morphée parisienne. Parfois aussi nous avons vu, comme Welberg, à la suite des symptômes généraux du début, les placards érythroïdes devenir vite pigmentaires.

Après le travail de Bergmann, parut, en 1877, celui de Carie Déhio et enfin celui de Welberg que nous allons analyser. Le Dr Welberg soutint à l’Université de Dorpat sa thèse inaugurale sur la lèpre dans les provinces russes de la Baltique , considérées comme un foyer très actif de la maladie. Il relate dans ce travail 24 observations et prouve que la lèpre est assez fréquente dans ces provinces. Ses observations sont assez détaillées ; mais, en général, elles manquent de renseignements commémoratifs qui éclairent sufhsamment l’hérédité et la progéniture des lépreux. La description des symptômes est assez minutieuse. Nous ne mentionnerons ici que les phénomènes les plus importants et ceux qui présentent quelques différences avec ceux observés dans d’autres contrées. La sensibilité exaltée parfois au début des exanthèmes, ainsi que nous l’avons constaté aussi de notre côté, persévère. Certains lépreux du Dr Welberg ont conservé leur sensibilité ou bien une hypoesthésie. Ses malades présentent souvent une coloration bleu foncé et l’aspect écailleux. Les ulcères plus ou moins vastes sont fréquents et difficiles à cicatriser. La rhinite du début y serait rare. Souvent les placards de ces lépreux présentent l’aspect de ceux de la Morphea de Saint-Louis, entourés d’une ligne géographique lilas, avec décoloration centrale, et conservation même de la sensibilité, amoindrie ou non. Parfois ces placards furent blancs comme neige. La peau peut être insensible même entre les placards, ayant l’aspect normal. Les paumes des mains et les plantes des pieds conservent leur sensibilité, comme cela a lieu en Orient. Parfois les lépromes

se résorbèrent laissant des cicatrices de régression, et plus tard parut une nouvelle poussée. Les ganglions lymphatiques étaient souvent plus ou moins engorgés. Ce dont Bergmann ne parle pas, et qui a souvent fait prendre la lèpre pour de la syphilis.

Les lésions oculaires lépreuses sont fréquentes en Russie. Elles ne diffèrent en rien de celles vues par nous en Orient, par Poncet au Mexique, par Panas et Lapersonne chez quel ques lépreux qu’ils ont vus à Paris : Lépromes des conjonctivites, iritis, myosis, choroïdites, etc. qui ressemblent aux lésions syphilitiques, et peuvent réduire en erreur l’oculiste trop spécialiste, ignorant la lèpre; cette méprise eut souvent lieu. Welberg a vu la forme anesthésique apparaître chez des lépreux tubéreux. Dans ces cas les lépromes peuvent régresser et la forme tropho-nerveuse domine et évolue seule. La lèpre ne marche pas dans la Baltique comme en Norvège, ditil. « Car les macules, les placards de Morphée et le pemphigus du début peuvent continuer à faire de nouvelles apparitions ». Le pemphigus n’est pas limité aux genoux comme en Orient. Bergmann et Welberg ont vu les mutilations des doigts sans aucun autre symptôme et pensèrent qu'il ne s’agissait pas de lèpre. C’est là une erreur; car la lèpre mutilante peut être monosymptomatique. Elle l’est même, le plus souvent.

Dans aucun ménage les deux géniteurs ne furent tous deux lépreux. Enfin tous les deux confrères ont souvent vu, comme complications, des maladies cutanées vulgaires et la gale ; ce qui est rare en Orient. Une fois la lèpre a débuté à 2 ans et une autre fois à 7. L’individu le plus tardivement atteint le fut à 44 ans. Ils doutent que le bord de la mer et la nourriture favorisent le développement de la maladie. Finalement, Welberg n’a jamais constaté la contagiosité. Il n’a jamais vu un conjoint lépreux contaminer l’autre. Parfois il a pu découvrir l’hérédité. « La découverte du bacille, dit-il, a fait renaître la croyance de la contagion. » Il plaide pour l’isolement des malades et insiste aussi sur la confusion faite souvent en Russie, de la lèpre et de la syphilis.

La lèpre et le ministère sacerdotal en Russie. — Un prêtre d’une colonie du pays de Tersfc fut atteint de la lèpre. Grave affaire pour ses paroissiens, convaincus que la maladie est contagieuse. Comment baiser une main couverte de lépromes et de croûtes hideuses ? Ses ouailles, fervents orthodoxes, ne pou-

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